Un grand merci et beaucoup de reconnaissance pour celles et ceux qui me font la gentillesse de venir faire un petit tour sur mon blog...
Grâce à vous, je viens de dépasser le cap du million de visites !
Je profite également de ce message pour confirmer que je n'écris que ce que je pense sincèrement, sans flagornerie aucune et sans complaisance.
Merci encore et, j'espère, rendez-vous pour le deuxième million...
Gilbert "Critikator" Jouin
lundi 2 novembre 2015
samedi 31 octobre 2015
L'Autre Galilée
Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Tel : 01 45 44 57 34
Métro : Notre-Dame des
Champs / Vavin / Saint-Placide / Edgar Quinet
Ecrite et interprétée par Cesare
Capitani
Mise en scène par Thierry Surace
Lumière de Dorothée Lebrun
Costume de Vjollce Bega
Musique d’Antonio Catalfamo
Décor et accessoires de Ségolène
Denis
Présentation : L’Autre Galilée est le portrait inattendu et
surprenant du grand savant italien Galileo Galilei. Vous allez découvrir un
homme drôle et passionnant, malin et subversif, qui toute sa vie s’est battu
pour la liberté de pensée, pour la séparation entre science et religion. Un
Galilée inédit et moderne qui a émis des affirmations bien plus dérangeantes et
violentes que la célèbre phrase « Et pourtant, elle tourne ».
Mon avis : Une fois encore Cesare Capitani m’a emmené au ciel.
Au propre comme au figuré car comment ne pas s’envoler dans le cosmos lorsqu’on
a le plaisir et le privilège de partager un peu plus d’une heure avec un
passionné comme Galilée…
Déjà, quand il avait dépeint la
vie ô combien tumultueuse du peintre Caravage, il m’avait enthousiasmé et ému
par sa totale implication. Il récidive cette fois mais dans un registre
diamétralement différent. Ici, il n’est plus question de folie, de débauche et
d’excès en tout genre, nous sommes dans une rigueur toute mathématicienne. Et
ce portrait va encore plus loin car il dénonce aussi les dysfonctionnements
spirituels d’une époque…
Hier soir, le Paradis était plein
comme un œuf. Le « Paradis » est le nom de la petite salle située au
tout dernier étage du Lucernaire. Tout un symbole car nous nous trouvions ainsi
plus près des étoiles et d’une lune qui nous avait la faveur de s’afficher
pleine. La force de ce spectacle c’est qu’il est dépouillé de tout artifice. Nous
n’avons pas d’autre choix que de nous focaliser et de nous concentrer sur la prestation
et le discours de Cesare Capitani. Cet artiste est un être singulier ; « singulier »
dans le sens « étonnant, qui se distingue des autres, qui sort de l’ordinaire »…
Lorsqu’il s’approprie un personnage, il ne se contente pas de le jouer, il l’habite,
il le vampirise et il le devient. Il l’EST !
Ce doit être un grand bonheur
pour un Italien que de camper un de ses plus illustres compatriotes. Quel
investissement aussi que de rentrer dans la peau et dans la tête de cet immense
savant et de faire à la fois revivre devant nous les plus grands moments de son
existence et réaliser l’importance de son travail et de ses découvertes.
Le mot « autre » dans
le titre du spectacle est loin d’être anodin. Cesare Capitani nous révèle des
aspects pas très connus de l’homme. On en apprend beaucoup sur son caractère.
Galilée était tout le contraire d’un illuminé ou d’un visionnaire. C’était un
vrai scientifique, un rationnel. Il était très ambitieux, intrigant, malin,
redoutablement intelligent, terriblement (mais légitimement) orgueilleux. Il
avait en lui l’insolence de ceux qui savent et qui sont sûrs de ce qu’ils savent
car ils peuvent le démontrer à grands renforts de chiffres et d’éléments concrets
intangibles. D’ailleurs Cesare/Galileo se livre devant nous à des expériences
physiques et à des démonstrations qui valent mieux qu’un long développement.
