lundi 30 janvier 2017

Alma Mahler, éternelle amoureuse

Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Une pièce de Marc Delaruelle
Mise en scène par Georges Werler
Décor d’Agostino Pace
Costumes de Sonia Bosc
Lumières de Jacques Puisais
Son de Jean-Pierre Prévost

Avec Geneviève Casile (Alma Mahler), Julie Judd (Alma Mahler jeune), Stéphane Valensi (tous les rôles masculins)

L’histoire : Alma Mahler attend son éditeur pour corriger les épreuves de ses mémoires.
Ainsi sont évoqués ses exceptionnels maris (Mahler, Gropius, Werfel), certains de ses turbulents amants (Klimt, Kokoschka ou le père Hollnsteiner)…
A la fin de la soirée, c’est la célèbre Vienne toute entière qui aura défilé devant nos yeux.

Mon avis : L’idée de l’auteur est imparable : quel meilleur prétexte pour Alma Mahler que de relire l’épreuve de son autobiographie en présence de son éditeur américain pour nous raconter sa vie ?
Dès le début de la pièce, on est dedans. Alma Mahler est tellement incarnée par Geneviève Casile qu’on a plus la sensation de se trouver au cœur d’un reportage télévisé genre « Un jour, un destin » qu’au théâtre. Tout de suite, la forte personnalité d’Alma envahit « l’écran ». Quelle bonne femme !


Comme la pièce est sous-titrée « éternelle amoureuse », on va bien sûr se focaliser sur les nombreuses liaisons de la dame. Dans la réalité de la fiction, Alma est octogénaire. Elle s’est installée à New York après le décès de son troisième mari, Franz Werfel. Elle y vit depuis près de vingt ans et elle a décidé de rédiger ses mémoires… Alma Mahler est l’archétype de la vieille dame indigne. A son âge, on ne s’embarrasse plus de conventions. Anticonformiste, autoritaire, tonitruante, malicieuse, un tantinet parano, elle utilise un langage cru et imagé ; bref, elle a la dent dure et appelle un chat un chat et ça l’amuse. Au grand dam de son éditeur qu’elle malmène sans vergogne. Visiblement, elle tient scrupuleusement à la vérité. A « sa » vérité. On sent qu’elle n’invente rien, n’enjolive rien. Son extravagante franchise nous permet de croire en son histoire et de nous y plonger avec délectation… Quelle composition de Geneviève Casile !


Or, il n’y a pas que la présence incomparable de l’actrice pour nous emporter et faire de cette pièce un joli moment de théâtre. Il y a également sa construction, sa mise en scène et l’apport indispensable de ses deux partenaires, Stéphane Valensi, qui endosse tous les rôles masculins, et Julie Judd qui donne sa fraîcheur et sa fougue à la jeune Alma.
Comme je le stipule plus haut, cette pièce est traitée à la manière d’un téléfilm. On remonte la vie d’Alma Mahler dans son ordre chronologique en utilisant brillamment le procédé du flashback. En cela la mise en scène est d’une totale limpidité. Nous ne sommes jamais décontenancés, nous sommes en permanence de plain-pied dans l’action. Le passé apparaît derrière des rideaux transparents. Les dialogues s’entrecroisent, on vit hier tout en restant aujourd’hui, les époques se mêlent habilement, toujours sous le regard acéré, rigoureux et impitoyable de la vieille dame. C’est d’une fluidité parfaite.


L’octogénaire prend un malin plaisir à passer en revue les hommes, maris et amants, qui ont jalonné son existence. Elle dresse en quelque sorte sa "liste de Schindler" (son nom de jeune fille). Son analyse est aussi crue que son langage. Elle ne leur fait de cadeaux, elle ne s’en fait pas non plus. Se définissant comme une « guerrière », elle donne à ses rencontres qu’elle nomme ses « fadaises amoureuses » une certaine relativité. Pionnière du féminisme, elle s’est toujours voulue libre et conquérante. Un amant entrait dans sa vie alors qu’un mari n’en n’était pas encore sorti. C’était une adepte gourmande et enjouée du double foyer. A la seule condition que le grillon de ces foyers soit un artiste…


Les tableaux se succèdent ; les fripons de l’Alma défilent. Sans scrupules, elle passe de l'un à l'autre. A Vienne que pourra !... Alma-la-vieille est heureuse de ranimer Alma-la-jeune. Non seulement, elle se plaît à lui voir revivre ses premiers émois, ses premières folies, ses premières mésententes, mais elle se permet même de les commenter, voire de les télécommander. Ainsi peut-on voir dans une même scène l’octogénaire assister aux ébats passionnés de celle qu’elle était soixante ou cinquante plus tôt.
Pivot haut en couleurs de cette pièce, Geneviève Casile est admirablement secondée par ses deux partenaires. Julie Judd est épatante. Sa partition est uniquement d’interpréter une jeune femme ardente et passionnée. Elle s’en acquitte avec une impressionnante générosité. Cette impétuosité de la jeunesse est nécessaire pour concrétiser l’image de la femme qu’était Alma Mahler de 20 à 40 ans. Julie Judd est une flamme qui irradie la scène.
Quant à Stéphane Valensi, il lui suffit d’une pièce de vêtement pour entrer dans la peau d’un des hommes qui se sont brûlés à l’incandescente et frivole Alma. Il nous traduit le caractère de chacun avec une aisance confondante. Le fait qu’il campe tous les personnages masculins ajoute encore au rythme de la pièce. L’action ne souffre ainsi d’aucune déperdition. Et nous, on comprend tout…

