vendredi 7 février 2020

Les Ritals

La Scène Parisienne
34, rue Richer
75009 Paris
Tel : 01 40 41 00 00
Métro : Grands Boulevards / Cadet

Salle Anémone
Jusqu’au 26 avril 2020

D’après le livre de François Cavanna
Adaptation de Bruno Putzulu
Mis en scène par Mario Putzulu
Lumières de Vincent Lemonnier
Musique originale de Grégory Daltin
Interprété par Bruno Putzulu et Grégory Daltin à l’accordéon (en alternance avec Aurélien Noël)

Présentation : François Cavanna livre le récit drôle et émouvant de son enfance de petit Italien émigré, fils de maçon, installé avec sa famille sur les bords de la Marne. Nogent, les guinguettes, les bals populaires, tout cela en marge du Front populaire.
Bruno Putzulu et Grégory Daltin donnent à entendre la drôlerie, la tendresse et le souffle de vie de ce truculent et décapant roman autobiographique. Du Cavanna, quoi !
Le bonheur populaire, l’élégance prolétarienne et la richesse des humbles : c’est cela Les Ritals !

Mon avis : En quittant la charmante salle Anémone de La Scène Parisienne, je me suis posé la question de savoir quel élément de ce spectacle je devais mettre le plus en exergue. Je n’ai pas hésité une seconde. Si je devais hiérarchiser mes impressions, c’est la performance de Bruno Putzulu que je mets en avant. Totalement habité par son personnage, sans cesse en mouvement, déployant une palette de jeu d’une richesse époustouflante, il nous livre une prestation de haut vol.
On le sent profondément impliqué dans la narration de l’enfance de François Cavanna. Ses origines sardes, par son père, y sont sans doute pour beaucoup. Il a dû opérer une forme de rétro transfert très compréhensible. Pourtant, quelle gageure que d’essayer d’adapter Les Ritals de François Cavanna, une autobiographie pleine de vie et haute en couleurs.
L’affiche est maline, évocatrice : Bruno Putzulu se tient tout au bord, comme s’il osait à peine s’immiscer dans l’espace, impressionné qu’il est par l’œil bleu perce-muraille de François Cavanna. Que de respect dans cette attitude !


Face à ce récit bouillonnant, truculent, Bruno Putzulu a dû faire un choix. Il le reconnaît d’ailleurs en toute sincérité à la fin : il s’est beaucoup concentré sur la mémoire du papa du petit François, Luigi, un maçon modeste et travailleur. Il en brosse un portrait attachant, drôle et émouvant. Ce spectacle qui couvre dix ans de l’enfance de l’auteur – de 6 à 16 ans – pendant les années 30, aurait pu être sous-titré « Mon père, ce héros » ou « La Gloire de mon père »… 

Le racisme anti-Italiens, pourtant vivace à cette époque à Nogent-sur-Marne, est juste effleuré. Bruno Putzulu évoque néanmoins les insultes, les coups échangés, le repli communautaire. Mais il ne manque pas de rendre un vibrant hommage à l’éducation nationale. François Cavanna était le premier de sa classe. Ses instits l’ont éveillé, instruit, lui ont donné la passion de la lecture. Il allait devenir un des plus prolifiques auteurs contemporains avec 70 livres en tous genres. Pierre Desproges, qui l’admirait, le qualifiait de « Rabelais moderne ».


Au-delà de l’amour filial, omniprésent, ce spectacle déborde de tendresse, d’humanité, d’humour, de mélancolie avec, de temps à autre, quelques sentiments de révolte qui nous rappellent que, toute sa vie, François Cavanna s’est érigé en grand défenseur des valeurs républicaines et que, toute sa vie, il a combattu toutes les formes d’injustice.
Personnellement, ayant eu le bonheur de l’interviewer à plusieurs reprises, je garde le souvenir d’un homme doux, profondément bon, profondément humain, traitant ses colères avec beaucoup de dérision.


