mardi 22 décembre 2020

Hervé Vilard "Du lierre dans les arbres"

 


Editions Fayard

 306 pages

20 €

Sortie le 4 novembre 2020

 

Mon avis : Du lierre dans les arbres est le troisième volet de l’autobiographie d’Hervé Vilard.

J’avais bien sûr lu et apprécié les deux précédents et j’avais hâte de découvrir celui-ci car il aborde des années plus contemporaines, des années où je l’ai connu, d’abord professionnellement, puis amicalement. J’étais donc doublement curieux…

 Hervé Vilard a un style et un ton bien a lui. Il ne s’embarrasse pas de fioritures et de circonvolutions. Il ne va qu’à l’essentiel. Les phrases sont courtes, parfois réduites à deux ou trois mots ; l’écriture est saccadée, rythmée. En fait, il écrit comme il parle : cash. Il est sans concession, sans langue de bois. Il n’a aucune complaisance, ni avec les autres, ni avec lui-même.

 Dans ce livre écrit à la manière d’un journal de bord, Hervé est le spectateur de sa propre vie. Sa trop grande lucidité l’amène à se tenir en marge du monde qui l’entoure. Qu’il soit celui policé et hypocrite du showbiz, ou celui méfiant et « sournois » de la campagne. Il n’est dupe de rien… Résolument anti star system, il ne se livre à aucune compromission pour faire à tout prix partie du sérail. Il EST et se VEUT différent. Epris de littérature, de poésie et de musique classique, il est aux antipodes des clichés du « chanteur à minettes », qualificatif dont on l’avait affublé à la fin des années 60.

 Hervé est un aventurier. Il n’a peur de rien ni de personne. En vrai déraciné, sans attaches, il va où il veut quand il veut. Avide de rencontres, de nouveaux paysages, de nouvelles cultures, il a beaucoup voyagé. Particulièrement en Argentine et au Mexique. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’au milieu des années 70, il va vivre une telle passion amoureuse avec Consuella qu’il va vouloir fonder une famille avec elle. Hélas, « Lalla » allait périr dans un accident de la route avec l’enfant qu’elle portait, ce « petit mulâtre » qu’il « réclamait de toute son âme »… Hervé ne sera jamais père.

C’est le début du livre.

Désormais, il le sait, il est plus que jamais une « âme seule ».




Avec son regard critique et détaché, il raconte ses nuits parisiennes. On y boit beaucoup, on consomme différents produits. Tout au long du premier tiers du livre, on croise de nombreuses célébrités qu’il encense ou démolit d’un mot. Heureusement, il reçoit le réconfort de belles amitiés, comme celle qu’il partage avec sa sœur de cœur, Nicoletta… La disparition de sa « marraine » et confidente Dalida, qu’il ressent comme un nouvel « abandon », est évoquée dans un chapitre où l’amour se teinte d’amertume.

 Et puis, Hervé va trouver un nouveau sens à sa vie : le presbytère de l’abbé Angrand, le prêtre qui l’a initié au catéchisme, à la littérature et à la musique lorsqu’il avait 11 ans, est à vendre à La Celette. Se sentant investi d’une mission sentimentale qui confine au mysticisme, il va dès lors n’avoir de cesse que d’en faire l’acquisition.

La chronique mondaine va se muer en chronique campagnarde. Dans ce petit coin perdu du Berry, il va vivre et écrire sa Mare au diable à lui.  

C’est là, enfin, qu’il va rencontrer Simone, sa voisine, dernier témoin de sa jeunesse berrichonne, qui va lui faire de nouvelles révélations sur sa mère. Il va nourrir pour elle un véritable amour filial qui tranche avec l’attitude distante des autres habitants qui ont du mal à gérer son statut de personne « qui passe à la télé ». Discrète et aimante, Simone va combler un temps ce manque de tendresse après lequel Hervé a toujours couru…

 Du lierre dans les arbres est remarquablement écrit. On sent qu’Hervé y a mis du temps, qu’il a dû beaucoup peaufiner pour élaguer le superflu et ne garder que l’essentiel. Hervé est un arbre solitaire qui, finalement, aura toujours été protégé par ces petites feuilles de lierre que constituent les belles rencontres qui ont émaillé son existence. Et, aujourd’hui, sa misanthropie, son désenchantement, semblent avoir fait place à une forme de sérénité, voire de sagesse.

