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vendredi 25 octobre 2019

The Opera Locos


Théâtre Libre
4, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 38 97 14
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Une création originale de la Compagnie Yllana et Rami Eldar
Direction artistique : David Ottone, Joe O’Curneen et Yllana
Direction musicale : Marc Alvarez et Manuel Covès
Mise en scène résidente : Dominique Plaideau
Création lumière : Pedro Pablo Melendo
Costumes, décor, maquillages : Tatiana de Sarabia
Chorégraphie : Caroline Roelands
Son : Karim Mechri

Avec Diane Fourès, soprano (Maria), Margaux Toqué, mezzo soprano (Carmen), Laurent Arcaro, baryton (Ernesto), Michael Koné, contre-ténor (Txitxi), Florian Laconi, ténor, en alternance avec Tony Boldan, ténor (Alfredo)

Présentation : Cinq chanteurs d’Opéra se réunissent pour un récital. Débute une performance unique portée par ces 5 « prima donna » dont les voix défient les Dieux à travers un enchaînement surprenant des airs les plus célèbres de l’Opéra (La Flûte enchantée de Mozart, Carmen de Bizet, Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, Nessun Dorma / Turandot de Puccini…), pimentées de quelques emprunts à la pop.
Alors que la soirée s’annonçait glorieuse, la scène va rapidement s’avérer trop petite pour accueillir de si grands égos en mal d’amour, révélant les désirs et les failles de chacun…

Mon avis : Tout est dit dans leur nom de scène : « The Opera Locos ». Il est composé d’un mot on ne peut plus sérieux, « Opéra », et d’un autre qui l’est beaucoup moins, « Locos », qui signifie « fous » en espagnol. Leur postulat annoncé est donc d’interpréter les plus grands airs de l’art lyrique mais en y ajoutant une forte dose de dérision et de folie. Ils inventent en quelque sorte un nouveau genre d’expression : l’Opéra-Bouffon. L’opéra comique, quoi !

Photo : Adeline Doret
Dès qu’ils apparaissent, le ton est donné. Maquillages outranciers, coiffures à la punk, costumes hyper colorés, postures extravagantes, on sait tout de suite qu’ils ne vont pas nous jouer L’Opéra de quat’sous, mais « L’opéra de Cinq Fous »… Or, si la gestuelle et les mimiques sont délibérément burlesques, lorsqu’ils chantent, ça ne plaisante pas ! Les voix sont en effet impressionnantes, remarquables. Leur façon d’interpréter les plus grands « tubes » du Répertoire n’est certes pas classique, mais elle est d’un très, très haut niveau sur le plan vocal.
Etant inattaquables sur ce registre, ils peuvent s’appuyer dessus pour donner libre cours à leurs divagations. Le spectacle est donc total. C’est un régal absolu tant pour les oreilles que pour les yeux. Les scènes, souvent dignes du cinéma muet, s’enchaînent à un rythme soutenu. Le potentiel artistique des cinq « Locos » est prodigieux. Ils savent tout faire : chanter, danser, jouer la comédie (avec une gourmandise particulière pour le mime). Les chorégraphies sont réglées comme du papier à musique.

Photo : Adeline Doret
La valeur ajoutée de ce spectacle, c’est qu’il ne se compose pas gratuitement d’une succession de tableaux. Il contient un vrai fil rouge. Chacun des personnages possède un profil psychologique parfaitement dessiné et un caractère bien affirmé. Ils sont tous les cinq dans le jeu de la séduction ; autant entre eux que vis-à-vis des spectateurs. Sous nos yeux, on voit en effet naître et se développer trois histoires d’amour. Trois ? Mais ils ne sont que cinq objecterez-vous. Comment peut-on composer trois couples à cinq ? Eh bien je vous en laisse la découverte.

Photo : Adeline Doret
Si l’essentiel du spectacle est destiné à nous faire rire, les auteurs du livret ont eu l’intelligence, pour lui donner de l’épaisseur, de glisser ça et là quelques plages de romantisme, de pure tendresse, de poésie et même de drame. Le public, formé en grande partie de connaisseurs (il faut l’entendre chanter au cours d’une master classe interactive au cours de laquelle il se laisse volontiers mener à la baguette), est conquis. La performance accomplie par ces cinq chanteurs-comédiens est carrément bluffante. Ils sont indissociables. Chacun excelle dans son propre registre vocal et chacun s’amuse à incarner un personnage qui n’est pas que caricatural car au-delà du traitement parodique, il se dégage parfois une réelle émotion.

