vendredi 30 août 2019

J'ai envie de toi


Théâtre Fontaine
10, rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Tel : 01 48 74 74 40
Métro : Blanche / Saint-Georges / Pigalle

Une pièce de Sébastien Castro
Mise en scène par José Paul
Décors de Jean-Michel Adam
Costumes de Juliette Chanaud
Lumières de Laurent Béal
Son de Virgile Hilaire

Avec Sébastien Castro (Youssouf), Maud Le Guénédal (Sabine), Guillaume Clérice (Guillaume), Anne-Sophie Germanaz (Christelle), Astrid Roos (Julie), Alexandre Jérôme (Gaël)

Présentation : Il vous est sûrement arrivé de vous tromper de destinataire en envoyant un texto... 
Ce soir, c’est à Guillaume que ça arrive. Alors qu’il pense adresser “j’ai envie de toi” à Julie, sa nouvelle conquête, le texto est envoyé par erreur à Christelle, son ex… La soirée, bien mal partie, dérape définitivement quand son voisin s’invite chez lui après avoir abattu la cloison qui sépare les deux appartements.

Mon avis : On ne va pas ratiociner à l’infini : cette pièce a été écrite pour faire rire, uniquement pour faire rire. Et ce but est largement atteint.
Pour avoir joué dans un grand nombre de (très bonnes) comédies, Sébastien Castro, qui signe avec J’ai envie de toi, sa première pièce, connaît parfaitement tous les ressorts et toutes les subtilités du genre.
Tout part d’une affreuse erreur de manipulation. Au lieu d’adresser son texto à sa Julie, sa nouvelle conquête, une proposition on ne peut plus explicite, “J’ai envie de toi”, Guillaume l’envoie à Christelle, son ex, une jeune femme qu’il ne veut surtout plus revoir… Il faut dire à sa décharge qu’il ne se trouve pas à ce moment-là en pleine possession de tous ses moyens car il est un tantinet perturbé par un voisin fâcheusement intrusif. D’où cette malencontreuse précipitation.

Ce voisin, cet empêcheur de pianoter en rond sur son clavier, c’est Youssouf. Lorsqu’un énergumène de cet acabit fait irruption dans votre vie, c’est l’équivalent d’un tsunami qui vient balayer votre quotidien. Youssouf, c’est un peu le François Pignon du Dîner de con. Mais avec, en plus, une réelle dose de cynisme. C’est à dire que, tout en étant aussi gaffeur et interventionniste que le héros de Francis Weber, il se révèle également totalement dénué de scrupules. Cette double mentalité en fait un personnage à la fois imprévisible et redoutable. Omniprésent, Sébastien Castro s’en donne à coeur joie. Tout son registre, dont l’éventail est très, très large, y passe. Face à ses mimiques, à son timbre de voix “droopyesque” si particulier, sa gestuelle hésitante, ses regards tour à tour effarés ou entendus, ses silences aussi, la salle ne résiste pas. Plus les situations sont folles, plus les rires se mettent au diapason et deviennent fous à leur tour.


Grâce à une mise en scène de José Paul nerveuse et millimétrée, J’ai envie de toi nous emporte comme un tourbillon. Le rythme, effréné, ne faiblit jamais. Les gags, les quiproquos, les malentendus, les imbroglios s’enchaînent. Les scènes entre Youssouf et Guillaume ont parfois un tel niveau de virtuosité absurde qu’elles en deviennent paroxystiques. Comique de répétition, humour parfois trash (je vous laisse découvrir à quels moments), situations improbables… L’appartement lui-même, avec sa fameuse cloison amovible, est un plus qu'un décor, c'est un élément de jeu à part entière. Il y a aussi une inénarrable trouvaille d’écriture avec le personnage de Gaël, l’homme qui ne finit jamais…