La face la plus inattendue de
Galilée, c’était son côté rebelle, subversif même. Ce chantre de la Liberté
était très en avance sur son temps dans tous les domaines. Tant dans sa vie
privée que dans ses recherches mathématiques et astronomiques. A partir de là,
il était hélas inévitable que l’Eglise s’intéresse particulièrement à lui. Quel
que soit l’immensité de son orgueil, lorsque la sinistre Inquisition se penche
sur vôtre cas, vous décrète hérétique et vous menace du bûcher, on ne tire pas
beaucoup de plans sur la comète : on transige et on sauve sa peau en
abjurant. Mais on n’en pense pas moins.
C’est l’éternelle opposition –
surtout à cette époque (le début du 17è siècle) – entre la science et la
théologie, la raison et la foi. On ne peut pas lutter contre les interprétations
dogmatiquement rigides de la Bible et des Saintes Ecritures. On s’aperçoit que,
finalement, les choses n’ont pas beaucoup changé puisque, aujourd’hui, ce sont
les interprétations subjectives du Coran qui ont engendré l’extrémisme…
Dans un jeu de lumières savamment
orchestré, Cesare Capitani nous livre un Galilée captivant, vibrant, souvent drôle,
mais surtout très lucide. Quel comédien ce Cesare. Sans jeu de mot, il est
carrément impérial. Complètement latin, doté d’un charisme naturel, viril et
beau, le regard de braise, il nous offre un texte remarquable, explicatif et au
vocabulaire riche et imagé. Dès le début, il nous happe par sa flamme, sa
passion, sa force de conviction et nous captive avec son aptitude troublante à
faire (re)vivre son personnage, son héros (car s’en est un).
Si vous voulez assister à un
grand moment de pur théâtre, précipitez-vous vite au Paradis du Lucernaire, une
étoile y brille de mille feux.
Gilbert « Critikator »
Jouin
jeudi 29 octobre 2015
Barber Shop Quartet "Opus 3"
Théâtre L’Archipel
17, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 75 54 79 79
Métro : Strasbourg
Saint-Denis
Concert jubilatoire écrit et
interprété par Marie-Cécile Héraud, Cécile Bayle, Bruno Buijtenhuijs et Xavier
Vilsek
Présentation : Le Barber
Shop Quartet reprend à sa façon l’esprit du Barbershop et ses harmonies a
cappella pour nous entraîner dans un spectacle au rythme endiablé et à l’humour
débridé.
Aux étourdissantes prouesses
vocales se mêlent chansons humoristiques, pastiches, mime comédie et même
d’époustouflants bruitages !
Mon avis : Une pure merveille !
C’est une des rares fois
où ; à la fin d’un spectacle, je ne ressens qu’une envie : qu’il
recommence immédiatement à son tout début pour en goûter toutes les facéties en
toute liberté d’esprit. En effet, lorsqu’on découvre un spectacle, on ne peut
s’empêcher d’avoir d’abord un regard critique, une curiosité professionnelle
qui nous empêchent de profiter pleinement de ce qui nous est donné à voir et à
entendre. On a tendance à chercher la petite bête, la faiblesse passagère, le
petit coup de moins bon, l’écueil de la facilité ou la tentative du sur-jeu…
Or là, avec le Barber Shop Quartet, j’ai été
« shopé » de bout en bout par la formidable qualité de leur
prestation. La totale. Le beurre et l’argent du Barber ! Ces quatre
olibrius aussi doués qu’extravagants nous comblent autant l’ouïe que la vue.
L’ouïe pour l’extrême perfection de leurs harmonies vocales et la précision des
bruitages ; la vue pour l’originalité de leur gestuelle, leur inventivité cartoonesque
et leur appétence à tout traiter en gag.
Comme tout quatuor qui se respecte, ils sont quatre. Mais dès leur entrée, ils affichent un déséquilibre comportemental. Il y a deux joyeux drilles et une luronne qui affichent sans retenue leur goût pour la gaudriole et, en contrepoids, il y a une revêche que leurs pitreries n’amuse visiblement pas mais qui, presque à son corps défendant, ne sera pas la dernière lorsqu’il faudra soit apporter son propre grain de folie, soit se mêler à la frivolité ambiante. Ça fonctionne on ne peut mieux.