Au son d’un accordéon qui habille subtilement chaque séquence, l’interprétation « putzulienne » des Ritals nous happe immédiatement. Sa gestuelle, très physique, est inventive, proche souvent du mime. Comédien hors pair (mais surtout pas « hors père ») il est tout entier au service de sa narration.
Bref, ses Ritals font de nous les témoins d’une intense et picaresque tranche de vie. Cette trajectoire, pourtant si personnelle, touche à l’universel.

Gilbert "Critikator" Jouin

samedi 25 janvier 2020

Jérémy Ferrari "Anesthésie générale"


La Maison de la Mutualité
24, rue Saint-Victor
75005 Paris
Tel : 08 99 23 76 48
Métro : Maubert Mutualité

Seul en scène écrit et interprété par Jérémy Ferrari
Mise en scène de Jérémy Ferrari
Collaboration artistique : Mickaël Dion

Présentation : Après la religion et la guerre, Jérémy Ferrari s’attaque à la santé ! Une nouvelle thématique explosive…

Mon avis : Comme attendu, la très confortable salle de la Maison de la Mutualité est pleine à craquer pour la première parisienne d’Anesthésie générale, le tout nouveau spectacle de Jérémy Ferrari. Lorsque « l’humoriste », ainsi qu’il se définit lui-même, fait son apparition sur scène dans un déluge de son et de lumière, il reçoit un accueil de folie.
Particulièrement affûté, Jérémy sautille sur place à la façon d’un sportif se préparant à prendre le départ d’une course de fond. Car le champion qu’il est va tenir la scène précisément le temps d’un marathon : un peu plus de deux heures !

On a été averti via les médias que la thématique de ce troisième seul en scène était la santé. Mais dès ses premières phrases, il nous prend de court. Ça va être surtout sa propre santé - surtout mentale- qui va être le sujet principal de ce spectacle. Car la première confidence qu’il nous livre est on ne peut plus intime puisqu’il s’agit d’une tentative de suicide !... Et il réussit la gageure de nous faire rire avec un événement dramatique. Il revit et réinterprète pour nous ce moment où sa vie aurait pu basculer (au sens propre).
Et, on va le découvrir au fur et à mesure, une grande moitié du spectacle est consacrée à son mal-être, à ses psychoses, à ses addictions, à ses pathologies. Petit à petit, nous ne sommes plus de simples spectateurs ; nous nous sentons plutôt comme des proches venus, sans le savoir au départ, au chevet d’un grand malade en phase de rémission… Je n’en dirai pas plus. Son témoignage est si fort, si inattendu qu’il nous cloue sur notre fauteuil. Alors que tout ce qu’il nous confesse est terrible et poignant, grâce à sa formidable autodérision, ses talents aujourd’hui affirmés de comédien, il parvient à rendre drôles ses vingt ans d’errance.


Avec une précision quasi chirurgicale, il dissèque au scalpel tous les dysfonctionnements cérébraux qui lui polluent le cerveau. Il va jusqu’à l’os et il en tire une substantifique moelle absolument irrésistible. Sans aucun temps mort, il enchaîne les situations.

Voici ce que je mets en exergue dans ce spectacle :
Une séquence de narcissisme tout à fait jubilatoire… Le bel hommage rendu à son ami-frère-associé Mickaël Dion... Son cynisme réjouissant lorsqu’il s’en prend aux pauvres… Son goût pour les images peu ragoûtantes quand il démystifie l’homéopathie… Son exigence de précision et de véracité dans ses recherches scientifiques (quand il brandit le gros livre rouge qu’est le Code de la santé publique, on sait qu’il l’a étudié à fond)… Son appétence chronique pour l’humour un peu plus foncé que noir… Ses indignations délicieusement empreintes de mauvaise foi… Sa séquence « animalière » qui déclenche une colère féroce sur l’accueil que l’on fait à ses exercices de mime… Son sens de la pédagogie qui fait que, paradoxalement, son Anesthésie générale a le don d’éveiller nos consciences ; particulièrement sur les agissements scandaleux de l’industrie pharmaceutique… Ce grand moment de schizophrénie puissance 4 lorsqu’il fait dialoguer entre eux ces intrus qui cohabitent dans son cortex ; quelle virtuosité !... Et, enfin, cette émouvante et superbe anaphore : « Bonjour, je suis Jérémy Ferrari… », qui vient clôturer son spectacle et qui provoque une standing ovation chaleureuse et surtout, spontanée...
Et puis, comme tout le public, j’ai adoré le clin d’œil au spectacle précédent en retrouvant la table du sketch sur le pseudo terroriste kamikaze, une image qui est encore dans nos têtes. Quelle judicieuse idée que de re-convoquer Jawad, le crétin magnifique, pour le replacer dans l’univers hospitalier !


