mardi 4 décembre 2012

Johnny Hallyday


L’Attente
Warner Music

Ce n’est par le meilleur album de Johnny, mais c’est un bon album. En tout cas, au moins, il est « hallydéen » ; conventionnel, conforme à ce que l’on attend de lui. Et, surtout, il porte parfaitement son nom : L’Attente.
En effet, on peut dire que Johnny n’avais pas enregistré de très, très bon album depuis 1999 avec Sang pour sang. Entre temps, il avait sorti cinq disques qui n’étaient pas vraiment à la hauteur de son talent. C’est simple, son dernier vrai tube est Marie, et il date déjà de 2002 ! C’est donc rien de dire que chez ses inconditionnels, l’attente commençait sérieusement à se faire sentir.
Avec cet album, qui reçoit un excellent accueil, il renoue avec ce qu’il sait le mieux faire et le mieux interpréter, les chansons d’amour un tantinet tristounettes. C'est-à-dire celles qui nécessitent cette ambiance bluesy dans laquelle il excelle.

Sur les onze titres qui composent L’Attente, j’en ai retenu sept intéressants. Les voici dans l’ordre d’apparition « en scène » :
1/ L’Attente
Jolie ballade pleine de mélancolie superbement interprétée. Johnny s’y montre aussi sobre que convaincant. La musique, d’abord discrète, va crescendo au fur et à mesure que monte l’intensité émotionnelle avec une belle présence des cordes.
2/ Refaire l’histoire
Un vrai rock. Une supplique véhémente dynamisée par de superbes parties de guitares. La découpe, avec ses couplets saccadés, est du meilleur effet. Une bonne chanson de scène.
4/ Un tableau de Hopper
Chanson très agréable à entendre. Il y a plein de tendresse dans la voix. Le texte, descriptif et réaliste, est particulièrement réussi. Un beau portrait de femme « cabossée » par la vie.
5/ Rester debout
« Rester debout » est un des leitmotive de Johnny. Ça a toujours été sa philosophie de vie et nombreuses sont les chansons qui l’ont évoquée. Ici, le message, plein d’humanité, est chargé de sentiments positifs comme la tolérance, bien que l’on note un certain penchant pour le fatalisme. En tout cas, c’est très bien écrit.
9/ L’amour peut prendre froid
Pas grand-chose à dire. Un duo Céline-Johnny ne peut que fonctionner. C’est de la belle ouvrage.
10/ Devant toi
Ça, c’est du solide. Un titre qui avance tout le temps, porté par une mélodie redoutablement efficace, faite de ruptures judicieuses. L’arrangement est bien travaillé. Il se dégage une belle énergie. C’est une jolie chanson d’amour autour du don et de l’abandon. Bon texte, là aussi.
11/ A l’abri du monde
Ambiance cool. Joli refrain. La mélodie, agréable, sauve le texte un peu convenu et gentillet.

Enfin, un petit constat personnel : pour Un nouveau jour, je trouve que la mélodie n’est pas à la hauteur de la qualité du texte…

Il manque toutefois un tube dans cet opus homogène et très respectable. Les deux meilleures chansons, à mon goût, sont L’Attente et Devant toi. Mais cet album, tout en marquant un appréciable retour aux fondamentaux, manque un peu d’audace et d’innovation. Ses auteurs n’ont pas pris de risques. Ils lui ont confectionné du sur-mesure alors qu’un interprète de l’envergure de Johnny Hallyday ne mérite que de la haute couture. Ce sera peut-être pour le prochain ?...

lundi 3 décembre 2012

Mais qui a re-tué Pamela Rose ?


Un film réalisé par Kad Merad et Olivier Baroux
Scénario de Kad Merad, Olivier Baroux et Julien Rappeneau
Avec Kad Merad (Richard Bullit), Olivier Baroux (Douglas Riper), Audrey Fleurot (La Présidente), Laurent Lafitte (Perkins), Omar Sy (Mosby), Guy Lecluyse (Kowachek), Philippe Lefèbvre (le Commandant de bord), Laurence Arné (Linda), Xavier Letourneur (Donuts), François Morel, Patrick Bosso, Alain Doutey…
Durée : 1 h 30.
Sortie le 5 décembre 2012