Après un court préambule jazzy
cool qui nous permet d’apprécier illico l’entrelacs séraphique de leurs voix,
nos deux couples vont dérouler un spectacle aussi abouti que jubilatoire. C’est
comme un cocktail dans lequel on aurait mêlé les Andrew Sisters, Spike Jones et
Tex Avery. En plus de la confondante qualité vocale et visuelle, il faut
ajouter la grande valeur scripturale des parodies. Chaque texte est un
véritable petit bijou ciselé avec un soin d’orfèvre. Je pense particulièrement
à celui du Blue Rondo à la Turk de
Dave Brubeck que Nougaro avait adapté en un palpitant A bout de souffle et qui devient ici un mélodrame burlesco-consumériste
intitulé finement Le caddie de mes soucis.
Là, on est dans le domaine de la performance…
Enfin, ainsi que je l’ai signalé un peu plus haut, la grande originalité, la valeur ajoutée de ce spectacle vocal, c’est d’y avoir introduit une bonne dose de bruitages aussi brillants qu’inattendus, illustrés la plupart du temps d’une composition physique absolument hilarante de la part de leur auteur, Xavier Vilsek. Il suffit d’entendre la cascade de rire que cela provoque chez les enfants pour comprendre combien il est expressif, voire incontrôlable.
Bref, j’ai pris un tel pied que j’ai
bien l’intention de retourner les voir rien que pour le plaisir. Je suis
convaincu que, si le Barber Shop Quartet
s’installait suffisamment longtemps à Paris, il deviendrait à coup sûr un
groupe culte.
Gilbert « Critikator »
Jouin
vendredi 16 octobre 2015
Nadia Roz "ça fait du bien"
Apollo Théâtre
18, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
Tel : 01 43 38 23 26
Métro : République
Seule en scène écrit par Nadia
Roz
Mis en scène par Frank Cimière
Présentation : Nadia Roz croque la vie et pétille par sa bonne
humeur. Ce petit bout de femme envahit la scène comme une bouffée d’oxygène
avec un talent unique. A travers ses personnages comme une coach sportive, une
mannequin brésilienne, une Blanche Neige malicieuse ou encore une caillera
caustique et attachante, elle incarne des femmes contemporaines qui toutes nous
émeuvent et nous déclenchent des fous rires.
C’est sûr, Nadia Roz redonne des
couleurs à la vie et… ça fait du bien !
Mon avis : Nadia Roz est un véritable phénomène ! Pour
moi qui la suis depuis belle lurette, je la tiens comme une de nos toutes
meilleures humoristes actuelles, tous sexes confondus. Dès qu’elle se trouve
sur scène, cette petite bonne femme posée et réservée se métamorphose en
une vraie tornade pleine d’une folle énergie et totalement désinhibée. Rien ne
l’arrête. Elle sait tout faire…
Jouant de son visage ô combien expressif
et utilisant à ravir un corps d’une souplesse impressionnante (il faut voir
comme elle bouge), elle peut se permettre d’être performante dans tous les
registres : mime, danse, chant, grimaces, burlesque, accents, imitations…
avec un naturel et une aisance désarmants. Si l'on veut parler d'elle en toute honnêteté, on ne peut qu'employer les superlatifs.
Prenant dès le début son public à
bras-le-corps, elle ne va plus le lâcher pendant quatre-vingt minutes exécutées
sur un rythme échevelé. Coquine, espiègle, naturellement sensuelle, elle
interpelle les spectateurs, joue avec, les déstabilise d’un regard menaçant,
les charme en minaudant langoureusement… Mais elle ne se contente pas de cet
aspect interactif, elle assure aussi avec la qualité de ses sketches tous
remarquablement écrits et interprétés. Ses formules font mouche, ses
expressions sont imagées, ses jeux de mots excellents. Quant aux personnages qu’elle
campe, ils sont tout simplement à se tordre de rire.
