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mercredi 22 décembre 2010

La Lesbienne invisible


Les Feux de la Rampe
2, rue Saulnier
75009 Paris
Tel : 01 42 46 26 19
Métro : Cadet / Grands Boulevards

Ecrit et interprété par Océanorosemarie
Mis en scène par Murielle Magellan

Ma note : 7,5/10

Présentation
: La Lesbienne invisible, c’est le parcours initiatique et humoristique d’une jeune lesbienne dont personne ne croit à l’homosexualité ; à contre-courant des clichés habituels, elle aime les femmes mais aussi le rouge à lèvres et les robes à fleurs.
Du club de foot féminin aux boîtes ultra-branchées parisiennes, de L World à l’inévitable coming-out parental, Océanorosemarie dresse lles portraits de celles et ceux qui croisent sa routes, hétéros et homos confondus, et raconte sa « lesbiennitude » de façon joyeuse et décomplexée.
La Lesbienne invisible nous parle de relations amoureuses, mais aussi de sujets de société, de choix personnels, de situations ubuesques ; et au terme de ce spectacle, vous aurez enfin toutes les réponses aux questions profondes ou frivoles que les hétérosexuel(le)s se posent sur les lesbiennes…

Mon avis : Je le dis tout net : voici un one-woman show remarquablement troussé… J’ai découvert aux Feux de la Rampe une comédienne très ardente, un peu allumée, qui bouge et ondule comme une flamme, et qui se consume pour que SA vérité soit admise et acceptée. Dans une salle emplie à 90% de jeunes femmes, dont beaucoup en couples, je craignais de faire un peu tache avec ma barbe et ma calvitie. Mais que nenni. Il flottait dans la salle une atmosphère douce, joyeuse et, n’ayons pas peur des gros mots, œcuménique. Bref, je me sentais bien.
Océanerosemarie a construit son spectacle comme un livre ; avec un préambule puis une succession de chapitres abordant différents thèmes et situations. Son premier sketch est très habile car il synthétise en quelque sorte tout ce qui va suivre. Une maman psy essaie d’aider son adolescente de fille de 15 ans à envisager une première expérience amoureuse avec son copain Thomas. Or, au fur et à mesure de la conversation, au fil des informations que lui livre la gamine, ses codes se brouillent peu à peu. Charge à elle de décrypter les signaux…
Le ton est donné. On dit les choses, mais on s’ingénie à rester dans le flou. Car tout le problème est là : Oceanerosemarie se réclame lesbienne, mais elle souffre d’un terrible handicap, elle n’en a pas l’air. Du moins d’après les clichés largement répandus dans l’hétérosphère. Alors, à la fois pour s’expliquer et nous convaincre, elle va se livrer à un véritable cours sentimentalo-technique sur son long chemin de croix vers la Vérité. Une vérité qu’elle assume et que les autres refusent le plus souvent d’admettre. Intelligemment, la jeune femme nous propose une véritable étude ethnologique sur les milieux homos et hétéros, en en classifiant les individus selon différentes types bien caractéristiques.

Avec son allure qui nous fait parfois penser à Isabelle Huppert, Océanerosemarie est très agréable à regarder. Et encore plus lorsqu’elle sourit ! Il se dégage de sa personne énormément de charme et de sensualité. Elle le sait mais, à grand coups d’auto-dérision, elle s’efforce de l’atténuer en prenant de temps à autre des postures un peu caricaturales, des attitudes théâtrales… Du coup, elle nous trouble encore plus sur son propre trouble. Elle pourrait aisément nous émouvoir en nous contant par le menu ses efforts pathétiques pour se faire admettre par la diaspora de son cœur. Elle a beau en faire des tonnes, y compris à s’inscrire au club de foot féminin de Rosny-sous-Bois et en adoptant la panoplie et la cosmétologie idoines, mais rien n’y fait, on ne veut pas la croire. Mais, pour notre plus grand plaisir, elle tourne tout en dérision. Son désarroi, son impuissance, elle les laisse en filigranes pour mieux nous amuser avec son analyse savoureuse et truculente de ses tribulations. De toute façon, tout le monde en prend pour son grade. Elle n’épargne personne, et surtout elle ne se fait pas de cadeau à elle-même. Elle s’en tape complètement de commettre un crime de lesbienne majesté.

Océanerosemarie est une excellente comédienne doublée d’une remarquable caricaturiste. Tour à tour tendre, ironique ou féroce, elle campe une galerie de personnages si bien dessinés qu’on les matérialise sans aucune difficulté tant physiquement que psychologiquement. Certaines des personnes troquées sont réellement attachantes. Et, le plus souvent, ce sont des hommes comme « Papa Ours » ou « L’Homme-Tintin ». Terriblement féminine, n’hésitant pas à prendre des poses provocantes, elle est toujours en mouvement (elle danse admirablement bien) et ne ménage jamais sa peine. Son spectacle, d’une haute tenue générale, contient quelques passages un peu plus pittoresques ou accomplis : sa version « gouinasse » de la Harley-Davidson de Brigitte Bardot, la chorégraphie d’Aurore la danseuse bi, l’hétéro allumeuse, son mime d’un film porno uniquement avec les doigts, sa parodie de Mylène Farmer, la delphinophile… Il ne faut pas oublier que, dans une autre vie, sous le nom d’Oshen, elle est aussi chanteuse. Et une bonne chanteuse (j’avais beaucoup apprécié son dernier album). Si bien que c’est très agréable quand son histoire l’amène à pousser la chansonnette…

Voilà ! Tout ça pour vous dire que j’ai passé une bonne soirée en compagnie d’Océanerosemarie. En dépit du thème abordé, ce n’est jamais vulgaire, jamais équivoque. C’est un spectacle très sain qui, sous le couvert du rire, laisse poindre un soupçon de souffrance. Pas facile d’être « invisible ». Quoi que… Et si elle s’amusait à nous mener par le bout du nez. Car finalement, avec une dose de sadisme raffiné elle efface brusquement tout ce qu’elle venait d’écrire au tableau noir de sa « lesbiennitude » pour laisser planer un doute… Il n’y a qu’une chose à faire : vous rendre aux feux de la Rampe et juger sur pièce.
Lesbien défendue ???

samedi 30 octobre 2010

Aurélia Decker "Je crois qu'il faut qu'on parle !"


Les Blancs Manteaux
15, rue des Blancs Manteaux
75004 Paris
Tel : 01 48 87 15 84
Métro : Hôtel-de-Ville

One-woman show mis en scène par Philippe Ferran
Ecrit par Aurélia Decker, Jonathan Kistner, Firas Touati, Raphaël Decker

Ma note : 7/10

Le thème : Aurélia Decker nous entraîne dans son univers familier et familial en brisant un à un les tabous… Elle utilise ses mots pour aborder les maux de notre époque : une sexualité dans tous ses états, un conflit perpétuel de générations, bref un quotidien bien en crise…

Mon avis : Aurélia Decker est arrivée au théâtre des Blancs précédée d’un bouche-à-oreille plutôt alléchant né cet été du côté d’Avignon. La salle Michèle Laroque était donc quasiment pleine pour découvrir cette nouvelle venue dans l’univers du one-woman show… Une heure plus tard, j’étais convaincu. La donzelle possède un sacré potentiel.
Il faut toujours garder en tête que c’était là son tout premier spectacle en solo et sa toute première salle parisienne. Bonjour la pression ! En tout cas, dès son entrée, elle n’en laisse rien paraître. Son passé de comédienne est un atout de poids dans un tel exercice de haute voltige.

Aurélia Decker nous propose un spectacle classique, que l’on pourrait presque qualifier aujourd’hui, vu la systématisation du stand-up, de one-woman show à l’’ancienne. En effet, il est composé d’une succession de sketches, reliés entre eux par un amusant fil rouge, et donc propices à nous faire découvrir toute une galerie de personnages. Niveau situations, elle balaie large en n’oubliant pas de passer dans les coins, même si parfois elle laisse encore de la poussière sous le tapis. C’est elle est encore verte, donc pas mûre, mais suffisamment pour deviner que, de ces bourgeons pimpants et printaniers, va sans doute éclore une fleur piquante et vénéneuse à souhait.
Son sketch d’ouverture est une excellente idée. Ce coming out, très bien géré et maîtrisé, nous installe dans les meilleures conditions car on rit tout de suite. Après, quand on a une bonne idée, ce n’est que de la mécanique. Il n’y a plus qu’à développer, ce qu’elle fait donc fort bien. Comme son prénom – et son physique – l’indiquent, Aurélia est une (jeune) femme. Elle s’attarde donc sur des problèmes et sur des situations spécifiques à son sexe : la recherche effrénée de la moitié d’orange, la rupture quand elle confine à l’abandon, la difficulté à couper le cordon ombilical, le rapport à l’alcool, le foot… Honnêtement, il y a vraiment de la matière tant au niveau du jeu qu’au niveau du contenu. Il y a bien sûr, et heureusement, quelques scories et quelques réajustements à opérer, notamment en ce qui concerne une mise en scène qu’on aimerait plus nerveuse, moins académique, plus inventive (vous me direz qu’il est facile de critiquer…). Mais l’essentiel est là : Aurélia Decker est une nature. Elle y va, et à fond. Elle ne s’embarrasse guère de tabous ou de préjugés, elle est de son temps, et elle ne le perd pas en y mettant des formes. C’est souvent gonflé, parfois osé et presque toujours drôle.
Je pense qu’on en reparlera bientôt…

samedi 11 septembre 2010

Sophia Aram "Crise de foi"


Théâtre de Trévise
14, rue de Trévise
75009 Paris
Tel : 01 48 65 97 90
Métro : Grands Boulevards / Cadet

Spectacle de Sophia Aram et Benoît Cambillard
Musique de Raphaël Elig
Lumières de Julien Barillet

Ma note : 8/10

Le propos : Sophia Aram aborde le thème universel de la Foi en analysant les étrangetés et les incongruités qui pullulent dans les trois grandes religions monothéistes, le catholicisme, l’islam et le judaïsme.

Mon avis : Voici un spectacle dont, à l’instar de certains films, il ne faut surtout pas manquer le début. En effet, l’entrée en scène de Sophia Aram synthétise en quelque sorte le propos qu’elle va tenir pendant durant une heure et demie. Je vous en laisse donc la surprise tout en estimant que ce générique de début est une trouvaille aussi réjouissante qu’efficace.
A la suite de quoi, après une onctueuse annonce papale sur l’extinction du sacro-saint portable, Sophia, revêtue d’une fort seyante robe gris perle à dégoulinures argentées, entre dans le vif du sujet. Et elle va direct aux pieux. D’abord, elle affiche ses convictions : elle est athée. Puis, elle remonte à la Création du monde pour en décortiquer malicieusement toutes les invraisemblances. Et Dieu sait s’il y en a !
Après cet exposé paradisiaque, la jeune femme revient à sa propre existence. D’ailleurs elle va sans cesse passer du plus universel au particulier, c’est-à-dire elle-même. Elle ne cache rien de sa situation : elle est d’origine maghrébine, son mari est protestant, ils sont tous deux athées. Mais en dépit de cette conviction affirmée, elle admet qu’il reste toujours une part de doute. Se poser des questions sur l’existence de Dieu, ça sert d’os… à ronger. Et puis ça permet d’en parler et d’en faire un spectacle.
Un spectacle plutôt gonflé, même. Ironiser sur les religions en ces temps où l’intégrisme et l’obscurantisme enfourchent de nouveau les chevaux de l’Apocalypse, il faut faire preuve d’un certain courage et de beaucoup de finesse. Si on est dévot, on va la trouver un peu vache. Si, comme elle, on n’est pas croyant, elle ne prêche pas dans le désert. C’est que toute son argumentation tient remarquablement la route. Crise de foi est un spectacle fin, intelligent et irrésistiblement drôle. Sophia Aram évolue dans un registre thématique dans lequel aucune de ses consoeurs comiques ne s’aventure. Comme dans son précédent spectacle, Du plomb dans la tête, où elle réussissait à faire rire avec un sujet dramatique, le suicide d’une enseignante, elle réitère cette foi avec le thème ultrasensible de la religion.
Son show est très bien construit et surtout, il est très complet. On n’ira peut-être pas jusqu’à qualifier Sophia de « bête de Cène », mais très à l’aise avec son corps, elle bouge remarquablement, se livrant ici et là à quelques chorégraphies souples et rythmées. Elle a toujours le geste et la mimique qui tombent justes. Elle excelle dans les accents, passant entre autres avec brio de la petite fille, à la canadienne (clin d’œil au spectacle précédent), ou à l’arabe ; une maghrébine qui va par ailleurs lui servir de fil rouge puisque son personnage, de peur de se tromper de Dieu, va adopter les rites et les obligations de chacune des trois religions, ce qui va lui rendre la vie impossible.