Sébastien Castro et José Paul ont su insuffler un authentique esprit de troupe. Chacun des six protagonistes de cette loufoquerie jubilatoire, joue sa partition avec précision et, surtout, avec le plus grand sérieux. Ce qui, pour une comédie, amplifie les effets comiques.
J’avais derrière moi un ado d’une quinzaine d’années, dont les éclats de rire, frais et spontanés ajoutaient à mon amusement. Et dans la rangée devant, c’étaient deux jeunes filles, très complices, accompagnées de leurs parents, qui ne cessaient de se regarder, de se prendre à témoin, et de s’esclaffer en choeur. J’ai envie de toi est une comédie tous publics. Quel que soit son âge, on y trouve son compte. Et un conte à dormir debout même car cette pièce n’est qu’une formidable farce. C’est Feydeau qui aurait bouffé du lion… le lion de Tex Avery ! Il ne faut pas y chercher de crédibilité ; il faut laisser son cartésianisme au vestiaire, et se préparer à souffrir des zygomatiques tant ils vont être sollicités.

Gilbert "Critikator" Jouin




lundi 5 août 2019

Les Petites Canailles chantent "Salut les Copains"


Disques MCA
Sortie le 9 août 2019

Carla, Ermonia, Hindy, Lilian et Madison sont tous les cinq issus de l’édition 2018 (saison 5) de l’émission The Voice Kids. Ils sont également tous musiciens. Ils ont été réunis pour former le groupe des Petites Canailles qui reprend une douzaine de tubes qui ont enchanté et fait danser les baby-boomers pendant les fameuses années « Salut les Copains ».
Quand, soixante après, la Génération Z rencontre celle des Yé-yés, l’idée est maline… Il est amusant de penser que leurs parents eux-mêmes n’ont vraisemblablement pas connu cette époque.


Cet album est un véritable bain de jouvence ! Tout du moins pour les plus anciens ; dont je fais partie. Mais, que l’on se rassure, le résultat est tellement probant que cet opus est à mettre entre toutes les oreilles de 7 à 97 ans.
Personnellement, j’ai été bluffé. Et par la qualité vocale de ces ados et par l’efficacité des arrangements. Cet album est superbement réalisé. Les voix, fraîches et juvéniles, pleines d’énergie, s’entrecroisent, se doublent ou se triplent, se muent en chœurs. Leur jeune âge leur permet de passer avec une facilité naturelle en voix de tête. En plus les cinq timbres, aisément identifiables, sont tout à fait complémentaires… C’est un véritable régal acoustique.
Et puis, il faut le souligner, grâce à une parfaite compréhension des textes, leur interprétation est intelligente. Ce qui, en corollaire, est la preuve chantante de la totale intemporalité de certains titres.

Au générique de cet album, à tous seigneurs tout honneur, clin d’œil des Petites Canailles en hommage à leurs glorieux aînés, les trois Vieilles Canailles Eddy Mitchell, Jacques Dutronc et Johnny Hallyday avec les reprises de Be Bop A Lula, Fais pas ci, fais pas ça et Pour moi la vie va commencer.


Pour ce qui me concerne, il y a deux versions 2019 que je trouve meilleures que leurs modèles : Je t’attendrai (le fait d’avoir ralenti la mélodie la rend plus en phase avec son intention. C’est moins trépidant, donc plus fidèle au sens du texte) et Da Dou Ron Ron dont je n’ai jamais aimé les interprétations qu’elles soient de Sylvie Vartan ou de Johnny Hallyday. Les Petites Canailles lui apportent la légèreté et une forme d’esplièglerie qui conviennent mieux à ce titre. Et quel solo de sax !

Sinon, en vrac, j’ai vraiment apprécié les interprétations et les arrangements des Marionnettes de Christophe ; la version pleine de sensibilité de Bang Bang (Sheila), habilement traitée sous forme de dialogue ; la reprise impeccable de Loco Motion (Little Eva) avec ce jeu avec les chœurs et sa partie de saxo ; la superbe réalisation de J’entends siffler le train (Richard Anthony) délicatement agrémentée d’une ambiance country soft, ce qui la rend très agréable à écouter ; la version de Be Bop A Lula (Eddy Mitchell) façon big band, elle aussi judicieusement ralentie et qui monte progressivement en puissance sous l’impulsion des cuivres.