Il y a bien sûr la tante
convertie en coach de « gym pour la femme domestique », la cousine
caillera aspirante comédienne qui fait son numéro au Pôle emploi, et aussi le
mannequin à l’accent brésilien, Blanche Neige héroïne d’un conte dénaturé. A
côté de cette galerie de personnages, elle s’amuse à développer le cinéma que
les femmes se font dans leur tête et à évoquer sa maternité façon récipiendaire
d’un César. C’est du très haut niveau.
Ajoutez à tout cela, un rap écrit
au scalpel autour de la chirurgie esthétique, une chanson interprétée avec la
voix d’une chanteuse estampillée Disney, un slam revendicatif, et vous obtenez
un show endiablé, éclectique et dense…
Nadia Roz est un cartoon à elle
toute seule. Hyperdouée de l’humour, elle possède un sens inné du comique dans la
moindre de ses mimiques et dans une gestuelle qui n’appartient qu’à elle. Bref,
c’est une formidable comédienne, inventive et complète. On comprend d’ailleurs
que la télévision fasse de plus souvent appel à ses talents riches et variés.
Comme en France tout finit par des
chansons, le spectacle auquel j’ai assisté m’a suggéré une petite parodie :
Un corps qui bouge vraiment bien
Des horreurs sortant de sa bouche
Des personnages qui font mouche
La scène c’est son terrain
Quand ell’ joue à la caill’ra
Qu’elle chang’ d’accent, de voix
On voit la vie en Roz
Ell’ nous dit des mots d’humour
Entre acide et velours
C’est fou tout ce qu’elle ose
Lorsque tombe un spectateur
Dans son collimateur
Elle est chargée sa dose
Elle est pour moi
Chez les filles
Qui pétillent
Aussi douée, drôl’ que la Foresti
Ell’ me fait rire aux éclats
J’adore ses ébats
Elle est extra
Gilbert « Critikator »
Jouin
jeudi 15 octobre 2015
Enorme !
Théâtre de Paris
Salle Réjane
15, rue Blanche
75009 Paris
Tel : 01 42 80 01 81
Une pièce de Neil Labute (Fat Pig)
Adaptée par Marie-Pascale Osterrieth et Charlotte Gaccio
Mise en scène par Marie-Pascale Osterrieth
Décors de Pierre-François Limbosch
Lumières de Laurent Castaingt
Costumes de Charlotte David
Musiques de Jacques Davidovici
Avec Charlotte Gaccio (Hélène), Julie de Bona (Julie),
Bertrand Usclat (Thomas), Thomas Lempire (Quentin)
L’histoire :
Quentin voudrait sortir avec Julie, qui voudrait être avec Thomas, qui la mène
en bateau. Jusqu’au jour où Thomas tombe amoureux fou d’Hélène, une jeune femme
brillante, drôle, sexy, mais qui est ronde… très ronde. Combien d’insultes
devra-t-il entendre avant de se lever pour défendre la femme qu’il aime ? Obligé
de se justifier auprès de ses collègues de bureau, sera-t-il prêt à
assumer ?
Mon avis : J’avais beau être accoutumé à ce que l’on distribue
TOUJOURS d’excellentes pièces dans la salle Réjane du Théâtre de Paris, j’avoue
que j’étais un peu tiède en y venant car le thème de Enorme ! ne me semblait pas très attractif. Or, la
programmation de la salle Réjane perdure dans son sans-faute en mettant cette
pièce à l’affiche puisque j’ai passé une fois encore un vraiment bon moment.
Et, au vu des bravos enthousiastes qui ont accompagné les saluts à la fin, je
n’étais pas le seul à avoir ressenti ce plaisir.
A cela, il y a plusieurs raisons…
D’abord, il faut saluer le
remarquable travail d’adaptation effectué par Marie-Pascale Osterrieth et
Charlotte Gaccio de Fat Pig, la pièce
de Neil Labute bardée de récompenses à Broadway et à Londres. Elles ont eu le
talent d’en faire une comédie à la française, avec des dialogues vifs et
percutants, saupoudrés de quelques allusions et clins d’œil « bien de chez
nous ».
Ensuite, il y a la distribution.
Là aussi, c’est un sans-faute. On a du mal à imaginer d’autres comédiens à la
place tant ils incarnent leurs personnages à la perfection. A certains moments,
ils sont tellement habités qu’on n’a plus l’impression qu’ils sont en train de
jouer.