Crise de foi, est un spectacle où l’on rit rarement aux éclats. Ce n’est pas l’effet recherché. Mais on y est en permanence en train de sourire tant les exemples sont édifiants. Tout ce que Sophia Aram est inscrit dans la livres sacrés, quand ce n’est pas gravé dans le marbre des tables de la Loi. Si bien que, si l’on est un tant soit peu cartésien, il est impensable de croire en de nombreuses affirmations pourtant dogmatiques. Elle prend bien soin en outre de ne pas (dé)favoriser l’une ou l’autre des trois religions monothéistes. Le match est vraiment nul. On en a pour preuve l’avant-dernier sketch où une commentatrice québécoise relate les difficultés de cohabitation que rencontrent un catholique, un musulman et un juif dans un vaisseau spatial… Et puis Sophia s’amuse à émailler ses propos de petites digressions coquines, un peu osées, parfois carrément crues, histoire de se gagner la complicité d’une gent féminine qui, comme elle, aurait tout légitimement le buisson ardent.

Hâtez-vous de vous rendre au théâtre de Trévise, je vous en prie. Vous y passerez un sacré bon moment.

mardi 3 août 2010

Karine Dubernet "vous éclate"


Le Point-Virgule
7, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
Tel : 01 42 78 67 03
Métro : Hôtel de Ville

Ecrit pas Karine Dubernet
Mise en scène de Rodolphe Sand

Ma note : 8/10

Présentation : De l’humour, de l’émotion, des cascades. Des milliers de sketches, une centaine de personnages plus drôles les uns que les autres, des animaux, de la chanson, des recettes de cuisine, des paniers garnis, et tout ça en une heure. Incroyable ! Si vous n’y allez pas, vous ne saurez jamais si c’est vrai.

Mon avis : Plutôt conquis par sa prestation dans Le Gang des potiches au Gymnase, une comédie qu’elle a écrite, j’ai eu envie de vérifier ce que pouvait donner Karine Dubernet en solo. Direction de Point-Virgule, ce creuset où sont nés tant de nos humoristes actuellement au premier plan. Premier indice, la salle était pleine, le public, majoritairement féminin, bruissait joliment, l’atmosphère ambiante était idéale.
On ne voit pas tout de suite Karine Dubernet. Mais on l’entend. On entend sa voix depuis les coulisses, ronchonnant qu’elle n’est pas prête. Et soudain, elle surgit… Je ne vous décrirai pas la première image qu’elle donne, mais pour ce qui est de se poiler, on se poile. Le ton est donné. Elle ose. Cette boule d’énergie est branchés sur le haut débit ; dans tous les domaines. Il y a toujours quelque chose en mouvement chez elle. Parfois, un sourcil qui se lève ou un menton qui s’affaisse suffisent à apporter une note de drôlerie. Elle bouge vachement bien, occupe parfaitement l’espace de l’immense scène du Point-Virgule, et elle est très, très expressive.
La demi-douzaine de sketches qu’elle interprète est vraiment originale. C’est gonflé, cru, provocateur. Karine ne fait pas couler l’eau tiède. Elle y va à fond. Les quelques personnages qu’elle campe sont pour la plupart très dérangeants ; et très dérangés. A l’instar de cette gamine de 6 ans qui fait sa lettre au Père Noël. Si ses pulsions de violence n’étaient pas atténuées par l’ingestion de calmants costauds, on ne serait pas loin de L’exorciste. Elle fout la trouille, la pisseuse… La rédaction de cette missive nous permet en outre de constater combien ce spectacle est bien écrit. Bien joué, certes, mais aussi très bien écrit… Comme je le soulignais plus haut, il y a vraiment des idées et ses personnages ont de l’épaisseur. Lorsqu’elle quitte les mondes de l’enfance et de la BD des deux premiers sketches, elle rentre bille en tête dans les relations familiales. Et là, place à un humour féroce. Pas de cadeau. On se dit les choses crûment. L’humour filial a droit à un enterrement de première classe. Enfin, quand je dis « classe », le terme n’est pas vraiment approprié. Dans ce sketch noir, elle se livre à un petit intermède musical qui, comme elle, nous laisse bouche-bée.
Le sommet du délire est atteint avec l’irruption haute en verbe et en couleur de la grand-mère. Mauvaise comme une teigne l’aïeule ! C’est la gamine de 6 ans quatre-vingt ans plus tard. Elle a vraiment grandi en méchanceté. Quel personnage. Sacrée création !
Karine Dubernet truffe son spectacle d’expressions, de citations et de formules très judicieuses, souvent croustillantes et, surtout originales. Et elle n’hésite jamais à se moquer d’elle-même. Genre : « C’est quand on a vu ma gueule qu’on a inventé la cagoule ». Elle joue énormément avec le public, nous démontre qu’elle a aussi du chien… Elle termine son spectacle en apothéose avec une parodie improbable de la Grande Zoa, avec un boa constrictor… de rire. Et, passant d’une plume à l’autre, elle finit avec une pirouette fort habile qui nous ramène subtilement au premier sketch. Comme quoi rien ne reste jamais lettre morte.

Si elle, elle se fait suer sur scène (because la chaleur + les accoutrements + la débauche d’énergie), nous on ne s’ennuie pas une seconde. La seule chose qu’elle essuie, c’est une salve d’applaudissements enthousiastes. Karine Dubernet est une excellente comédienne, pleine de finesse et de maîtrise, avec un sens remarquable du détail comique. C’est un vrai personnage, un phénomène pétri de talent. Et « pétri » est l’anagramme de pitre. Quel est d’ailleurs le féminin de « pitre » ? Karine Dubernet ?

vendredi 25 juin 2010

Shirley Souagnon "Sketch Up"


Théâtre de Dix Heures
36, boulevard de Clichy
75018. Paris
Tel : 01 46 06 10 17
Métro : Pigalle

Textes de Shirley Souagnon
Mise en scène de Marine Baousson

Ma note : 5/10

Mon avis : Gagnante de La Route du Rire 2009, Prix Jeunes talents 2010, Shirley Souagnon est pleine de promesses. Elle possède indéniablement un très gros potentiel. Sympathique, pétillante, expressive, elle s’empare de la scène avec un dynamisme communicatif. Elle bouge bien (son entrée en scène le prouve), chante bien, fait ce qu’elle veut de sa voix, elle a un petit côté cartoonesque très réjouissant… Elle possède donc tous les ingrédients pour que son Sketch-up nous excite les papilles gustatives. Mais la sauce ne prend pas comme elle le devrait. Si la chanson de gestes est parfaite, les paroles ne sont pas assez relevées.
Passé le préambule du sempiternel couplet communautaire que l’on a déjà entendu mille fois du côté de la bande à Jamel (quand on est marrant, on est marrant. Point. Ce n’est pas une question de couleur de peau. L’humour n’a pas de couleur, y compris l’humour « noir »), et une petite parenthèse d’autodérision où elle joue de son aspect androgyne, elle nous livre le fruit de quelques observations plutôt bien trouvées. Or, et c’est là que le bât blesse, s’il y a plein de bonnes idées, elle se contente de les ébaucher et ne va pas jusqu’au bout. Elle allume des mèches, et elle les laisse se consumer avant qu’elles ne s’embrasent. Et nous avec. Pourtant son spectacle regorge de jolies trouvailles mais maladroitement exploitées. Bonnes idées en effet que ces sketches sur les produits discount, sur son écartèlement entre les magazines culturels et les magazines people, sur la gamine qui s’offre des sensations fortes en tirant des sonnettes inconnues, sur son personnage de Jiminy Cricket à mauvaise conscience, sur la naissance du blues, sur le comparatif entre les comportements français et américains… C’est judicieux, c’est malin, c’est bien trouvé, mais ce n’est pas assez fouillé, et ça manque singulièrement de matière. Ça pêche uniquement au niveau de l’écriture. Reste une présence incontestable qui devrait attirer les producteurs de cinéma et de télévision car Shirley Souagnon est naturellement drôle. Pour le one-woman show, il suffit qu’elle se trouve des auteurs et son Sketch-up sera alors véritablement épicé. Elle a la forme, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il lui manque le fond. Après tout, elle n’a que 22 ans…

samedi 22 mai 2010

En coup de Vamp


Comédie de Paris
42, rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Tel : 01 42 81 00 11
Métro : Blanche / Pigalle

Ecrit et mis en scène par Jean-Marie Chevret
Avec Dominique de Lacoste

Ma note : 7/10

L’histoire : Mâme Jansen !... L’incontournable amie satellite de Gisèle Rouleau, vient de grossir les statistiques des accidents de la route. C’est à la fin d’une excursion « Mer de sable » avec le Club qu’elle s’est fait coincer par son sac en bandoulière dans la porte arrière de l’autocar. Obligée de courir à côté du bus jusqu’à la porte d’Orléans. Bilan : vingt-six fractures, une prothèse dentaire fichue et trois mois d’hôpital.
Gisèle se retrouve donc en charge d’une amie plus proche d’une terrine de campagne que de Miss Univers. Simone Jansen est plâtrée, bandée, de la racine des cheveux à la pointe des pieds… Heureusement, Gisèle veille sur elle. Et elle prend les choses en main…

Mon avis : C’est du Gisèle pur jus ! Du concentré. Cette fois, elle n’a personne pour réfréner son tempérament de feu. Avec sa fougue inconsciente, son autorité naturelle, c’est madame sans-gêne qui prend ses quartiers à l’hôpital et, immédiatement, la courbe de la température ambiante va monter jusqu’à des sommets jamais atteints dans le docte établissement…
Sur fond de musique entraînante fleurant bon la Comedia dell Arte, notre Vamp effectue une entrée tonitruante ; Toujours attifée de son improbable accoutrement au mélange audacieux de couleurs et de figures géométriques, c’est une tornade qui déboule à l’accueil de cet hôpital parisien. Pleine de sollicitude, elle vient porter assistance à son amie Simone Jansen, victime d’un accident lui aussi très haut en couleurs. Quand le Club part en excursion, il s’en passe des choses. Avec une assurance frisant l’impolitesse, elle impose ses desiderata au corps médical, s’intronisant carrément aide-soignante. Inutile d’essayer de lui résister.
Avec son énergie dévastatrice légendaire, Gisèle fout le souk à l’hosto. Pendant que son amie, inconsciente, gît sur son lit de douleur intégralement momifiée, elle s’agite, commente, vitupère, donne ses ordres aux infirmières comme aux médecins, interpelle les visiteurs, allant même jusqu’à donner des consultations. Au fur et à mesure que son squat sanitaire avance dans le temps, elle observe la vie de l’hôpital et se mêle évidemment avec sa rusticité coutumière de ce qui ne la regarde pas. Ce qui génère bien sûr moult situations pour le moins croustillantes.