Synopsis : Quand il reçoit un appel du shérif de Bornsville lui annonçant que le cercueil de Pamela Rose a été volé, l’agent Douglas Riper voit là une occasion de renouer les liens avec son ancien coéquipier Richard Bullit, un ex-ami avec lequel il est brouillé depuis des années suite à une fâcheuse histoire de femme et de Fuego… Les deux anciennes gloires du FBI, devenus des purs has been, se retrouvent donc pour enquêter sur cette profanation, sans savoir qu’ils sont en réalité attirés dans un piège par un homme qui leur en veut beaucoup. Sans se douter non plus qu’ils seront bientôt les seuls à être au courant que la présidente des Etats-Unis of America est sur le point d’être assassinée. Rien que ça…

Mon avis : Neuf ans après sa brutale disparition, Pamela Rose est exhumée par ses deux géniteurs. La profanation de sa tombe est le prétexte d’une nouvelle aventure pour les deux agents fédéraux Bullit et Riper… Mais, presque dix ans plus tard, les deux hommes sont passablement dégradés. Riper, toujours employé au FBI, mais lamentablement placardisé, s’est considérablement empâté. Mais il brûle toujours d’un feu intérieur et rêve de reprendre du service. Quant à Bullit, il s’est réfugié dans la musique country dans une petite bourgade où il est entouré de toute la sollicitude des habitants. La « résurrection » de Pamela va leur permettre, et de se réconcilier, et d’avoir l’opportunité de devenir les sauveurs du monde. Des héros, quoi !

Je n’irai pas par quatre chemins : je suis complètement fan de l’univers cinématographique de Kad et Olivier. J’aime leur humour potache, décalé, loufoque, mélange réussi de gaudriole franchouillarde et de dérision british… Ce qui est bien, c’est qu’ils nous pondent à chaque fois un film avec une vraie histoire. Il y a en effet une colonne vertébrale très écrite sur laquelle viennent se greffer une multitude de petites côtes flottantes uniquement destinées à nous faire marrer.
L-histoire d’abord. Elle tient parfaitement la route. C’est un authentique thriller à l’américaine. D’autant plus à l’américaine qu’il concerne la présidente des Etats-Unis elle-même. Le décorum est en place. Et ça fait cossu. C’est bien filmé, il y a de beaux costumes et de belles coiffures (le plus gros du budget a dû être destiné aux capilliculteurs…). Il n’y a aucun complexe à avoir face aux grosses productions. La dramaturgie, bien construite, va crescendo. C’est du vrai cinéma. C’est truffé de clins d’œil, de références, de détournements…
C’est un blockbuster… Keaton. Difficile d’être plus farfelus que ces deux zigotos. Ils cultivent habilement toutes les formes d’humour. Il y a autant de blagues bien lourdes que de facéties finaudes. Je pense que cette répartition est voulue pour pouvoir toucher le plus large public, les amateurs de premier degré comme les friands de second degré. Et puis je pense aussi que ça les amuse surtout eux d’abord. Il est évident que le plaisir qu’ils prennent à leurs sornettes est communicatif.
Déjà, il ne faut pas arriver en retard à la projection, ni quitter la salle trop tôt ; car il ne faut manquer ni le générique de début ni le bêtiser offert en guise de bonus. Ensuite, il n’y a plus qu’à se laisser porter par nos deux énergumènes. Il ne faut pas chercher à finasser. On rit tout le temps comme des gamins et, franchement, ça fait du bien.

Les acteurs. Kad Merad et Olivier Baroux. Leur tandem est parfaitement rôdé. Chacun possède son cahier des charges et s’y tient scrupuleusement. Kad, c’est l’Auguste, prompt à toutes les bouffonneries, Olivier, c’est le clown blanc qui ne se départ pratiquement jamais de son sérieux. C’est une des raisons pour lesquelles leur duo fonctionne aussi bien. Ils ne se marchent jamais sur les pieds… Et, une fois encore ils ont su s’entourer.
Audrey Fleurot, qui est devenue en quelques films et séries une de nos actrices de tout premier plan, accomplit une fois de plus un sans faute. Elle est tout à fait crédible dans son rôle de présidente qui n’en est pas moins femme… Omar Sy ; de son côté, apparaît quasiment en contre-emploi. Il est digne, grave et professionnel comme sa fonction de garde du corps l’impose. Il ne rit jamais, sourit à peine. On a parfois du mal à croire que l’on a à l’écran le facétieux Omar. Ce qui prouve évidemment qu’il peut décidément tout jouer… Laurent Lafitte est comme un poisson dans l’eau dans ce registre décalé où il fait montre d’une belle autodérision. C’est un grand acteur de comédie… Et puis il y a Guy Lecluyse. Anthony Hopkins et Hannibal Lecter ont du souci à se faire tant le Guy est inquiétant et machiavélique, habité qu’il est par une haine et un esprit de revanche irrépressibles.