Dans le rôle d’Hélène, Charlotte
Gaccio est absolument épatante. On peut dire que les gènes ont été bien
transmis, et par la maman (dans le jeu, le sens de l’humour, la sincérité et
l’art de se réfugier dans l’autodérision), et par le papa (dans la capacité à
manier la plume et les mots). On sent qu’elle a mis beaucoup – sinon tout –
d’elle-même dans ce personnage, dans ce qu’elle dit et dans sa psychologie.
Hélène est quelqu’un de foncièrement attachant. Elle est lucide, cash, malicieuse,
pleine de joie de vivre (ah, ce joli rire perlé si communicatif !),
charmeuse, taquine et, surtout, elle s’assume. Elle se protège néanmoins à
grand renfort de pirouettes et de blagues, jusqu’à ce qu’on la découvre
totalement désarçonnée de se voir courtisée.
Hier soir, dans le rôle de
Thomas, Bertrand Usclat était remplacé par Guillaume Pottier. Ce dernier m’a
complètement bluffé. Quelle palette de jeu, quelle finesse, quelle
justesse ! Il était complètement dedans. Il ETAIT Thomas, un jeune homme performant
dans son travail, mais très emprunté, voire coincé, dans ses relations avec les
femmes. Il est doux, rêveur, mal assuré, intègre. Il faut voir la précision de
ses gestes lorsqu’il est dans l’embarras ; ce qui, hélas pour lui, arrive
très souvent.
Thomas a la (mal)chance de
compter sur la présence au bureau de Quentin, un collègue qui est son contraire
absolu. Quentin a l’art de se faire détester. Il est vanneur, cynique, sûr de
lui, mufle. Il se mêle de tout, il trahit sans vergogne et sans remords bref, il
est le félon type. Thomas Lempire l’interprète avec un naturel désarmant. Il
est celui qui met du poil à gratter dans ce qui ne pourrait être qu’une
gentille romance. Mais il est aussi la personne qui synthétise le regard quasi
général que nous portons sur les individus en surcharge pondérale, un regard
qui, avouons-le, est souvent sans complaisance. Il dit tout haut ce que la
plupart d’entre nous pensent tout bas. Son rôle est primordial car il est
déclencheur.
Quant à Julie, elle est également
indispensable au bon équilibre de la pièce. Elle, elle a tout pour elle. Joli
minois, plastique irréprochable, rouage important au boulot, elle devrait être
heureuse et épanouie. Or, c’est une romantique, une sentimentale et, pire
encore, une femme amoureuse qui va se sentir bafouée. Julie de Bona est
impeccable dans ce rôle délicat de femme en souffrance qui essaie tant bien que
mal de sauver les apparences. Alors, elle rentre dans le tas avec une fougue et
une véhémence impressionnantes. C’est un véritable robinet à paroles, une
mouche qui virevolte, qui agace jusqu’à ce qu’on ait envie de l’écraser. Quel
tempérament !
Enfin, et c’est la troisième
grande qualité de ce spectacle, il donne à réfléchir. Il nous place tour à tour
dans les deux camps. Celui des gens physiquement « normaux », représentés
par Julie et Quentin, et dans le camp d’Hélène qui exprime son ressenti. Pour
les premiers, on évoque l’incommodité que l’on a à s’adresser naturellement à
quelqu’un d’enveloppé, on énumère les ostracismes, les lieux communs et les
idées reçues… Quant à Hélène, elle exprime ses difficultés à se faire accepter
par les autres, sa hantise de leurs jugements, sa conscience que l’on n’aime
guère « s’afficher avec une grosse », son exigence d’honnêteté vis-à-vis
d’elle…
Beaucoup de vérités sont ainsi
assénées, souvent crûment. Enorme !
est une pièce « rondement » menée où l’on rit les trois-quarts du
temps (grâce aux dialogues et au jeu hyper-précis des comédiens) mais qui donne
aussi à réfléchir. Il s’en dégage beaucoup d’émotion, mais sans jamais tomber
dans la mièvrerie ou le pathos… Pour toutes les raisons que je vous ai
développées, c’est une pièce qui vaut vraiment le coup d’être vue.