Photo : Adeline Doret
Lorsque la dernière note de ce spectacle s’éteint, le public, dans lequel j’ai remarqué un grand nombre d’ados (vacances obligent), ce qui est rassurant, se lève spontanément pour une longue standing ovation.
Vous l’aurez compris : si vous avez envie de rigoler… tôt, précipitez-vous à 19 heures au Théâtre Libre.

Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 5 septembre 2019

Michel For Ever


Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Tel : 01 45 44 50 21
Métro : Montparnasse-Bienvenüe

Spectacle conçu et mis en scène par Stéphan Druet et Daphné Tesson
Musiques de Michel Legrand
Direction musicale de Stéphane Corbin
Arrangements de Benoît de Mesmay
Costumes de Denis Evrard
Chorégraphies d’Alma Devillalobos
Lumières de Christelle Toussine

Avec Gaëtan Borg ou Vincent Escure, Sébastian Galeota ou Julien Alluguette, Emmanuelle Goizé ou Vanessa Cailhol, Mathilde Hennekinne ou Léovanie Raud.
Au piano, Benoît de Mesmay ou Joël Bouquet
A la contrebasse Jean-Luc Arramy ou Jean-Pierre Rebillard

Présentation : A l’occasion de la commande d’un reportage, un journaliste réunit trois passionnés de l’œuvre de Michel Legrand pour faire revivre son esprit et son univers. Et surtout ses mélodies enchantées et ses orchestrations élégantes. « Il n’y a pas une seule note que je regrette » disait-il. Nous non plus !
Michel Legrand n’est pas mort. Sa musique résonne en chacun de nous. Elle rassemble tous les genres. Elle brasse et rallie une multitude de styles et donne le ton de l’avenir. Elle inspirera encore de nombreuses générations.

Mon avis : Le spectacle se déroule dans une cave. Accueillis en musique par un pianiste et un contrebassiste, on a l’impression de se retrouver dans un club de jazz à la grande époque de Saint-Germain des Prés. Le climat est installé, il va être essentiellement jazzy…
Trois jeunes passionnés, incollables sur la vie et l’œuvre de Michel Legrand accordent un entretien à un journaliste débutant totalement profane. Grâce à leurs connaissances et à leur enthousiasme, nous allons revisiter pendant une heure et demie cette œuvre ô combien magistrale.


Michel « Le Grand »… Il porte vraiment bien son nom.
A entendre s’enchaîner sans aucun temps mort près d’une quarantaine de ses musiques, on réalise combien il est intemporel, donc indémodable et impérissable. Et combien la plupart de ces titres sont gravés d’une manière indélébile dans notre mémoire.
Ce qui est original dans ce spectacle, c’est la façon dynamique et joyeuse de traiter cette œuvre. Les quatre jeunes gens sont tous d’excellents comédiens-chanteurs-danseurs. Leurs voix s’harmonisent à ravir. Mais surtout, ils s’amusent. Ils racontent des anecdotes, rejouent des scènes de films, ils changent à vue de costumes et de décors, ils se taquinent, ils se séduisent, ils roucoulent… A l’image de Michel Legrand, ce sont la légèreté, l’humour et la joie de vivre qui prédominent.


Nous sommes entraînés par les rythmes et le swing. Les tableaux se succèdent. Certains sont de grands moments de comédie pure : un Oum le dauphin à mourir de rire, la très sensuelle partie d’échecs de L’Affaire Thomas Crown, le numéro de claquettes sur Quand on s’aime, la « mise en Cène » inventive et pittoresque de Peau d’Ane… Et j’en passe tant cet hommage est complet (même quand il fait les choses à Demy), varié, éclectique et, surtout, plein de fraîcheur et de fantaisie. Ce qui n’exclut pas de jolis moments de tendresse ou de mélancolie.


Bref, pendant une heure trente, ça mouline dans nos cœurs ; ça va, ça va… ça va très bien !… Il faut également souligner la qualité des textes des différents auteurs qui ont collaboré avec Michel Legrand. Ce ne devait pas être évident de faire coller les mots sur des mélodies aussi riches et aussi rythmées. Michel For Ever est un formidable spectacle en live. La petitesse de la salle autorise l’absence de micros, ce qui nous permet de goûter et d'apprécier au plus juste les notes des musiciens et la qualité vocale des artistes.

Personnellement, vendredi dernier j’étais au Rive-Gauche en compagnie de Chopin ; hier, j’étais au Poche Montparnasse en compagnie de Michel Legrand… Difficile d’être musicalement plus comblé.

Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 8 juin 2019

La Boule Rouge


Théâtre des Variétés
7, boulevard Montmartre
75002 Paris
Tel : 01 42 33 09 92
Métro : Grands Boulevards

Jusqu’au 22 juin 2019

Livret et mise en scène de Constance Dollfus et Clément Hénaut
Musiques et arrangements de Benoît Dupont
Chorégraphies d’Eva Tesiorowski
Costumes de Flore et Christine Leclercq
Décors et accessoires d’Iris Yolal et Clara Noël
Direction musicale : Simon Lehuraux
Direction d’acteurs : Hervé Lewandowski
Avec 17 comédiens-chanteurs-danseurs et 5 musiciens en direct

L’histoire : Un soir de novembre 1925, Charles et ses amis de toujours errent dans les rues de Paris. Une fois de plus, ils terminent leur déambulation au comptoir de la Taverne du Baron, fascinés par l’ambiance sordide qui y règne et son parfum de scandale. Les jeunes employés de ce piano-bar morose rêvent tous d’un avenir meilleur et d’un succès semblable à celui du Bœuf sur le Toit ou de la Rotonde, hauts-lieux festifs et emblématiques de cette époque hors du temps.
Charles, allant à l’encontre des valeurs de ses parents conservateurs, se retrouve alors précipité malgré lui dans la plus grande entreprise de sa vie…
Cette aventure sera avant tout celle de deux mondes a priori radicalement opposés que l’effervescence et la frénésie des années folles vont bouleverser.

Mon avis : Bon, il faut bien admettre que le scénario de ce spectacle musical n’est pas des plus originaux. En effet, ce type d’histoire a été traité des dizaines et des dizaines de fois tant au music-hall qu’au cinéma.
C’est l’histoire d’un groupe de jeunes qui cherchent à donner un sens à leur vie… Charles et ses deux amis, jeunes bourgeois friqués et désoeuvrés, s’encanaillent à la Taverne du Baron, une cave un peu glauque fréquentée par des ouvriers et animée par de jeunes artistes. Ils y consomment de l’alcool, y vivent des amourettes naissantes… Mais tout cela n’est pas très exaltant. Ça tourne en rond et, fautes de clients, la Taverne périclite. On commence à envisager de mettre la clé sous la porte.


En plus, le père de Charles, strict, autoritaire et austère, ne voit pas d’un bon œil les errements nocturnes et les fréquentations de son fils. Il va tenter d’y mettre un frein. Heureusement pour lui, Charles reçoit le soutien bienveillant de sa mère et la complicité active de Louise, la gouvernante. C’est d’ailleurs celle-ci qui imagine ingénieusement de donner un nouvel essor à la Taverne en la transformant en cabaret… Dès lors, porteurs d’un projet, Charles et ses amis vont mettre leur énergie et leur argent au service de cette folle entreprise.
Ils sont aidés en cela par l’époque. Nous sommes en 1925, au cœur de cette décennie des Années Folles. Une nouvelle musique issue du jazz commence à déferler dans les boîtes de Saint-Germain des Prés, le swing, avec ces danses si spécifiques qui y sont associées, le charleston et le black bottom. Elle est synonyme de liberté, de joie de vivre, d’insouciance… Ce climat est parfaitement retranscrit dans La Boule Rouge.


Comme je l’ai souligné en préambule, cette histoire, au scénario classique, est sans surprise. On sait dès le départ qu’on aura droit à une happy end. Mais on s’en moque vite car, ce qui compte, c’est le traitement de cette fable musicale.
Ce qui m’a le plus plu, c’est le jeu absolument convaincant de TOUS les comédiens. C’est remarquablement interprété. On s’attache tout de suite aux personnages, même à ceux dont les rôles ne sont pas les plus sympathiques. Un humour permanent et beaucoup de tendresse nous accompagnent tout au long de ce spectacle.


Grâce à des décors changés à vue, les scènes s’enchaînent sans temps mort. Il y a une demi-douzaine de tableaux vraiment réussis (l’arrivée du père dans la Taverne, le numéro de danse à trois, celui qui fait l’apologie de la femme, les variations cocasses sur Non, je ne regrette rien de Piaf, la mise en scène originale autour de Je suis malade de Lama, etc…), et les chorégraphies, très travaillées, sont impeccables. Enfin, atout non négligeable, la présence en live d’un orchestre de cinq musiciens apporte encore plus de rythme et de tonicité.