Il ne faut pas se tromper d’objectif. On va voir Mais qui a re-tué Pamela Rose ? avant tout pour se distraire, pour passer un bon moment de détente sans se prendre le chou et rire de bon cœur. Il y a bien sûr quelques imperfections et quelques facilités, mais on ne peut dénier à Kad et Olivier d’avoir fait un sacré bon boulot dans un genre des plus exigeants et les plus rigoureux, la comédie

samedi 1 décembre 2012

Bénureau "Best of"


La Cigale*
120, boulevard de Rochechouart
75018 Paris
Tel : 01 48 65 97 90
Métro : Pigalle / Anvers

Spectacle écrit par Didier Bénureau, Eric Bidaud, Dominique Champetier, Anne Gavard
Mis en scène par Dominique Champetier
Musique de Didier Bénureau
Avec Les Cochons dans l’Espace : Pascal Bétrémieux (guitare), Amaury Blanchard (batterie), Julie Darnal (claviers), Dominique Greffier (basse), Michel Aymé (guitare)

Présentation de Didier Bénureau : « En fait, l’idée de reprendre mes anciens sketchs une dernière fois ne m’excitait pas du tout. C’est lorsque mon producteur (C'est-à-dire moi-même) a proposé au comédien (toujours moi) de jouer ce spectacle avec un groupe de rock, que le désir est monté… La Cigale, des musiciens… et moi ! Au milieu ! Jouant mes sketchs ! Toutes mes chansons idiotes, mes gesticulations dansées ! Jouant de l’ukulélé, chantant Moralès, La maman de ma maman avec un groupe de rock ! Voilà, c’est ça l’idée : un best of en musique ! »

Mon avis : Cet homme est fou, complètement fou ! Et dans son Best of, il parvient encore à dépasser toutes les limites. Il nous fait la totale. Il joue la comédie, il chante, il danse, il grimace, il s’amuse…
A partir du moment où il a décidé de mettre le one man show entre parenthèses pour se consacrer au théâtre en 2013 et de rejouer une ultime fois ses sketchs les plus célèbres, il peut se permettre d’y aller à fond, de lâcher les chiens. Ou plutôt les cochons. En effet pour ces dernières représentations qui verront leur terme le 13 janvier 2013 au théâtre Déjazet, il s’est entouré de la joyeuse bande des Cochons dans l’espace. Deux cochonnes (à la basse et aux claviers), et trois cochons (aux guitares et à la batterie)… Avec l’apport de Didier, on aurait plutôt envie de les rebaptiser Les Cochons dans les spasmes tant nos zygomatiques sont mis à rude épreuve.

Il n’y a pas de round d’observation. Les Cochons, dont on attendrait plutôt qu’ils jouent de musique soue, sont résolument rock’n’roll. Ils permettent ainsi à Bénureau de nous servir une entrée à rendre jaloux Mick Jagger. Jugez plutôt : déhanchements lascifs, déplacements chaloupés, petits sauts de cabri, entrechats à la Bourvil… Il s’en donne à corps joie.
Après cette introduction frénétique, les musicos s’étant retirés, il ouvre dans le volet one man show en interprétant ses anciens sketchs, ses tubes. Le spectacle va être ainsi conçu, quelques sketchs à la suite entrecoupés par une chanson. C’est redoutablement efficace. Didier Bénureau ne s’offre aucun répit. Pas question de s’économiser alors qu’il sait qu’il les campe pour les dernières fois ses personnages odieux, lamentables, pathétiques, vicieux, indignes, parfois même naïfs. Quel bonheur que de retrouver dans un même spectacle le père de famille « heureux », la belle-mère sadique (Allo Patricia), le chanteur lyrique irradié, le militant, le miroir à deux faces, le chevalier anglais, le vieil évêque travesti, l’homo amoureux d’un Allemand pendant la guerre, la cérémonie du mariage… Sans compter l’hommage rendu par une garçonnet de 10 ans et demi à Julien Coupat et, sans doute la séquence la plus attendue de tout le public, l’élégie à Moralès.