Gilbert « Critikator »
Jouin
mercredi 14 octobre 2015
Les Mangeurs de Lapin
Alhambra
21, rue Yves Toudic
75010 Paris
Tel : 01 40 20 40 25
Métro : République / Jacques Bonsergent
Ecrit et interprété par Dominique Baird-Smith, David
Benadon, Jean-Philippe Buzaud, Sigrid La Chapelle
Mis en scène par Alain Gautré
Direction artistique de Sigrid La Chapelle
Décors de Sigrid La Chapelle
Lumières de Sabine Belotti
Création musicale de David Benadon
Costumes de Julie Calange, Véronique Vigneron, Haruka Nagaï
Présentation :
Déjanté et poétique, un spectacle irrésistible au carrefour des arts de la
scène : Une échappée jubilatoire vers l’imaginaire, à découvrir en
famille !
Tour à tour fakirs, magiciens, danseurs, tennismen,
dresseurs d’animaux, camelots ou oiseaux de proie, les Mangeurs de Lapin
tentent désespérément d’éblouir le public par d’improbables numéros de cirque
et de music-hall.
Sous le regard blasé d’un musicien stoïque, ces sympathiques
escrocs nous mènent en bateau de l’Inde à l’Ecosse en passant par la savane et
le Médoc et se révèlent être d’authentiques virtuoses du rire et de l’absurde.
Mon avis : « Que c’est beau un vol de raquettes, le soir,
à l’Alhambra !... »
Voici la réflexion saugrenue que
je me suis faite en assistant, enchanté et médusé, à un époustouflant numéro de
jonglage effectué par Dominic Baird-Smith avec des raquettes de tennis… Mais
mes sensations en découvrant le spectacle des Mangeurs de Lapin ne se réduisent
pas à cette performance. Pendant les trois-quarts du temps, je me suis trouvé
en état d’émerveillement. J’étais comme le gamin d’une dizaine d’années qui se
trouvait deux rangées devant moi : il était debout, les yeux écarquillés, la
bouche tour à tour grande ouverte soit pour marquer son étonnement, soit pour
laisser éclater un rire frais. Son bonheur faisait plaisir à voir. Il n’y avait
d’ailleurs plus d’adultes dans la salle, il n’y avait que de grands enfants prompts
à s’extasier devant les pitreries de ces quatre énergumènes lapinophobes. Les Mangeurs de lapin, il faut les voir
pour y croire. Quel cirque !
Dans la note de présentation, on
évoque leurs « improbables numéros de cirque ou de music-hall »…
Mais, devant le résultat, on n’ose imaginer combien d’heures de travail et de
répétitions il leur a fallu pour les rendre aussi remarquablement « improbables »
ces numéros tant ils exigent de précision.
Le spectacle commence par un
étourdissant exercice de volubilité qui va donner le ton à la suite. Le mot qui
les définit tout au long de ce show (show lapin ?) est « virtuosité ».
Virtuosité verbale, virtuosité gestuelle, et virtuosité musicale. En effet,
David Benadon est un remarquable musicien multi-instrumentiste (piano,
guitares, batterie, trombone à coulisse…) qui va scander, accompagner et
illustrer le spectacle de ses compositions variées et colorées.
Poses grotesques, effets (très)
spéciaux, blagues potaches, bruitages, autodérision, animaux sur scène, magie…
tous les numéros sont présentés d’une façon volontairement affectée par un
bateleur le plus souvent dépassé par les événements (Jean-Philippe Buzaud,
excellent dans le maniement subtil du second degré et les postures théâtrales)…
Dans cette auberge espagnole du rire et du burlesque, on trouve évidemment de
tout. Nous sommes en décalage permanent. Il pleut des trompes d’eau,
alignements de cornacs, cycliste gonflé dans tous les sens du terme, roulements
de tambour pour annoncer un numéro aux pommes, musique romantique pour imager l’expression
« ramasser une veste » au sens propre…
Pour moi, cinq numéros,
particulièrement inventifs et réussis, nous font passer un vrai grand moment.