La seule adaptation qui, à mon goût, n’apporte pas grand chose, c’est Pour moi la vie va commencer (Johnny Hallyday). Bien sûr, ce titre fait référence au jeune âge des Petites Canailles pour qui, effectivement, la vie, et personnelle et artistique, en est à ses tout débuts… Je comprends donc aisément ce choix. Mais, et ceci n’engage que moi : puisque le texte de Pour moi la vie va commencer a été écrit par Jean-Jacques Debout, j’aurais aimé trouver au générique de cet album les émouvants Boutons dorés dont cette année marque le 60ème anniversaire. Je suis certain que ces cinq jeunes gens auraient pu en faire quelque chose de fort. Ceci dit, il y aura peut-être un second album…

En tout cas « Les Petites canailles chantent Salut les Copains » est une absolue réussite, un quasi sans-faute.

Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 22 juillet 2019

Coup de foudre à Colombes


Le Point Virgule
7, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
Tel : 01 42 78 67 03
Métro : Hôtel de Ville

Les samedis et dimanches à 17 heures
Jusqu’au 1er septembre

Ecrit par Gaëlle Gauthier et Arnaud Gidoin
Mis en scène par Antoinette Colin
Avec Gaëlle Gauthier et Arnaud Gidoin

Présentation : C’est Gaëlle qui l’a d’abord embrassé sous la pluie à 17 heures… Ah, non ! C’était Arnaud et il était 23 heures.
En tout cas, c’était en France ou au Portugal ; enfin, pas loin de Colombes quoi ! Une chose est sûre c’est qu’Arnaud chausse du 37 et Gaëlle du 44… ou l’inverse.
Quoi qu’il en soit, Arnaud et Gaëlle avaient tout pour être heureux…
Chacun de son côté !
Une histoire d’amour unique… Comme tout le monde !

Mon avis : C’est frais, c’est charmant, c’est drôle, c’est touchant… Coup de foudre à Colombes, c’est l’histoire de Gaëlle et Arnaud. Ils la racontent dans sa chronologie. Mais chacun avec sa propre vision. Un peu comme deux chanteurs qui interprèteraient la même mélodie mais avec des paroles différentes…
Ça commence donc par la première rencontre. Chez Arnaud, visiblement, dès le départ, il y a une attirance. Chez Gaëlle, c’est de la curiosité. Chacun analyse son ressenti. Moins investie, Gaëlle s’amuse. C’est une redoutable vanneuse. Et, sans doute pour inconsciemment se protéger, elle parle, elle parle… Alors qu’Arnaud, déjà accroché, donc en état de faiblesse, essaie de s’adapter pour se montrer à son avantage. C’est l’éternelle histoire d’Elle et Lui.


On va dès lors suivre l’évolution de leur relation amoureuse… Ils s’observent, se cherchent, se trouvent, savent qu’ils se sont trouvés, mais ils hésitent. Surtout Gaëlle. Car il y a quelques obstacles qu’elle doit surmonter : il est plus âgé, elle est provinciale, il est banlieusard, elle adore Paris, il se complaît à Colombes, elle a une voiture, il se déplace à moto ; ils n’ont pas les mêmes goûts littéraires et musicaux…
En fait, tout cela est très banal. C’est une histoire universelle. Mais c’est aussi pour cette raison qu’elle nous intéresse puisqu’elle nous concerne tous.

Gaëlle et Arnaud nous font vivre un joli moment de partage. Grâce à une mise en scène nerveuse, concoctée par Antoinette Colin, les tableaux se succèdent à un rythme élevé.
Les deux comédiens s’en donnent – dans le sens propre du terme – à cœur joie. Leur complicité, leur plaisir de narrer leur idylle, leur bonheur tout simplement d’être ensemble, passent aisément la rampe et font de nous des témoins amusés et attendris.