Alma Mahler, éternelle amoureuse est une superbe pièce de théâtre, joyeuse, moderne, vivante. Elle m’a donné l’envie de relire l’histoire de cette femme hors normes qui aura eu cette spécificité que d’entretenir des relations tumultueuses et passionnées qu’avec des célébrités du monde des arts de la première moitié du 20è siècle.

Gilbert « Critikator » Jouin


vendredi 27 janvier 2017

Mademoiselle

Théâtre du Marais
37, rue Volta
75003 Paris
Tel : 01 71 73 97 83

Tous les jeudis à 20 h jusqu’au 30 mars

Spectacle musical écrit par Isabelle Layer et Philippe d’Avilla
Adaptations d’Isabelle Layer
Arrangements de Vincent Gaillard
Mise en scène de Philippe d’Avilla

Avec Isabelle Layer, accompagnée au piano par Vincent Gaillard

Présentation : Quand le chic parisien rencontre Cabaret, Chorus Line ou Chicago. Quand le glamour à la française embrasse l’univers de Liza Minnelli, Frank Sinatra, Marilyn Monroe ou Peggy Lee…
« Mademoiselle » est une célèbre meneuse de revue. Elle enflamme depuis des années les plus grandes scènes parisiennes. Le soir de ses adieux, dans l’intimité chaleureuse de sa loge, elle nous livre l’histoire de la petite fille aux grands rêves… son histoire ! Entre rires, larmes, émotions et situations cocasses, nous réaliserons avec elle que, dans la vie, l’essentiel n’est pas l’argent ni la gloire mais bien l’amour et le respect des autres… et surtout de soi…

Mon avis : On commence par la fin. « Mademoiselle », au faîte de sa gloire, vient de donner une ultime représentation. Quand les vivats et les projecteurs se sont éteints, elle réintègre la solitude de sa loge. Pour ne pas sombrer dans la mélancolie du « post coitum artistus triste », elle décide de refaire en notre compagnie le chemin qui l’a amenée du bas au sommet de l’affiche.


Le bonus de ce spectacle musical, c’est qu’il nous raconte une histoire. L’histoire d’une vie au service d’une passion. Même si le parcours artistique de « Mademoiselle » reste somme toute conventionnel et sans surprise, c’est la sincérité avec laquelle il est décrit qui en fait la force et la profondeur. Pour résumer de manière quelque peu elliptique : la vie de meneuse de revue de « Mademoiselle » est aussi standard que les titres qu’elle interprète. Son rêve de petite fille encouragé par son père et sa grand-mère, mais contrecarré par sa mère, elle « monte » à Paris en cachette pour y vivre de ce qu’elle a travaillé durant toute son enfance, le chant et la danse. Mais pour une toute jeune provinciale, la vie montmartroise n’est pas si rose que dans ses rêves. Night-clubs glauques, rencontres interlopes, auditions humiliantes, compromissions, faux sentiments, trahisons… « Mademoiselle » perdra vite ses illusions. Mais elle y gagnera une force : on a profité et abusé de sa naïveté, elle y a laissé des plumes, alors désormais ; ce sera elle la prédatrice. C’est elle qui va les plumer ces foutus oiseaux de nuit. Métamorphosée en femme fatale, désirée, adulée, elle devient « fatalement » une star. L’artiste y gagne une carrière, la femme y perd son cœur… Un grand classique.



Et puis, et puis… Mais je ne vais pas tout vous raconter. Surtout pas la suite et la fin. Isabelle Layer, alias « Mademoiselle », le fait bien mieux que moi. Elle a tant d’autres arguments : une voix modulable à souhait, capable de puissance mais sans trop en abuser, un talent prononcé pour la danse, la comédie et même le mime, une silhouette très agréable… Bref, elle est convaincante. Elle vit ce qu’elle chante avec une générosité, une intensité et une sensualité qui nous happent et nous séduisent. Elle est une vraie « interprète ». Ses sentiments se lisent sur son visage expressif. Elle est l’actrice de sa vie. Elle nous amuse, elle nous émeut, elle nous touche (au propre – si on est au premier rang- comme au figuré), elle nous fait rire et elle nous enchante avec le choix de ses titres, d’énormes tubes mis entièrement au service de son scénario. Les adaptations en français sont très réussies (J’ai adoré sa version de My Heart Belongs To Daddy et de Mister Cellophane qui, devenant la complainte d’une femme qui se sent transparente, prend ici tout son sens).


