vendredi 28 juin 2019

Le Graal des Humoristes

Paru aux Editions Riveneuve / Archimbaud
18 €

Un peu d'auto-promo parce que je ne suis pas mécontent de cet ouvrage. La plupart des personnes qui y ont témoigné à l'occasion du quarantième anniversaire du Point Virgule ont vraiment joué le jeu. Certains artistes - charme et candeur des débuts obligent - se sont même livrés à des confidences rares.
Pierre Palmade, qui a débuté dans cette "plus petite des grandes salles parisiennes" en 1989, nous raconte ses premières sensations.

mardi 25 juin 2019

Grévin


Grévin
10, boulevard Montmartre
75009 Paris
Tel : 01 47 70 85 05
Métro : Grands Boulevards

Depuis le début de l’année, le Grévin a fait peau neuve. Il s’est mis au goût du jour, d’abord en modifiant totalement son parcours, et ensuite en misant sur la modernité en jouant le jeu de l’animation, de la 3D, de la bande-son, de l’interaction. Aujourd’hui la visite est participative. C’est-à-dire que, tout au long du chemin, vous êtes amené à intégrer le décor, vous faites partie du show.
Le célèbre musée ne fait vraiment pas ses 137 ans ! Grâce à ce lifting efficace, esthétique et intelligent, ses personnages, bien que toujours de cire, ne sont plus figés.


La visite commence par l’incontournable Palais des Mirages. On entre tout de suite de plain-pied dans le monde de la magie. Le spectacle, à 360°, est féérique. Grâce à un jeu de miroirs l’horizon est démultiplié à l’infini. Personnellement, j’ai eu l’impression de me retrouver au cœur d’une mangrove. Le décor est enchanteur, onirique. Les lumières kaléidoscopiques, la musique envoûtante, les papillons qui volètent, la nature qui explose, tout contribue à nous émerveiller. Lorsqu’on en sort, on est sur un petit nuage, un nuage qui va d’ailleurs nous accompagner tout au long d’un parcours qui nous emmène se surprises en ravissements.

En toute logique, le tout premier personnage qui nous accueille n’est autre que la personnalité préférée de Français, Omar Sy. Il nous invite à découvrir cet écrin qu’est le Théâtre Grévin. Qui dit théâtre, dit artistes. Nous y sommes reçus par Benoît Poelvoorde et, disséminés ça et là dans la salle, nous tombons en présence d’autres stars de notre showbiz hexagonal dont je vous laisse le plaisir de la découverte.

Eric Antoine. Photo : Sylvain Cambon
 Ensuite, la visite proprement dite commence. On traverse d’abord un bar fréquenté entre autres par Gainsbourg ou Jean d’Ormesson ; puis on pénètre dans le quartier des dirigeants actuels, du Pape à Emmanuel Macron en passant par Trump et Poutine ; après quoi, nos pas nous entraînent dans l’univers de la cuisine ; celui des sciences, dominé par Einstein, lui succède… Le parcours, fléché et commenté, devient alors historique. Il est classé dans l’ordre chronologique et par thématiques. On entend des bruits bizarres, des sonorités étranges, les murs s’animent, les tableaux nous interpellent et, parfois, nous intègrent. Les rois et les grandes figures des arts et des lettres s’y succèdent. La période qui évoque la Révolution Française est superbement traitée. Pour la petite histoire, la baignoire sabot est celle, authentique, dans laquelle Marat a été assassiné en 1793…

Après cette pérégrination tout au long de notre Histoire, nous réintégrons le monde actuel. Au terme d’un couloir bordé des gigantesques tranches des livres de nos plus grands auteurs qui constitue en quelque sorte la bibliothèque idéale, à tout seigneur tout honneur, c’est Jules Verne lui-même qui nous introduit dans le monde virtuel de la BD et du dessin animé… Titeuf s’efface et, soudain, on se sent tout petit. C’est le double-mètre de Teddy Riner qui nous présente ses camarades de jeu(x) dont une triplette de rêve composée de Messi, Ronaldo et Mbappé…

Ronaldo, Messi, Mbappé. Photo : Sylvain Cambon
 On quitte alors le monde du sport pour se retrouver au milieu d’une pléiade de vedettes de la chanson. Le générique absolu ! Une vingtaine de stars intergénérationnelles y font le bœuf en toute amitié et confraternité. Lorsqu’on sort de ce paradis du music-hall, une musique familière, reconnaissable entre toutes, nous saisit les trompes d’Eustache. Le générique de The Voice nous interpelle et une pièce s’ouvre en grand devant nous, toute entière consacrée à l’émission de télévision. L’espace d’un instant, sous les regards bienveillants de Mika, Jenifer et M. Pokora, on peut s’installer dans les célèbres fauteuils rouges ou s’introduire dans une cabine d’enregistrement et jouer au chanteur.

C’est donc la tête encore emplie de musique que l’on débouche dans cette galerie qui clôture magistralement notre voyage pittoresque et fascinant : la magnifique Salle des Colonnes. C’est le bouquet final de ce feu d’artifices qui nous a éclaboussés de plaisir tout au long de notre périple. Inchangée depuis sa création en 1882, décorée du sol au plafond, cette salle se distingue par son style baroque. C’est dans ce décor hors du temps que nous attendent de nombreuses personnalités de tous les domaines. C’est un endroit où l’on ne peut que s’attarder car on en prend tellement plein les mirettes que l’on ne sait plus où donner de la tête.