Qu’Arnaud Gidoin excelle dans l’humour, ce n’est pas une nouveauté. Il a une maîtrise parfaite du geste et de la mimique qui font mouche. Ce n’est jamais lourd, c’est tout en finesse. Avec son visage expressif, on sait tout de suite ce qui se passe dans sa tête… Ce qui fait que le duo fonctionne sur scène c’est que Gaëlle Gauthier ne marche jamais sur ses plates-bandes. Elle joue son propre registre. D’autant que, mine de rien, c’est elle qui mène le bal. Et avec quelle énergie ! C’est elle aussi qui a les répliques les plus assassines. Elle adore chambrer. Face à ce tempérament de feu, il ne reste à Arnaud qu’à que le champ des esquives typiquement masculines : le mensonge, l’opportunisme, la lâcheté, la mauvaise foi… Jusqu’au moment où Gaëlle accepte de baisser la garde pour laisser apparaître la femme amoureuse. Alors Arnaud, rassuré, se ragaillardit et trouve sa place dans le couple. Tout est tellement vrai !


Après une fin émouvante, pleine de tendresse, le public, conquis et complice, se lève spontanément pour une chaleureuse standing ovation en se disant que le nid de Colombes est forcément l’endroit rêvé pour la paix… des ménages, bien sûr.
Nous étions un samedi. Il était 18 heures. Le Point Virgule était plein. Et on avait tous envie d’être amoureux.

PS : je ne sais pas si c’est une erreur de mes sens abusés, mais je trouve qu’Arnaud Gidoin ressemble de plus en plus à Clint Eastwood…


Gilbert "Critikator" Jouin

vendredi 28 juin 2019

Le Graal des Humoristes

Paru aux Editions Riveneuve / Archimbaud
18 €

Un peu d'auto-promo parce que je ne suis pas mécontent de cet ouvrage. La plupart des personnes qui y ont témoigné à l'occasion du quarantième anniversaire du Point Virgule ont vraiment joué le jeu. Certains artistes - charme et candeur des débuts obligent - se sont même livrés à des confidences rares.
Pierre Palmade, qui a débuté dans cette "plus petite des grandes salles parisiennes" en 1989, nous raconte ses premières sensations.

mardi 25 juin 2019

Grévin


Grévin
10, boulevard Montmartre
75009 Paris
Tel : 01 47 70 85 05
Métro : Grands Boulevards

Depuis le début de l’année, le Grévin a fait peau neuve. Il s’est mis au goût du jour, d’abord en modifiant totalement son parcours, et ensuite en misant sur la modernité en jouant le jeu de l’animation, de la 3D, de la bande-son, de l’interaction. Aujourd’hui la visite est participative. C’est-à-dire que, tout au long du chemin, vous êtes amené à intégrer le décor, vous faites partie du show.
Le célèbre musée ne fait vraiment pas ses 137 ans ! Grâce à ce lifting efficace, esthétique et intelligent, ses personnages, bien que toujours de cire, ne sont plus figés.


La visite commence par l’incontournable Palais des Mirages. On entre tout de suite de plain-pied dans le monde de la magie. Le spectacle, à 360°, est féérique. Grâce à un jeu de miroirs l’horizon est démultiplié à l’infini. Personnellement, j’ai eu l’impression de me retrouver au cœur d’une mangrove. Le décor est enchanteur, onirique. Les lumières kaléidoscopiques, la musique envoûtante, les papillons qui volètent, la nature qui explose, tout contribue à nous émerveiller. Lorsqu’on en sort, on est sur un petit nuage, un nuage qui va d’ailleurs nous accompagner tout au long d’un parcours qui nous emmène se surprises en ravissements.

En toute logique, le tout premier personnage qui nous accueille n’est autre que la personnalité préférée de Français, Omar Sy. Il nous invite à découvrir cet écrin qu’est le Théâtre Grévin. Qui dit théâtre, dit artistes. Nous y sommes reçus par Benoît Poelvoorde et, disséminés ça et là dans la salle, nous tombons en présence d’autres stars de notre showbiz hexagonal dont je vous laisse le plaisir de la découverte.