En conclusion, Anesthésie générale, cette mise à nu vertigineuse, est une sacrée claque. Il faut un sacré courage pour se dévoiler ainsi. C’est un spectacle charnière pour Jérémy Ferrari. Un passage obligé pour se libérer de vingt ans de difficulté à vivre normalement malgré le succès. Une thérapie nécessaire grâce à laquelle, en nous la faisant partager, il dresse autant de garde-fous contre une éventuelle rechute. Maintenant qu’on sait, il n’a plus le droit à l’erreur. Nous sommes complices. Il nous fait confiance. On a besoin de lui autant qu’il a besoin de nous.

On peut donc supposer qu’il a réussi à vendre son deux-pièces à Beyrouth au meilleur moment, car vu ce qui se passe actuellement au Liban, il ne fait pas bon y résider. Déjà libéré de ce souci immobilier, aujourd’hui, grâce à cette véritable cure que constitue ce spectacle, enfin débarrassé de la plupart de ses tourments, on va progressivement découvrir un tout nouveau Jérémy Ferrari. Plus apaisé et toujours aussi créatif. C’est tout ce qu’on lui souhaite, Hallelujah bordel !...

Gilbert « Critikator » Jouin




samedi 7 décembre 2019

Salut les Copains fête ses 60 ans !


Universal / MCA / Europe 1
4 CD
100 titres en format Digisleeve
1 livret de 20 pages
1 poster inédit

Sortie le 6 décembre 2019

 Ex-fans des Sixties, ce coffret est fait pour vous !
Les chansons des idoles des années 60 ont 60 ans… La décennie 1959-1969 marque les grandes heures de l’émission de radio « Salut les Copains » et, pour les ados de cette époque, une véritable révolution musicale. C’est l’avènement des yé-yés.
« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure… On se dit qu’à 20 ans, on est le roi du monde » chantait Françoise Hardy. C’était aussi le temps de l’insouciance. On était en plein cœur des fameuses « Trente Glorieuses ». C’était le bon temps, quoi ! Mais on ne le savait pas. On le vivait, c’est tout…

Cette époque unique, foisonnante, prolifique, joyeuse est toute entière illustrée musicalement dans les 4 CD de 25 titres que contient le coffret Salut les Copains qui est sorti le 6 décembre. Le tout premier titre n’est autre que Last Night, l’incontournable indicatif de l’émission de radio animée par Daniel Filipacchi sur l’antenne d’Europe 1. Chaque jour, à partir de 17 heures, dès que « L’école est finie », les teenagers se précipitent dans leur chambre pour écouter sur leur transistor des chansons interprétées par des jeunes gens de leur âge.

Ces artistes débutants ont pour noms Johnny Hallyday, Richard Anthony, Les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell, Les Chats Sauvages avec Dick Rivers, Claude François, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Sheila, Frank Alamo, France Gall, Christophe, Jacques Dutronc, Michel Polnareff, Julien Clerc…
On y trouve aussi les chanteurs anglo-saxons qui les ont inspirés comme Ray Charles, The Shadows, Elvis Presley, The Beach Boys, Chuck Berry, The Supremes, The Byrds, Tom Jones, James Brown, The Moody Blues…
Que voulez-vous de mieux ? C’est l’âge d’or. La plupart de ces chansons, gravées à jamais, sont dans toutes les mémoires.

lundi 2 décembre 2019

360 Allstars


Le 13ème Art
Place d’Italie
75013 Paris
Tel : 01 53 31 13 13
Métro : Place d’Italie

Présentation : Légendes mondiales de l’art urbain, 7 artistes internationaux du monde Hip Hop vont vous donner le vertige !
Un casting incroyable est réuni pour cet événement unique en son genre :
-          1 double Champion du monde BMX Flatlander
-          2 Champions du monde de Breakdance
-          1 Freestyler de Basket-ball de renommée internationale
-          1 artiste de Roue Cyr détenant le titre du Guiness World Record
Ajoutés à cela, 2 phénomènes de la musique Hip Hop viennent rythmer le spectacle : Beau Monga (Beat boxer, gagnant de de X Factor) et Gene Peterson à la batterie (vainqueur du Billy Hides National Drum Play Offs)
Emergeant de la Street Culture, chacun au sommet de son art, ces 7 phénomènes vont vous retourner le cerveau !