Franchement, on n’aimerait pas avoir pour « amie » ce typhon incontrôlable. D’une méchanceté rare, perfide, aigrie, vénale même, et d’une mauvaise foi chronique, on ne lui trouve guère de qualités. Mais en fait, ce qu’elle montre là spontanément, n’est que la face émergée de l’iceberg. Il faut savoir aller chercher ce qui se passe sous la ligne de flottaison. Sous la véhémence, sous l’explosivité, sous l’ingérence systématique, on devine une sorte de désarroi. Gisèle est en demande permanente de reconnaissance et d’affection. Elle a besoin des autres pour exister. Sinon, avec son long veuvage, elle serait confinée dans la solitude et dans l’ennui. Il y a justement un court moment où elle se dévoile complètement, une parenthèse de grâce et d’émotion dans laquelle elle ose avouer les angoisses qui rongent les tréfonds de son âme. Ça arrive au bon moment dans la pièce, c’est un bref instant d’apaisement, avant que l’effervescence ne la regagne de plus belle. Mais cet intermède inattendu aura permis de révéler une réelle forme d’humanité.
En coup de Vamp porte donc bien son nom. C’est un vent de folie qui souffle sans discontinuer sur la scène de la Comédie de Paris. La mise en scène est adroitement bâtie sur une succession de scènes plus ou moins longues qui donnent beaucoup de rythme. Dominique de Lacoste, au meilleur de sa forme, se régale à jouer cette malpolie-clinique. N’hésitant jamais à apostropher les spectateurs des premiers rangs, elle a une maîtrise parfaite de son personnage. L’écriture très imagée de Jean-Marie Chevret, épicée de réflexions souvent désopilantes, donne à la pièce une crédibilité que les nombreux excès ne parviennent même pas à gommer. Au contraire, on les attend et on en redemande. L’idée de départ, avec cette intrusion dans un monde hospitalier habituellement plus feutré, est excellente car on imagine en effet les dégâts colatéraux que pourrait causer une Gisèle à qui on a lâché la bride. On ne s’ennuie pas une seconde, le spectacle est aussi dans la salle car certain(e)s vivent tellement la situation au premier degré qu’ils ne peuvent se retenir de réagir à voix haute.
Voici donc une pièce aux rebondissements rocambolesque où l’on s’amuse librement sans aucune arrière-pensée.

jeudi 15 avril 2010

Attila, reine des Belges (ou l'odyssée d'une mère)


Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Tel : 01 45 44 57 34
Métro : Vavin / Notre-Dame des Champs

Ecrit et interprété par Marie-Elisabeth Cornet
Coécrit et mis en scène par Samuel Légitimus et Laurent Dubost

Ma note : 7/10

L’argument : Dans une maternité de Bruxelles, Jacqueline, enceinte de… deux ans et demi, refuse d’accoucher. La médecine est impuissante, le mari désespéré. Pour libérer l’enfant, Carole, chamane new-age, va plonger dans la mémoire de la mère et nous faire vivre un voyage fantastique entre ciel et terre.

Mon avis : Avant de tenter toute analyse et digression critiques, on ne peut quitter le Lucernaire que complètement abasourdi par la performance scénique et physique que vient d’accomplir Marie-Elisabeth Cornet. Quelle présence, quel bagage !
Maintenant, essayer de rendre compte fidèlement de cette pièce c’est tout simplement pas possible tant c’est riche, foisonnant, et déstabilisant. C’est un peu comme pénétrer dans un labyrinthe sans le précieux fil d’Ariane. En même temps, ce parcours à l’aveugle est totalement jouissif puisqu’on va de surpris en surprise, d’audace en audace. C’est qu’elle ne joue pas petit bras la Marie-Elisabeth. Elle interprète carrément une soixantaine de personnages. Certains très fugitifs, et d’autres bien plus consistants comme ce démiurge assisté de son égérie Félicité, ce GI texan, ce douanier belge, comme Nicole, cette bigote affligée d’un hoquet chronique…
Pour cela, et pour que l’on comprenne bien à qui l’on a affaire, elle utilise tout un éventail de subterfuges : accents (belge, hongrois, américain… elle zozote), imitations (de Gaulle…), bruitages, propos et onomatopées cabalistiques, elle adopte des gestuelles caractéristiques, prend des poses pas naturelles du tout, elle fait même l’autruche et le tyrannosaure ! Elle a pour seul accessoire une cape qui, selon l’usage qu’elle en fait, devient manteau, jupe, châle, lange… Bien aidée par une bande-son efficace et des jeux de lumières subtils, elle nous prend par la main et nous entraîne dans un voyage spatiotemporel qui par du Big Band (eh oui) pour aller jusqu’au baby boom.

Dit comme ça, ça peut sembler très abstrait mais en fait tout est cohérent. Il y a une vraie logique dans son délire. Le personnage clé de cette saga fantastique est Carole, la chamane à l’accent belge. Appelée à la rescousse par un directeur de clinique impuissant à faire accoucher une patiente enceinte de deux ans et demi, elle va utiliser sa science et ses pouvoirs pour remonter à la source du problème. Alors que le nouveau (?)-né, déjà équipé de son cartable, est prêt à franchir le col pour entrer à l’école, Jacqueline – c’est la parturiente – s’obstine à le retenir en son sein, au grand désespoir de son mari. Pour connaître la raison de ce refus, Carole va s’introduire dans sa mémoire pour entraîner Jacqueline dans une manœuvre de régression. Là, la définition du Petit Larousse s’impose pour nous en expliquer le mécanisme : « retour du sujet à un état antérieur de sa vie libidinale par suite de frustrations ». Accrochez vos ceintures, l’Orient-Express s’engage sur des montagnes russes !

En une succession de tableaux animés par une multitude de personnages, Marie-Elisabeth Cornet, nous fait revivre le parcours vers l’exil d’une famille hongroise persécutée par les Bolchéviks… C’est du grand art. La comédienne possède une science consommée du mime. Très souple, très mobile, toujours en mouvement, elle est fascinante. Elle n’hésite pas à interrompre le fil de son histoire abracadabrantesque pour s’amuser avec le public. Avec ses yeux clairs et son sourire chaleureux ou espiègle, elle nous enveloppe littéralement dans son châle qu’elle agite devant nous comme une muleta.
Et Attila là-dedans, direz-vous ? Et bien, Attila, c’est une truie transformée en bijouterie sur pattes pour des raisons de survie. Esprits cartésiens s’abstenir…
Et pourtant… Et pourtant, au fur et à mesure que se déroule l’écheveau quasi inextricable de l’histoire, on commence à entrevoir quelques vérités. Certains thèmes abordés ne nous semblent soudain pas anodins : l’immigration, la foi, l’adoption… ça donne à réfléchir. Si bien que l’on commence à se douter que cette épopée au traitement volontairement absurde est nourrie par un fonds autobiographique. Et on se prend à regarder la jeune femme autrement. Derrière ce grand sourire et cette fantaisie se cachent sans doute quelques fêlures, quelques souffrances très personnelles. Diable, l’histoire d’Attila ne serait-elle que la transposition théâtrale d’une thérapie ? Il suffit d’attendre la fin pour que la comédienne enfonce le clou et ouvre enfin les vannes de sa profonde humanité.
Ancienne pensionnaire du fameux Cirque du Soleil, Marie-Elisabeth Cornet, est une artiste totale. Et il faut déployer un sacré talent pour réussir à nous entraîner dans un tel délire. Attention, il faut avoir le cerveau entièrement disponible pour profiter pleinement de cette extravagante odyssée, riche et dense. Devant une telle performance, on ne peut que reconnaître que pour réussir à attiser notre intérêt en jouant ainsi Attila, cette comédienne, c’est vraiment quelqu’Hun.

mercredi 17 février 2010

Véronic DiCaire


Théâtre de la Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar-Quinet

Ma note : 7,5/10

Mon avis : Il faudrait être très difficile pour ne pas se montrer enthousiaste devant la performance époustouflante à laquelle se livre Véronic DiCaire pendant un peu plus d’une heure sur la scène de la Gaîté Montparnasse. Pour nous mettre d’emblée dans le ton, après une annonce à la rock star, elle nous sert une sorte d’échantillon de ce qui nous attend. En quelques très brefs extraits, elle campe une poignée de têtes d’affiche de l’acabit de Madonna, Mylène Farmer, Britney Spears, Michael Jackson… C’est rapide, tonique, efficace et ça nous met dans des conditions idéales.
Mais avant d’aller plus loin dans l’exposition du spectacle, attardons-nous un instant sur l’artiste elle-même. Véronic DiCaire est blonde, élancée. En pantalons de cuir, bottines à hauts talons, veste cintrée à paillettes discrètes, elle est très, très agréable à regarder. Elle est tout simplement belle, quoi ; ce qui, pour une humoriste est un atout non négligeable. En plus, elle dégage une joie de vivre, une pêche, une générosité qui vont nous emporter tout au long de son show. Car avec elle, il faut parler de show. Débordante de vitalité, très à l’aise avec son corps, elle bouge sacrément bien et possède un art consommé de l’occupation de la scène, n’hésitant même pas, quand son personnage l’impose, à prendre des postures quelque peu outrées ou caricaturales. Le seul mot qui puisse la résumer, c’est « performeuse ».
Et puis, - j’ai failli oublier – elle chante. Quelle(s) voix ! C’est d’ailleurs un problème : elle chante souvent bien mieux que les artistes qu’elle imite !

Elle entame son show par une pseudo rubrique que l’on pourrait intituler « chansons à la carte ». Elle demande à quelques personnes du premier rang de lui fredonner un air quelconque et elle s’engage à l’interpréter dès qu’elle en aura identifié la mélodie. Bien sûr, il y a là un gag que je vous laisse le plaisir de découvrir. Très facile, délicieusement expressive, elle se glisse efficacement dans les peaux de Véronique Sanson et d’Axelle Red. Seul petit bémol, les textes d’introduction amenant ces imitations sont un peu faiblards ; ils manquent de peps et de mordant.
Le thème suivant, baptisé « les télégrammes chantés » est une super bonne idée car ils lui permettent d’entrer cette fois de plain-pied dans la parodie. Françoise Hardy, France Gall, Vanessa Paradis, Céline Dion jouent les porteuses de ce genre de pli personnalisé. Là aussi les textes sont inégaux (j’ai bien aimé celui mettant Vanessa Paradis en scène). On aimerait qu’ils soient un peu plus incisifs. Attention, ces quelques remarques n’enlèvent en rien la qualité de certaines imitations et la performance scénique. La puissance mélodieuse de sa voix quand elle interprète All By Myself est tout bonnement sidérante et nous scotche au fauteuil.
Troisième tableau : les NRJ Music Awards présentés par… Anne Roumanoff façon Radio Bistrot. A ma connaissance, c’est la première fois que je vois quelqu’un imiter madame « On en dit pas tout ». Ce qui n’est pas évident, mais plutôt réussi quant aux intonations. Défilent alors Shakira (quelle sensualité), Mylène Farmer (avec sa gestuelle si caractéristique), Olivia Ruiz (rarissime), Britney Spears (provocante à souhait), Christina Aguilera… Le gros avantage des Québécois, c’est qu’ils sont parfaitement bilingues. Du coup, les imitations des voix anglo-saxonnes frisent la perfection (comme je vous l’ai dit, c’est souvent mieux que l’original).
Quatrième chapitre : l’imitation mode d’emploi. Véronic nous explique les quelques astuces pour entrer dans la peau et s'accaparer les cordes vocales des différents personnages. Les cobayes sont alors Vanessa Paradis (quelle maîtrise de l’ondulation !), Arielle Dombasle, Amy Winehouse, Patricia Kaas, Tina Turner, Mireille Mathieu, Dalida, Susan Boyle, Madonna… Mention spéciale aux imitations de Winehouse, Kaas, Turner, Mathieu, Dalida et d’une émouvante Boyle. Mais la jeune femme ne laisse jamais trop longtemps l’émotion nous étreindre et elle y coupe court avec une pirouette facétieuse. Après tout on est surtout là pour s’amuser.
Evidemment, lorsqu’elle s’approprie les artistes québécoises, ses payses, elle est particulièrement étonnante. On ferme les yeux et on entend Lynda Lemay (Voix parfaite, mais emploi regrettable d’un « E » intempestif à la fin du mot « hiver »), Isabelle Boulay, Lara Fabian (stupéfiante de mimétisme). Et elle enchaîne avec une délicieuse parodie de Carla Bruni (bien écrite celle-là).
La fin du show s’articule en trois parties. Elle se métamorphose en Edith Piaf, ce qui nous permet outre l’émotion que ce tableau dégage, de découvrir qu’elle a autant de charme en brune. Puis elle s’attaque à LA Céline Dion, la chanteuse cultissime, en une savoureuse succession des grandes époques de sa carrière. Là encore on assiste à une incroyable performance (je sais, je dis souvent « performance », mais je n’ai rien trouvé de plus précis dans mon dictionnaire de synonymes). Et enfin histoire de confirmer qu’elle a plus d’une corde (vocale) à son arc elle termine en apothéose en mettant en scène un superbe duo Dion-Maurane sur Quand on n’a que l’amour de Brel, duo qui voit la salle se lever spontanément pour lui offrir une vibrante ovation…