Jules Verne. Photo : Sylvain Cambon
 Quand on quitte le Grévin et que l’on se retrouve brutalement confronté à la réalité tumultueuse du boulevard Montmartre. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’on vient de vivre une déambulation intemporelle et fantasmatique en compagnie de plus de deux-cents personnages qui font partie de notre Histoire, de notre patrimoine et, aussi, qui émerveillent et enchantent notre quotidien.
Avec ce judicieux coup de jeune, le Grévin n’appartient plus au passé. S’adressant autant à notre Mémoire qu’à notre Présent, il est un temple d’aujourd’hui à la fois distrayant, ludique, onirique et éducatif. Ses effigies de cire n’ont jamais été aussi vivantes. Pour paraphraser Jules Verne, une visite au Grévin s’apparente à un « Voyage extraordinaire »…

Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 22 juin 2019

Le Point Virgule fait l'Olympia


Pour le Point Virgule, l’Olympia est le point d’exclamation qui vient ponctuer toute une saison. Ce passage dans la célébrissime salle de spectacle, qui est régulièrement programmé à la fin du mois de juin, sonne comme la fin d’une année scolaire pour une douzaine de jeunes humoristes. C’est leur tableau d’honneur en quelque sorte ; une récompense qui constitue une reconnaissance de leur talent prometteur.

Le 20 juin dernier a eu lieu la douzième édition de ce rendez-vous devenu désormais incontournable pour tous les fidèles de la fameuse petite salle de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie.
Très sincèrement, le millésime 2019 du Point Virgule fait l’Olympia est un excellent cru.
Déjà, la présence en maître de cérémonie de l’inénarrable Arnaud Tsamère, champion de l’absurde, as de la digression, de la virevolte et du contre-pied, était un gage de qualité. C’est toujours un grand moment de plaisir que d’essayer de suivre les circonvolutions saugrenues du cerveau ingénieusement déstructuré de ce garçon.

Lamine Lezghad
 J’ai passé une très bonne soirée. Le spectacle s’est ouvert avec Les Décaféinés, un duo que je connaissais à travers leurs passages dans On n’ demande qu’à en rire. Ils ont leur univers propre basé sur des détournements et des parodies de chansons. J’ai trouvé très habile leur sketch façon débat politique dialogué avec des extraits de paroles de chansons et amusante leur adaptation de « Elle a les yeux révolver » de Marc Lavoine.
Parmi les artistes déjà connus, voire reconnus, la prestation de Lamine Lezghad s’est révélée d’un très haut niveau. Sa façon de bouger, son insolence, son sourire, les thèmes qu’il aborde et ses prises de position sont vraiment réjouissantes et emportent notre totale adhésion… Quant à Booder, excellent comédien, en s’érigeant « représentant des moches », il pratique l’autodérision avec énormément de talent.

Parmi les humoristes que j’ai vraiment découverts, ceux que je recommande, voici mes coups de cœur.
Marina Rollmann
Tout d’abord à Marina Rollmann. Cette jeune femme se montre très, très drôle avec un sujet délicat et qui pourrait s’avérer scabreux si elle ne le traitait pas avec beaucoup de finesse. C’est audacieux, bien écrit, bien joué.
Ensuite, j’ai vraiment apprécié Félix, un garçon très facile sur scène, vanneur et vachard, au langage très imagé. Et, ce qui est loin d’être négligeable, derrière la dérision il y a toujours beaucoup de sens et de fond. Paul Mirabel m’a également bien plu. Avec une logique imparable, il joue intelligemment avec son look, s’en sert pour créer des situations drolatiques. C’est léger et plaisant.

Félix
 Sinon, les autres artistes s’inscrivent, à mon goût, dans un registre plus conventionnel. Tous se sont révélés très à l’aise, souvent bons comédiens. Franjo, Tania Dutel, Tony Saint-Laurent, Paul Taylor, ont indéniablement un fort potentiel. Ils ont déjà une vraie présence, une façon d’être et un univers bien à eux.

En conclusion, avec cette jolie brochette de jeunes pousses, cette douzième édition du Point Virgule fait l’Olympia, a été une totale réussite. Il faut féliciter le travail d’Antoinette Colin qui a su les sélectionner, les entourer et les accompagner artistiquement car ce doit être très impressionnant que de passer du minuscule plateau du Point Virgule à la gigantesque scène de l’Olympia et, aussi, de passer de cent à trois mille spectateurs !