Avec Peter Sore (BMX Flatlander), B-Boy Sette (Break-dancer), B-Boy Leerok (Break-dancer), Bavo Delbeke (Basket-ball), Rowan Thomas (Roue Cyr)

Mon avis : Ce que ces cinq jeunes gens réalisent avec leur corps est proprement époustouflant ! Pendant une heure, sans aucun temps mort, ils défient les lois de la gravité en exécutant des figures acrobatiques sidérantes.
Le tempo est donné par deux beat-boxers jouant en plus l’un de la batterie et l’autre à la platine. En guise de présentation chacun des cinq athlètes vient brièvement sa spécialité : deux pratiquent le breakdance, un le BMX acrobatique (mini-vélo), un s’amuse avec un ballon et le dernier est un spécialiste de la Roue Cyr…


Après quoi, ils se succèdent sur scène pour nous offrir des numéros de haute voltige, d’acrobaties, d’adresse, de jonglage d’équilibre, de figures au sol qui nous laissent bouche bée et les yeux écarquillés… Les deux breakdancers s’en donnent à corps joie. On a l’impression que les lois de la pesanteur n’existent pas pour eux… Le « cycliste » donne l’impression d’avoir un fil qui le relie avec son deux-roues ; il se permet même de faire du saut à la corde avec le cadre ! Véritable clown, dribbleur et jongleur étonnant, le basketteur sans panier se jette des défis de plus en plus insensés jusqu’à manipuler cinq ballons en même temps ! Enfin, le champion de Roue Cyr, se métamorphose en seigneur de l’anneau pour nous offrir des virevoltes pleines de grâce et de poésie.


Ce qui est bien dans ce spectacle, c’est qu’il va crescendo. Car non contents d’être des phénomènes dans leur propre discipline, ils se révèlent interchangeables. Si bien qu’on ne sait plus qui est spécialiste en quoi. Ils s’amusent vraiment comme des petits fous. Ce show plein de bonne humeur et d’humour fourmille d’inventivité et d’énergie. Les prouesses physiques s’enchaînent en continu. Elles sont d’un tel niveau qu’on arrive à ne plus s’étonner de rien alors qu’on devrait se demander comment on peut humainement les réaliser. Cette perfection ne peut s’obtenir qu’après des heures et des heures de travail et de répétitions.


360 Allstars est un show spectaculaire, tonique, joyeux et enthousiasmant. Il faut voir comment le jeune public, présent pour moitié dans la salle, réagit, s’étonne et s’enflamme devant les performances de ces véritables athlètes.

dimanche 24 novembre 2019

A vrai dire


Gymnase Marie-Bell
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne Nouvelle

Une comédie de Sylvain Meyniac et Manuel Gélin
Mise en scène par Catherine Marchal
Décors de Caroline Lowenbach
Costumes de Chloé Boutry
Lumières de Stéphane Baquet

Avec, en alternance Manuel Gélin ou Christian Charmetant (Simon), Enora Malagré (Marie), Cyril Couton (Sam), Jessica Borio (Anne), Xavier Letourneur (Mathieu)

Présentation : Imaginez un monde où le mensonge n’existe pas, un monde dans lequel on ne peut dire que la vérité.
Des discours politiques aux slogans publicitaires en passant par les journaux télévisés, tout est vrai !
Marie, Simon, Anne, Mathieu et son frère Sam vivent dans ce monde, et ils se disent tout, sans réserve, sans filtre et sans complexe… Jusqu’au jour où Sam, terrassé par un chagrin d’amour, prononce le premier mensonge de l’humanité.
Cette découverte, aussi surprenante que miraculeuse, va bouleverser sa vie, celle de son entourage, et peut-être même renverser le destin du monde.

