samedi 29 septembre 2007

"Les chaussettes" opus 124


Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins
75008 Paris
Tel : 01 42 65 90 00
Métro : Havre-Caumartin/Auber

Ecrite et mise en scène par Daniel Colas
Avec Michel Galabru et Gérard Desarthe

Ma note : 7/10

L'histoire : : Deux acteurs répètent un numéro de clowns. De caractère très différents, les deux hommes ne cessent de chamailler. C'est une histoire de chaussettes trouées qui va mettre le feu aux poudres...

Mon avis : Pour défendre un titre aussi sibyllin, pour ne pas que le bas blesse, il fallait nécessairement que les deux comédiens en présence fassent la paire. Et bien c'est le cas, car on peut affirmer que grâce à Gérard Desarthe et Michel Galabru, on prend notre pied.
C'est le décor minimaliste des coulisses d'un théâtre qui accueille nos deux compères. Une caisse en bois, une énorme malle, une table, deux chaises, un escabeau... rien de plus anonyme et banal. Avec, en prime, un éclairage quelque peu succinct. Enfin, il faut bien avoir un endroit pour répéter. Surtout pour répéter une pièce assez improbable qui mélange des genres aussi disparates que la musique classique et le spectacle de clown. Si l'un, l'auteur et metteur en scène (Desarthe) semble convaincu du bien-fondé de ses trouvailles artistiques, son partenaire, vieux comédien sur le retour (Galabru)ne cesse de donner des avis contraires. Comme il le fait d'une façon fielleuse, il faut une sacrée dose de tolérance et de diplomatie pour ne pas l'envoyer promener. Le problème - et on s'en aperçoit petit à petit - c'est qu'ils ont vraiment besoin l'un de l'autre pour exister.
Ce sont donc deux caractères qui s'opposent. Le personnage joué par Galabru passe sans transition de la bonhomie pateline du début à un comportement bougon, agressif. C'est un cabot vaniteux, un champion de la mauvaise foi... Desarthe, limite psychorigide, se fait violence pour essayer de se montrer arrangeant.
Au-delà de la pièce qu'ils s'évertuent tant bien que mal à monter, ce sont deux solitudes qui s'affrontent. Ils parlent de tout et de rien, du mauvais temps qu'il fait dehors, des fêtes de Noël qui se préparent, de la religion, de leur famille... Ils ne sont surtout jamais d'accord. Leurs divergences enflent en une joute verbale systématique. Même la manière de faire la vaisselle est pour eux un sujet de discorde ! Et quand, en plus, il faut s'affubler d'un nez rouge et d'un costume de clown absolument grotesque, la coupe déborde...
Cette pièce, tout à fait délectable, repose sur la prestation d'un superbe binôme ; un face-à-face entre un "réac borné" (Galabru) et un "janséniste" (Desarthe), ainsi qu'ils se qualifient l'un et l'autre au cours d'une de leurs nombreuses joutes verbales. Servie par des dialogues réellement fins, l'opposition des styles, entre truculence et introversion, est vraiment réussie. Ajoutez à cela une utilisation habile du comique de répétition, une pincée de burlesque, des costumes indescriptibles et une mise en scène ingénieuse, et vous obtenez une pièce d'une excellente facture.
Pourtant, derrière l'affrontement, les choses sont beaucoup moins simplistes qu'il n'y paraît. Peu à peu apparaissent en filigrane des sentiments partagés qui font que les deux protagonistes de l'histoire vont se sentir intimement liés et solidaires dans la réalisation de leur improbable projet. En fait, la priorité n'est plus que leur pièce soit prise par un directeur de théâtre, ce dont ils ont besoin c'est de ces retrouvailles quotidiennes, de ces échanges, même s'ils sont parfois tumultueux. Chacun devient la béquille de l'autre pour avancer et se sentir utile. Ils vibrent, sans oser l'esprimer, d'une vorace quête d'amour ; car il y a cette foutue pudeur qui les gêne aux entournures... Dans Les Chaussettes, il y a donc deux niveaux de lecture. Il y a ce que l'on voit et ce qui se formule, mais il faut se montrer très attentif et réceptif à tout ce qui ne se dit pas. Honnêtement, c'est psychologiquement très finaud.
Galabru est énorme de présence et Desarthe est un partenaire idéal. Portées par leur remarquable numéro de duettistes, Les Chaussettes méritent d'être jouées à de nombreuses... reprises.