Voilà, le show est terminé. On est heureux et emballé d’y avoir assisté. On pourrait la surnommer Véronic « Disquaire » tant son échantillonnage vocal est large et varié.
Je ne me rappelle plus si je vous l’ai déjà précisé : sa prestation sur scène est une formidable… performance. Ce spectacle d’une heure en appelle maintenant un autre, un peu plus long, un peu plus abouti sur le plan de l’écriture des enchaînements et des parodies. Pour le reste, j’ai rarement rencontré une chanteuse aussi enchanteresse et aussi ébouriffante de talent et de présence. Je pense qu’elle ne va pas tarder devenir une véritable coqueluche du public français.

vendredi 5 février 2010

Michèle Bernier "Et pas une ride"


Théâtre de la Renaissance
19, rue René Boulanger
75010 Paris
Tel : 01 42 02 47 35
Métro : Strasbourg Saint-Denis

One-woman show écrit par Michèle Bernier et Marie-Pascale Osterrieth
Mis en scène par Marie-Pascale Osterrieth

Ma note : 7,5/10

L’argument : Après la trentaine épanouie, la quarantaine toujours aussi épanouie, voici la cinquantaine que l’on aimerait épanouie. Michèle Bernier est de retour avec la ferme intention de mettre une claque au temps qui passe et à tous ceux qui nous le rappellent…

Mon avis : Le Démon de Midi a remisé au placard, dans la naphtaline, ses cornes pointues et sa queue fourchue. A l’horloge biologique de Michèle Bernier, la petite aiguille affiche allégrement le 50. Enfin, quand on dit « allégrement », ce n’est pas le cas de tout le monde. Elle n’aime pas du tout ce chiffre, la Michèle. Mais alors, pas du tout. 50, c’est peut-être la vitesse maximum en ville, mais c’est pour elle le début de la décélération, le moment où l’on joue désespérément du frein moteur en abordant les premiers lacets de la pente descendante… Alors, maso pour maso, Michèle Bernier se projette déjà à la maison de retraite en un film d’anticipation dans lequel elle se vêt des atours d’une madame Doubtfire ; chevelure grise argentée et chien de compagnie… Mais cette image est trop affreuse, trop insupportable et elle bat rapidement… en retraite, balançant sa panoplie aux orties pour nous apparaître en ce qu’elle est véritablement aujourd’hui, une quinqua que l’âge et le temps qui passe horripilent. « je ne veux pas être vieille ! » clame-t-elle, complètement désemparée. Et la voici en train d’énumérer tous les méfaits causés par l’irréparable outrage (redoutable litote dont l’évident constat nous fait avoir une dent contre Racine). Haro sur la dictature de la jeunesse ! Et pourquoi pas succomber à la tentation de la chirurgie esthétique ?
Michèle Bernier va jusqu’à évoquer la mort et les obsèques qui vont avec. Elle va même jusqu’à préconiser l’enterrement… bio.
50 balais, c’est le nettoyage d’automne (il n’est hélas plus question de printemps). C’est le moment de faire le point. Après avoir lorgné du côté d’un futur peu jouissif, elle décide de regarder dans le rétroviseur et de revisiter les cinquante années écoulées. L’angoisse de vieillir fait place à la nostalgie et à la mélancolie.

Vous l’aurez compris, le spectacle de Michèle Bernier est scindé en deux parties. Dans la première, où elle est dominée par l’angoisse de – mal – vieillir, elle régit comme quelqu’un qui a peur, c’est-à-dire avec outrance et véhémence. C’est la Michèle Bernier débordante d’énergie et de tonus, qui prend des accents, des postures hilarantes, qui utilise des accessoires pour étayer ses raisonnements et ses exemples… Dans la seconde partie, c’est Mimi-la-tendresse qui reprend le dessus, qui feuillette son album de famille, des vacances dans la Meuse chez sa grand-mère au départ de son aînée du nid familial. Prise d’un grand élan de générosité, elle a envie de demander pardon à tout le monde, quitte à se flageller l’âme. Elle ne veut offrir que de l’amour… Cette deuxième partie est évidemment très autobiographique, autant drôle qu’émouvante. Elle lui donne du rythme grâce à l’utilisation de trois panneaux sur lesquels elle projette des images illustrant ses propos. Si on rit énormément dans la première partie, on se laisse plus aller à l’attendrissement dans la seconde. En fait, elle nous le fait à l’envers. La plupart du temps, ses collègues humoristes vont crescendo dans l’humour or, elle, elle va crescendo dans l’amour. Ce qui fait que lorsqu’elle arrive au terme de son show, on est en totale empathie avec elle. Et l’on repart avec le sourire du cœur.
Dans Et pas une ride, Michèle Bernier nous déplie tout l’éventail de son talent de comédienne. Elle sait tout faire, traduire tous les sentiments. Elle fait ce qu’elle veut avec sa voix, elle chante, elle danse. Un spectacle total. Avec deux grands pics de drôlerie : la mammographie et la basse-cour… Et maintenant, on se dit qu’il va encore falloir attendre dix ans pour découvrir dans quel état d’esprit elle va se trouver à l’heure de la soixantaine… Tiens-bon Michèle, on t’attend !

jeudi 21 janvier 2010

Noëlle Perna : "Mado fait son show !


Théâtre du Gymnase
38, boulevard Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne Nouvelle

One-woman show écrit par Noëlle Perna et Alain Sachs
Mis en scène par Alain Sachs

Ma note : 7,5/10

Le thème : Cette fois, Mado décide de faire un vrai show… comme elle se le « pantaille »… avec des imitations, de la musique et des costumes toujours aussi excentriques pour une galerie de portraits hauts en couleurs. « Qué chance », elle a même trouvé un « reproducteur » !
Elle a tout préparé. Et, pour ce faire, toute sa famille a été mise à contribution… Mais seront-ils à la hauteur pour le grand soir ?
Une recette familiale avec des personnages plus vrais que nature et qui ne manquera pas, à coup sûr, d’être une nouvelle fois « esstra »…

Mon avis : Noëlle Perna ne nous trompe pas sur la marchandise : quand elle annonce que Mado fait son show, elle le fait. Elle y met les moyens, elle nous sort le grand jeu. Lumières, musique typique de revue de music-hall (french-cancan en tête), costume chatoyants et bigarrés… Et dès qu’elle surgit, le ton est donné et on retrouve immédiatement tout ce qui fait la spécificité de Mado : son énergie débordante, son accent, son franc-parler, son langage imagé, ses mots inventés ou déformés, sa manière de prononcer les « S » muets (les « esspots ») son bon sens, sa fausse naïveté, ses coquineries et son aptitude à nous prendre tous pour des confidents. En fait, Noëlle Perna reproduit sur scène sa façon d’être dans son bar niçois, le Bar des Oiseaux. Elle y trône, y tient la vedette, et nous sommes tous ses (bons) clients. Je ne connais pas la marque des oiseaux dont il est question, mais au vu des quelques habitué(e)s dont elle brosse le portrait, ce sont assurément des drôles d’oiseaux. Et elle, c’est une pie ; une pie jacassante et virevoltante, infatigable et intarissable, capable aussi de distribuer régulièrement de féroces petits coups de bec bien vachards.
Mado aime discuter. Son spectacle, même s’il repose sur une poignée de sketches dûment annoncés, semble totalement déstructuré tant elle se complaît à partir dans les digressions et les anecdotes. Si vous avez envie d’être apostrophé ou pris à partie, installez-vous dans les premiers rangs, vous ne lui échapperez pas… Elle affiche en outre une propension particulière à se moquer des hommes. Surtout de ceux de sa famille, Albert le mari, Toinou le fils, son beau-frère. Eux, ils sont habillés pour l’hiver, même si le climat n’est pas spécialement rigoureux du côté de la baie des Anges. Et puis, quelle cabotine !

Son intention, c’est donc de nous présenter un formidable spectacle de « Chauve Biz ». Pour cela, la (re)production n’a pas lésiné sur les moyens. Elle a en effet à disposition, une malle et un porte-manteau. Comme ça, de prime abord, ça fait un peu cheap. Mais dès qu’elle ouvre la fameuse malle, c’est le music-hall tout entier qu’elle en extirpe. Ça, elle n’a pas peur du ridicule. Affichant un goût prononcé pour le rose fluo, il faut voir de quoi elle ose s’affubler (un éventail de vulgaires plumeaux, certes joliment colorés, en guise de plumes). Elle se lance ensuite dans une chorégraphie (la fameuse choré du Sud) des plus approximatives avec pointes émoussées.. Tout au long de ses différentes évolutions, elle ne cesse d’apostropher un fiston qui ne s’avère pas être une lumière au poste d’éclairagiste, et d’invectiver un mari supposé se trouver dans les coulisses côté cour.
Le deuxième sketch est consacré aux imitations. Mais comme elle parodie des personnes qui sont pour nous de parfaits inconnus, puisqu’il s’agit de gens qui fréquentent son bar, inutile d’y chercher le moindre repère. Le premier personnage qu’elle campe, Amélie la « péripétassienne », une gourdasse sympathique, lui permet de distiller une kyrielle de jeux de mots dont certains sont vraiment excellents. Il y en a aussi une poignée qui sont assez faciles, dignes de l’almanach Vermot, mais qui, dans le contexte, ne nous offusquent pas trop.
Au passage, il faut souligner la qualité de l’écriture sur l’intégralité du spectacle. Surtout, qu’il y a du débit, donc du texte.