Mon avis : Quand on fait profession de critique, on est déontologiquement tenu de livrer le plus honnêtement possible son ressenti. Alors, lorsqu’il s’agit de donner son avis sur une pièce dont le titre est A vrai dire, on sent moins que jamais le droit de bidonner.

Déjà, petite restriction, je ne suis pas d’accord avec le sous-titre. Il ne devrait pas être « Que serait le monde sans le mensonge ? », mais plutôt « Comment est devenu le monde avec le mensonge ? »
Le monde SANS le mensonge, on le découvre dans la première partie – absolument jubilatoire – de la pièce. J’ai pris un plaisir fou à entendre les cinq protagonistes se parler cash tout à fait naturellement. C’est vraiment jouissif. D’autant que partout, y compris dans le journal télévisé, on ne dit que la vérité. Et on s’aperçoit que le monde serait bien plus facile à vivre. Quasi idyllique. Tout ce qu’on dit, tout ce qu’on entend, ne traduit que la réalité. Quand chacun s’exprime sans aucun filtre et dit tout haut ce qu’il pense, les relations sont d’office installées dans une banale normalité.
Tout est transparent, commode, il n’y a aucune ambiguïté. Même quand on se prend en pleine figure ce que nous, spectateurs, on considère comme des horreurs, on reste impassible. Personne n’est susceptible, rancunier. Puisque tout ce que l’on vous dit est marqué du sceau de la vérité, il n’y a aucune raison à s’insurger ; tout glisse… Quand on voit ce que Mathieu, Anne, Marie et Simon se balancent sur un ton totalement dégagé, l’effet comique est irrésistible. Rien que pour cette première partie, la pièce vaut le déplacement.

Photo : Jean Rauzier
 Et puis soudain, tout bascule. Sam, poussé à bout, désespéré, uniquement pour que les autres ressentent pour lui un peu de considération, en arrive, presque contre son gré, à émettre le tout premier mensonge…
Le postulat de A vrai dire est ingénieux, imparable. Quelle idée magistrale ! Ce sujet, immensément philosophique, voire métaphysique, est une aubaine à traiter sur le plan théâtral tant il est générateur de situations comiques et de dialogues décalés mais qui, par extension, donnent aussi beaucoup à réfléchir.

Or donc, Sam a prononcé ce fameux premier mensonge… Toute son existence va s’en trouver métamorphosée. Le loser chronique, la tête de turc idéale, va d’un seul coup se retrouver starifié. Du jour au lendemain, ce stakhanoviste de l’échec va connaître, grâce à son affabulation, réussite et succès dans tous les domaines… Puis, par un phénomène logique de mimétisme, il va progressivement gagner ses proches à la cause du mensonge.
Cette deuxième partie de la pièce est parfaitement amorale car elle fait l’apologie du mensonge. Grâce à ce subterfuge, tout devient possible. Et la vie s’en retrouve embellie. On en conclut que, plus que la découverte du feu ou celle de l’électricité, l’invention du mensonge a été une révolution pour l’Humanité.

Photo : Jean Rauzier
 Pour être franc, la deuxième partie de cette pièce est un véritable feu d’artifices. « Artifices » dans le sens de tromperie. Sam, déchaîné, s’en donne à cœur joie. Grâce au mensonge, il trouve une solution à tout. Pourtant, je trouve que, dans ce chapitre, les auteurs n’ont pas poussé le bouchon assez loin. Par exemple, les slogans publicitaires que Sam imagine, qui bien sûr ne reflètent plus la réalité vraie, ne sont pas assez percutants. De même, les fausses annonces que Simon le présentateur du journal télévisé doit divulguer sont, hormis la première, un tantinet faiblardes… C’est là ma seule restriction. Elle est sans doute le fruit de mon goût pour la provocation et de mon penchant pour l’iconoclasme. Je devais être un des seuls à ressentir cette petite faiblesse car, côté public, la mécanique fonctionne. Les spectateurs n’arrêtent pas de rire.