mercredi 26 septembre 2007

Un secret


Un film de Claude Miller
Avec Cécile de France (Tania), Patrick Bruel (Maxime), Ludivine Sagnier (Hannah), Julie Depardieu (Louise), Mathieu Amalric (François à 37 ans), Nathalie Boutefeu (Esther), Yves Verhoven (Georges)...
Sortie : 3 octobre 2007

Ma note : 5/10

L'histoire : L'exploration d'un lourd secret de famille et l'histoire d'une passion, à travers le voyage intérieur de François, un enfant solitaire qui s'invente un frère et imagine le passé de ses parents. Le jour de ses 15 ans, une amie de la famille révèle au jeune François une vérité bouleversante, mais qui lui permet enfin de se construire...

Mon avis : C'est là véritablement un beau film, fort d'une brochette de comédiens inspirés. Comme il est construit avec de nombreux retours en arrière et de bons en avant, Claude Miller nous permet de suivre la chronologie des faits grâce à un procédé habile. Je schématise, car ce n'est tout de même pas aussi simple que cela : la couleur pour les années 50, le noir et blanc pour pour les années 80. Mais comme il y a d'autres périodes évoquées - la guerre 39-40 ou les années 60 par exemple - il vaut mieux suivre.
Nul n'est besoin d'avoir lu le livre de Philippe Grimbert pour deviner assez rapidement une grande partie du secret que tait cette famille. La vie de ses parents et de ceux qui les entoure, est passée au filtre de la pensée d'un gamin solitaire, souffreteux, rêveur, qui se réfugie dans un monde imaginaire dans lequel il s'est inventé un frère aîné...
En fait, ce film oscille sans cesse entre deux sentiments (c'est du moins ce que j'ai ressenti) : l'intérêt et l'ennui.
L'ennui, parce qu'il y a des longueurs. le rythme du film est volontairement lent, essaimé d'images répétitives, obsédantes (les plongeons de la mère...). Il y a en définitive peu de dialogues, donc beaucoup de silences ; l'essentiel se joue sur de longs regards échangés. Et là, il faut des comédiens véritablement expressifs pour faire passer les sentiments. Ce qui est d'ailleurs le cas.
L'intérêt, parce que ce film aborde une multitude de thèmes et particuliers et d'ordre général. Parce que l'on nous montre en parallèle les dégâts causé dune part par la guerre, et d'autyre part par la passion amoureuse. Parce que, avec un sujet mille fois traité au cinéma, Claude Miller, fait joliment vibrer les cordes de la sensibilité et de la pudeur sans jamais tomber dans le pathos. Parce que les costumes et la photo sont particulièrement soignés. Parce que, aussi, ses comédiens sont véritablement en phase avec leur personnage. Tout est dans la retenue. C'est de la dentelle. Bruel est d'une sobriété remarquable. Cécile de France absolument lumineuse. Mais j'éprouve une certaine tendresse pour Julie Depardieu qui, de film en film, joue toujours aussi juste.

L'ennemi intime


Un film de Florent-Emilio Siri
Avec Benoît Magimel (Terrien), Albert Dupontel (Dougnac), Aurélien Recoing (Vesoul), Marc Barbé (Berthaut), Eric Savin (le sergent tortionnaire), Fellag (le prisonnier)...
Sortie : 3 octobre 2007

Ma note : 7/10

L'histoire : Algérie, 1959. Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre les deux hommes à l'épreuve. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont pas de pire ennemi qu'eux-mêmes...