J’insiste vraiment : l’état d’esprit et le jeu des comédiens-chanteurs-danseurs est irréprochable. Le public, véritablement conquis par autant de générosité et de fraîcheur, ne s’y est pas trompé en leur livrant spontanément une superbe ovation en fin de spectacle.

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 14 mai 2019

Gilles Ramade Piano Furioso (opus 2)"


Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Dernières les 19 et 20 mai 2019
Au Festival d’Avignon du 5 au 28 juillet
En tournée :
13-14 septembre, Wissembourg / 3 octobre, La Ciotat / 4 octobre, Manosque / 11 octobre, Grandvillars / 18 octobre, Nouzonville / 19 octobre, Lille / 18 décembre, Bordeaux / 20 décembre, Lyon / 9 janvier, Maromme / 18 janvier, Marseille / 19 janvier, Nice

Interprété par Gilles Ramade
Mis en scène par Jérémy Ferrari
Lumières de Frédérick Doin

Présentation : Insatiable baroudeur, à la fois pianiste, chanteur, compositeur, chef d’orchestre, auteur et comédien, Gilles Ramade a fait de la dispersion un art.
Son dernier spectacle est à son image : insolent, surprenant, inclassable. Il bouscule les codes académiques et s’attaque à la bienséance du classique. Sa rencontre avec Jérémy Ferrari était une évidence.
Un show déluré et hilarant, mené de main de maître par un virtuose partageant sa passion entre Bach, Ray Charles, Gainsbourg et bien d’autres…

Mon avis : Piano Furioso est un spectacle absolument ébouriffant. D’abord musicalement. Gilles Ramade fait ce qu’il veut avec son piano. Son niveau de virtuosité est si insolent que ça nous paraît facile alors qu’une telle aisance représente des heures et des heures de travail. Il fait véritablement corps avec son instrument… Ensuite, ce spectacle est un petit bijou textuel. Pendant une heure et demie, Gilles Ramade commente, critique et vulgarise ce qu’il est en train de jouer et nous donne, en prime, un cours de musicologie un tantinet déconcertant.

Photo : Christine Coquilleau
 Dès son entrée en scène, il joue avec les contrastes. Il se présente vêtu très élégamment, queue de pie et souliers vernis. Le premier morceau qu’il interprète est on ne peut plus conventionnel. Ça commence comme un récital jusqu’au moment où il ouvre la bouche pour se livrer à une réflexion amère sur un certain jingle publicitaire. En une seconde, il passe de la noblesse de la « grande » musique à la trivialité du dérisoire et de la récupération commerciale. Le ton du spectacle est donné. On sent tout de suite la patte (ou plutôt le griffe) de Jérémy Ferrari et sa gourmandise pour le décalage. Dans les passages écrits à quatre mains, cet iconoclaste de Jérémy s’est particulièrement focalisé sur les touches noires (je pense au dernier rejeton de J.S. Bach et au couplet sur les pianistes aveugles). Il y a toujours un fond de sérieux et une documentation solide, mais la forme est à la fantaisie la plus débridée.

Photo : Christine Coquilleau
 Le spectacle va crescendo. D’académique au départ, il glisse progressivement vers la subversion. Il nous donne le signal de sa rébellion en jetant carrément son frac aux orties. Dès lors débarrassé de sa panoplie de concertiste, il va se dévergonder en flirtant avec la variété (en nous énumérant par exemple quelques jolis avatars du Canon de Pachelbel), puis avec le jazz. Pour synthétiser, il passe sans transition du piano Bach au piano bar.

Photo : Christine Coquilleau
 Les 88 notes de son instrument lui offrant un espace de liberté infini, pourquoi s’en priverait-il ? En plus, il se révèle être aussi un excellent chanteur. Le latin lover invétéré qu’il est pratique opportunément le yaourt à géométrie variable pour séduire tous azimuts… Et, en bouquet final, quoi de plus naturel que de nous offrir un… pot-pourri ; un flamboyant mélange des genres. C’est tout simplement sublime. Nos trompes d’Eustache sont aux anges. On en voudrait encore et encore. On l’écouterait jouer pendant des heures.

Photo : Christine Coquilleau
 Mais il ne faut pas se leurrer, derrière la satire, l’irrévérence, l’autodérision et le parti-pris de faire rire, Piano Furioso est avant tout le vibrant hommage d’un passionné à la musique sous toutes ses formes. Que du bonheur !