Si, par méconnaissance ou négligence, vous n’avez jamais assisté à un spectacle de Didier Bénureau, ne manquez par celui-ci. Il y livre avec une incroyable générosité sa substantifique moelle. Il fait ce qu’il veut avec sa voix et avec son corps. Jamais vous n’aurez été les témoins de chorégraphies aussi improbables. C’est un comédien hors pair, son jeu est d’une précision clinique. Ses mimiques, sa gestuelle sont absolument irrésistibles. Il est unique dans ce registre. Tout au long de son spectacle, je me suis demandé où il allait puiser toute cette énergie digne d’un sportif de haut niveau. En toute sincérité, il FAUT voir Bénureau au moins une fois dans sa vie. Mais de grâce, dépêchez-vous…

  • Prolongations au théâtre Déjazet du 18 décembre au 13 janvier

vendredi 30 novembre 2012

Françoise Hardy


L’Amour fou
EMI


Dire qu’en 1988, à la sortie de son album Décalages, Françoise Hardy avait annoncé qu’elle arrêtait la chanson. Elle n’avait que 44 ans… Je me souviens avoir signé un article attisté que j’avais titré : « Les Décalages de la retraite » ! Heureusement pour nous, il n’en fut rien et Françoise a, depuis ce funeste mouvement d’humeur, enregistré six nouveaux albums dont celui qui vient de sortir, L’Amour fou.


L’Amour fou
Cette chanson qui donne son titre à l’album est un vrai petit film. En tout cas, on n’a aucun mal à y mettre des images. Un carrosse attend une belle comtesse pour la mener au chevet de son amant mourant… C’est le petit matin, on voit Françoise dans le rôle de la dame de confiance qui exhorte sa maîtresse à se hâter ; on imagine de belles robes, un cocher en livrée, des chevaux qui piaffent… Et beaucoup d’émotion… Thierry Stremler a su mettre les notes adéquates pour restituer ce climat à la Barry Lyndon. Et puis il y a la voix de Françoise, son murmure pressant, ses injonctions, sa tendresse complice… Ce titre est magistral.

Les fous de Bassan
Chanson sombre et languissante. Je lui trouve un petit côté Barbara.

Mal au cœur
Jolie petite chansonnette pour une drôle de consultation. Remarquable pour ses rimes en « eur » et son ton faussement détaché.

Vous n’avez rien à me dire
Chanson pleine de doute, de fragilité et d’espoirs contenus. Françoise est allée dénicher un petit poème de Victor Hugo qui décrit merveilleusement la confusion des sentiments d’une jeune femme.

Normandia
Julien Doré s’est totalement en-Hardy tant ce texte aurait pu être d’elle. « Pleure mon cœur imbécile » est une phrase qu’elle ne pourrait renier. Accompagnée d’un piano mélancolique, Françoise démontre une fois de plus combien la nostalgie lui sied.

Piano bar
Une ambiance feutrée et classieuse d’un piano bar de palace. On se plaît à se projeter l’image d’un Serge Gainsbourg au bar du Ritz ou du Raphaël… Alain Lanty a composé une mélodie délicate et ouatée que l’on écoute les yeux mi-clos en savourant un cocktail aux tons pastel.

Pourquoi vous ?
On vient d’évoquer Gainsbourg… On sent de nouveau sa présence tutélaire dans ces rimes en « ou » qu’il a sublimées dans La Javanaise. L’écriture ciselée de Françoise, jouant brillamment avec les allitérations, soulignée par les notes de Calogero, apporte à cette chanson un climat mystérico-romantique. Climat qu’accentue encore la petite ritournelle annonçant « The End ».

Soie et fourrures
Chanson éminemment féminine (qui ne plaira sans doute pas aux féministes), sur une mélodie très élégante de Thierry Stremler… Pouvoir utiliser toutes les affèteries d’une coquette pour Le séduire même si c’est « contre nature », vouloir Lui plaire de façon obsessionnelle mais désincarnée, savoir se contenter des « miettes qu’Il lui laisse »… On pense à L’esclave de Serge Lama… Vous avez dit masochiste ?