Noëlle « Mado » Perna a le sens de la formule, des formules rendues encore plus savoureuses servies qu’elles sont par son accent et sa faconde méditerranéenne. C’est la championne de l’exagération et du chauvinisme éhonté (voir sa comparaison entre les plages de l’Atlantique et celles de Nice). Elle possède aussi une science du geste qui n’appartient qu’à elle. Tout ceci fait d’elle un personnage unique, truculent et haut en couleurs. Mado, on aimerait bien l’avoir pour copine. Elle n’a pas son pareil pour créer de l’animation et raconter des histoires. C’est ça aussi qui la rend réellement attachante. Elle nous fait vraiment marrer.
Sa troisième imitation, celle d’une tragédienne légèrement affectée d’ébriété est un vrai grand moment d’humour. Cette comédienne-là consomme plus de verres qu’elle ne débite de vers. De toute façon, elle les déforme et ils ne riment plus à rien. C’est, à mes yeux (ou plutôt à mes oreilles) un des mieux écrits…
Après s’être attardée un moment sur les ronflements de son mari, elle nous présente un numéro de ventriloque avec le charmant Poppy, narre ses vacances à l’île d’Oléron avec Albert, et aborde le rappel avec le sketch un tantinet surréaliste, mais particulièrement drôle dans son outrance, du GPS…
Et, en cadeau de fin, elle nous offre une séquence délirante dédiée au flamenco.

Du début à la fin, Mado fait son show sur un rythme enlevé, confirmant un talent réjouissant de conteuse d’histoires. Elle ne nous laisse pas un instant de répit, paie de sa personne avec une folle générosité. Mado la Niçoise et ses salades, on en redemande !

mercredi 2 décembre 2009

Florence Foresti "Motherfucker"


Le Palace
8, rue du Faubourg Montmartre
75009 Paris
Tel : 01 40 22 60 00
Métro : Grands Boulevards

Ma note : 8/10

Mon avis : Petite-fille de Jacqueline Maillan et fille de Muriel Robin, Florence Foresti s’est tout-à-fait affranchie de ses grand-mère et mère (ô combien) spirituelles pour mériter désormais qu’on l’affuble de l’appellation contrôlée « LA Foresti ». Faisons donc fi de ces étiquettes que l’on s’ingénie chez nous à coller systématiquement dès que quelqu’un émerge sur la scène. La Foresti ne ressemble à personne. Au fil des expériences, elle s’est créé son propre personnage ; un personnage aujourd’hui unique en son genre. Si elle est devenue, dans l’opinion, la comique préférée des Français, ce n’est pas un hasard. C’est le fruit d’énormément de travail et de beaucoup, beaucoup de talent.

Fan d’elle depuis ses premières prestations sur Canal+ dans l’émission de Stéphane Bern, c’est pourtant avec une certaine appréhension que je me suis rendu au Palace pour y découvrir son nouveau spectacle, totalement inédit, Motherfucker. En effet, je craignais qu’elle ne le consacre intégralement à sa grosses, à son accouchement et à sa relation avec sa chérubine. Bref, j’avais peur que la mère prenne le pas sur la commère, que la génitrice, happée par le baby blues, ne soit devenue un génie triste. Et bien je me suis vachement gourré. Décidément, l’intuition, il faut la laisser aux filles…
Et dire que, hier soir, 1er décembre, jour de la Sainte Florence, La Foresti était affectée par une bronchite… Vu l’énergie dont elle a fait preuve pendant près d’une heure trente, vu la frite qu’elle avait, vu le large sourire qu’elle affichait, il était impossible de s’apercevoir qu’elle était fragilisée. Bien sûr, de temps à autre, elle succombait à une petite toux irrépressible, mais c’était fait si discrètement que l’on s’en rendait à peine compte.

Motherfucker ? Pour intrigant qu’il soit, ce titre est finalement parfaitement approprié car il fonctionne dans les deux sens… D’abord, pour en revenir à mes stupides appréhensions quelque peu machistes, Florence Foresti aborde certes le thème de la maternité, mais elle ne focalise pas sur le sujet. Elle l’évoque, s’y attarde un moment, passe à autre chose, y revient habilement et, surtout, lui apporte un regard tellement décalé, tellement gonflé, qu’on en est emballé. Elle "fucke" les mamans, mais elle "fucke" les enfants itou… Florence fait son entrée sur une musique entraînante qui met la salle, déjà entièrement acquise, dans les meilleures dispositions. De superbes effets de lumière, un jeu de lettres ingénieux sur le mot « Motherfucker », et elle déboule. Tout de noir vêtue, le physique affûté, la mèche rebelle et le sourire complice et malicieux, elle s’empare de la scène et capte immédiatement l’attention du public… (Petite parenthèse à propos du public justement : celui de Florence Foresti a plus de tenue que la pluparts des publics des autres artistes comiques qui ont cette fâcheuse tendance de s’approprier l’artiste et de se montrer grossièrement familier avec lui ; Hier soir, hormis un tonitruant « bonne fête » à son entrée ne scène, un exalté « je t’aime » émis par une voix féminine en fin de spectacle, c’est à peu près tout. On sent qu’il y a du respect. Les gens rient beaucoup et à bon escient et ils ne tombent jamais dans ces excès navrants qui peuvent déranger le voisinage et polluer un spectacle. Les rires étaient sains, frais, joyeux, et beaucoup tenaient plus du gloussement de satisfaction que du rire disproportionné à gorge déployée… Fin de la parenthèse). Mais revenons à ce qui nous intéresse, le spectacle.

Avec une science aiguisée du geste, de la posture et de la mimique, Florence Foresti attaque bille en tête avec une imitation désastreuse du cri du phoque. « Phoque you, Motherfucker » ! Et elle tourne le ridicule de cette entrée en matière qu’elle a sciemment voulu navrante entièrement à son avantage. Ou l’art de se mettre le public dans sa poche en feignant l’humilité. Elle est vraiment balèze. Et la voici qui divague du côté des parcs pour enfants, ces fameux squares où les mamans viennent promener en chœur leurs bambins. Le talent de Florence, c’est de nous raconter des petits faits somme toute banals du quotidien, des situations que l’on a tous vécues ou dont on a été les témoins, mais de nous les narrer en s’attardant sur ce qu’il y a réellement derrière l’image idyllique. Elle renverse complètement les idées reçues, elle bafoue les pensées taboues. Elle dit tout haut ce que l’on pense tout bas. Eh oui, ce n’est pas toujours marrant d’accompagner le mioche au parc, de faire semblant de s’intéresser à son éveil quand on a d’autres préoccupations en tête… Elle dénature le maternellement correct, elle dénonce, elle râle. Et toutes ces constatations négatives, elle les décortique, elle les argumente. Si on a un peu honte au début, de réaliser qu’elle a totalement raison et que ces horribles pensées, et bien, elles nous ont également traversé le cerveau, petit à petit, on se met à adhérer à son discours… et on sent mieux.

Mais je ne vais pas vous raconter le spectacle, ou plutôt le show, car c’en est un. C’est simple, on n’arrête pas de rire. Elle émaille ses propos de digressions savoureuses, de parenthèses d’un réalisme effrayant (l’histoire du Petit Poucet), c’est une fille qui a le don de la saillie, qui sait glisser la fulgurance. Son discours, fait de ruptures incessantes, n’est jamais plat. Il se passe toujours quelque chose. Il y a du rythme, de la folie, de l’extravagance. En plus, elle a dû énormément bosser pour se permettre quelques chorégraphies aussi étonnantes. Elles nous font évidemment marrer, c’est le but, mais on ne peut occulter la performance physique… En résumé, Florence Foresti s’ingénie à tout démythifier, à tout démystifier. Ce sont plus les produits dérivés de la grossesse, les dégâts collatéraux, qui l’intéressent, ceux sur lesquels elle adore mettre la loupe. Son langage est imagé, simple, direct, imparable… Rien que son sketch de fin qui, à lui seul, est un véritable bijou. L’idée est simple, mais il fallait y penser ! Il faut vraiment avoir l’esprit déstructuré d’une Motherfucker pour imaginer les propos que pourrait tenir une gamine de deux ans ! Un très grand moment d’humour pur. Florence Foresti se base en effet sur un pseudo angélisme pour dériver subtilement vers des propos qui pourraient paraître monstrueux s’ils étaient proférés par une autre personne qu’elle. C’est sa forme de pudeur à elle. Motherfucker, oui, mais surtout Mother gros cœur…

jeudi 12 novembre 2009

Chantal Ladesou : "J'ai l'impression que je vous plais..."


Théâtre du Gymnase
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79 / 01 42 46 94 82
Métro : Bonne Nouvelle

Textes de Chantal Ladesou, Eric Carrière et François Rollin

Ma note : 7/10

Pitch : L’Amazone Chantal Ladesou s’est échappée du théâtre pour un tête-à-tête avec son public. Quand vous aurez croisé son chemin, vous ne verrez plus la vie du même œil. Imprévisible, surprenante, gaffeuse, charmeuse, décoiffée, sa vie est une suite de quiproquos. C’est la même que celle des autres avec ses rêves, ses amours… mais passée au filtre Ladesou.

Mon avis : Chantal Ladesou… Comment dire ? Chantal Ladesou, ben… c’est Chantal Ladesou ! Diva unique, inclassable, exubérante, barjo, loufoque, incontrôlable, insensée ; capable de toutes les audaces et de toutes les provocations. Alors quand, après de longs séjours sur les planches avec des pièces à succès, elle se décide enfin à présenter son one-woman show, c’est un véritable événement.
Et bien le spectacle qu’elle nous propose au Gymnase est à la hauteur de notre attente. Pendant près d’une heure et demie, elle nous fait du Ladesou. Ça tombe bien, on est venu pour ça. Et on n’est pas déçu !
Elle surgit – il n’y a pas d’autre terme – en scène, très élégante dans une robe noire fort seyante, l’œil empli de malice et, de son incomparable voix, elle nous narre les péripéties d’une bourge qui rentre de faire ses courses dans les grands magasins. Sauf qu’avec elle un récit n’est jamais linéaire. Elle fait de la narration buissonnière. On a tout le temps l’impression que c’est totalement improvisé. Elle part dans des digressions, se livre à des apartés, prend le public pour témoin apostrophe les retardataires mais, pas rancunière, elle leur rejoue le début en accéléré, revisite son parcours dans le théâtre de boulevard, se bagarre avec des manches trois-quarts particulièrement indociles, se répand sur la qualité de son bracelet brésilien, ironise sur la télé de Jean-Luc Delarue... Le tout est accompagné de mimiques irrésistibles et d’une gestuelle qui n’appartient qu’à elle. Elle en est d’ailleurs si consciente qu’elle ne peut s’empêcher de lâcher un satisfait : « Ah je suis visuelle, quand même ! »…
Après un tel tourbillon, elle se lance dans ce qui ressemble à un grand n’importe quoi. En partant de l’émission de télé Les Z’amours, elle bifurque vers une critique acerbe de la vie avec un mari qui l’énerve, relate les engueulades en voiture, déplore le poids de sa présence à la maison, puis nouveau virage à 180°, elle avoue son addiction pour les meubles Ikéa et, tout en ne cessant jamais de solliciter le public, elle se lance dans une séquence de dance floor à la chorégraphie improbable. Histoire de récupérer, elle balance quelques vannes sur l’actualité, imite son ado de fille, raconte son projet de comédie musicale, s’émerveille devant la grosseur et la tonicité de ses postillons, part dans une histoire abracadabrante... Bref, elle s’amuse comme une folle, visiblement heureuse de se retrouver seule en scène.