Il faut préciser que les cinq acteurs sont absolument épatants. Si, en raison de son rôle, Sam (Cyril Couton), pivot de l’intrigue, nous livre une prestation de haut vol, ses quatre partenaires, chacun dans son registre, sont impeccables. Et la mise en scène vive, inventive et sans aucun temps mort de Catherine Marchal imprime le rythme idéal à cette parabole théâtrale.
J’ai découvert la pièce le premier soir. « En vérité je vous le dis », dès qu’elle sera un peu rodée et que les comédiens auront pris leur vitesse de croisière, je pense qu’elle va être, en raison de son thème et de la performance des acteurs, un des grands succès publics de cette fin d’année.

Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 11 novembre 2019

Pascal Légitimus & Gilbert Jouin "L'Alphabêtisier"


Editions Michel Lafon
284 pages
15, 95 €
Paru le 7 novembre 2019


Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, je m’autorise un peu d’onanisme littéraire. Qu’importe le flacon pourvu qu’on l’ait livresque !
Il faut bien que genèse se passe…
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours joué avec les mots. Dès que j’entendais un titre de chanson, je le déformais. Je fais donc partie de ces individus que le calembour saoule à vie…
Un jour, dans mon bureau, alors que je sévissais encore dans le journalisme, en lisant le mot « aristocrate », j’ai vu « aristocrade ». Et je me suis amusé à y associer une définition : « Personne issue de la noblesse présentant une hygiène douteuse (surtout de la partie cul…) ». Dans la foulée, je me suis ingénié à construire quelques néologismes simplement en ôtant ou en ajoutant une lettre à un mot… Et puis, je n’y ai plus pensé.

Cette idée a resurgi bien longtemps après. En 2018. Je m’y suis remis. J’ai emparé un dictionnaire et, comme je suis très scolaire, j’ai commencé à dresser une liste d’une cinquantaine de ces mots nouveaux. Cette liste, je l’ai soumise à un important éditeur de mes amis. Par retour de courriel, après quelques mots flatteurs dans lesquels il me qualifiait « de croisement entre Alphonse Allais et Pierre Dac », il concluait son message d’un judicieux conseil : étant donné que j’étais un parfait inconnu, aucun éditeur ne pouvait prendre le risque de me publier ; il serait donc pertinent de m’associer avec un humoriste célèbre.
Le hasard a fait que, quelques jours plus tard, je déjeunais en tête à tête avec Pascal Légitimus. Je lui ai fait part de mon projet. Il a reposé sa fourchette et, sans hésiter une seconde, il m’a déclaré ; « Je te suis »… Le tandem du futur « Alphabêtisier » était né.

Paradoxalement, le premier éditeur approché, ne s’est pas déclaré intéressé par cette association. Heureusement, Pascal connaissait Elsa, la fille de l’éditeur Michel Lafon. Rendez-vous fut pris en présence d’Elsa et de deux directeurs littéraires, Laurent Boudin et Denis Bouchain. Ils se sont immédiatement montrés emballés par ce projet. Mais, très vite, nous avons estimé que la lecture d’un seul abécédaire pourrait avoir un caractère lénifiant. Aussi, pour rendre cet ouvrage plus attractif, nous avons décidé d’un commun accord, de le ponctuer de ruptures en y insérant d’autres « bêtises ».

Pascal et moi nous sommes aussitôt mis au travail. Nous avons d’abord commencé par la partie exclusivement dictionnaire. Lettre après lettre, nos mails ont fait la navette… Puis – et c’est là que le métier et l’expertise de Pascal ont été prépondérants – il a proposé quelques ajouts avisés. Notre jeu de ping-pong cérébral s’est avéré très productif. Et notre livre s’est progressivement enrichi de Parodies de chansons, d’aphorismes, de délires verbaux, de poèmes farfelus, de détournements d’expressions populaires et de dictons, d’épitaphes putatives, de féminins potentiels, de « j’aime pas », de maximes, de mots d’enfant, de « on ne dit pas, mais… », des Pensées de Pascal, d’une rubrique « La Pub fait son Cinéma », et même d’une lettre ouverte à Monsieur Monsanto…