Gilbert "Critikator" Jouin

mercredi 12 juin 2019

Adieu Monsieur Haffmann


Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 35 32 31
Métro : Edgard Quinet / Gaîté

Jusqu’au 14 juillet 2019

Reprise le 16 octobre 2019

Une pièce de Jean-Philippe Daguerre
Mise en scène par Jean-Philippe Daguerre
Décors de Caroline Mexme
Lumières d’Aurélien Amsellem
Costumes de Virginie H
Musique d’Hervé Haine

Avec Grégori Baquet ou Charles Lelaure ou Benjamin Brenière (Pierre Vigneau), Alexandre Bonstein ou Marc Siemiatycki (Joseph Haffmann), Julie Cavanna ou Anne Plantey ou Pauline Caupenne (Isabelle Vigneau), Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre ou Benjamin Egner (Otto Abetz), Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers ou Herrade Von Meier (Suzanne Abetz)

Présentation : Paris, 1942. Le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété.
Au bord de la faillite, Joseph Haffmann, bijoutier juif, propose à son employé, Pierre Vigneau, de lui confier son magasin s’il accepte de le cacher en attendant que la situation s’améliore. Pierre prendra-t-il le risque d’héberger son « ancien » patron dans les murs de la boutique ? Et, si oui, à quelles conditions ?...

Mon avis : Pourquoi ai-je autant attendu avant d’aller voir Adieu Monsieur Haffmann ? En dépit de tout ce que j’avais lu ou entendu, je me faisais languir inconsciemment. Et, soudain le désir, irrépressible, s’est fait sentir. Et je ne le regrette pas !
J’y ai pris un plaisir fou. Cette pièce contient tout ce qu’un spectateur attend : une intrigue originale et prenante, une mise en scène inventive et alerte, des personnages forts et convaincants, des dialogues percutants…

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Cette pièce est l’équivalent de ce qu’on appelle en littérature – particulièrement dans les thrillers – un « page turner ». On attend sans cesse la scène suivante… Dès le tout début, deux situations, vont se superposer. Ces deux arrangements, non pas entre amis mais entre un patron et son employé, vont conditionner un suspense absolument palpitant. A une condition somme toute plutôt conventionnelle au vu des événements extérieurs va se superposer une contrepartie. En gros, Monsieur Haffmann propose un contrat à Pierre Vigneau, lequel lui soumet en retour une sorte d’avenant pour le moins inattendu.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Toute de suite, on est happé par ces deux « marchandages » qui vont évoluer et grandir en parallèle. Quelle va être leur issue ? La tension ne cesse d’aller en crescendo. On ressent un délicieux sentiment d’angoisse. Jean-Philippe Daguerre, auteur et metteur en scène, s’est ingénié à faire monter inexorablement notre sentiment d’inquiétude. On s’attache tellement au destin des trois protagonistes de cette histoire. On passe notre temps à se demander comment tout cela va se terminer… Et puis, aux deux-tiers de la pièce, il nous assène un coup fatal ; il resserre encore plus l’étau qui nous étreint le cœur avec l’irruption à la table des Vigneau d’Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne et surtout dignitaire nazi zélé, un type redoutable, machiavélique et carrément sadique. Il ne faut pas en dévoiler plus. On peut juste révéler que ce repas est un grand moment d’anthologie théâtrale.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
 Adieu Monsieur Haffmann est un petit bijou. Jean-Philippe Daguerre, sans doute inspiré par la profession de son héros, l’a taillé et ciselé de façon à ce qu’il soit le plus pur possible. Aucune scorie, rien de superflu, rien de gratuit ; il ne va qu’à l’essentiel. La psychologie de ses trois principaux protagonistes est sans faille, leurs comportements sont tellement fouillés qu’ils ne souffrent d’aucune contestation. D’autant qu’il s’appuie sur un fonds historique solide (Otto Abetz a réellement existé), chose qui renforce encore la charge émotionnelle de cette dramatique. Il faut néanmoins souligner que, grâce à certaines répliques ou certaines ambiguïtés, on s’amuse très souvent. Pendant Le Repas, par exemple, on est sans cesse partagé entre le rire, l’émotion et l’anxiété.

Photo : Evelyne Desaux-Dumond
Dire que les cinq acteurs sont épatants est un euphémisme tant leurs personnages sont incarnés. Monsieur Haffmann, Pierre et Isabelle Vigneau sont de belles personnes. Ce sont des gens normaux confrontés d’une part à une situation extérieure qui les dépasse (l’occupation, la chasse des Juifs) et qui appartient à l’universel et, d’autre part, à un problème qui touche leur intimité. C’est cette dualité qui apporte toute son intensité à cette pièce. Grâce à une mise en scène qui s’appuie plus sur la suggestion que la démonstration, les sentiments sont traités avec justesse et pudeur… On ne peut que les aimer ces trois-là car on peut aisément se mettre dans la peau de chacun.

Quant au couple Abetz, il est très haut en couleurs. Autant Otto se montre à la fois dangereusement patelin et terriblement inquiétant, autant Suzanne cache derrière un débordement de gaîté forcée son évident mal-être. Deux superbes compositions.

Adieu Monsieur Haffmann, à juste titre très, très, très applaudie, est incontestablement une des meilleures pièces qu’il m’ait été donné de voir… Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de la découvrir, elle se joue jusqu’au 14 juillet et elle reprendra à partir du 16 octobre.

Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 8 juin 2019

La Boule Rouge


Théâtre des Variétés
7, boulevard Montmartre
75002 Paris
Tel : 01 42 33 09 92
Métro : Grands Boulevards

Jusqu’au 22 juin 2019

Livret et mise en scène de Constance Dollfus et Clément Hénaut
Musiques et arrangements de Benoît Dupont
Chorégraphies d’Eva Tesiorowski
Costumes de Flore et Christine Leclercq
Décors et accessoires d’Iris Yolal et Clara Noël
Direction musicale : Simon Lehuraux
Direction d’acteurs : Hervé Lewandowski
Avec 17 comédiens-chanteurs-danseurs et 5 musiciens en direct

L’histoire : Un soir de novembre 1925, Charles et ses amis de toujours errent dans les rues de Paris. Une fois de plus, ils terminent leur déambulation au comptoir de la Taverne du Baron, fascinés par l’ambiance sordide qui y règne et son parfum de scandale. Les jeunes employés de ce piano-bar morose rêvent tous d’un avenir meilleur et d’un succès semblable à celui du Bœuf sur le Toit ou de la Rotonde, hauts-lieux festifs et emblématiques de cette époque hors du temps.
Charles, allant à l’encontre des valeurs de ses parents conservateurs, se retrouve alors précipité malgré lui dans la plus grande entreprise de sa vie…
Cette aventure sera avant tout celle de deux mondes a priori radicalement opposés que l’effervescence et la frénésie des années folles vont bouleverser.

Mon avis : Bon, il faut bien admettre que le scénario de ce spectacle musical n’est pas des plus originaux. En effet, ce type d’histoire a été traité des dizaines et des dizaines de fois tant au music-hall qu’au cinéma.
C’est l’histoire d’un groupe de jeunes qui cherchent à donner un sens à leur vie… Charles et ses deux amis, jeunes bourgeois friqués et désoeuvrés, s’encanaillent à la Taverne du Baron, une cave un peu glauque fréquentée par des ouvriers et animée par de jeunes artistes. Ils y consomment de l’alcool, y vivent des amourettes naissantes… Mais tout cela n’est pas très exaltant. Ça tourne en rond et, fautes de clients, la Taverne périclite. On commence à envisager de mettre la clé sous la porte.


En plus, le père de Charles, strict, autoritaire et austère, ne voit pas d’un bon œil les errements nocturnes et les fréquentations de son fils. Il va tenter d’y mettre un frein. Heureusement pour lui, Charles reçoit le soutien bienveillant de sa mère et la complicité active de Louise, la gouvernante. C’est d’ailleurs celle-ci qui imagine ingénieusement de donner un nouvel essor à la Taverne en la transformant en cabaret… Dès lors, porteurs d’un projet, Charles et ses amis vont mettre leur énergie et leur argent au service de cette folle entreprise.
Ils sont aidés en cela par l’époque. Nous sommes en 1925, au cœur de cette décennie des Années Folles. Une nouvelle musique issue du jazz commence à déferler dans les boîtes de Saint-Germain des Prés, le swing, avec ces danses si spécifiques qui y sont associées, le charleston et le black bottom. Elle est synonyme de liberté, de joie de vivre, d’insouciance… Ce climat est parfaitement retranscrit dans La Boule Rouge.


Comme je l’ai souligné en préambule, cette histoire, au scénario classique, est sans surprise. On sait dès le départ qu’on aura droit à une happy end. Mais on s’en moque vite car, ce qui compte, c’est le traitement de cette fable musicale.
Ce qui m’a le plus plu, c’est le jeu absolument convaincant de TOUS les comédiens. C’est remarquablement interprété. On s’attache tout de suite aux personnages, même à ceux dont les rôles ne sont pas les plus sympathiques. Un humour permanent et beaucoup de tendresse nous accompagnent tout au long de ce spectacle.


Grâce à des décors changés à vue, les scènes s’enchaînent sans temps mort. Il y a une demi-douzaine de tableaux vraiment réussis (l’arrivée du père dans la Taverne, le numéro de danse à trois, celui qui fait l’apologie de la femme, les variations cocasses sur Non, je ne regrette rien de Piaf, la mise en scène originale autour de Je suis malade de Lama, etc…), et les chorégraphies, très travaillées, sont impeccables. Enfin, atout non négligeable, la présence en live d’un orchestre de cinq musiciens apporte encore plus de rythme et de tonicité.


J’insiste vraiment : l’état d’esprit et le jeu des comédiens-chanteurs-danseurs est irréprochable. Le public, véritablement conquis par autant de générosité et de fraîcheur, ne s’y est pas trompé en leur livrant spontanément une superbe ovation en fin de spectacle.