Mon avis : Difficile de quittter son siège dès le générique de fin de ce film tant on se sent désemparé. Je ne sais pas si L'ennemi intime sera un grand succès populaire. J'en doute car son sujet est grave et son traitement impitoyable. En dépit de la présence charismatique de Benoît Magimel, je ne suis pas sûr non plus que le public féminin ait envie de vivre un tel film. En revanche, la génération de ceux qui ont entre 60 et 70 ans aujourd'hui ne peut qu'adhérer. D'autres hommes et jeunes hommes, quel que soit leur âge, seront attirés par cet accident du destin que peut représenter une guerre. Quiconque a un minimum de sentiment, se sent concerné et se projette inévitablement dans la peau de ces jeunes gens, acteurs dépassés par un conflit qui ne leur appartient pas. C'est ce que j'appelle "le syndrome Lacombe Lucien" : comment se serait-on comporté soi-même dans la même situation ?
Ce film est volontairement dur, austère, sans fioritures. La photographie est crue, à la limite de la surexposition. L'utilisation systématique de très gros plans en renforce encore la brutalité. Les paysages sont arides, lunaires, sauvages, écrasés de soleil. Il n'y "pousse" pratiquement que des cailloux et des rochers. Les images sont tellement réalistes que l'on ressent la chaleur accablante et que la poussière est palpable. Les sons, les souffles, les voix, sont étouffés. L'atmosphère est oppressante, le danger rôde en permanence...
Maintenant que ce décor âpre est planté, faisons connaissance avec les êtres humains qui vont y évoluer.
L'ennemi intime est un film sans femmes. On y découvre dès le début l'ambiance "virile" des postes avancés. Deux hommes vont se détacher du lot pour symboliser deux des profils les plus rencontrés dans une telle situation. Le sergent Dougnac (Dupontel) est un vieux briscard, rompu au terrain et passablement désabusé. Il est aux antipodes de Terrien (Magimel), jeune lieutenant frais émoulu qui débarque là avec, dans son paquetage, toutes ses illusions, ses valeurs et ses scrupules.
Il ne faut pas raconter ce film qui n'est construit que de ruptures. On y est sans cesse confronté à la violence brute, aveugle. On passe sans transition des nuits de beuverie destinées à s'étourdir, à l'angoisse des missions sur le terrain. Et toujours ces gros plans, pénibles, où l'on peut lire la peur, la souffrance, la détresse, l'horreur. La mort est omniprésente. Et puis il y a ces scènes de torture, insoutenables, mais tellement nécessaires pour montrer la cruauté de l'homme. Pour la comprendre aussi sans pour autant l'excuser. C'est l'éternel et insoluble débat entre la guerre propre et l'usage de la torture ; c'est le sempiternel cas de conscience : "On ne peut pas répondre à la barbarie par la barbarie"...
Le film ne donne aucune réponse, sinon qu'il contribue à continuer à lever le voile sur ce que fut la guerre d'Algérie. Il nous livre les faits, les conditions, d'une façon quasi documentaire, journalistique. A nous de nous faire notre propre opinion. Et tant mieux si non a eu la chance de ne pas être amené à vivre un tel cataclysme moral et physique.
Les acteurs sont admirables. Dupontel est véritablement impressionnant. Quant à Magimel, il nous laisse pantois tant son jeu est réaliste. Il nous livre une composition d'une force incroyable, digne de ces personnages que l'on croise par exemple dans Voyage au bout de l'enfer. On suit le cheminement de ses pensées,on est témoin passif de son évolution. Grand, très grand comédien.
C'est dur, très dur, mais ce genre de film est absolument indispensable pour dénoncer de telles atrocités. On ne peut que se dire qu'il avait bien raison ce bon Jacques Prévert avec son assertion : "Quelle connerie la guerre" !