C’est un spectacle foisonnant, qu’elle est la seule à pouvoir jouer et interpréter. Il y a de tout, c’est une auberge espagnole à elle toute seule. Elle ne canalise rien, elle se donne avec une générosité communicative et un sens aigu de la cocasserie. Comment pourrait-on rester indifférent à une telle présence ? C’est LA Ladesou, il faut la prendre comme elle est et bien en profiter car, ainsi que le je le disais en préambule, elle est unique.

vendredi 9 octobre 2009

Audrey Lamy "Dernières avant Las Vegas"


Le Temple
18, rue du Faubourg du Temple
75011 Paris
Tel : 08 92 35 00 15
Métro : République

Spectacle coécrit par Audrey Lamy et Alex Lutz
Mis en scène par Alex Lutz

Ma note : 7,5/10

L’argument : Audrey Lamy a une certaine idée de notre société où la normalité devient soudainement absurde. Sans complexe, munie d’un redoutable sens de l’observation, elle dresse le portrait de ses copines, de ses voisins, de ses parents et rend visite à Brad Pitt, qui l’a toujours aimée secrètement… Un spectacle tout en fraîcheur et en nuances qui nous fera l’effet irrésistible d’un miroir déformant.

Mon avis : La salle est certes petite, mais elle est bourrée à craquer. Le public est en grande majorité composé de jeunes de 25 à 35 ans venus soit en couple, soit en petite bande de copains. Bien avant le lever le rideau, l’humeur est joyeuse et badine. On sent que l’on est là pour passer un bon moment avec une bonne copine… Et c’est effectivement ce qui va se passer pendant une heure vingt.
Audrey arrive en traversant la salle comme si elle venait de l’extérieur et était à la bourre. C’est donc en doudoune et coiffée d’un bonnet qu’elle monte sur scène. Tout de suite, le ton est à la confidence, elle nous prend pour témoins, elle nous narre ses petits soucis, nous fait part de ses réflexions sur les aléas de la vie de tous les jours. Et comme elle est en retard, elle se permet d’ouvrir son courrier devant nous, ce qui amène le premier sketch, une réclamation à sa banque…
L’univers d’Audrey Lamy, c’est notre quotidien. Elle raconte des (més)aventures qui peuvent arriver à tout le monde. A part qu’elle y ajoute un prodigieux don de conteuse et qu’elle a un art inénarrable de se mettre en scène. Ce qui ressort avant tout de son show, c’est que nous avons en face de nous une remarquable comédienne. Très expressive, sans cesse en mouvement, elle vit à fond toutes ses expériences. Avec sa bonne bouille, ses yeux candides et ébahis, son phrasé, elle nous fait immanquablement penser à une Marie-Anne Chazel jeune. Elle est dans ce registre, tout en finesse, tout en observation, dans un léger décalage permanent et un gros brin d’autodérision. Elle peut se permettre de sortir quelques incongruités tout en gardant un fond frais de naïveté. S’il lui arrive parfois d’être un peu crue, c’est d’abord parce qu’elle utilise uniquement un langage très actuel qui ne peut pas choquer la génération qui constitue la majeure partie de son public. Elle est totalement en phase. Comme elle le dit si bien au cours d’un sketch, on peut se montrer vulgaire, oui mais « vulgaire dans le sens positif » ! Chez elle, ça existe.

Ses sketches sont courts, efficaces. Elle les enchaîne sans temps mort, passant avec virtuosité d’un personnage à l’autre. Ce rythme lui permet de montrer un très large éventail de jeu. Elle possède en outre une très jolie voix, qu’elle module à l’envi en fonction de son personnage, prenant des tons ou des accents avec une facilité confondante.
Si, dans son premier sketch - l’appel à sa banquière (qui contient de savoureuses formulations) - elle laisse filtrer une vraie candeur, un vrai fond de gentillesse et la fragilité de quelqu’un qui n’a ni les armes ni l’autorité pour affronter les obstacles que certains dysfonctionnements dressent sur sa route pour finir par admettre qu’elle est aussi quelque peu désinvolte vis-à-vis de la gestion de son compte, dès le deuxième sketch, elle laisse apparaître une autre facette de sa personnalité : la réactivité de quelqu’un qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat quand les circonstances l’exigent. Ce sketch lui permet d’ailleurs au passage d’arborer un fort joli costume de fée.
Je ne vais pas de toute façon vous raconter ses sketches par le menu. Ça ne se fait pas. Mais, si tous sont bons, il y en a quelques uns qui sont tout de même plus marquants ; souvent parce qu’il y a un fond qui donne à réfléchir. Je citerai donc, par ordre d’apparition en scène, celui qui traite très subtilement du racisme ordinaire. La formidable trouvaille qu’est le personnage de Stériline (clin d’œil à Woody Allen ?) avec accent du Midi en prime. La copine de lycée retrouvée via Facebook (une remarquable composition à la fois vocale et physique) avec cette déclaration impayable : « Deux cocas à Massy, c’est carrément le prix d’un loyer en centre Afrique ! ». Belle idée aussi que cette fameuse soirée qui faillit être déguisée et où elle se pointe en lapin ; importante cette soirée, car c’est celle où elle rencontre son mec, Cédric, qui apparaît en fil rouge pendant le spectacle. Sa parodie de film est également un grand moment au cours duquel elle joue énormément avec son corps et avec sa voix. Il y a également cette superbe composition où elle joue une mère tentant de régenter les études et les devoirs de sa fille, un sketch truffé de tics de langage. Et enfin, il y a le dernier sketch, incontestablement le plus « poëlant »… Vous comprendrez pourquoi.

Audrey Lamy… Une star de l’humour is born. Elle sait tout faire, avec une vraie légèreté. Elle pétille littéralement. Epaulée dans l’écriture et dans la mise en scène par l’excellent Alex Lutz (à qui l’on doit aussi, en plus de son très bon one-man show, la mise en scène du Comique de Pierre Palmade), elle a créé un spectacle qui ne fait pratiquement que monter en puissance au fur et à mesure qu’il se déroule. On voit bien qu’elle est à fond dans ses histoires. On sent chez elle une vraie gourmandise à jouer, un goût profond aussi pour le partage avec le public. Mais – et je tiens à bien appuyer là-dessus – c’est une formidable comédienne qui ne va sans doute pas tarder à exploser quand les réalisateurs de cinéma et de télévision se seront enfin rendu compte de son existence et de la richesse de son potentiel.
D’ailleurs, pour avoir eu la chance de découvrir en avant-première le prochain programme court que va présenter prochainement M6 à 20 h 10, Scènes de ménages, où Audrey tient l’un des six rôles récurrents, je peux vous dire qu’elle y confirme tout son talent de composition. Cette série, dans la veine spirituelle de Caméra Café et de Kaamelott, est une vraie réussite, tant dans l’écriture que dans les situations et dans le jeu de six comédiens réellement épatants.

Au fait, j’oubliais, mais est-ce vraiment utile de le rappeler, Audrey est aussi la petite sœur d’Alexandra Lamy. On ne devait pas s’ennuyer dans la famille !

mardi 29 septembre 2009

Valérie Lemercier à l'Olympia


L’Olympia
28, boulevard des Capucines
75009 Paris
Tel : 08 92 68 33 68
Métro : Madeleine / Opéra / Auber

Ma note : 7,5/10

Mon avis : Honnêtement, les échos que j’avais eus du spectacle de Valérie Lemercier au Palace étaient plutôt mitigés. J’étais donc très curieux de la découvrir à l’Olympia et désireux de me faire mon propre jugement. Et bien, je me suis régalé… Et de bout en bout !
Intelligente et fine mouche, Valérie Lemercier a dû écouter et prendre en compte les quelques critiques négatives pour resserrer les boulons de son spectacle. N’ayant pas vu celui du Palace, je ne sais pas où elle a plus particulièrement porté son effort. En tout cas, j’ai assisté à une heure trois-quarts d’un show d’une grande qualité.
De toute façon, Valérie Lemercier évolue dans un univers et avec un ton qui n’appartiennent qu’à elle. Elle fait du Lemercier. Point. C’est pour ça qu’on est venu, parce qu’elle est unique en son genre, unique dans ce registre, unique dans sa façon de parler et de se mouvoir.

Décor minimaliste, le plus souvent absent. Il lui suffit d’un cube, d’un pouf, d’une posture pour installer un sketch. Son astuce à elle, c’est ce bout de chiffon rouge qu’elle met à toutes les sauces en fonction du sujet : ceinture de femme enceinte, foulard, écharpe, chiffon de ménage, musette, collerette, pagne… Sur sa très élégante et seyante tenue anthracite, ça ressort on ne peut mieux. Le rouge et le noir ont toujours fait bon ménage…
Pour moi, le spectacle ne cesse d’aller crescendo, un peu comme un coureur de fond qui s’échauffe progressivement pour prendre son rythme de croisière et pour terminer au sprint. Et du rythme, on peut dire qu’il y en a ! Elle enchaîne les sketches les uns après les autres, sans aucun temps mort. Mais, en même temps, elle les a entrecoupés d’une astucieuse série de traversées de scène – dans un sens ou dans l’autre – au cours desquelles elle se livre à une réflexion ou à une cogitation qui la tracassent ; des petits boulets mentaux qu’elle appelle ses « hontes ». C’est une excellente idée, et on se surprend petit à petit à attendre ces sortes de « brèves de comptoir » chères à Jean Carmet dans la série Palace qui nous a permis de la découvrir.
Fidèle à son habitude, Valérie Lemercier, nous propose toute une galerie de personnages, personnages qui lui sont directement inspirés par des gens de son entourage ou qu’elle a croqués au cours de rencontre ou de reportages (la fille adoptive de Jacques Chirac, par exemple)… Hommes, femmes, ados, elle se glisse avec un mimétisme confondant dans la peau de n’importe qui. Pour les rendre encore plus crédibles, plus consistants, elle n’hésite pas à les affubler d’accents (baba cool, marseillais, campagnard, fille éméchée, asiatique, geignarde, snobinarde, belge, suisse, russe). Un festival !
Sans avoir l’air d’y toucher, tout en campant ces personnages pour la plupart très hauts en couleurs, elle distille ça et là quelques messages et assène quelques vérités qui donnent à réfléchir : « Toute religion bonne à condition pas excès », « Tu ne risques pas de retrouver ta tête sur un billet de 50 francs (comme Saint-Exupéry) ». « Voilà une femme qui n’a jamais eu mal au crâne ! »… Elle parsème également ses sketches de « running » phrases qui, à l’instar des running gags, sonnet à la manière de gimmicks, un procédé particulièrement efficace en humour : « C’est que de l’humain ! », « Elle – ou il – est très sensible de la pointe », Cinéma ! », « Porcherie 5 étoiles ! »…

Valérie Lemercier, au sommet de son art, à l’aise avec son corps, doit s’amuser intérieurement comme une petite folle sans rien en laisser paraître sur scène, cachée derrière le masque de ses personnages. Et pourtant, elle va parfois très loin. Très loin dans la méchanceté avec cette femme de la campagne absolument odieuse ; très loin dans le comportement abusif d’une mère hyper possessive ; très loin dans l’affectation maniérée d’une bourgeoise catho, mère de famille nombreuse (pléonasme) plutôt déconnectée avec la réalité ; très loin dans les états d’âme de cette jeune épousée qui ne supporte plus son mari au bout d’un an d’exercice ; Très, très loin dans les propos tenus par cet qui vient de perdre sa femme et qui en brosse le portrait à son fils (pisse-froid s’abstenir !)…
Humoriste à part, Valérie Lemercier s’inscrit donc dans un registre qui n’appartient qu’à elle. Si on adhère, on prend un bon grand pied. Si on n’est pas client, la cause est perdue d’avance. Elle ne fait que ce qu’elle sait faire – du Lemercier - et elle le fait vachement bien.

vendredi 31 juillet 2009

Alex Pandev "Le cri de la fourrure"


Comédie de Paris
42, rue Fontaine
75009 Paris
Tel : 01 42 81 00 11
Métro : Blanche

One-woman show écrit par Alex Pandev
Mis en scène par Agathe Bergmann

Ma note : 7/10

L’histoire : Un dimanche soir, Elle, complètement décalée et furieusement défoncée aux grandes marques, atterrit seule et blessée, dans un club miteux où elle ne connaît personne et où elle va, avec une joyeuse férocité, ouvrir les failles, creuser les brèches de son existence et s’acharner à trouver le bonheur…

Mon avis : Le cri de la fourrure ??? Plutôt énigmatique comme titre ! on ne le comprendra d’ailleurs qu’à la toute fin du spectacle, et il prendra alors toute sa saveur. Bien que… Si on est attentif, on peut l’anticiper car il est tout à fait explicite et logique…
Première scène : A demi allongée sur une sorte de transat en plastique blanc, dans une pose affectée, Elle arbore une mini robe évasée noire et blanche estampillée Courrèges, des bottes blanches, des collants noirs, de grands gants noir et blanc et, évidemment, des lunettes de soleil. Jouant nonchalamment avec une cigarette, elle se lance sans plus attendre dans une diatribe absolument pas politiquement correcte. On sait tout de go à qui on a affaire. A une bonne bourge bien snob des quartiers chics de Paris, avec tous ses tics, ses attitudes, ses clichés et ses sentences à l’emporte-pièce sur tout et sur rien, avec un goût toutefois prononcé sur le futile et un amour compulsif et inconditionnel des marques… Ajoutez à cela un ton très précieux, servi par une jolie voix grave, un vocabulaire riche et imagé entrecoupé sans cesse d’anglicismes prononcés avec une préciosité très appuyée (« I dream », « Fuck ! », « Why ? », etc, etc…).