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 31 mai 2019

Kean


Théâtre de l’Oeuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris
Tel : 01 44 53 88 88
Métro : Liège / Place de Clichy

Une pièce d’Alexandre Dumas
Adaptée par Jean-Paul Sartre
Mise en scène d’Alain Sachs
Décors de Sophie Jacob
Costumes de Pascale Bordet
Lumières de Muriel Sachs
Musique de Frédéric Boulard

Avec Alexis Desseaux (Kean), Pierre Benoist (Le domestique, Peter Patt, Lord Mewill, Darius), Sophie Bouilloux (Elena), Jacques Fontanel (Le Comte), Frédéric Gorny (Le Prince de Galles), Eve Herszfeld (Amy, Fanny, Gidsa), Justine Thibaudat (Anna), Stéphane Titeca (Salomon)

Présentation : Kean ou l’histoire d’un fameux acteur anglais qui triomphe au Théâtre Royal de Drury Lane et que tout Londres, au début du 19ème siècle, court acclamer.
Mais, chez Kean, l’homme et le comédien se confondent bien souvent…
Est-il en vérité lui-même ou bien les divers personnages qu’il incarne ?
Un soir, submergé par ses passions amoureuses, Kean explose en pleine représentation d’Othello

Mon avis : Lorsqu’on lit, en accroche de ce spectacle : « 8 comédiens, 5 décors, 35 costumes ! » et, en prime, 5 nominations aux Molières 2019… ce sont des arguments qui donnent vraiment envie de se rendre au Théâtre de l’Oeuvre. Et lorsqu’on voit, associés sur l’affiche en tant qu’auteur et adaptateur deux sommités comme Alexandre Dumas et Jean-Paul Sartre, la curiosité est encore décuplée.

Disons-le sans détours, le spectacle est largement à la hauteur de ces louanges.
Le texte de Dumas est brillant et les dialogues, particulièrement percutants, sont d’une modernité réjouissante malgré leurs… 183 ans !
Même si l’intrigue tourne autour du théâtre, cette pièce est une comédie humaine car elle décrit bon nombre de sentiments basiques comme l’ambition, la séduction, la mauvaise foi, l’obséquiosité, le dévouement, le mensonge et son corollaire, la soif de vérité. Bien sûr l’histoire se déroule dans une élite. S’y côtoient en effet un prince, un comte, un ministre, un lord et un roi… du théâtre. Mais leur condition ne les empêche pas d’avoir des comportements universels.


D’abord, à tout seigneur tout honneur… Alexandre Dumas n’aurait pas pu baptiser sa pièce autrement que « Kean » car Kean, même quand il n’est pas en scène, y est omniprésent. Pendant deux heures, on « bouffe » du Kean et on s’en régale. Quel rôle ! C’est fascinant.
Kean, comédien adulé, mythifié, est en fait un cabot d’autant plus magnifique qu’il est terriblement lucide. Il n’est dupe de rien. Il se livre devant nous à un grand numéro de schizophrénie assumée. D’ailleurs, il nous l’avoue dès le début : « Je vis au jour le jour la plus fabuleuse des impostures »… Kean joue. Il joue tout le temps. Il joue avec les gens, il joue avec l’argent (pour lequel il nourrit un mépris total), il joue avec lui-même. Il oscille en permanence entre le jeu et le Je, entre la réalité et l’illusion… 


Jouisseur invétéré, il trouve dans l’alcool un allié pour réussir à gérer cette encombrante schizophrénie. Quand et à quel moment est-il vraiment lui-même ? Il est tellement imprégné de ses personnages que la frontière entre eux et lui est devenue poreuse. En prenant le pseudonyme de Kean, il a relégué Edmond, son vrai prénom, dans un repli de sa mémoire. En lui cohabitent en permanence Kean, Othello, Hamlet et d’autres grands rôles… Il nous faudra attendre la presque fin de la pièce pour que, en frôlant la folie, il redevienne enfin lui-même. Quand le rideau soudain se déchire, il se dévoile et se révèle. On découvre alors que la statue du Commandeur possède des pieds d’argile. A lui seul, il synthétise de sous-titre de la pièce de Dumas, « Désordre et Génie »… Mais, en filigrane, sans que ce soit réellement énoncé, on sent surtout chez lui un amour absolu du théâtre.
Epoustouflant dans le rôle-titre, Alexis Desseaux eût amplement mérité d’être au moins honoré d’une nomination aux Molières.


Mais Kean n’est pas seul dans cette superbe aventure théâtrale. Il ne pourrait pas donner libre cours à ses extravagances s’il n’était pas aussi bien entouré. Ses sept compagnes et compagnons de scène complices sont si complices que cela donne un réel effet de troupe. Ce résultat est dû aussi tout au talent du metteur en scène, Alain Sachs, qui a su fédérer chez les comédiens une énergie et un enthousiasme qui passent la rampe. Il a apporté à ce Kean la légèreté et le rythme d’un Feydeau. Il a su en édulcorer les aspects dramatiques en privilégiant l’humour ; un humour acide, certes, mais on rit très souvent, et de bon cœur. Il est même allé jusqu’à glisser une hilarante note de burlesque dans la scène de fin d’Othello !


 Pour revenir aux comédiens, tous épatants, ils savent donner de l’épaisseur à leurs personnages. Sophie Bouilloux (Elena), frémissante et évaporée, se construit un amour fantasmé façon amour courtois. Elle joue à ravir l’indécision ; un pas en avant, deux en arrière et, jusqu’à la fin, on se demande si elle va succomber ou non… Frédéric Gorny campe un Prince de Galles un peu fin de race. C’est un être fantasque, narcissique, un caméléon qui cherche à s’adapter aux situations en feignant d’en être l’organisateur alors qu’il est en fait un individu veule qui ne se rend même pas compte qu’il totalement manipulé par Kean. C’est un champion dans l’art de la pirouette…

J’ai beaucoup aimé aussi la composition de Stéphane Titeca dans le rôle de Salomon, l’homme à tout faire de Kean. Il lui est d’un dévouement total. Il est au-delà du domestique car il est indispensable à l’équilibre de son maître. Tout en restant déférent, il se fie à son bon sens pour prendre les bonnes décisions. Il est le seul personnage normal et sympathique parmi tous les protagonistes de cette pièce.