L’enfer et le paradis
Chanson dans laquelle le temps s’étire à l’infini pour résumer « toute une vie à nous attendre ». Alternance de moments doux et de moments durs, de printemps et d’hivers, de feu et de froid… On la sent très, très personnelle cette évocation qui synthétise « toute une vie dans le silence » plombée par ses propres « dilemmes » et contrariées par ses « absences » à lui.

Rendez-vous dans une autre vie
Ma deuxième chanson préférée après L’Amour fou. Peut-être parce qu’elle est (presque) entraînante et légère. Manière élégante (le vouvoiement entre autres) de signifier la fin d’une longue union, sorte de désamour courtois avec, à en point d’orgue, remerciements sincères pour les « beaux rêves, folies et fièvres » qui l’auront émaillée.

Billie Holiday


Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 35 32 31
Métro : Edgar Quinet / Gaîté / Montparnasse

Un spectacle musical de Viktor Lazlo
Mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt
D’après une idée originale de Francis Lombrail
Lumières de Jacques Rouveyrollis
Son de Baptiste Chevalier Duflot
Costumes de Sylvie Pensa
Direction musicale et piano : Michel Bisceglia
Avec Rémy Decormeille (Piano), Werner Lauscher (Contrebasse), Mark Lehan (Batterie), Nicolas Kummert (Saxophone)

L’idée : Un spectacle musical autour des vingt plus belles chansons de Billie Holiday. Viktor Lazlo nous entraîne au cœur de sa passion pour l’immense chanteuse. Celle à qui Duke Ellington et Artie Shaw ont fait chanter le blues et l’amour, celle qui a lutté contre la ségrégation et l’alcool, mais aussi celle qui a su laisser une trace aussi éblouissante qu’émouvante…

Mon avis : En ce moment, avec le spectacle Billie Holiday, le Théâtre Rive Gauche porte on ne peut plus opportunément son nom car, en effet, la rive gauche de la Seine (Saint-Germain des Prés, Quartier latin) a été le haut lieu du jazz de l’après-guerre… Et Billie Holiday (1915-1959) fut une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connue.
Viktor Lazlo, née un an après sa disparition, lui rend un vibrant hommage au cours d’un récital de vingt chansons. Or, comme nous sommes dans un théâtre, elle n’enfile pas les titres comme les perles d’un collier (bien que toutes ces chansons soient de véritables bijoux et que Viktor a su, par le passé, faire pleurer des « rivières »), ce récital est scénarisé. Chaque chanson est amenée par une anecdote puisée dans la biographie de Billie. Il ne faut pas oublier que, si Viktor Lazlo s’est fait connaître d’abord comme chanteuse, elle a tourné ensuite dans une vingtaine de films et de téléfilms et joué dans deux pièces. Le fait qu’elle soit donc aussi une comédienne confirmée apporte une formidable plus-value à son expression.

A l’image de son interprète, ce spectacle est d’une rare élégance. Les quatre musiciens qui l’accompagnent sont très classe : costume croisé trois pièces, cravate, borsalino et chaussures bicolores. Quant à Viktor, elle porte au milieu et à la fin, deux robes noires absolument superbes qui soulignent une plastique à faire pâmer all the Saints qui go marching in Rive Gauche… Bon, ça c’est le côté esthétique. Pour ce qui est du domaine artistique, on frise le sublime. Il suffit d’entendre les bravos et les applaudissements nourris qui ponctuent la fin de chaque chanson pour comprendre l’enthousiasme que la prestation de Viktor et de ses musiciens est vraiment du haut de gamme. En fait, on ne sait plus si on entend Bille Lazlo ou Viktor Holiday tant le mimétisme est confondant. L’exemple le plus troublant est lorsque elles chantent toutes les deux Georgia On My Mind, d’abord en alternance, puis en duo. On ne sait plus qui est qui.