La mise en scène de Philippe d’Avilla est élégante et soignée, les jeux de lumières sont tout simplement stupéfiants dans un aussi petit théâtre, les costumes sont ravissants, les décors efficaces. Quant aux arrangements de chansons dont les airs sont gravés dans le rayon « Musique » de notre mémoire, ils sont riches, inventifs, parfois drôles. Il faut saluer le travail et la présence au clavier de leur auteur, Vincent Gaillard, qui accompagne sa « Mademoiselle » de tout son chœur.


Enfin (at last but non the least), ce qui m’a peut-être le plus touché dans ce spectacle musical, c’est le message distillé par Isabelle Layer. Il faut croire en ses rêves, ne pas se prendre la tête, ne jamais abdiquer. La foi en soi est le plus puissant des moteurs. On sait que l’on peut prendre des coups, tomber, mais qu’on se relèvera à chaque fois plus fort…
« Mademoiselle » est une belle leçon de vie racontée et chantée avec une authentique sincérité.

Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 26 janvier 2017

Hôtel des deux mondes


Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 35 32 31
Métro : Edgard Quinet / Gaîté

Une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène par Anne Bourgeois
Décor de Stéphanie Jarre
Lumières de Jacques Rouveyrollis
Costumes de Nathalie Chevalier
Musique de Jacques Cassard

Avec (par ordre d’apparition en scène) : Davy Sardou (Julien Portal), Jean-Paul Farré (Le mage Radjapour), Jean-Jacques Moreau (Le président Delbec), Odile Cohen (Le docteur S), Michèle Garcia (Marie), Noémie Elbaz (Laura), Günther Vanseveren (Raphaël, Gabriel, Emmanuel), Roxane Le Texier (un ange ?)

L’histoire : Aucun client ne sait comment il est arrivé à l’Hôtel des Deux Mondes. Ni quand il en repartira. Dans ce lieu étrange, tout devient possible, même les miracles.
Huit personnes s’interrogent, se disputent, se moquent, s’attendrissent, voire s’aiment. Certains changeront, d’autres pas, chacun restant le maître de son chemin.
Un suspense métaphysique entre rêve et réalité, une comédie philosophique où Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur du « Visiteur », poursuit sa recherche éperdue du sens et pose le mystère comme raison même d’espérer…

Mon avis : Déjà, le talent d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous emmener dans un endroit indéfinissable, un endroit dont on se dit : et pourquoi n’existerait-il pas ? C’est une sorte de no man’s land, une station spéciale à mi-chemin entre ici-bas et l’au-delà, une antichambre située entre la vie et la mort. Inutile de dire que le dépaysement est pour nous total. Le décor immaculé, ultramoderne et aseptisé concocté par Stéphanie Jarre contribue à renforcer cette sensation. Nous avons l’impression d’avoir le privilège d’être admis dans un lieu mystérieux et hors du temps afin d’être les témoins d’une situation paradoxale dont nous pensons quasiment tous qu’elle puisse se produire…
Sujet on ne peut plus métaphysique. Vous avez dit « métaphysique »?... En fait, il suffit de lire une des définitions de ce mot dans le Larousse pour résumer la pièce « Spéculations intellectuelles sur des choses abstraites qui n’aboutissent pas à une solution des problèmes réels »… On y est en plein.

L’Hôtel des deux mondes est un hôtel de passe-passe. C’est un lieu de transit. Je ne dévoile rien en écrivant cela, car on est rapidement amené à le comprendre. Tous les « clients » de cet établissement sont des gens de passage. Ils ne sont plus tout à fait vivants et ils ne sont pas encore morts. Ils sont tous dans un coma plus ou moins profond. Certains viennent d’y entrer, comme Julien Portal (Davy Sardou), un autre y séjourne déjà depuis six mois comme le « mage » Radjapour (Jean-Paul Farré). Par le truchement de la maîtresse des lieux, le docteur S (Odile Cohen), chacun – et nous avec – est informé de ce pourquoi il est là et de ce qui l’attend. Subissant alors un phénomène de décorporation, chacun devient le spectateur impuissant de son propre destin.

Dit comme ça, on donne l’impression d’un sujet à la fois rébarbatif et délicat. Le mot coma fait peur. C’est légitime. Mais l’art d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous faire réfléchir à ce qu’il peut y avoir juste avant et après la mort tout en nous distrayant et, même, en nous faisant souvent rire. Tout simplement parce que nous avons affaire à des personnages qui nous ressemblent, qui sont le reflet de notre société, et qui se comportent avec les qualités et les travers propres à l’être humain. On a effectivement un joli panel d’individus.