L'Empiafée


Palais des Glaces
37, rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
Tel : 01 42 02 05 25
Métro : République/Goncourt

Ecrit et mis en scène par Rémy Caccia
Avec Christelle Chollet et Jean-Louis Beydon

Ma note : 9/10

Coming out : J'ai craqué ! Je l'avoue, j'ai replongé... Je n'ai même pas pu attendre ; dès le soir de la première de la reprise de L'Empiafée, il a fallu que j'en reprenne une dose. Tout l'été sans elle, j'étais en manque. C'est terrible comme on peut devenir accro et dépendant. On est vraiment peu de chose... Mais ce qui m'a en partie rassuré, ça a été de voir que nous étions nombreux à partager cette addiction. Et personne n'en avait honte, au contraire. Tout le monde affichait un sourire complice. Quel bonheur que de partager ces retrouvailles sachant par avance que l'on va passer près de deux heures à refaire un bon plein d'énergie et de bonne humeur grâce à un spectacle total, fou, inventif, trépidant, avec une qualité vocale et musicale qui vous transportent littéralement.
Il ne faut pas voir dans ce débordement de lyrisme, une quelconque complaisance, une éventuelle connivence. J'essaie seulement de traduire par de pauvres mots les sensations que j'ai vécues hier soir... pour la cinquième fois. J'aime le spectacle vivant, je suis féru de (bonne) musique et de (bonne) chanson et, surtout, je suis un mendiant de l'humour. Or, dans ce show, tous ces ingrédients sont réunis ; avec le charme en plus. Le charme léger et virevoltant de Christelle Chollet, une artiste complète, dont la folle énergie est inversement proportionnelle à son gabarit. On se demande même comment une telle puissance vocale peut sortir d'un corps aussi gracile. Elle est impeccable dans tous les registres, rigolote, émouvante, coquine, et d'une incroyable générosité. Une somme de qualités que l'on pourrait définir ainsi :
Espiègle
Magistrale
Polissonne
Irresistible
Attachante
Frapadingue
Epoustouflante
Exaltante
Qu'ajouter à cela ? Les longs discours ne servent à rien puisque tout réside dans le ressenti. Je suis devenu "Empiaphile", fier de l'être et très désireux de le faire savoir. Il est tellement rare qu'un seul spectacle véhicule et génère autant de plaisir collectif. Un tel grand moment de partage ! Je n'ai rien à dire de mieux que de vous conseiller de courir au Palais des Glaces. Un véritable phénomène est en marche, il s'appelle Christelle Chollet.
Il serait terriblement incongru de ne pas également souligner la performance pianistique de son complice sur scène, le "Ronaldinho" du clavier, l'excellent Jean-Louis Beydon, dont le talent est pour beaucoup dans la réussite de ce spectacle.
Allez-y, allez-y, allez-y...

mardi 25 septembre 2007

Anne a 20 ans


Théâtre des Bouffes Parisiens
4, rue Monsigny
75002 Paris
Tel : 01 42 96 92 40
Métro : Quatre-Septembre