Pour donner encore plus de véracité au spectacle, de magnifiques images d’époque en noir et blanc sont projetées permettant parfois des copiés-collés entre la scène et les écrans. C’est un travail d’une finesse remarquable. Sur la chanson Me, Myself And I, nous avons même droit à un judicieux triptyque qui en explicite parfaitement le sens.
Tout au long du spectacle, Viktor Lazlo se livre à une impressionnante prouesse technique et vocale. Elle nous fait vivre en outre à plusieurs reprises de grands moments quand elle se met à dialoguer en scat avec le saxophone. C’est magique.
Bref, nous avons droit à une heure et quart de bonheur acoustique et visuel, tout entier dévolu à cet incomparable artiste que fut Billie Holiday, une femme qui faisait tout de même rimer « money » avec « honey » et « brain » avec « champagne »… Si ce n’est pas subliminal…
Billie Holiday est un spectacle simple et efficace où l’on ne va qu’à l’essentiel. Mais qu’est-ce qu’elle chante bien Viktor Lazlo !... Pourquoi est-elle si rare ?

mardi 27 novembre 2012

Julien Clerc


Symphonique
Album Live
A l’Opéra National de Paris – Palais Garnier
(Livre-disque 2 CD + DVD)
EMI

Les qualificatifs pour présenter ce disque ne peuvent être que des superlatifs tant le résultat est grandiose. Il est à l’image à la fois de l’immense artiste qu’est Julien Clerc et de la majesté du cadre dans lequel il a été enregistré. Dans un tel écrin, la voix de Julien, sa puissance, ses modulations si caractéristiques, sont mises en valeur et en évidence comme jamais. Et la présence d’un orchestre symphonique de 40 musiciens souligne et transcende encore plus, si besoin était, son talent de mélodiste. On a l’impression de redécouvrir ses plus grands classiques dans une autre dimension ; comme un film en 3D. C’est absolument superbe à tout point de vue… et d’oreille. C'est Julienpérial !!!

Au programme, 23 chansons. Que des tubes ! Des tubes ponctuant plus de quarante ans de carrière, de Jivaro Song (1968) à Fou peut-être (2011). Ces titres sont tellement gravés dans la mémoire collective que Julien est parfois obligé de s’effacer pour laisser le public chanter à sa place. C’est une grand-messe à Garnier ! Si on ne devait posséder qu’un album de lui, c’est celui-ci qu’il vous faut. D’autant qu’il est accompagné d’un DVD de près de deux heures contenant le concert mais également un documentaire de 18 minutes et des images des coulisses qui nous font pénétrer dans l’intimité de l’artiste. Il faut également souligner la beauté du livret intérieur avec sa douzaine de doubles photos et ses portraits. C’est véritablement un objet collector destiné autant aux inconditionnels de Julien Clerc qu’aux éventuels néophytes.

Salvatore Adamo


La Grande Roue
Polydor/Universal

Cinquante de carrière et toujours la même fraîcheur, la même envie, la même créativité. Seule l’écriture n’est plus la même car, au fil du temps, elle n’a jamais cessé de s’améliorer encore, de devenir à la fois plus réaliste et plus poétique. Normal. En prenant de l’âge, le regard, s’attardant moins sur le nombril, prend plus d’acuité. Tout doucement, Salvatore Adamo s’est érigé en témoin de son temps. En prenant de l’âge, il a pu dire des choses plus engagées. En prenant de l’âge, on est plus écouté.

Prendre de l’âge… C’est La Grande Roue de la Vie qui a tourné. On y est monté plein de rêves et d’insouciance, avec l’envie de bouffer le monde, et si possible de le refaire. ET La Grande Roue a continué de tourner, emplissant ses nacelles de tout ce qu’une existence récolte : joies, bonheur, amours, amitiés, rencontres, chagrins, révoltes, résignation, peurs… Tout s’y mélange. Et, à un moment, justement quand on a pris de l’âge, il est temps de faire le tri et de dresser son bilan…
Salvatore en est là. Quand La Grande Roue était dans son ellipse ascendante, il était plein d’espoir et d’amour, quand il arrivait à son point culminant, il en profitait pour explorer l’horizon et voir ce qui se passait un peu partout dans le monde, quand elle entamait sa descente, il croisait le chagrin, l’injustice, les déceptions… Et puis ça repartait pour un tour. Et plus le nombre de tours grandissait, plus il s’enrichissait, plus il s’intéressait à l’humanité, plus il devenait altruiste et tolérant, mais aussi indigné et dénonciateur.

La Grande Roue, le 23è album studio de Salvatore Adamo, résume en douze titres ce que sa nacelle a ramassé après soixante-neuf révolutions.

1/ La Grande Roue
Chanson pleine d’esprit, dans une ambiance de fête foraine avec fanfare et flonflons. Le message qu’elle contient est fort ; l’homme, qui a tout reçu pour construire son bonheur, gâche systématiquement tout pour des raisons égocentriques, religieuses, économiques. Une terrible gabegie.