Dans mon ordre préférentiel, je mets en première position l’invraisemblable jeu
à quatre mains et la séance de lévitation d’un fakir forcément lamentable (formidable
composition visuelle de Sigrid La Chapelle) que je subodore être un hommage
appuyé au fameux sketch de Pierre Dac et Francis Blanche, le Sâr Rabindranath
Duval… Ensuite, je place le numéro de jonglage précité exécuté par un Ecossais
pas avare de son talent… Puis, à égalité, le tableau pachydermique et celui
intitulé « Le toucan du Médoc », un numéro haut perché dont je vous
laisse la surprise… Et puis, j’ai vraiment apprécié le pitoyable ballet exécuté
(cette fois dans le sens létal du mot) par le duo La Chapelle/Buzaud. Ce dernier,
par ses mimiques et ses manières m’a fait furieusement penser à Benny Hill, ce
qui n’est pas le moindre des compliments.
Comme dans le cochon, tout est
bon chez Les Mangeurs de Lapin. Il y
a des morceaux plus nobles et plus goûtus que d’autres, mais tout est très
comestible. Si on a mal au ventre en sortant de l’Alhambra, ce n’est pas pour
des problèmes de digestion lourde, au contraire, c’est d’avoir trop ri. Car
rire beaucoup, de bon cœur et avec une spontanéité toute juvénile, ça rend vraiment
léger.
Gilbert « Critikator »
Jouin
samedi 10 octobre 2015
Fleur de cactus
Théâtre Antoine
14, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 08 77 71
Métro : Strasbourg
Saint-Denis
Une pièce de Barillet et Grédy
Mise en scène par Michel Fau
Décors de Bernard Fau
Costumes de David Bélugou
Lumières de Joël Fabing
Maquillages de Pascale Fau
Avec Catherine Frot (Stéphane),
Michel Fau (Julien), Cyrille Eldin (Norbert), Mathilde Bisson (Antonia),
Wallerand Denormandie (Igor), Marie-Hélène Lentini(madame Durand-Bénéchol),
Frédéric Imberty (monsieur Cochet), Audrey Langle (le Printemps de Boticelli)
Présentation : Mentir à sa maîtresse n’est pas toujours une
bonne idée. Surtout quand elle décide de rencontrer votre ex-femme imaginaire
pour mettre les choses au clair. Heureusement, Julien a une assistante dentaire
dévouée… malheureusement, elle est amoureuse de lui et très susceptible !
Mon avis : Cinquante après sa création en 1964, Fleur de cactus vient s’épanouir de
nouveau, au théâtre Antoine cette fois.
Après avoir eu l’agréable
surprise d’entendre frapper les trois coups à l’ancienne, nous sommes
immédiatement replongés dans ces années soixante si pleines de couleurs flashy et
chargées d’insouciance. Les décors, qui glissent, montent et descendent, nous
emmènent successivement dans la chambrette mansardée d’Antonia, dans la
boutique où elle vend des disques vinyles, dans le cabinet de Julien, dentiste
de son état, et dans une boîte de nuit. Il n’y a rien de superflu, tout est
conçu pour nous faire profiter au maximum des comédiens et de leurs
chassés-croisés. Il faut également souligner la beauté audacieuse des costumes
(les ensembles extravagants très « courrégiens » de madame Durand-Bénéchol et les vestes aux tons
criards de Norbert, par exemple).
Lorsque le rideau se baisse à la
fin, quand le moment est venu de réfléchir à ce que l’on va pouvoir rapporter de
cette pièce, lorsqu’on essaie de synthétiser à chaud nos sensations, on se sent
un peu divisé… Evidemment, il y a beaucoup plus de fleurs que d’épines de
cactus à adresser.
Au départ, j’ai été quelque peu
déstabilisé par le ton récitatif et les postures caricaturales des comédiens.