Ma note : 8/10

Mon avis : Anne a 20 ans... 20 ans de carrière ! Et, comme le 20, elle n'a jamais cessé de se bonifier avec l'âge, si bien que ce cru 2007, cru anniversaire, est un pur millésime.
Anne est un cas à part dans le microcosme des femmes humoristes. On devine qu'elle a eu quelques modèles, comme Sylvie Joly par exemple, qui l'ont influencée mais qui lui ont surtout donné le courage d'emprunter cette voie ô combien périlleuse. Il y a 20 ans, elles n'étaient pas nombreuses les comiques en jupon. C'étaient des pionnières.
Dès le début, Anne a su imposer son style. Un style fait d'une foultitude de personnages et d'un éventail savoureux d'accents. A la télévision elle a commencé en mai 1987 par être une des élèves dissipées de La Classe sur FR3. Et elle n'a jamais cessé d'en avoir de plus en plus, de la classe.
Rentrée 2007. Anne Roumanoff investit l'écrin du théâtre des Bouffes Parisiens, là où rôde en permanence le fantôme bienveillant de Jean-Claude Brialy. Pour l'avoir vue dans de nombreux endroits divers et variés, le cadre douillet et classieux (on y revient !) de ce petit théâtre à l'italienne lui va à merveille. Première surprise lorsqu'elle apparaît : elle n'est pas tout de rouge vêtue ! Sous le chemisier écarlate, elle a adopté le pantalon noir ajusté ; ce qui permet de constater que sa silhouette s'est joliment affinée. Mais tout de même, cet anniversaire, elle aurait pu le célébrer avec du 20 rouge ! A moins que ce soit sa manière à elle de refuser de prendre de la bouteille...
Elle attaque aussitôt, sans round d'observation, par une satire de cet appareil devenu sacro-saint, le GPS. Anne a l'art de coller à l'actualité, de suivre les phénomènes de mode, de cheminer en parallèle avec les tendances. Son sens aigu de l'observation fait une fois de plus mouche à tout coup. Son GPS lui a tracé la route, elle s'y engouffre pied au plancher et elle va conserver cette vitesse de croisière pendant une heure et demie. Epanouie, au sommet de son art, avec une maîtrise incomparable, elle nous entraîne à un rythme soutenu dans sa galerie de portraits et aborde toute une variété de thèmes qui nous ravissent et nous donnent le tournis. C'est un spectacle qu'il fera bon revoir en DVD tant il est riche. Il contient la synthèse du meilleur de ses 20 ans de carrière. C'est simple, si dans tel ou tel spectacle précédent il pouvait arriver qu'il y ait un petit coup de mou, là il n'y a rien à jeter. Tout est du même (haut) niveau.
Elle joue avec le public, le prend à témoin, le teste en lui imposant une thérapie de groupe destinée aux "parents sans autorité" ; elle fait l'enfant, puis elle se métamorphose soudain en caissière de supermarché. Elle nous fait hurler de rire avec des petites choses anodines qui ne sont qu'évidences. Mais tout réside dans l'art de raconter. Elle joue les vendeuses de vêtements gourdasses, se lance dans l'exercice du slam pour y raconter son empoignade chronique avec les fluctuations de poids, retrouve le fameux personnage de la bouchère, un peu réac mais pleine de bon sens et, déformation professionnelle, saignante quand il le faut ("Si Bush avait sa Monica, il serait moins nerveux"). Toujours à la pointe de la mode, elle tacle les nouvelles technologies à travers les fournisseurs d'accès, ce qui l'amène tout droit à aborder les méfaits de la mondialisation (bonjour le festival de mimiques !). Elle parodie une émission à la Delarue, fustige le lifting...
Loin de s'essouffler, Anne réalise l'exploit de nous emmener encore plus loin dans l'émotion et dans le rire avec deux sketches qui symbolisent parfaitement son registre : la mamie qui commente son enterrement depuis son petit nuage et la désormais traditionnelle (et attendue) parenthèse de Radio-bistro. Là, respect total, car elle nous sert, par pilier de bar interposé, des produits on ne peut plus frais. Elle réussit en effet l'exploit de glisser dans son soliloque des événements qui ont eu lieu la veille ! C'est du funambulisme.
Quant au rappel, il consiste en un florilège de ses personnages les plus connus, y compris cette chère Bernadette qui, il y a 20 ans, croyait encore à la Sainte Vierge...
Un grand moment, qui passe trop vite, et qui nous rend à la rue avec un grand sourire de contentement ; avec en plus, au coin d'un oeil, une petite larme qui brille, vestige des nombreux fous-rires et, au coin de l'autre oeil, une petite perle luisante amenée là par quelques tendres moments d'émotion.
Grand merci Anne. Ce soir, grâce à toi et avec toi, on avait tous 20 ans ! Le plus bel âge...