Et puis il y a Justine Thibaudat. Chacune de ses apparitions illumine l’espace. Son Anna est un rayon de soleil, un blond tourbillon plein de fraîcheur, de vivacité et de fantaisie. On ne sait jamais si elle est sincère ou si elle n’est qu’une jeune ambitieuse prête à tout pour obtenir un rôle. Mutine, espiègle, fine mouche, elle est le parfait prototype de la fausse ingénue… Sa nomination aux Molières est totalement justifiée car c’est une vraie révélation.
Vous l’aurez compris : il faut absolument aller voir Alexis Desseaux et ses partenaires à l’œuvre… à L’Oeuvre !

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 14 mai 2019

Gilles Ramade Piano Furioso (opus 2)"


Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Dernières les 19 et 20 mai 2019
Au Festival d’Avignon du 5 au 28 juillet
En tournée :
13-14 septembre, Wissembourg / 3 octobre, La Ciotat / 4 octobre, Manosque / 11 octobre, Grandvillars / 18 octobre, Nouzonville / 19 octobre, Lille / 18 décembre, Bordeaux / 20 décembre, Lyon / 9 janvier, Maromme / 18 janvier, Marseille / 19 janvier, Nice

Interprété par Gilles Ramade
Mis en scène par Jérémy Ferrari
Lumières de Frédérick Doin

Présentation : Insatiable baroudeur, à la fois pianiste, chanteur, compositeur, chef d’orchestre, auteur et comédien, Gilles Ramade a fait de la dispersion un art.
Son dernier spectacle est à son image : insolent, surprenant, inclassable. Il bouscule les codes académiques et s’attaque à la bienséance du classique. Sa rencontre avec Jérémy Ferrari était une évidence.
Un show déluré et hilarant, mené de main de maître par un virtuose partageant sa passion entre Bach, Ray Charles, Gainsbourg et bien d’autres…

Mon avis : Piano Furioso est un spectacle absolument ébouriffant. D’abord musicalement. Gilles Ramade fait ce qu’il veut avec son piano. Son niveau de virtuosité est si insolent que ça nous paraît facile alors qu’une telle aisance représente des heures et des heures de travail. Il fait véritablement corps avec son instrument… Ensuite, ce spectacle est un petit bijou textuel. Pendant une heure et demie, Gilles Ramade commente, critique et vulgarise ce qu’il est en train de jouer et nous donne, en prime, un cours de musicologie un tantinet déconcertant.

Photo : Christine Coquilleau
 Dès son entrée en scène, il joue avec les contrastes. Il se présente vêtu très élégamment, queue de pie et souliers vernis. Le premier morceau qu’il interprète est on ne peut plus conventionnel. Ça commence comme un récital jusqu’au moment où il ouvre la bouche pour se livrer à une réflexion amère sur un certain jingle publicitaire. En une seconde, il passe de la noblesse de la « grande » musique à la trivialité du dérisoire et de la récupération commerciale. Le ton du spectacle est donné. On sent tout de suite la patte (ou plutôt le griffe) de Jérémy Ferrari et sa gourmandise pour le décalage. Dans les passages écrits à quatre mains, cet iconoclaste de Jérémy s’est particulièrement focalisé sur les touches noires (je pense au dernier rejeton de J.S. Bach et au couplet sur les pianistes aveugles). Il y a toujours un fond de sérieux et une documentation solide, mais la forme est à la fantaisie la plus débridée.

Photo : Christine Coquilleau
 Le spectacle va crescendo. D’académique au départ, il glisse progressivement vers la subversion. Il nous donne le signal de sa rébellion en jetant carrément son frac aux orties. Dès lors débarrassé de sa panoplie de concertiste, il va se dévergonder en flirtant avec la variété (en nous énumérant par exemple quelques jolis avatars du Canon de Pachelbel), puis avec le jazz. Pour synthétiser, il passe sans transition du piano Bach au piano bar.

Photo : Christine Coquilleau
 Les 88 notes de son instrument lui offrant un espace de liberté infini, pourquoi s’en priverait-il ? En plus, il se révèle être aussi un excellent chanteur. Le latin lover invétéré qu’il est pratique opportunément le yaourt à géométrie variable pour séduire tous azimuts… Et, en bouquet final, quoi de plus naturel que de nous offrir un… pot-pourri ; un flamboyant mélange des genres. C’est tout simplement sublime. Nos trompes d’Eustache sont aux anges. On en voudrait encore et encore. On l’écouterait jouer pendant des heures.

Photo : Christine Coquilleau
 Mais il ne faut pas se leurrer, derrière la satire, l’irrévérence, l’autodérision et le parti-pris de faire rire, Piano Furioso est avant tout le vibrant hommage d’un passionné à la musique sous toutes ses formes. Que du bonheur !

Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 13 mai 2019

Jean-François Dérec "Le jour où j'ai appris que j'étais Juif"


Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Jusqu’au 9 juin
Puis au Festival d’Avignon

Ecrit et interprété par Jean-François Dérec
Mis en scène par Georges Lavaudant

Présentation : « L’action se passe à Grenoble. J’ai 10 ans. Christine, 11 ans, me propose de me montrer ses seins si je baisse mon pantalon.
Je suis timide, je décline sa proposition. Elle me lance : « Je sais pourquoi tu ne veux pas me le montrer. Parce que tu es juif et que tu as le zizi coupé en deux ! »
Le ciel m’est tombé sur la tête… Ma mère était-elle au courant qu’elle avait mis au monde un enfant juif ? Devais-je le lui dire ?
Comment arrêter d’être juif et devenir un vrai Grenoblois comme tout le monde ?

Mon avis : Le seul en scène de Jean-François Dérec débute en forme d’anaphore : « C’était le bon temps ! »… Ce « bon temps » là, c’était celui de l’innocence. Il se rapporte à la fin des années 60, à Grenoble. Le petit Jean-François a 10 ans. Au moment où il connaît ses premiers émois amoureux avec une « vieille » de 11 ans, sa vie va basculer. Il apprend trois informations d’un coup : il serait « juif », « communiste » et il aurait « le zizi coupé en deux »…
Obsédé par cette triple révélation, il passe brutalement de « J’ai 10 ans » à « Allo maman bobo ». Il se mue alors en anthropologue en culottes courtes. Du jour au lendemain, il va observer sa famille et mener discrètement sa petite enquête. Comment a-t-il hérité de cette judéité ? Qui sont vraiment ses parents ? Jusque-là, il pensait être uniquement Grenoblois.

Photo Philippe Hanula
 Dès lors, Jean-François Dérec va jouer avec le feuj… Les pièces d’un mystérieux puzzle se mette tout doucement en place. Il réalise soudain que ses parents ont un accent particulier. Il se demande aussi pourquoi, lorsqu’ils de disputent, ils s’affrontent dans une langue qu’il ne connaît pas. Il comprendra plus tard qu’ils s’expriment en polonais. Lui qui, jusque-là, ignorait l’existence des mères juives, il constate que sa génitrice en est une, mais au carré… Il va donc tenter de trouver sa place entre une mère angoissée chronique et un père champion d’échecs plutôt jovial. Et, surtout, il va essayer de se forger une identité.
Composé de deux parents et de trois enfants, l’arbre généalogique des Dérec n’était qu’un tronc avec trois branches. Il va s’évertuer d’en rechercher les racines.

Photo Philippe Hanula
 Tout au long de ce spectacle, Jean-François Dérec oscille entre humour et sensibilité. Excellent comédien, il nous emmène avec lui. Il nous fait part de ses observations, de son questionnement, de ses recherches et de ses aventures. Son texte, fort bien construit et remarquablement écrit, fourmille d’images fortes. Il jongle avec les accents, s’amuse avec les clichés et les idées reçues, s’autorise un couplet particulièrement hilarant sur la religion catholique, puis un second, tout aussi drôle, sur ses premiers pas dans une synagogue. Il étudie les mœurs et coutumes d’une communauté dont il ne sait rien avec l’application et la distance d’un entomologiste… Cette pièce aurait pu être sous-titrée « petit traité de vulgarisation pour un Juif amateur ».

On passe avec lui un agréable moment de partage. Quelle que soit sa propre religion, on se sent tous concernés car les thèmes principaux de ce récit autobiographique sont l’absence de communication avec ses parents, la recherche de son identité et son intégration dans le milieu dans lequel on évolue… Avec sa finesse d’esprit, son jeu d’acteur et sa science de la rupture, Dérec est un conteur subtil et habité. Partant de son cas personnel, il nous restitue un chemin initiatique d’une portée universelle.

Petit clin d’œil en guise de conclusion : le titre du premier livre de Jean-François Dérec, De la survie en milieu hostile, paru en 2003, faisait-il référence de façon subliminale au ghetto de Lodz ?...

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 8 mai 2019

Jeff Panacloc et Jean-Marc au Grévin


Grévin
10, boulevard Montmartre
75009 Paris
Tel : 01 47 70 85 05
Métro : Grands Boulevards

Il y avait beaucoup d’émotion et lundi soir au Grévin au moment où Jeff Panacloc a découvert son effigie sur la scène du joli théâtre à l’italienne du célèbre Musée.

Se voir ainsi immortalisé par une statue de cire était pour lui tout un symbole. Un double symbole même. Personnel d’abord car, étant petit, son père l’emmenait souvent visiter le Musée Grévin. Jeff, qui rêvait déjà d’être artiste, fantasmait en passant en revue les célébrités françaises et internationales. Alors, se retrouver ainsi parmi ces glorieux aînés, provoquait en lui un sentiment très fort. La gorge nouée, au bord des larmes, il avait quelque peine à s’exprimer. Pour faire retomber la pression, il a pu, heureusement, bénéficier du secours de Jean-Marc qui, venu le rejoindre sur scène, a pris le relais en sortant quelques saillies de son cru… Ils sont vraiment indissociables ces deux-là. Ils savent qu’ils peuvent vraiment compter l’un sur l’autre.