Et Elle nous raconte sa vie. Elle nous la narre avec une suffisance si caricaturale qu’elle en devient risible. Une vraie précieuse ridicule ! Assez vite, Elle commence à se dévoiler. Convaincue de son pouvoir de séduction, elle nous relate ses histoires d’amour avortées à peines entamées, ses ébauches de débauche, égrenant une litanie de prénoms et de profils masculins qui sont autant d’échecs sentimentaux. Bien sûr, elle fait celle qui n’en a cure. Ils ne la méritent assurément pas… Tout cela est énoncé dans un langage plutôt châtié, mais ponctué parfois de fulgurances bien crues et salaces qui font jaillir quelques « Oh ! » effarouchés des bouches de jeunes femmes un tantinet offusquées.
Cette Diane chasseresse narcisso-hystérique qui voudrait tant devenir enfin elle-même une proie, n’hésite néanmoins pas à saupoudrer son existence dorée de prises de risques insensées ; comme son odyssée dans… le 9-3 ! C’est Marie-Chantal à Saint-Denis, une aventure périlleuse teintée d’un exotisme déconcertant et générateur de frissons qui font délicieusement monter l’adrénaline. Quelle témérité ! Quelle inconscience !

On l’a déjà signalé, Elle possède une fort jolie voix ; une voix qui lui permet de pousser remarquablement la chansonnette. Son interprétation de « Lili Marlène » est particulièrement intense. Le silence qui se fait dans la salle à ce moment en atteste. En plus, elle bouge vraiment bien. Ce sens du rythme lui vient sans doute de sa troublante double personnalité qu’elle qualifie elle-même de « Négresse ashkénaze » !!! Pour être allumée, elle est bien allumée. Comme beaucoup de gens de sa caste, elle pratique la férocité avec une dent d’une dureté impitoyable. Il faut entendre ce qu’elle pense de sa « copine » Hermine. Pour ce qui est de dire du mal de son prochain, Elle n’a aucun état d’âme. Elle s’en fout même complètement puisqu’Elle assume et revendique haut et fort son jouissif statut de « garce ». Elle se permet d’autant plus de se lâcher, qu’elle est terriblement jalouse du bonheur des autres. Insupportables et parfaitement ridicules pour Elle… Et pourtant…

Et pourtant, et ce n’est pas là le moindre talent de la comédienne, sous cette avalanche de méchanceté, de mépris, d’égocentrisme, de suffisance (elle a peur par exemple d’attraper sur ses vêtements « l’odeur de la pauvreté), elle réussit subrepticement à nous faire comprendre qu’en fait elle est en souffrance. Dans sa quête exacerbée du bonheur pointe un profond désarroi, une solitude crasse. Elle a beau se vanter d’être quelqu’un de « simple et sauvage », elle n’est au fond d’elle-même que quelqu’un de très complexe et de bêtement consensuel. En fait, son seul désir – totalement inavoué – c’est de vivre auprès d’un bon mari et d’avoir un enfant. Mais elle est bien trop orgueilleuse pour condescendre à le reconnaître… Après tout, elle a son chien…

Voici, en gros, le contenu de ce Cri de la fourrure, un one-woman show décapant, haut en couleurs, délicieusement inconvenant (tant pis pour les pisse-froid) et, surtout, formidablement interprété par une comédienne aux talents multiples, bien extravertie, sans inhibition aucune, et au jeu parfaitement maîtrisé. Seul (tout) petit reproche, elle a parfois tendance à faire un peu trop durer quelques scènes d’hystérie (sur « Piensa Me », ou lors de certaines chorégraphies « énervées » qui, à mon goût, seraient plus efficaces si elles étaient plus brèves). Mais c’est bien peu en regard de la qualité de ce spectacle totale, remarquablement écrit (il faut le souligner) et interprété par une véritable Nature.

vendredi 24 juillet 2009

Sandrine Sarroche "Nos amis les pipoles"


Théâtre Le Temple
18, rue du Faubourg du Temple
75011 Paris
Tel : 01 43 38 23 26
Métro : République

Ecrit par Sandrine Sarroche et Olaaf Brentot
Mis en scène par Michel Thibaud

Ma note : 7,5/10

Mon avis : Décidément, depuis une dizaine d’années, l’arrivée massive de jeunes femmes dans l’univers du one-woman show est un véritable phénomène. D’autant qu’elles assurent vraiment et sans se marcher sur l’extrémité des escarpins tant elles évoluent pour la plupart dans des registres différents. Le seul lien qui les relie, c’est qu’elles sont vraiment marrantes et, le plus souvent, vachement gonflées.
C’est le cas de Sandrine Sarroche, jolie jeune femme à la silhouette élancée et au sourire dévastateur, qui a choisi de jeter sa robe d’avocate aux orties pour se lancer dans le domaine, bien plus piquant, de l’humour. On l’avait découverte dans son tout premier spectacle JE suis Ségolène, elle nous revient aujourd’hui pour un deuxième tour avec une fresque absolument désopilante sur Nos amis les pipoles.
Dans ce Temple du rire où Sandrine est la grande prêtresse iconoclaste et pas très catholique, elle nous offre un véritable show. Lorsqu’on quitte la salle, on a l’impression d’avoir assisté à un spectacle total : il y a de la comédie, de la chanson, de la danse, de la parodie, de l’imitation, de la pantomime… Que voulez-vous de plus ? Du rire ?... Alors là, vous allez être gâté. Pendant près d’une heure et demie, la jeune femme enchaîne les thématiques sur les people à un rythme effréné. C’est bien construit, remarquablement écrit (son passé d’avocate plaide en sa faveur) et parfaitement interprété.
Dès son irruption sur scène, tout de blanc vêtue et arborant un t-shirt sur lequel est inscrit le mot « COACH », elle prend le public pour témoin ; en fait comme si elle s’adressait à des jurés en cours d’assises. Sur le banc des accusés, les people. Très conviviale, complice, elle attaque sur le physique (les dents de la jeune Céline Dion) et les has been (Les « PPDA », People Préhistoriques Devenus Anonymes). Le ton est donné. Il est caustique, acide, moqueur. Elle balance grave. Elle a un petit côté chansonnier mais dépoussiéré et relooké 21è siècle.
Elle pousse agréablement la chansonnette, bouge remarquablement, prend des accents (anglais, espagnol, africain, juif…), des voix de gamine, se livre à quelques imitations vraiment jouissives (Birkin, Christophe Willem, Carla Bruni, Véronique Sanson, Cloclo…), ne recule devant aucune audace qu’elle soit physique (elle est très à l’aise avec son corps) ou verbale (qu’une ex-avocate soit crue, c’est la moindre des choses), elle ne craint pas le ridicule avec certaines postures, adore les grimaces (même dans ce registre extrême, elle ne parvient pas à s’enlaidir ; une prouesse). Bref, au propre comme au figuré Sandrine Sarroche possède une langue de vipère, fine et acérée, distillant un venin heureusement plus roboratif que venimeux.
Son spectacle, tonique tout du long, sans aucun temps mort, est émaillé en outre de fort jolies trouvailles qui le tirent encore plus vers le haut car ce sont celles qui restent imprimées dans les mémoires, comme le recyclage de la voix de Jeanne Moreau (je vous en laisse la surprise pour qu’elle conserve toute son efficacité) ou celle – excellente - de Dieu en juif séfarade pérorant devant Adam.
Sandrine Sarroche décrypte pour nous avec une verve et un talent incontestable l’univers fantasmagorique du people. Son énergie est communicative, elle dégage une réelle sympathie. On voit bien qu’elle aime les gens et qu’elle a envie de donner et de partager. Enfin, quand je dis qu’elle aime les gens, je parle du public. Car pour ce qui est de nos chers people, ile en prennent vraiment pour leur grade. Sans doute les aime-t-elle aussi ; mais en fonction de l’adage « Qui aime bien châtie bien ».
A voir. Vous y prendrez énormément de plaisir.

vendredi 24 avril 2009

Isabelle de Botton "Moïse, Dalida et moi"


Studio des Champs-Elysées
15, avenue Montaigne
75008 Paris
Tel : 01 53 23 99 19
Métro : Alma-Marceau

Une pièce écrite par Isabelle de Botton
mise en scène par Michèle Bernier

Ma note : 7/10

L'histoire : Comme Moïse, comme Dalida, Isabelle de Botton vient d'Egypte.
Elle y est née et y a vécu jusqu'à l'âge de 8 ans. les souvenirs qu'elle en a gardés sont heureux, drôles, toniques. Et quand elle pense à cette époque, lui reviennent en mémoire les odeurs de jasmin et de fleur d'oranger, des images de ciel bleu azur, des goûts sucrés, des sensations de chaleur, de tendresse...
Et pourtant, c'est là que sa vie a basculé. En plein sommeil, la nuit du 2 novembre 1956, quand son père a été arrêté et mis en camp d'internement sur ordre de Nasser, pour la simple et unique raison qu'il était Juif.
"J'avais 4 ans, il a disparu de ma vie pendant quatre mois. A sa libération, il a décidé de quitter ce pays et nous avons eu la chance de pouvoir venir nous installer à Paris..."

Mon avis : Michèle Bernier, sa metteur en scène et amie, dit du spectacle solo d'Isabelle de Botton qu'il est "bouleversant, drôle, original et unique".
C'est tout-à-fait vrai. Il est comme la vie quoi !
Seule sur scène, Isabelle de Botton nous raconte sa prime enfance en Egypte. Vêtue d'une robe rouge, elle est debout devant un saladier dans lequel elle pétrit de la pâte à beignets. Tout un symbole ces beignets. Ce sont les compagnons de toute une vie. Et il y a intérêt à ne pas les rater !
Isabelle a 4 ans et elle se dit très en colère contre son père qui est parti en pleine nuit sans lui dire un mot, sans même l'embrasser. Elle nous transporte à Alexandrie, en Egypte. Nous sommes la nuit du 2 novembre 1956... Soudain , la maisonnée s'anime. Isabelle endosse tour à tour les rôles de tous les protagonistes de ce drame de l'intolérance et de l'abus de pouvoir. Elle est à la fois la mère, le père, la tante, l'oncle, la nounou, le cuisinier soudanais. Elle prend différentes intonations, différents accents (anglais, italien, africain...), parle arabe. Jusqu'à cet épisode douloureux, on comprend que sa vie à Alexandrie avait été on ne peut plus heureuse et protégée. Ses propos sont emprunts de nostalgie, mais pas de tristesse. Elle évoque les odeurs, les couleurs, les saveurs... Toutes ces sensations que l'on n'oublie jamais. Et que l'on ne retrouve jamais.