Eric Antoine. Photo : Sylvain Cambon
 Ensuite, la visite proprement dite commence. On traverse d’abord un bar fréquenté entre autres par Gainsbourg ou Jean d’Ormesson ; puis on pénètre dans le quartier des dirigeants actuels, du Pape à Emmanuel Macron en passant par Trump et Poutine ; après quoi, nos pas nous entraînent dans l’univers de la cuisine ; celui des sciences, dominé par Einstein, lui succède… Le parcours, fléché et commenté, devient alors historique. Il est classé dans l’ordre chronologique et par thématiques. On entend des bruits bizarres, des sonorités étranges, les murs s’animent, les tableaux nous interpellent et, parfois, nous intègrent. Les rois et les grandes figures des arts et des lettres s’y succèdent. La période qui évoque la Révolution Française est superbement traitée. Pour la petite histoire, la baignoire sabot est celle, authentique, dans laquelle Marat a été assassiné en 1793…

Après cette pérégrination tout au long de notre Histoire, nous réintégrons le monde actuel. Au terme d’un couloir bordé des gigantesques tranches des livres de nos plus grands auteurs qui constitue en quelque sorte la bibliothèque idéale, à tout seigneur tout honneur, c’est Jules Verne lui-même qui nous introduit dans le monde virtuel de la BD et du dessin animé… Titeuf s’efface et, soudain, on se sent tout petit. C’est le double-mètre de Teddy Riner qui nous présente ses camarades de jeu(x) dont une triplette de rêve composée de Messi, Ronaldo et Mbappé…

Ronaldo, Messi, Mbappé. Photo : Sylvain Cambon
 On quitte alors le monde du sport pour se retrouver au milieu d’une pléiade de vedettes de la chanson. Le générique absolu ! Une vingtaine de stars intergénérationnelles y font le bœuf en toute amitié et confraternité. Lorsqu’on sort de ce paradis du music-hall, une musique familière, reconnaissable entre toutes, nous saisit les trompes d’Eustache. Le générique de The Voice nous interpelle et une pièce s’ouvre en grand devant nous, toute entière consacrée à l’émission de télévision. L’espace d’un instant, sous les regards bienveillants de Mika, Jenifer et M. Pokora, on peut s’installer dans les célèbres fauteuils rouges ou s’introduire dans une cabine d’enregistrement et jouer au chanteur.

C’est donc la tête encore emplie de musique que l’on débouche dans cette galerie qui clôture magistralement notre voyage pittoresque et fascinant : la magnifique Salle des Colonnes. C’est le bouquet final de ce feu d’artifices qui nous a éclaboussés de plaisir tout au long de notre périple. Inchangée depuis sa création en 1882, décorée du sol au plafond, cette salle se distingue par son style baroque. C’est dans ce décor hors du temps que nous attendent de nombreuses personnalités de tous les domaines. C’est un endroit où l’on ne peut que s’attarder car on en prend tellement plein les mirettes que l’on ne sait plus où donner de la tête.

Jules Verne. Photo : Sylvain Cambon
 Quand on quitte le Grévin et que l’on se retrouve brutalement confronté à la réalité tumultueuse du boulevard Montmartre. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’on vient de vivre une déambulation intemporelle et fantasmatique en compagnie de plus de deux-cents personnages qui font partie de notre Histoire, de notre patrimoine et, aussi, qui émerveillent et enchantent notre quotidien.
Avec ce judicieux coup de jeune, le Grévin n’appartient plus au passé. S’adressant autant à notre Mémoire qu’à notre Présent, il est un temple d’aujourd’hui à la fois distrayant, ludique, onirique et éducatif. Ses effigies de cire n’ont jamais été aussi vivantes. Pour paraphraser Jules Verne, une visite au Grévin s’apparente à un « Voyage extraordinaire »…

Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 22 juin 2019

Le Point Virgule fait l'Olympia


Pour le Point Virgule, l’Olympia est le point d’exclamation qui vient ponctuer toute une saison. Ce passage dans la célébrissime salle de spectacle, qui est régulièrement programmé à la fin du mois de juin, sonne comme la fin d’une année scolaire pour une douzaine de jeunes humoristes. C’est leur tableau d’honneur en quelque sorte ; une récompense qui constitue une reconnaissance de leur talent prometteur.