Le symbole était aussi professionnel. A 32 ans, Jeff Panacloc ne compte pas encore dix ans de carrière et le voici déjà consacré et par le public et par ses pairs. Quelle reconnaissance ! Il peut être fier de son parcours. En trois spectacles, il a fait l’unanimité tant avec son immense talent qu’avec sa réelle humilité.
Avec Nikos Aliagas en maître de cérémonie, Jeff a pu compter sur le soutien affectueux de ses parents et celui, amical, d’Eric Antoine.
Aujourd’hui, et pour longtemps encore, Panacloc rime avec Ventriloque.

Gilbert "Critikator" Jouin

mercredi 1 mai 2019

La Grande Petite Mireille


Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Spectacle musical de Marie-Charlotte Leclaire et Hervé Devolder
Musiques de Mireille
Mis en scène par Hervé Devolder
Lumières de Denis Koransky
Costumes de Jean-Daniel Vuillermoz

Avec Marie-Charlotte, Adrien Biry-Vicente et Hervé Devolder ou Cyril Romoli

Présentation : Une jeune chanteuse vient passer une audition. Le directeur de casting, passionné de variété française, trouve une ressemblance entre la jeune femme et la célèbre compositrice Mireille, qui a créé Le Petit Conservatoire de la Chanson…
Il n’en fallait pas plus pour plonger dans le music-hall de la Grande Epoque… Se succèderont sur scène Maurice Chevalier, Jean Sablon, Jean Nohain, Yves Montand, Alain Souchon, Yves Duteil, Françoise Hardy et bien d’autres…
Empreintes de jazz, de joie de vivre et de swing, les compositions de la Grande Dame n’ont pas pris une ride.

Mon avis : Un petit bijou de musique et de fantaisie !
Mireille, on l’a peut-être (ou sans doute) oublié, c’est 65 ans de carrière et 600 chansons ? C’est surtout elle qui a introduit le swing en France ; une véritable révolution musicale qui a permis l’éclosion d’un Charles Trenet puis d’une kyrielle d’artistes. C’est donc Mireille qui a ouvert la porte. Son impact sur la chanson française moderne est indéniable et considérable.


La Grande Petite Mireille est une sorte de biopic musical, une comédie joyeuse et enlevée. Pendant 90 minutes, on assiste à un spectacle dans lequel on donne « Tout pour la musique » (en petit clin d’œil à Michel Berger, un des élèves de Mireille au Petit Conservatoire) avec, en prime, « le soleil (au cœur) pour témoin » tellement on est irradié de plaisir.

 Les trois artistes qui mènent ce spectacle piano battant sont indissociables tant ils sont performants et généreux. Marie-Charlotte Leclaire, débordante d’énergie, pétillante et malicieuse, incarne Mireille à la perfection, et musicalement et vocalement. Et ses deux partenaires-complices endossent tous les autres rôles, masculins comme féminins. Ce parti-pris minimaliste, apporte à la fois du rythme et de la drôlerie en permettant une succession de petites saynètes aussi informatrices que réjouissantes.


Ça part d’un « Petit chemin » qui nous conduit sur l’autoroute du succès et se termine sur l’aire d’un Petit Conservatoire. Amusant comme elle s’est ingéniée, sans doute inconsciemment influencée par son physique de tanagra, à utiliser le mot « petit »… La seule volonté de ce spectacle est de nous distraire. Tous les moments de gravité qui sont intervenus dans son existence ont été volontairement éludés. Par exemple, il y a tout juste une « petite » allusion à son implication dans la Résistance pendant la « Grande » Guerre. Ici, la priorité est donnée à la légèreté, rien qu’à la légèreté.


Bien que l’essentiel de cette comédie (musicale) couvre la période qui va des années 30 aux années 70, La Grande Petite Mireille n’est en aucun cas un spectacle générationnel. C’est un spectacle pour amateurs (dans le sens noble du terme) de bonnes chansons et de mélodies jazzy. Donc intemporelles. C’est LA musique et la joie de vivre qui en tiennent les rôles principaux.
Ainsi, comment ne pas se sentir transporté en enthousiasmé par cette séquence de piano à six mains qui revisite les grands hits américains de l’époque Gershwin. Quel que soit son âge on ne peut qu’être emballé. Les différents soli, duos, trios servis par une mise en scène inventive et un superbe éclairage, sont absolument jouissifs.


Enfin, il est extrêmement pittoresque d’assister (ou pour certains, de revivre) à quelques extraits de l’émission Le Petit Conservatoire de la Chanson, dirigée par une Mireille facétieuse et autoritaire. C’est savoureux de voir les tout débuts de futures têtes d’affiche de la grande chanson française comme Pierre Vassiliu, Hervé Cristiani, Yves Duteil, Alain Souchon ou Françoise Hardy…


Servie par trois comédiens-musiciens-chanteurs épatants, La Grande Petite Mireille est une grande, très grande petite comédie musicale.

Gilbert « Critikator » Jouin