lundi 24 septembre 2007

Les belles-soeurs


Théâtre Saint-Georges
51, rue Saint-Georges
75009 Paris
Tel : 01 48 78 63 47
Métro : Saint-Georges

Une pièce d'Eric Assous
Mise en scène par Jean-Luc Moreau
Décors de Stéphanie Jarre

Avec François-Eric Gendron (Yvan), Sabine Haudepin (Mathilde), Roland Marchisio (Francky), Véronique Boulanger (Nicole), Elisa Servier (Christelle), Manuel Gélin (David), Mathilde Penin (Talia)

Ma note : 6/10

L'histoire : Francky vient de se rendre acquéreur d'une maison à la campagne. Avec son épouse, il a décidé d'inviter ses deux frères et leur épouse respective. Au cours de l'apéritif, la maîtresse de maison apprend à la cantonade qu'elle a également convié à cette pendaison de crémaillère une certaine Talia, secrétaire de son mari, mais qui semble aussi être très bien connue des deux autres hommes de la famille... Aussitôt, un vent de panique commence à se lever du côté de ces messieurs entraînant un tsunami de suspicion auprès de ces dames...

Mon avis : Voici une pièce de boulevard de facture classique qui n'aura aucun mal à séduire le spectateur qui a envie de se distraire. En plus, habileté du casting, le dit-spectateur prend d'autant plus de plaisir qu'il retrouve sur scène des visages qui lui sont familiers via le petit écran. Il suffit de l'entendre ronronner d'aise quand font tour à tour leur apparition François-Eric Gendron (Le Proc, Avocats et associés, L'été rouge), Elisa Servier (Nestor Burma, Cap des Pins, Les grandes marées), Manuel Gélin (Avocats et associés, Sous le soleil), ou Véronique Boulanger (Confidences sur canapé). Ce n'est pas du tout idiot, loin de là, de les avoir ainsi réunis.
Dès les premiers échanges, on comprend que ça ne va pas être tendre entre les différents protagonistes. C'est Sabine Haudepin qui donne le la avec une salve de répliques cinglantes et rentre-dedans. La langue de bois, ce n'est pas vraiment son truc. On admet donc l'attitude réservée de son mari qui s'efforce d'esquiver les flèches tout en essayant d'arrondir les angles. On le devine déjà assez faux-cul.
Si les hommes affichent plutôt un profil comportemental assez convenu, ce sont les fameuses belles-soeurs qui s'offrent la part du lion (de la lionne devrait-on dire). Elles sont tellement dissemblables qu'on se réjouit à l'avance de la prévisibilité de leurs réactions. Mathilde (Sabine Haudepin), c'est la vraie teigne, la punaise qui pique là où c'est sensible. Elle est en outre dotée d'un tel sens de la répartie que chacune de ses remarques est une vraie gifle assénée à l'encontre de tel ou telle... Christelle (Elisa Servier), c'est la bonne bourge, qui ne vit que pour son confort, le paraître et ne jure que par les grandes marques. Son côté snobinard va peu à peu voler en éclat au fur et à mesure que les projectiles qu'elle reçoit vont entamer son armure Prada. Quant à Nicole (Véronique Boulanger), c'est la bonne pâte, apparemment même un peu nunuche. Mais elle a ses petits secrets et son bon sens lui permet de mieux se protéger des jets de vitriol.
Les frangins ! Ils sont sans suprise. Très solidaires et, surtout, très masculins. C'est-à-dire un peu veules, un peu lâches, un peu cachottiers. Emberlificotés dans leurs mensonges, ils s'enfoncent inexorablement dans les sables mouvants de leur pusillanimité.
Et puis il y a Talia ! celle par qui le scandale arrive. Il est vrai que, dans la salle, on l'attend la donzelle ! Ces dames nous ont tellement fait monter la mayonnaise à son propos qu'on a hâte de découvrir celle qui fait tourner la tête (et vraisemblablement d'autres organes) à leurs maris. Et on n'est pas déçu. Tornade blonde à la plastique irréprochable, Talia (Mathilde Penin) justifie que les mâles aient pour elle des comportements dignes (indignes ?) du loup de Tex Avery. Mais là aussi, le personnage n'est pas aussi premier degré qu'on pourrait le supposer. Au-delà de son apparence futile, superficielle et désinvolte, on sent peu à peu poindre les blessures. En ne pouvant se retenir d'exprimer sa fragilité, elle en devient touchante et sympathique.
C'est ce qui est bien dans cette pièce : rien ni personne n'est tout noir ou tout blanc. Personne n'en sort indemne. L'humour et l'ironie sont là pour aider à faire passer la souffrance et le chagrin. C'est la vie quoi !
Chacun des sept comédiens est parfaitement en phase avec son personnage. Les couples sont fort bien assortis et parfaitement plausibles. Il y a de jolies trouvailles de mise en scène qui, quand les acteurs auront pris leur rythme de croisière, vont encore gagner en efficacité. Bien sûr, une fois de plus, la gent masculine n'a pas le beau rôle. Ce sont les femmes qui tirent diaboliquement les ficelles de ces trois pauvres pantins. Pour se protéger, voire se justifier, nous n'avons qu'à nous dire, nous les hommes, qu'après tout ce n'est que de la fiction...