Le 20 juin dernier a eu lieu la douzième édition de ce rendez-vous devenu désormais incontournable pour tous les fidèles de la fameuse petite salle de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie.
Très sincèrement, le millésime 2019 du Point Virgule fait l’Olympia est un excellent cru.
Déjà, la présence en maître de cérémonie de l’inénarrable Arnaud Tsamère, champion de l’absurde, as de la digression, de la virevolte et du contre-pied, était un gage de qualité. C’est toujours un grand moment de plaisir que d’essayer de suivre les circonvolutions saugrenues du cerveau ingénieusement déstructuré de ce garçon.

Lamine Lezghad
 J’ai passé une très bonne soirée. Le spectacle s’est ouvert avec Les Décaféinés, un duo que je connaissais à travers leurs passages dans On n’ demande qu’à en rire. Ils ont leur univers propre basé sur des détournements et des parodies de chansons. J’ai trouvé très habile leur sketch façon débat politique dialogué avec des extraits de paroles de chansons et amusante leur adaptation de « Elle a les yeux révolver » de Marc Lavoine.
Parmi les artistes déjà connus, voire reconnus, la prestation de Lamine Lezghad s’est révélée d’un très haut niveau. Sa façon de bouger, son insolence, son sourire, les thèmes qu’il aborde et ses prises de position sont vraiment réjouissantes et emportent notre totale adhésion… Quant à Booder, excellent comédien, en s’érigeant « représentant des moches », il pratique l’autodérision avec énormément de talent.

Parmi les humoristes que j’ai vraiment découverts, ceux que je recommande, voici mes coups de cœur.
Marina Rollmann
Tout d’abord à Marina Rollmann. Cette jeune femme se montre très, très drôle avec un sujet délicat et qui pourrait s’avérer scabreux si elle ne le traitait pas avec beaucoup de finesse. C’est audacieux, bien écrit, bien joué.
Ensuite, j’ai vraiment apprécié Félix, un garçon très facile sur scène, vanneur et vachard, au langage très imagé. Et, ce qui est loin d’être négligeable, derrière la dérision il y a toujours beaucoup de sens et de fond. Paul Mirabel m’a également bien plu. Avec une logique imparable, il joue intelligemment avec son look, s’en sert pour créer des situations drolatiques. C’est léger et plaisant.

Félix
 Sinon, les autres artistes s’inscrivent, à mon goût, dans un registre plus conventionnel. Tous se sont révélés très à l’aise, souvent bons comédiens. Franjo, Tania Dutel, Tony Saint-Laurent, Paul Taylor, ont indéniablement un fort potentiel. Ils ont déjà une vraie présence, une façon d’être et un univers bien à eux.

En conclusion, avec cette jolie brochette de jeunes pousses, cette douzième édition du Point Virgule fait l’Olympia, a été une totale réussite. Il faut féliciter le travail d’Antoinette Colin qui a su les sélectionner, les entourer et les accompagner artistiquement car ce doit être très impressionnant que de passer du minuscule plateau du Point Virgule à la gigantesque scène de l’Olympia et, aussi, de passer de cent à trois mille spectateurs !

Gilbert "Critikator" Jouin

mercredi 12 juin 2019

Adieu Monsieur Haffmann


Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 35 32 31
Métro : Edgard Quinet / Gaîté

Jusqu’au 14 juillet 2019

Reprise le 16 octobre 2019

Une pièce de Jean-Philippe Daguerre
Mise en scène par Jean-Philippe Daguerre
Décors de Caroline Mexme
Lumières d’Aurélien Amsellem
Costumes de Virginie H
Musique d’Hervé Haine

Avec Grégori Baquet ou Charles Lelaure ou Benjamin Brenière (Pierre Vigneau), Alexandre Bonstein ou Marc Siemiatycki (Joseph Haffmann), Julie Cavanna ou Anne Plantey ou Pauline Caupenne (Isabelle Vigneau), Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre ou Benjamin Egner (Otto Abetz), Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers ou Herrade Von Meier (Suzanne Abetz)

Présentation : Paris, 1942. Le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété.
Au bord de la faillite, Joseph Haffmann, bijoutier juif, propose à son employé, Pierre Vigneau, de lui confier son magasin s’il accepte de le cacher en attendant que la situation s’améliore. Pierre prendra-t-il le risque d’héberger son « ancien » patron dans les murs de la boutique ? Et, si oui, à quelles conditions ?...