 

mardi 1 décembre 2020

Sylvain Binet "Zooanthropie & Folie"

 


Livre d’art

Format A4 (21 x 29,7)

160 pages

En prévente https://www.papa-paper.com

Editions PapaPaper

Prix : 35 €

 

Mon avis : Le titre, volontairement très savant, de cet ouvrage en explique l’esprit et le double niveau de lecture. En effet, lorsque qu’on lit la définition du terme « zoanthropie », on apprend qu’il s’agit d’une « affection mentale dans laquelle le sujet se croit changé en animal. Ce terme appartient au domaine psychiatrique »… En y ajoutant un « o » pour introduire le mot « zoo », Sylvain crée un néologisme qui caractérise doublement le contenu de son livre. Donc « zooanthropie » appartient non seulement au domaine psychiatrique (car c’est une dinguerie), au domaine animalier et, se doit-on d’ajouter, au domaine artistique.

Vingt ans… Sylvain Binet a passé vingt ans à se consacrer à sa passion du dessin sous toutes ses formes avant d’enfin croiser son destin.

Son destin était écrit dans le (logi)ciel !


Tel un alchimiste, il a longtemps cherché dans son atelier-labo jusqu’au jour où il a enfin pu changer la mine de plomb de son crayon en or. Et en originalité. Grâce à une souris ! Car c’est dans l’informatique avec sa palette graphique aux ressources infinies qu’il a trouvé son identité picturale.

Sylvain Binet est un créateur frénétique, un stakhanoviste compulsif, un esthète absolu. On a l’impression qu’il met sa vie en jeu dans chaque tableau qu’il compose. Chacune de ses productions est une déclaration d’humour corollée à une sollicitation d’amour.

Il conçoit une œuvre unique, hors mode, en marge ; une œuvre subtile et flamboyante qui n’appartient qu’à lui.

Lorsqu’on croise un de ses tableaux, on n’hésite pas une seconde pour l’identifier et s’écrier : C’est du Binet !




Tous ses tableaux sont de la même veine mais aucun ne se ressemble.

Sylvain Binet nous restitue à l’aide de sa palette graphique, un monde onirico-réaliste. Artiste ambivalent, donc tout simplement humain, il impose sa patte, son identité et son style propres. A l’image des animaux qu’il dessine, il est un instinctif. Il se laisse aller à son inspiration du moment. Il travaille sur chacun de ses tableaux avec le même enthousiasme que si c’était le premier, et la même désespérance perfectionniste que si c’était le dernier. Si bien qu’il n’a pratiquement jamais le temps d’être satisfait de lui. Il peut seulement justifier de sa rigueur et de sa sincérité.

 Le politiquement correct n’est pas dans ses gènes. Et il ne se gêne pas pour le faire voir et le faire-savoir. Sylvain Binet est un épicurien de l’art. Il cultive l’esthétisme de façon d’abord ludique et jouissive puis, tout naturellement, viscéralement, il ne peut s’empêcher de glisser dans son œuvre quelques touches d’irrévérence et de provocation. C’est subtil, ce n’est pas appuyé, mais c’est dit ! Il y prend visiblement du plaisir et il le partage. Sa générosité farouche n’a d’égale que sa quête d’amour. Sylvain est un « crocoeur » de vie.



Bien qu’animaliers, ses portraits, saisissants de réalisme, font défiler sous nos yeux l’humanité sous tous ses aspects, des plus nobles aux plus inquiétants. Il boucle la boucle avec Darwin. Dans L’Origine des espèces, le singe est devenu homme ; chez Sylvain, l’homme redevient singe. And the « (Dar)winner is…

Vous retrouverez également dans cet ouvrage quelques clins d’œil amicaux de la part de Christian Binet (Le papa des « Bidochon »), Jérémy Ferrari, Guillaume Bats, Laura Laune, Arnaud Tsamère, Vincent Moscato…