L’écriture de cette pièce, sa mise en scène alerte et sa distribution sont impeccables. Le sujet est profond, son traitement relève de la philosophie, mais il reste léger et accessible. Comme nous sommes tous concernés, il nous arrive de nous projeter dans telle ou telle situation, de partager les sentiments ou les réactions de l’un ou l’autre des protagonistes. Pour éviter tout pathos, l’auteur a fignolé des dialogues le plus souvent pleins d’humour. En cela, trois des personnages brillent particulièrement. Le mage Radjapour est un sage. Il est pragmatique, bienveillant, suffisamment détaché de tout pour accepter les choses avec un fatalisme réjouissant. Marie (Michèle Garcia) est humble, réaliste et, surtout, formidablement truculente. Son premier monologue est à mourir… de rire ! Le président Delbec (Jean-Jacques Moreau) est l’archétype du politicien expert ès compromissions en tous genres. Il nous fait irrésistiblement penser à quelques (tristes) figures actuelles. Il est sentencieux, cynique, égoïste, impitoyable. Tellement vrai !

Tout doucement, après nous avoir fait comprendre la mécanique et la présence ô combien impressionnante de l’ascenseur qui trône au milieu de la scène, Eric-Emmanuel fait monter l’intrigue d’un cran en y ajoutant une note de suspense. Qui va avoir le droit de retourner sur terre ou pas ? C’est terrifiant car il faut se résoudre à accepter l’arbitraire et même l’injustice… Un peu plus tard, il nous fait encore franchir un ultime pallier en introduisant dans son récit le plus noble des sentiments, l’amour. Il est incarné par la vibrante et pétillante Laura (Noémie Elbaz). Son arrivée apporte soudain de la vie, de la fantaisie, de l'intensité et de la sensualité. Evidemment, le premier à être séduit est Julien. Lui, le jouisseur désabusé, le bobo qui a bobo à l’âme, va se trouver régénéré. Sa « vie » va reprendre un autre sens. Sa métamorphose est spectaculaire.

Tous les acteurs ont un ou plusieurs morceaux de bravoure. Le mage, le président et Marie nous offrent des numéros absolument jubilatoires. On les voit évoluer tout au long de la pièce. Y compris l’énigmatique docteur S. Son rôle l’oblige à une réelle froideur, à une distance toute professionnelle vis-à-vis de ses clients de passage. Pourtant, elle va peu à peu – et contre son gré - fendre l’armure et se montrer profondément humaine.
Quant à Julien Portal, le nouvel entrant dans l’hôtel des deux mondes, on s’attache à lui parce qu’il est en quelque sorte notre guide. On découvre ce lieu ésotérique et les personnages qui y gravitent en même temps que lui. Comme lui, on est dans l’incompréhension, puis dans la révolte, puis dans l’angoisse et, enfin, dans l’acceptation et l’exaltation. Comme d’habitude Davy Sardou joue simple et juste.

Grâce au rythme apporté par la mise en scène, on traverse ces deux heures de spectacle avec autant d’intérêt que d’amusement. Il faut aussi souligner l’importance de la bande-son et des lumières. Jacques Rouveyrollis a su trouver des effets spéciaux dignes du cinéma. Il su plus particulièrement mettre en valeur le décor immaculé de Stéphanie Jarre, nous faisant ainsi immanquablement penser à la fameuse lumière blanche décrite par les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente.
Enfin, les dialogues de cette pièce sont saupoudrés de déclarations, de sentences, de maximes, de mots d’auteur qui sont un pur régal et autant de sujets de réflexions. Quand on sort du théâtre Rive Gauche devenu un instant une curieuse salle des trépas perdus, on n’est pas plus avancé sur nos questionnements. Mais on a reçu une belle leçon de vie et on sait que l’on va continuer à cogiter et à en débattre dès que l’on en aura l’occasion. Y a-t-il une vie après la mort ? Et Dieu dans tout ça ?
Mystère…

Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 15 décembre 2016

Bruno Salomone "Euphorique..."

Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Seul en scène écrit par Bruno Salomone avec la participation de Gabor Rassov
Mis en scène par Gabor Rassov avec la participation de Bruno Salomone
Lumières d’Orazio Trotta
Musiques de Guillaume et Benjamin Farley

Présentation : Imaginez-vous rire de tout, tout le temps, en permanence, même en cas de coup dur. A priori cela ressemble à une vie idéale… a priori. Vu à la fois comme un monstre, un messie, une star, un cobaye de laboratoire, un cadeau, une plaie, un punching-ball, un demeuré, un homme idéal…
Voici l’histoire de Golri, l’enfant né en riant !...

Mon avis : Quelle magistrale idée que d’avoir créé de toute pièce un personnage et de narrer les péripéties qui ont émaillé son existence depuis sa naissance (et même un peu avant), jusqu’à l’âge adulte !