samedi 15 septembre 2007

VICTOR ou les enfants au pouvoir


Théâtre Antoine
14, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 08 77 71
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Une pièce de Roger Vitrac
Mise en scène par Alain Sachs
Avec : Lorant Deutsch (Victor), Philippe Uchan (Charles Paumelle), Cerise (Emilie Paumelle), Christiane Millet (Thérèse Magneau), Urbain Cancelier (Antoine Magneau), Caroline Maillard (Esther Magneau), Fabienne Chaudat (Lili), Pierre Aussedat (Le général), Isabelle Tanakil (Ida Mortemart).

Ma note : 6/10

L'histoire : Fils unique d'un couple de petits bourgeois, Victor Paumelle se prépare à fêter ses 9 ans en famille et avec quelques amis : Antoine et Thérèse Magneau et leur fille Esther qui a sensiblement son âge, ainsi qu'un général. Très vite, on découvre que l'enfant est doté d'une personnalité peu commune et d'une intelligence incroyable. Avec une implacable lucidité, il stigmatise tous les travers des adultes qui l'entourent. Et, en raison de son entreprise de démolition systématique, ce qui ne devait constituer qu'un aimable dîner d'anniversaire, tourne bientôt en un féroce règlement de comptes dont pratiquement personne ne sortira indemne...