2/ Tous mes âges
D’abord piano-voix, cette chanson reçoit le renfort d’un violoncelle pour en souligner l’aspect temporalo-nostalgique. C’est encore la fameuse Grande Roue qui tourne. Le ton est très positif. L’âge n’a finalement que peu d’importance quand on nourrit toujours en soi une même fringale de vie, quand on ne sait toujours pas « quel chemin prendre », quand on a encore le goût des « bêtises » et la faculté de s’émerveiller.

3/ Cher amour
Un superbe poème magnifié par la présence majestueuse des cordes. C’est plein de tendresse et d’abandon. La façon quasi religieuse de chanter « ô cher amour » au début du refrain exprime l’immense élévation spirituelle que provoque le plus noble et le plus fort des sentiments. Magnifique cantique païen.

4/ La fête
Jolie ritournelle légère et entraînante, pleine de vie et d’insouciance qui, en quelque sorte, développe et complète Cher amour en l’amenant de l’abstrait aux choses concrètes.

5/ Je vous parle d’un ami
Admirable ode à l’amitié. Elle résume tout ce que l’on peut attendre et recevoir d’un Ami.

6/ L’homme triste
La musique, très mélodieuse, habille avec finesse le climat nostalgique de cette chanson qui nous fait traverser une partie de l’histoire de l’Humanité. Salvatore y souligne l’importance du rêve comme carburant pour faire tourner le moteur même s’il est coupé avec pas mal d’utopie avec, en toile de fond, notre éternelle quête du bonheur.

7/ De belles personnes
Petites chroniques du quotidien. Le texte fourmille d’images et de descriptions. Le ton est volontairement badin et teinté d’ironie pour dénoncer l’intrusion de la machine au détriment de l’humain. Il n’y a en tout cas là-dedans aucun angélisme. Ce sont Les temps modernes de Chaplin remis au goût du jour.

8/ Ricordi
Salvatore chante ses racines en italien. Un retour aux sources siciliennes joliment empreint d’une douce et tendre nostalgie.

9/ Ton infini
Quel poème ! Cette chanson est un hommage à la moitié d’orange à laquelle on rêve tous. C’est la quête amoureuse, la recherche d’« infini » et d’« absolu », mais aussi de plaisirs plus physiques que métaphysiques, d’où l’évocation subtile de la « naissance du monde », clin d’œil malicieux au célèbre tableau de Gustave Courbet. L’éternel féminin est traité d’une écriture élégante et sublimé par des cordes altières et éthérées. Finalement, c’est une histoire de belles âmes : celles des femmes et celles des violons.

10/ Le souvenir du bonheur
Une fois encore la plume de Salvatore est à son meilleur. Le liquide de son encrier est composé d’un cocktail d’attention portée à l’autre, de bienveillance, de générosité, d’admiration… D’amour quoi ! Il garde au cœur un soleil intérieur qui lui tient chaud en dépit de quelques brûlures inévitables.

11/ Alan et la pomme
Comme dans De belles personnes, Salvatore se fait chroniqueur pour, en s’inspirant d’une histoire vraie, évoquer la difficulté à vivre son homosexualité. Comme pour Eve, le geste de croquer la pomme va être fatal. Sauf que, dans le cas d’Alan, l’abandon du « paradis » terrestre est désiré, voulu, assumé. Les serpents qui sifflaient leur haine autour de lui étaient bien trop nombreux et hostiles… J’ai bien aimé cette idée de la première ligne du refrain en anglais.

12/ Golden Years
Cette chanson m’a fait sourire et m’a rajeuni en raison de son ambiance résolument Années 60 faisant la part belle au piano et à la guitare. Salvatore y dresse en anglais le bilan d’une vie à deux. La conclusion est digne d’un enfant du baby boom : il faut toute une vie pour apprendre à être jeune et, surtout quand on avance en âge, savoir pimenter son quotidien. C’est aussi une chanson sur la transmission. Très agréable à écouter.

Personnellement, mes deux chansons préférées – mais je les aime vraiment toutes pour de multiples raisons – celles que je trouve les plus efficaces, tant pour ce qu’elles racontent et pour leur mélodie, sont La Grande Roue et Le souvenir du bonheur.