La salle du Petit Montparnasse est archi comble lorsque Bruno Salomone, vêtu façon grand siècle, toute lavallière dehors, vient, avec une grande solennité, nous présenter le thème de son spectacle. Une fois ces propos liminaires tenus, il se sépare de sa tenue cérémoniale et de son rôle de Monsieur Loyal pour nous apparaître plus simplement en pantalon et chemise noirs. Dès lors, il ne s’appartient plus car il va se lancer dans l’histoire aussi étourdissante qu’extravagante de Golri.
Qui est Golri ?
Golri est un enfant qui a la particularité unique d’être né en riant… Tout se suite, on le visualise le bambin. Déjà rien qu’en imaginant sa bouille hilare en permanence, on en rit nous même… Alors, imaginez notre attitude quand Bruno Salomone se met à incarner tous les protagonistes de cette épopée « golriesque ».


Euphorique est un conte picaresque sorti d’un cerveau délirant. Devant nous, l’artiste va faire défiler les principaux personnages qui vont croiser la route de l’enfant-qui-rit. Il nous raconte un feuilleton cartoonesque qui fait appel à toute la palette de l’humour : gestuelle, grimaces, timbres de voix différents, accents, mime, bruitages, apartés, ruptures de rythme… et je dois en oublier.
Bruno Salomone se livre à une incroyable prestation, à une sidérante performance d’acteur. Chacun de ses personnages a une personnalité propre. Dès les premiers mots, dès la première posture, on sait à qui on a à faire. Un quarantaine d’individus de toute condition, de tous les âges, de tous les sexes, défilent ainsi devant nous sans aucun temps mort. Leur point commun, c’est d’être tous particulièrement hauts en couleurs. Ce sont tous des caractères.


Véritable chanson de geste(s), l’itinéraire de cet enfant pas gâté qu’est Golri est remarquablement construit. C’est une histoire qui se tient ; avec un début et une fin, des rebondissements, des flashbacks.
Si bien que, au-delà de la performance, Euphorique peut se recevoir de multiples façons car il contient plusieurs niveaux de lecture. A travers les nombreux personnages, c’est toute une société qui se dessine, avec ses codes, ses mentalités, ses castes, ses tares et ses qualités. Personnellement, j’y ai vu aussi une espèce de parabole sur la différence et sur le handicap. Golri n’est pas comme nous. Il est comme personne. Un gamin qui rit tout le temps, même quand il se brûle, ça nous amuse d’abord puis, petit à petit, il commence à nous agacer, à nous inquiéter pour, enfin, carrément nous déranger jusqu’à en devenir golriphobe. Un paradoxe ! C’est en effet ainsi que l’on traite pratiquement ceux qui ne sont pas comme nous. Franchement, ce phénomène de rejet, traité subtilement en filigrane, apporte une valeur ajoutée à ce spectacle. On pense à L’Homme qui rit de Victor Hugo, ou à Au nom de la rose d’Umberto Eco et sa métaphore autour ru rire.

Un spectacle qui reste d’abord et avant tout un fantastique moment d’humour. Bruno Salomone est protéiforme, c’est un multi-instrumentiste de l’humour. Il sait absolument tout faire… et même plus ! Une fois embarqué sur le scenic railway de son récit, on ne pense plus à rien d’autre pendant une heure et demie. La richesse de jeu du comédien n’a d’égale que la qualité d’écriture du spectacle. Quelle inventivité !
A la fin du show, au vu de la large banane qu’ils affichaient, tous les spectateurs s’étaient métamorphosés en Golri…

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 9 décembre 2016

Le crime était parfait... ou presque

Théâtre La Boussole
29, rue de Dunkerque
75010 Paris
Tel : 01 85 08 09 50
Métro : Gare du Nord

Une comédie de Jean-Paul Bathany
Mise en scène par Bernard Malaka
Décor de Sophie Jacob
Lumières de Marie-Hélène Pinon
Musique originale de Michel Winogradoff

Avec Marie Arnaudy (Véronique) et Marie Perrin (Térébenthine)

L’histoire : Une femme que vous ne connaissez pas sonne chez vous un soir pour vous annoncer que vous allez la supprimer… Oui, vous avez bien lu. Cette inconnue ne dit pas qu’elle VA vous supprimer, mais que VOUS allez la supprimer. Les statistiques sont formelles : cent pour cent des sondés mettraient cette inconnue à la porte parce qu’on ne discute pas avec une folle. Oui, mais voilà… La folle n’est peut-être pas si dingue que ça…

Mon avis : Lorsqu’on repère le nom de l’auteur, Jean-Paul Bathany, sur l’affiche, cela ne peut laisser indifférent si l’on a aimé la grande époque des Guignols et la série H sur Canal+ ou Caméra Café sur M6 pour lesquels il a prêté sa plume incisive. Si l’on sait en outre qu’il a participé à l’écriture de scénarii de films destinés entre autres à Kad Merad, Pierre Richard, Florence Foresti, Omar Sy, Pef, Franck Dubosc, Ary Abittan… on ne peut qu’avoir envie de découvrir une de ses pièces.