L'histoire d'Isabelle de Botton est belle comme un livre, mais un livre dans lequel on a le son et l'image en plus. Isabelle est une excellente comédienne - mais ce n'est pas nouveau pour qui la suit - elle occupe la scène avec une belle énergie. Elle pétrit sa pâte pour "profiter de la douceur des douceurs qu'on prépare " pour ceux qu'on aime. Et de l'amour, il y en a plein dans ce spectacle. Il n'y a même que ça. Avec de l'émotion et beaucoup d'humour.
Le récit est parsemé d'anecdotes, de flash-back sur les parcours de son père et de sa mère, de son oncle et de sa tante. Le tout, évidemment, sur fond historique. Car c'est le poids de l'histoire qui allait faire basculer le destin de la famille de Botton. 1956, c'est l'année où Nasser, le président égyptien, a annexé le canal de Suez, ce qui allait entraîner un conflit avec Israël et l'intervention des troupes franco-britanniques... Et le seul tort qu'avait le papa d'Isabelle, c'était d'être Juif. Juif ? Elle ne savait même pas ce que ça voulait dire. Elle n'en prendra conscience que bien plus tard, au collège, en France, et en découvrant certains rites. C'est très satirique, parfois acide, parfois mélancolique... Et c'est tellement plein de vie ! Certains des membres de sa famille sont particulièrement hauts en couleurs. isabelle les croque, avec tendresse certes, mais à la façon d'une caricaturiste, en forçant un peu le trait sur les défauts. Tous les comportements, toutes les attitudes sont subtilement retranscrits. On ne perd jamais le fil de l'histoire. On est au contraire avide de connaître la suite...

Quel délicieux moment nous fait passer Isabelle en compagnie de la petite fille insouciante mais terriblement observatrice qu'elle fut. Et quel beau(x) message(s) elle fait passer. Son spectacle est une formidable leçon d'humanité, de tolérance, d'oecuménisme ; c'est une ode au cosmopolitisme et à l'amour. Ah bon, je vous avais déjà parlé d'amour ? Beaucoup de choses sont dites au cours de ce spectacle qui donnent à réfléchir. Et comme on sourit souvent, que l'on est fréquemment attendri, ça passe avec la légèreté d'un beignet. beignets qu'elle distribue d'ailleurs gentiment à la fin de son spectacle. Donc, si vous voulez avoir le plaisir d'y goûter, réservez les premiers fauteuils...
Mais si vous n'avez pas cette chance, vous vous régalerez quand même.

mercredi 19 novembre 2008

Elisabeth Buffet


Théâtre de Dix Heures
36, boulevard de Clichy
75018 Paris
Tel : 01 46 06 10 17
Métro : Pigalle

Ma note : 8/10

Le contenu : Dans un langage bien à elle, cette quadra un brin fodingue mais au caractère bien trempé, s'attaque au "nouvel éternel féminin" dans lequel bien des femmes se reconnaissent. Un univers dont les hommes ne sont pas exclus, bien au contraire, ils sont omniprésents !

Mon avis : Légèrement introverti, je ne suis pas quelqu'un qui éclate facilement de rire. Quand je trouve quelque chose de vraiment drôle, je souris plutôt. Mais là, je dois avouer que je me suis laissé plusieurs fois prendre. Et j'étais loin d'être le seul. Etant placé au fond, j'ai rarement vu une salle ressembler autant à une houle tant les épaules tressautaient, secouées qu'elles étaient par des fous rires incontrôlables et incessants...
Elisabeth Buffet, est un sacré personnage. Une sacrée bonne femme. le visage expressif et avenant, le corps en exutoire, elle nous rentre immédiatement dans le lard. C'est qu'elle ne recule devant aucune audace la donzelle, ni physique, ni verbale. Elle, elle appelle un chat un chat ; elle ne s'emberlificote pas de périphrases et de circonvolutions. Elle ne tourne pas autour du pot. Du pot, de toute façon, elle n'en a pas. Surtout dans ses relations amoureuses.
D'abord en robe de chambre satinée bleu ciel (si, si...), puis en négligé, elle se bagarre avec ses rondeurs pour enfiler un pantalon qui n'est plus vraiment à sa taille ; et, tout en bataillant ferme, elle part dans des digressions bien senties dont le thème central reste l'amour... Pour aborder l'orgasme féminin, elle remonte à l'Eden et puise dans la Bible... Un peu plus tard, dissertant sur l'onanisme, elle illustre ses commentaires de force détails scabreux et croustillants, décrit quasi cliniquement certaines situations appartennant généralement au domaine de l'intime.
Avec une énergie de tous les instants, sans aucune inhibition, elle raconte, mime. Chaque sketch donne lieu à une histoire finement observée. Elle est tellement expressive que l'on s'y voit. On l'accompagne aux toilettes, on souffre avec elle devant ses problèmes que lui posent les chiottes à la turque ; tout en se poilant beaucoup, on est solidaire de sa séance d'épilation ; on est certes délicieusement choqué par sa visite à la maternité où sa soeur vient de mettre bas. Mais on compatit car, derrière les propos acerbes et fielleux, au-delà de cette jalousie pernicieuse, on sent un profond désarroi ; on partage sa révolte contre un dîner où le vin et l'alcool sont totalement prohibés par ses hôtes ; on est tout nus avec elle sur une plage du Cap d'Agde où elle pratique le naturisme...

Vous l'aurez compris, Elisabeth Buffet est tout le contraire d'un parangon de vertu. C'est plutôt une championne de la gaudriole. Mais pas de la gaudriole gratuite et bêtement provocatrice. En effet, il y a toujours du fond car elle reste de bout en bout terriblement femme. C'est audacieux, osé, très cru, elle ne s'embarrasse d'aucun tabou, et ce n'est JAMAIS VULGAIRE. Ses saynètes sont tellement empreintes d'autodérision (car elle se moque d'abord d'elle-même) qu'on lui pardonne tout. C'est superbement écrit (je vous recommande plus particulièrement ses savoureux poèmes en alexandrins dans lesquels la césure ne rime pas avec censure), c'est remarquablement joué (quelle comédienne ! Quelle vitalité). Elle possède un sens de l'observation unique, très personnel. Bref, elle ne ressemble à aucune autre.
La salle toute entière se marre, se gondole, hoquette de rire...
En guise de conclusion, le mieux est de citer une de ses boutades qui résume à elle seule le ton de dame Elisabeth : "J'adore les vieux. Mais pas pour me les mettre dedans. je ne suis pas un cercueil !"

mercredi 4 juin 2008

Sophie Mounicot "C'est mon tour !"


Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins
75008 Paris
Tel : 01 42 65 90 00
Métro : Havre-Caumartin

Textes de François Rollin, Gérald Sylbleiras, Sophie Mounicot
Mise en scène de Roland Marchisio

Ma note : 7/10

Le sujet : A l'heure de la compétition internationale, des évaluations tous azimuts genre Star Academy, des ministres que l'on note, Sophie Mounicot se pose la seule question qui vaille : quel est son classement ? Pour y répondre, elle invente "le classement des gens". Afin de définir les meilleurs critères possibles, elle revient sur sa fascinante existence pour se donner la note la plus juste...

Mon avis : Quand on prend place dans la petite salle du théâtre des Mathurins, le décor nous intrigue. Sur la scène en effet, sont alignées dans un ordre de taille croissant, six chaises blanches identiques, de facture plutôt élégante ma foi... A l'entrée de Sophie Mounicot, nous déduisons rapidement que nous nous trouvons dans une sorte de salle d'attente, puisqu'elle détache un, puis plusieurs tickets pour connaître son numéro d'appel.
Les gestes sont vifs, saccadés, limite excédés. C'est que, vu son numéro, elle n'est pas près de passer... Alors, histoire de tuer le temps, elle explique ce pourquoi elle est là. Très fière d'elle, elle annonce sans modestie aucune qu'elle a créé "l'échelle Mounicot", une forme révolutionnaire mais imparable de classement des gens. Un peu comme au tennis, quoi. Et elle, elle a un peu tendance à se surévaluer. Sans complexe, elle considère que son invention est équivalente à celle de cet autre créateur d'échelle, passé à la postérité, lui, Charles Richter, l'homme qui a déterminé le degré de magnitude des séismes et tout le tremblement... C'est sans doute la première fois qu'on rend sur scène un hommage aussi vibrant à ce géophysicien. Elle en profite au passage pour nous narrer quelques péripéties de la vie privée du bonhomme.

Tout au long de son spectacle, Sophie Mounicot s'égare dans des digressions, passe du coq à l'âne, introduit des molécules d'absurde dans ses démonstrations et, surtout, dévoile beaucoup sa propre existence. D'ailleurs, elle a tendance à tout ramener à sa petite personne. C'est qu'elle est un brin suffisante et narcissique ; du moins en apparence.
Il est évident que dans quasiment tous les domaines, sa vie n'est pas vraiment folichonne. Elle aborde en vrac le sexe, les couples mal assortis, l'âge que l'on fait, celui qu'on a et celui qu'on nous donne, ses ex... Tout cela avec une véhémente débauche d'énergie et sur un ton d'irascibilité revêche. Elle joue avec les voix, passe du grave à l'aigu, prend des accents, parle comme une ado. Elle n'arrête pas une seconde, arpente la scène dans tous les sens, grimpe sur les chaises, se vautre dessus. Elle fait même appel à une excellente astuce de mise en scène qui consiste à matérialiser les rivales ou les pétasses avec des petites poupées. Effet garanti.

En fait, Sophie Mounicot, ou tout du moins son personnage, est une looseuse qui dissimule sa réelle fragilité derrière une conduite agressive. Parce qu'elle est drôlement fragile la donzelle ! Et sa phobie panique des... pingouins n'arrange rien. On ne peut pas dire qu'elle soit simple. Elle est bourrée de contradictions. C'est une femme, quoi ! Elle dit tout haut le contraire de ce qu'elle pense et se fâche toute seule quand les choses, évidemment, ne fonctionnent pas comme elle le souhaite. Le plus bel exemple est la séquence de la boîte de nuit. Elle s'y rend en espérant secrètement y trouver, sinon l'âme soeur, au moins "un bon coup", mais elle écarte systématiquement les manoeuvres d'approche en affirmant qu'elle n'est pas "demandeuse". On en profite en tout cas pour constater qu'elle est très à l'aise avec son corps. Il faut voir comme elle fait sa lascive sur un slow de Barry White.

La toute première fois que j'avais rencontré Sophie Mounicot, en 1999, elle commençait à se faire remarquer dans H. Elle m'avait alors confié qu'elle préparait son one-woman show... Neuf ans, il lui a fallu neuf ans avant qu'il voie enfin le jour. mais, très sincèrement, si cela a dû lui paraître long, très long, pour nous public, ça valait le coup d'attendre car son spectacle possède une authentique originalité, un ton très personnel et, à 40-30 ans, elle possède une maîtrise parfaite de son jeu de comédienne.
Un petit bijou de drôlerie, d'humour vache avec, en filigrane un appel à peine codé à la tendresse, un double niveau de lecture et une autodérision parfaitement réjouissante. Il faut aller voir LA Mounicot ! Tellement Sophie, tellement so fille...