Mon avis : C'est avec beaucoup de gourmandise que je me suis rendu boulevard de Strasbourg pour découvrir au Théâtre Antoine cette fameuse pièce dont j'avais entendu parler depuis longtemps, particulièrement à travers la prestation de Claude Rich dans le personnage de Victor. La reprise de ce rôle par l'admirable Lorant Deutsch décuplait encore plus mon plaisir et avivait ma curiosité.
Effectivement, je n'ai pas été déçu par la prestation de ce comédien hors norme, tellement crédible dans la peau d'un gamin de 9 ans. Pas une seconde, on pense que l'on voit évoluer devant nous un jeune homme de 32 ans. Le moindre de ses gestes, la moindre de ses mimiques, sont celles d'un garçonnet. Ce n'est que dès qu'il s'exprime que l'on s'aperçoit que l'on a affaire à un surdoué... et à un monstre !
Dès le début de la pièce, parfaitement odieux, il fait tourner Lili, la bonne, en bourrique. Immédiatement, son cynisme, son calcul, son absence totale de scrupules et de moralité, nous font frissonner. Même avec Esther, la petite voisine de son âge, visiblement folle d'admiration pour lui, n'échappe pas à sa méchanceté. Alors que dire des adultes ? Et plus particulièrement de ses parents. Il prend un malin plaisir à dénoncer leurs turpitudes. Si sa mère, douce, effacée, mais pas dupe, est un peu plus protégée, ce sont surtout son père, personnage veule, volage, égoïste, sa maîtresse, Thérèse, la mère d'Esther, qui aime peu sa fille et méprise son mari, qui sont ses cibles privilégiées. Mais il n'hésite pas non plus à s'en prendre à Antoine, la mari trompé, que la trahison de sa femme rend de plus en plus fou, en exacerbant sa fragilité, ainsi qu'au général, militaire de pacotille, qu'il malmène sans vergogne.
On l'aura compris, Victor ou les enfants au pouvoir, n'est pas une franche comédie. S'il nous arrive de rire ou de sourire, c'est surtout grâce à quelques mooments de bravoure dûs aux délires d'Antoine ou aux emportements excessifs de Charles. Sinon, on a plutôt tendance à tendre le dos en appréhendant sans cesse le moment où le drame qui couve va exploser.
Disons-le tout net, cette pièce est très inégale. Le premier acte est particulièrement verbeux. D'ailleurs les deux actes sont bizarrement désiquilibrés. Dans le premier, Victor est omniprésent, flamboyant, énorme. Alors que dans le second, il a perdu toute sa verve, tout son cynisme. Il redevient un enfant plaintif, affaibli par des maux de ventre. Sa discrétion surprend. Pourtant, c'est ce deuxième acte que j'ai préféré. Nous y plongeons en plein drame. les masques tombent. Philippe Uchan (le père de Victor) atteint des sommets dans le jeu. La maman se réveille et se révèle. Les scènes sont plus intimistes, il n'y a plus ces délires verbaux qui plombent le premier acte...
Le problème avec cette pièce, c'est qu'elle fêtera ses 80 ans l'an prochain. Donc, elle date. Les références à Bazaine et à la guerre de 1870 entre autres vont échapper à la grande majorité du public. Même le vocabulaire, surtout dans les grandes envolées du premier acte, nous apparaît ampoulé, désuet, voire hermétique. On pourrait parfaitement se passer en outre de l'apparition totalement inutile et incongrue du personnage d'Ida Mortemart, pétomane hallucinée. Les puristes rétorqueront que cette femme symbolise la mort et que nous sommes dans une pièce estampillée "surréaliste" en 1928. mais elle n'apporte rien à l'action, au contraire, elle l'alourdit et détourne notre attention. Il n'y a rien à reprocher cependant à la comédienne qui campe ce personnage car elle le joue avec un réel panache. Ce qui est toutefois un peu affligeant, c'est qu'une partie du public hurle de rire devant cette pétarade disgracieuse, alors qu'elle reflète un grand moment de souffrance (remarquablement interprété, j'insiste). Mais point n'était besoin de cet intermède.
Le sujet de "Victor", ce petit génie de 9 ans qui sème la zizanie dans sa famille, est pourtant formidable. Quel dommage que l'on n'ait pas le droit d'en moderniser l'écriture. Ce serait indubitablement une pièce fantastique. En résumé, et en positivant, on peut quand même se rendre au théâtre Antoine. Il suffit de passer au tamis tout ce qui alourdit la pièce (il y a vingt minutes de trop) pour ne garder que les pépites qui y brillent : tous les comédiens sont remarquables en pantins pathétiques manipulés par cet infect gamin, et Lorant Deutsch nous offre un premier acte qui est un grand morceau de comédie. S'il continue à grandir ainsi, en ne faisant que de bons choix de carrière (surtout au théâtre), il est à la veille de devenir un de nos plus importants acteurs, un acteur qui va compter dans les décennies à venir.