De fait, lorsque le rideau se baisse sur la représentation au théâtre de La Boussole de Le crime était parfait… ou presque, les deux éléments forts qui s’imposent immédiatement sont la qualité de l’écriture et le jeu des deux comédiennes. Les dialogues sont remarquablement ciselés. Ils sont vifs, mordants, drôles, intelligents. Jean-Paul Bathany a placé dans la bouche des deux actrices des réparties acides et des formules savoureuses d’un niveau particulièrement élevé.Justement, parlons-en de Térébenthine et Véronique, les deux héroïnes de ce thriller comico-psychologique. Le choix de Marie Perrin pour la première et de Marie Arnaudy pour la seconde est fort judicieux. En effet, c’est sur leur antagonisme et leurs différences de personnalité que tout repose… Térébenthine est une femme au caractère fort. Elle est cultivée, automatiquement cynique, autoritaire, rouée ; elle a la dent dure. Pourtant, au fur et à mesure que la pièce avance, on s’aperçoit qu’elle cache une faille, une blessure qui vont finir par éroder sa belle assurance… Véronique, c’est tout le contraire. Elle est naïve, crédule, spontanée, un peu primaire et foncièrement bonne…


Tous les tandems qui fonctionnent dans les comédies théâtrales ou cinématographiques sont construits autour de cette opposition dans les personnalités et les tempéraments. Plus leurs différences sont affirmées, plus leur complémentarité est efficace. Et plus, nous, spectateurs, nous en profitons… Grâce donc aux deux prestations, fines, justes, généreuses et jubilatoires des deux Marie, servies ainsi que je l’ai dit auparavant par des dialogues réellement percutants, on ne s’ennuie pas une seconde. La construction de la pièce est telle qu’on ne sait jamais comment le scénario va évoluer. On navigue et à vue et au son. De curieux on devient captivé. Eu égard à l’appétence pour l’amoralité qui anime l’auteur, on se demande comment tout cela va-t-il se terminer…


Reste l’histoire. Là aussi ce sont deux attitudes qui s’opposent. Le cartésianisme versus le spiritisme. Autant Térébenthine est pragmatique, autant Véronique est sensible aux forces ésotériques. En résumé, faut-il croire aux rêves, à la voyance et aux mondes parallèles ? Tout dépend finalement comment vous êtes vous-même. Personnellement, je penchais du côté de Térébenthine. Si bien que, parfois, je trouvais certaines situations invoquées par Véronique peu crédibles, un peu fumeuses. Mais c’est un postulat que, progressivement, on en vient à accepter. C’est le jeu, complètement sincère, de Véronique qui nous y amène. Ainsi, dès qu’on a basculé dans cet état d’esprit, la pièce n’est plus que plaisir.
Le crime était presque « parfait », la pièce l’est quasiment aussi…

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 7 décembre 2016

Vianney "Vianney"

tôt Ou tard


Deux ans après Idées blanches, Vianney sort son deuxième album sobrement intitulé Vianney. Avec le succès, son patronyme se suffit désormais à lui-même ; il est devenu une image de marque, un modèle déposé. Ses chansons sont si identifiables qu’on peut dire immédiatement ; « C’est du Vianney » !

Son premier opus ayant été largement consacré Disque de platine, j’étais forcément très excité à l’idée de découvrir la suite. Je n’ai pas été déçu. En très peu de temps, Vianney s’est imposé comme une valeur sûre de notre (bonne) variété française. Il a sa patte, son style et son timbre de voix si particulier. Il a aussi – et c’est sans doute ce qui a fait sa différence – une qualité d’écriture très personnelle.
« Très personnel »… C’est ce qui vient tout de suite lorsqu’on écoute ce second album. Vianney n’y parle que de lui. Il ne parle que de ce qu’il vit et de ce qu’il ressent… Il n’a pas peur de mettre son cœur et son âme à nu. Il y a un petit côté Souchon dans cette façon d’assumer sa fragilité, de faire part de ses doutes. Et pourtant, il n’y a aucun égocentrisme là-dedans. Au contraire, ses sensations personnelles deviennent généralité car chacun de nous a plus ou moins vécu les mêmes situations, émis les mêmes réflexions.


La plupart du temps, il affiche une forme d’indolence, de fatalisme. Il constate mais, en apparence, ne se révolte pas. Erreur, tout se passe dans sa tête. Vianney est un « contemplactif ». Finalement, comme la plupart d’entre nous, il est double. Il y a d’une part l’impression qu’il dégage – et qu’il se plaît à entretenir -, c'est-à-dire une certaine douceur, un brin de mélancolie, sourire aimable, grande courtoisie… mais, en grattant un peu ses textes, en lisant entre les lignes, on devine une réelle force de caractère. On ne s’assied pas sur les bancs du lycée militaire de Saint-Cyr sans en retirer une réelle solidité. C’est ce qui le rend encore plus intéressant.