Mon avis : Pourquoi ai-je autant attendu avant d’aller voir Adieu Monsieur Haffmann ? En dépit de tout ce que j’avais lu ou entendu, je me faisais languir inconsciemment. Et, soudain le désir, irrépressible, s’est fait sentir. Et je ne le regrette pas !
J’y ai pris un plaisir fou. Cette pièce contient tout ce qu’un spectateur attend : une intrigue originale et prenante, une mise en scène inventive et alerte, des personnages forts et convaincants, des dialogues percutants…

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Cette pièce est l’équivalent de ce qu’on appelle en littérature – particulièrement dans les thrillers – un « page turner ». On attend sans cesse la scène suivante… Dès le tout début, deux situations, vont se superposer. Ces deux arrangements, non pas entre amis mais entre un patron et son employé, vont conditionner un suspense absolument palpitant. A une condition somme toute plutôt conventionnelle au vu des événements extérieurs va se superposer une contrepartie. En gros, Monsieur Haffmann propose un contrat à Pierre Vigneau, lequel lui soumet en retour une sorte d’avenant pour le moins inattendu.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Toute de suite, on est happé par ces deux « marchandages » qui vont évoluer et grandir en parallèle. Quelle va être leur issue ? La tension ne cesse d’aller en crescendo. On ressent un délicieux sentiment d’angoisse. Jean-Philippe Daguerre, auteur et metteur en scène, s’est ingénié à faire monter inexorablement notre sentiment d’inquiétude. On s’attache tellement au destin des trois protagonistes de cette histoire. On passe notre temps à se demander comment tout cela va se terminer… Et puis, aux deux-tiers de la pièce, il nous assène un coup fatal ; il resserre encore plus l’étau qui nous étreint le cœur avec l’irruption à la table des Vigneau d’Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne et surtout dignitaire nazi zélé, un type redoutable, machiavélique et carrément sadique. Il ne faut pas en dévoiler plus. On peut juste révéler que ce repas est un grand moment d’anthologie théâtrale.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Adieu Monsieur Haffmann est un petit bijou. Jean-Philippe Daguerre, sans doute inspiré par la profession de son héros, l’a taillé et ciselé de façon à ce qu’il soit le plus pur possible. Aucune scorie, rien de superflu, rien de gratuit ; il ne va qu’à l’essentiel. La psychologie de ses trois principaux protagonistes est sans faille, leurs comportements sont tellement fouillés qu’ils ne souffrent d’aucune contestation. D’autant qu’il s’appuie sur un fonds historique solide (Otto Abetz a réellement existé), chose qui renforce encore la charge émotionnelle de cette dramatique. Il faut néanmoins souligner que, grâce à certaines répliques ou certaines ambiguïtés, on s’amuse très souvent. Pendant Le Repas, par exemple, on est sans cesse partagé entre le rire, l’émotion et l’anxiété.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
Dire que les cinq acteurs sont épatants est un euphémisme tant leurs personnages sont incarnés. Monsieur Haffmann, Pierre et Isabelle Vigneau sont de belles personnes. Ce sont des gens normaux confrontés d’une part à une situation extérieure qui les dépasse (l’occupation, la chasse des Juifs) et qui appartient à l’universel et, d’autre part, à un problème qui touche leur intimité. C’est cette dualité qui apporte toute son intensité à cette pièce. Grâce à une mise en scène qui s’appuie plus sur la suggestion que la démonstration, les sentiments sont traités avec justesse et pudeur… On ne peut que les aimer ces trois-là car on peut aisément se mettre dans la peau de chacun.

Quant au couple Abetz, il est très haut en couleurs. Autant Otto se montre à la fois dangereusement patelin et terriblement inquiétant, autant Suzanne cache derrière un débordement de gaîté forcée son évident mal-être. Deux superbes compositions.

Adieu Monsieur Haffmann, à juste titre très, très, très applaudie, est incontestablement une des meilleures pièces qu’il m’ait été donné de voir… Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de la découvrir, elle se joue jusqu’au 14 juillet et elle reprendra à partir du 16 octobre.

Gilbert « Critikator » Jouin