Véritable patchwork, cet ouvrage est ainsi devenu bien plus qu’un élémentaire dico-mique. Nous avons voulu que le lecteur soit sans cesse surpris et amusé en en tournant les pages. Et aussi parfois, qu’il soit amené à réfléchir…
« L’Alphabêtisier » est désormais entre vos mains. Il ne nous appartient plus. C’est à vous de jouer.

mardi 5 novembre 2019

Aymeric Lompret "Tant pis"


Le Point Virgule
7, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
Tel : 01 42 78 67 03
Métro : Hôtel de Ville

Seul en scène écrit par Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré
Mis en scène par Loïc Castiau

Présentation : Après avoir redoublé sa première, passé le permis en quatre fois, se l’être fait retirer pour usage de stupéfiants, Aymeric décide d’intégrer HEC mais abandonne au cours de la classe préparatoire, « trop dur », selon lui.
Il décide alors de devenir une star et joue le tout pour le tout en s’inscrivant à « On n’demande qu’à en rire ». Dans un éclair de lucidité, il abandonne avant d’être quand même éliminé par le jury.
Libéré des contraintes du showbiz, il se lance dans l’écriture de son premier spectacle, « L’incompris ». Suite à un accueil mitigé du public, il en écrit un deuxième et tente aujourd’hui de conjurer le sort avec son troisième spectacle, « Tant pis ».
« La pire erreur n’est pas dans l’échec, mais dans l’incapacité de dominer l’échec » (Aymeric Lompret et François Mitterrand).

Mon avis : Lorsque j’ai découvert l’affiche de « Tant pis », le nouveau seul en scène d’Aymeric Lompret, je me suis dit que c’était le premier artiste que je voyais prendre un bide avant même de jouer son spectacle !
Ce profil peu avantageux peut être interprété de plusieurs façons. Soit il est prémonitoire ; soit c’est pour conjurer le mauvais sort ; soit, plus simplement, pour nous annoncer qu’il n’a rien à cacher et que son one man show va être une mise à nu tant physiquement que psychologiquement… Maintenant que j’ai vu « Tant pis », j’estime que c’est un cocktail de ces trois hypothèses et qu’une des grandes qualités d’Aymeric Lompret est l’autodérision.


Aymeric rime avec « porc-épic ». Or, s’il a choisi cette bestiole pour totem, ce n’est pas anodin car ce rongeur a la dent acérée et il pique à tout-va. Comme Aymeric ! Dans ce spectacle, il y a deux fils rouges : ce fameux porc-épic donc et, à fréquence régulière, l’humoriste balance une volée de réflexions et d’interrogations métaphysiques d’autant plus saugrenues qu’on ne peut y apporter de réponse. Mais qui, néanmoins, donnent souvent à réfléchir.

Aymeric Lompret est cash, très cash. D’emblée, il nous conseille d’« entrer dans son délire ». De toute façon, on n’a pas le choix, il nous l’impose. Pendant plus d’une heure, il débite des horreurs à jet continu. Parfois désabusé, parfois révolté, ce narquois décoche des flèches qui, en plus d’être particulièrement aiguisées, sont le plus fréquemment empoisonnées. Très agité, sans cesse en mouvement, prenant des poses que j’ai rarement vues sur une scène, il dézingue tous azimuts. Politiquement incorrect, profondément misogyne, chroniquement provocant, viscéralement scato, spontanément cruel, il a fait de l’humour noir et féroce son terrain de prédilection. Un terrain qui n’a pas de limites.


Il ne faut donc pas être farouche pour se rendre au Point Virgule pour apprécier les délires ce sale gosse aux antipodes de la folie douce. Le Figaro l’a qualifié de « grossier », mais ça va au-delà. Il n’y a qu’un domaine qu’il nous épargne, ce sont les blagues de cul ; tout simplement parce que son cul lui-même est une blague !
Personnellement, mis à part quelques gestes que j’ai jugés un peu outranciers (donc superflus), j’ai véritablement été très amateur (dans le sens premier du terme) de ce spectacle corrosif et saignant et, il faut le souligner, remarquablement interprété.

Gilbert « Critikator » Jouin