Ainsi, lorsqu’il s’empare d’un thème, il ne réagit pas à chaud. Il prend un peu de recul et l’analyse quasi scientifiquement. La rupture, par exemple, qui tient une place importante dans cet album. Il l’évoque dans Sans le dire puis le développe dans la chanson qui suit, Je m’en vais. Tout en se montrant très pudique, il décrit se sensations, estime que la profondeur des sentiments est supérieure aux mots. Puis, après avoir digéré sa douleur, après s’être un tantinet auto-flagellé, il réagit et décide de prendre « ses cliques et ses claques ». Mais avant cela, c’est plus fort que lui, il faut qu’il dresse le bilan de cet échec. C’est ce qu’il fait dans Oublie-moi. Lorsque le doute s’immisce dans une relation, l’éloignement devient logique et nécessaire. Mieux vaut donc partir en laissant derrière soi de la rouille et des cendres.

Mais avant de prendre cette décision, il a continué d’autopsier son cœur afin de déterminer ce qui a et n’a pas fonctionné dans cette relation amoureuse. Dans Tombe la neige, il relativise. Il a raté cet amour comme on manque un train. Après tout, il en passera d’autres… Dans Moi aimer toi et J’m’en fous, il positive. Visiblement, il n’aime guère les conflits, ne supporte pas les petits affrontements ; il a conscience que ces blessures sont passagères, que les larmes sèchent, et puis on oublie en ne gardant en mémoire que les souvenirs des bons moments partagés. Or, malgré tout, les amours passées laissent toujours une empreinte. Pour ne pas sombrer dans la mélancolie, la meilleure des échappatoires, c’est le rêve… En conclusion, il faut savoir assumer ses propres défauts, gérer ses erreurs bref, prendre de la hauteur comme Dumbo. Si on ne s’aime pas soi-même, comment bien savoir aimer les autres ?


Sept chansons sur onze sont consacrées à la relation amoureuse. Ça va parler au plus grand nombre… Vianney est un cérébral. Il semble en introspection permanente, il décortique tout. Il se pose des questions et les transpose en chansons. Y compris ses troubles ou ses interrogations les plus intimes. C’est le cas de la chanson Le fils à papa dans laquelle il fait état de son mal-être par rapport à la façon dont certains peuvent critiquer le fait qu’il ait grandi dans un milieu aisé. En réalité, la majorité des adolescents est égocentrique, on n’est jamais content de ce que l’on a. Ce n’est qu’en devenant adulte qu’on réalise que l’on n’est valorisé et sauvé par les autres et, surtout, par leur amour. Ça va loin !

Deux titres possèdent un angle particulier. L’un est fictionnel. Quand je serai père est vraisemblablement une extension du Fils à papa. Il inverse les rôles en anticipant sur ses responsabilités de père. Conscient de ses manques, il craint que ses enfants les lui reprochent un jour. Pour définir ses inquiétudes, il utilise une jolie métaphore arboricole et horticole. Puis, utilisant la litanie « j’aurais pu », il formule déjà des regrets en avouant son impuissance et sa négligence futures. Ce n’est pas simple dans sa tête. Ou alors est-ce déjà pour se dédouaner ?
L’homme et l’âme est une chanson à part car elle évoque les tragédies du 13 novembre. C’est un exercice délicat, quasiment métaphysique. Il y dénonce cette violence qui abaisse l’homme et, sans aller jusqu’à stigmatiser les religions, il voit dans ces drames une forme d’abandon de Dieu.

Vianney termine intelligemment son album avec Le galopin, une chanson subtilement positive. Cette fois, il est contre l’immobilisme. Il se dit pour l’échange, pour le dialogue. Il faut savoir remarquer ce que l’on possède en soi de bien, aimer ce que l’on a, le dire et le partager. C’est une fin pleine d’espoir et d’envie. Elle est provoquée par un parfum de femme. Quelle image ! N’y aurait-il pas là-dedans un clin d’œil subliminal du côté d’Aragon et de Jean Ferrat avec leur maxime : « La femme est l’avenir de l’homme » ?
Pour le savoir, rendez-vous au troisième album…


Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 5 décembre 2016

Michel Drucker "Seul... avec vous"

Théâtre des Bouffes Parisiens
4, rue Monsigny
75002 Paris
Tel : 01 42 96 92 42
Métro : Pyramides / Quatre septembre / Opéra

Seul en scène écrit et interprété par Michel Drucker

Note d’intention : « J’avais cette envie depuis longtemps : d’être seul avec vous l’espace d’une soirée, pour évoquer mes souvenirs accumulés au cours d’une carrière dont la longévité n’en finit pas de m’étonner. Rendez-vous compte, cinquante ans ! Cinquante ans de complicité avec trois générations de stars, chanteurs, acteurs, sportifs, hommes politiques, vedettes de télévision… Mais surtout cinquante ans de complicité… avec vous !
Ce soir, je vais vous raconter les coulisses, l’envers du décor. J’espère vous étonner, vous émouvoir, mais aussi vous faire rire. Je suis très impatient d’être devant vous » (Michel Drucker)