Et puis, soudain, j’ai réalisé que Michel Fau avait sans doute voulu nous
offrir une parodie de pièce de boulevard avec un double niveau de lecture. A
partir du moment où j’ai accepté ce parti pris, je n’ai fait que prendre du
plaisir. En effet, si on ne s’en tient strictement qu’au premier degré, on se
sent un peu désarçonné par cette façon de jouer. C’est comme un morceau de
musique qui sonnerait légèrement faux et auquel on s’habituerait peu à peu. Ensuite,
si on adhère au postulat de Michel Fau, on se délecte au contraire de rentre
dans le jeu volontairement outré des acteurs. C’est tellement bien fait que ça
nous paraît progressivement normal.
En revanche, et je pense que c’est
là aussi une volonté du metteur en scène, Catherine Frot est la seule à jouer
avec naturel. Pour reprendre la métaphore musicale, c’est comme si nous avions
une soliste qui jouait juste entourée de musiciens qui sur-jouent une autre
partition. L’effet, très risqué, est pourtant étonnant. Je crois que Michel Fau
a tout fait pour que sa mademoiselle Vigneau recueille tous les suffrages. C’est
qu’il la connaît bien désormais. Leur expérience commune précédente dans Marguerite, leur a permis d’acquérir une
formidable complicité. Lorsqu’il possède un stradivarius entre les mains,
Michel Fau ne se prive pas d’en tirer le meilleur. Phonétiquement, entre Frot
et Fau, il n’y a qu’un « r » de différence, un air de famille…
Pour moi, Fleur de cactus est un immense jeu de Lego ; chaque pièce qui s’emboîte à la précédente est un nouveau mensonge. Si bien que l’édifice ainsi érigé monte très haut mais, affreusement branlant, il risque de d’écrouler à tout moment. Or, et c’est là tout le talent de Barillet et Grédy, les auteurs, la pyramide ne s’effondrera il que lorsque Stéphane l’aura décidé, suivie de peu par un Julien aux yeux et au cœur enfin décillés.
Ce vaudeville, comprenant moult répliques
absolument savoureuses et qui va crescendo, est fort bien écrit. Il frise même
le surréalisme car ses protagonistes sont amenés à croire en un avatar qu’ils
ont eux-mêmes engendré !... Il est emmené par un superbe trio : Frot
(Stéphane)-Fau (Julien)-Bisson (Antonia). Catherine Frot a hérité du beau rôle
car son personnage va être en constante évolution. Ou, comment la secrétaire
stricte et austère va d’abord vivre son fantasme comme s’il était la réalité
avant de se métamorphoser en séductrice sûre d’elle-même… Michel Fau, en
piégeur-piégé s’amuse visiblement comme un petit fou en prenant des poses
théâtrales dignes du cinéma muet. Quant à Mathilde Bisson, avec son physique et
ses tenues de starlette des années 60, mini-jupe et chignon choucrouté, elle
est tout simplement épatante. Alors qu’elle nous apparaît au départ comme une
nunuche un tantinet évaporée, on s’aperçoit au fil de l’intrigue que c’est une
très saine et belle personne, avide de vérité et au comportement d’une droiture
exemplaire.
Il y a dans cette pièce deux
scènes particulièrement réussies : le tête-à-tête entre Stéphane et Julien
dans leur cabinet au cours duquel ils se disent vraiment les choses à fleurets
mouchetés (Julien évoquant entre autres « la peur de vivre » de
Stéphane), ou l’art pour un faux ménage de se faire une vraie scène… Et puis,
il y a vers la fin ce bel échange plein de respect et d’humanité entre Stéphane
et Antonia.
Au côté de ce magnifique trio, chacun
se met au diapason. Cyrille Edlin s’éclate en interprétant un véritable mufle,
un grossier personnage dénué de tout scrupule, mais qui se laisse toutefois
mener par le bout du nez par sa compagne au caractère bien trempé (Audrey
Langle)… Wallerand Denormandie joue à la perfection un bellâtre dépressif aux
antipodes de l’évident pouvoir de séduction qu’il dégage… Chacune des
apparitions de Marie-Hélène Lentini est à se tordre de rire… Et Frédéric
Imberty joue les victimes expiatoires avec un enthousiasme convaincant.
Gilbert « Critikator »
Jouin
Inscription à :
Articles (Atom)



