Mon avis : J’avais découvert le seul en scène de Michel Drucker le 27 février à Lyon. Neuf mois plus tard, je suis retourné le voir aux Bouffes Parisiens où il a pris ses quartiers d’hiver. Force m’est de reconnaître que j’y ai pris encore plus de plaisir. Je savais certes à quoi m’attendre mais, une fois de plus j’ai été bluffé, emballé et séduit par sa prestation.
Déjà, son spectacle dure une demi-heure de plus. Il atteint désormais les deux heures. Et on ne s’ennuie pas une seconde. Au contraire, on ne voudrait pas que ça s’arrête tant on imagine le nombre de confidences et d’anecdotes qu’il a dû garder en réserve. Comme on dit en cyclisme, il en a encore sous le pied. Nous ne sommes qu’à la première étape de ce qui devrait être un tour au long cours. Fort de sa tournée de 26 dates en province, Michel Drucker a gagné en aisance et en assurance. Il a pris du métier. Pas dans le sens mécanique, mais dans ce sens où, s’étant aguerri au fur et à mesure des représentations, il peut désormais être totalement lui-même.

Dans sa note de présentation, Michel Drucker cite trois verbes qui sont autant de leitmotive pour lui : « étonner, émouvoir, faire rire »… Mission largement accomplie. Même si c’est le rire qui prédomine largement. Son atout majeur, c’est l’autodérision. Il a pris tellement de recul ! Il n’a visiblement que faire des paillettes. Il est aux antipodes de la mégalomanie.
S’il a acquis la célébrité, c’est à force de travail, d’abnégation et de doutes. A la télévision, il est devenu le bon élève qu’il n’avait pas été dans sa jeunesse. Il a énormément bossé et, petit à petit, il est devenu l’égal de ses maîtres, puis il les a dépassés, devenant, un peu contre son gré, une institution. Michel Drucker, c’est l’histoire vivante de la télévision française. Sa carrière est unique, incomparable.


C’est tout cela qu’il nous narre durant deux heures. Il est un conteur-né. Ça ne s’apprend pas, c’est en lui, c’est inné. Après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, il a décidé de lâcher enfin la bride, d’ouvrir en grand l’album de ses/nos souvenirs et de nous révéler ce qu’il a vécu en coulisses. Projections à l’appui dans un décor mitonné par sa fille Stéphanie Jarre, il balaie un demi-siècle de divertissements sur le petit écran. Il a rencontré tout le monde. La différence avec nous, c’est qu’il a connu les vedettes de la télévision, du showbiz, du sport et de la politique, dans leur intimité. Avec son regard amusé, tendre et lucide, il nous les fait découvrir autrement. Son chapitre sur Léon Zitrone est à mourir de rire. Jamais méchant, toujours respectueux, foncièrement bienveillant, il évoque les travers ou les manies de certains avec une tendre malice.
Pour avoir souvent fréquenté ses plateaux pendant plus de trente ans, j’ai remarqué que Michel Drucker apportait autant d’intérêt aux anonymes, aux modestes, qu’aux grands de ce monde. Il ne compose pas un personnage, il est en permanence à l’écoute des autres. Le public ne s’y trompe pas qui a établi avec lui une forme de compagnonnage, de camaraderie toute simple.


Son spectacle est à son image : chaleureux et drôle. Il ne craint pas non plus de montrer ses émotions. Il a perdu tant de gens qui lui étaient chers et nécessaires. Il leur rend hommage, sans pathos aucun, tout simplement parce qu’ils méritent que, de temps en temps, on se souvienne d’eux. Et puis, dans son spectacle actuel, il n’hésite pas de s’offrir quelques commentaires sur l’actualité (en mimétisme sans doute avec Guy Bedos). Il ne faudrait pas le pousser beaucoup pour qu’il nous fasse sa revue de presse. Alors, par ci par là, il évoque les élections américaines, les Primaires de la droite… Il a de la matière, il en connaît tous les protagonistes !
Ce spectacle aurait pu s’appeler aussi « Drucker en liberté ». Il ne s’interdit rien. Même si l’on se doute qu’il garde pour lui tant de choses que déontologiquement et surtout, humainement, il n’a pas le droit de confier. Mais, quand même, il se lâche beaucoup, il balance un peu, n’hésitant pas à livrer quelques confidences savoureuses ou croustillantes. Il nous offre vraiment un spectacle total, un concentré sur cinquante ans de sa vie et de la notre intimement entremêlées. S’il y a parfois de la nostalgie, elle est carrément souriante. Si bien qu’on sort des Bouffes Parisiens le cœur heureux car plein de tant de beaux souvenirs. Il suffit d’écouter les commentaires enthousiasmés et ravis de ceux qui, pendant deux heures, ont quitté leur statut de téléspectateurs pour celui, plus proche et plus gratifiant, de spectateurs.

Gilbert « Critikator » Jouin