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 1 mai 2019

La Grande Petite Mireille


Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Spectacle musical de Marie-Charlotte Leclaire et Hervé Devolder
Musiques de Mireille
Mis en scène par Hervé Devolder
Lumières de Denis Koransky
Costumes de Jean-Daniel Vuillermoz

Avec Marie-Charlotte, Adrien Biry-Vicente et Hervé Devolder ou Cyril Romoli

Présentation : Une jeune chanteuse vient passer une audition. Le directeur de casting, passionné de variété française, trouve une ressemblance entre la jeune femme et la célèbre compositrice Mireille, qui a créé Le Petit Conservatoire de la Chanson…
Il n’en fallait pas plus pour plonger dans le music-hall de la Grande Epoque… Se succèderont sur scène Maurice Chevalier, Jean Sablon, Jean Nohain, Yves Montand, Alain Souchon, Yves Duteil, Françoise Hardy et bien d’autres…
Empreintes de jazz, de joie de vivre et de swing, les compositions de la Grande Dame n’ont pas pris une ride.

Mon avis : Un petit bijou de musique et de fantaisie !
Mireille, on l’a peut-être (ou sans doute) oublié, c’est 65 ans de carrière et 600 chansons ? C’est surtout elle qui a introduit le swing en France ; une véritable révolution musicale qui a permis l’éclosion d’un Charles Trenet puis d’une kyrielle d’artistes. C’est donc Mireille qui a ouvert la porte. Son impact sur la chanson française moderne est indéniable et considérable.


La Grande Petite Mireille est une sorte de biopic musical, une comédie joyeuse et enlevée. Pendant 90 minutes, on assiste à un spectacle dans lequel on donne « Tout pour la musique » (en petit clin d’œil à Michel Berger, un des élèves de Mireille au Petit Conservatoire) avec, en prime, « le soleil (au cœur) pour témoin » tellement on est irradié de plaisir.

 Les trois artistes qui mènent ce spectacle piano battant sont indissociables tant ils sont performants et généreux. Marie-Charlotte Leclaire, débordante d’énergie, pétillante et malicieuse, incarne Mireille à la perfection, et musicalement et vocalement. Et ses deux partenaires-complices endossent tous les autres rôles, masculins comme féminins. Ce parti-pris minimaliste, apporte à la fois du rythme et de la drôlerie en permettant une succession de petites saynètes aussi informatrices que réjouissantes.


Ça part d’un « Petit chemin » qui nous conduit sur l’autoroute du succès et se termine sur l’aire d’un Petit Conservatoire. Amusant comme elle s’est ingéniée, sans doute inconsciemment influencée par son physique de tanagra, à utiliser le mot « petit »… La seule volonté de ce spectacle est de nous distraire. Tous les moments de gravité qui sont intervenus dans son existence ont été volontairement éludés. Par exemple, il y a tout juste une « petite » allusion à son implication dans la Résistance pendant la « Grande » Guerre. Ici, la priorité est donnée à la légèreté, rien qu’à la légèreté.


Bien que l’essentiel de cette comédie (musicale) couvre la période qui va des années 30 aux années 70, La Grande Petite Mireille n’est en aucun cas un spectacle générationnel. C’est un spectacle pour amateurs (dans le sens noble du terme) de bonnes chansons et de mélodies jazzy. Donc intemporelles. C’est LA musique et la joie de vivre qui en tiennent les rôles principaux.
Ainsi, comment ne pas se sentir transporté en enthousiasmé par cette séquence de piano à six mains qui revisite les grands hits américains de l’époque Gershwin. Quel que soit son âge on ne peut qu’être emballé. Les différents soli, duos, trios servis par une mise en scène inventive et un superbe éclairage, sont absolument jouissifs.


Enfin, il est extrêmement pittoresque d’assister (ou pour certains, de revivre) à quelques extraits de l’émission Le Petit Conservatoire de la Chanson, dirigée par une Mireille facétieuse et autoritaire. C’est savoureux de voir les tout débuts de futures têtes d’affiche de la grande chanson française comme Pierre Vassiliu, Hervé Cristiani, Yves Duteil, Alain Souchon ou Françoise Hardy…


Servie par trois comédiens-musiciens-chanteurs épatants, La Grande Petite Mireille est une grande, très grande petite comédie musicale.

Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 14 juin 2018

Chance !


Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris
Tel : 01 48 74 76 99
Métro : Saint-Georges / Pigalle

Une comédie musicale de Hervé Devolder
Ecrite, composée et mise en scène par Hervé Devolder
Chorégraphies de Cathy Arondel
Lumières de Denis Korsanky
Décor de Lalaô Chang

Avec, en alternance, Cathy Arondel ou Carole Deffit (Kate), Julie Costanza ou Julie Wingens (Nina la stagiaire), Rachel Pignot ou Léovanie Raud (Agnès), Grégory Juppin ou Hervé Lewandowski (Etienne), David Jean ou Grégory Benchenafi (Fred, le coursier), Arnaud Léonard ou Franck Vincent (Le Boss, alias Henri Duverger, alias Le Patron)

Musiciens : Thierry Boulanger ou Daniel Glet ou Hervé Devolder (piano), Benoît Dunoyer de Segonzac ou Bernard Lanaspèze ou Fred Liebert (contrebasse), Jean-Pierre Beuchard (guitare)

Présentation : Dans l’atmosphère délirante de ce cabinet d’avocats pas comme les autres, un coursier rocker, un patron baryton lyrique, deux secrétaires, plus latinos que dactylos, une femme de ménage “flamenco”, un assistant “cabaret” et une stagiaire effarée chantent, dansent et jouent au loto au lieu… de bosser !

Mon avis : Avec Chance !, Hervé Devolder a réussi la gageure, à l’instar du film Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, de concevoir un spectacle dans lequel l’intégralité des dialogues est chantée. Dès les premiers échanges, on est quelque peu décontenancé et puis, très rapidement, on se prête au jeu et on n’en fait plus cas. D’abord parce qu’on s’attache tout de suite aux six personnages qui fréquentent ce cabinet d’avocats. Leurs différentes personnalités, fort bien dessinées, nous permettent ainsi de savourer leurs comportements. Cet open space est le cadre d’un drôle de melting pot. Le mot “drôle” est ici employé au premier degré car on ne cesse de rire devant les extravagances de ce bureau en folie.


Nous sommes les témoins amusés de leur quotidien avec leurs petits rituels comme le café du matin avec le coursier. Et puis, surtout, celui du lundi matin : le choix des numéros pour le bulletin de loto collectif du lundi matin. Progressivement, on voit les profils se préciser. L’apprenti avocat un peu rêveur et pas très sûr de lui, la secrétaire secrètement amoureuse de son play boy de patron, l’autre secrétaire, complètement exubérante, qui fait swinguer la vie, le coursier très rock’n’roll… On assiste également à l’arrivée de la stagiaire, un peu gauche, un peu intimidée mais chez qui on décèle un caractère assez affirmé.

Subtilement, quelques messages sont distillés tout au long du spectacle : la triste condition du boulot de stagiaire, les hommes qui sont si douillets (l’incommensurable souffrance vécue par Etienne pour un ongle cassé est particulièrement bien incarnée), les patrons sans scrupules qui veulent se faire du fric sur le dos de leurs clients, une mentalité qui révolte la stagiaire idéaliste… Et les chansons, très ciblées, très explicites se succèdent : le blues de l’escroc, la complainte de la femme de ménage, le flamenco de l’aspiro, les mille et une façons de déclamer une plaidoirie, le gospel du coursier, le rap de l’avocat… Tout cela est très haut en couleurs tout en dégageant énormément d’humanité.


Et puis – sans cela le spectacle ne s’appellerait pas Chance ! – notre fine équipe va gagner 99 millions au loto ! Alors, chacun commence à rêver à la façon dont il va utiliser sa soudaine fortune. Là aussi les caractères de chacun sont parfaitement respectés… Plus besoin de travailler, le bureau reste en sommeil et chacun va réaliser ses rêves…
Mais tout cela n’a qu’un temps. L’envie de retrouver les anciens collègues se fait irrepressible. On se permet quelques incursions dans le bureau et, surprise, on s’y retrouve tous. La morale de l’histoire, car il y en a une, c’est que la plus belle des fortunes, c’est l’amour. Il leur paraît evident qu’ils ne peuvent pas se passer les uns des autres. Alors, autant créer un projet choral. Le travail reprend ses droits et ils finissent tous “enrobés”.

Il y a tant de générosité de la part des comédiens-chanteurs-danseurs (il y a quelques chorégraphies particulièrement savoureuses), qu’elle gagne les spectateurs. Le public réagit, rit de bon coeur, s’attendrit. On vit au La Bruyère un joli moment de partage. Les six acteurs sont absolument épatants. Personnellement j’ai eu un petit faible pour la prestation de stagiaire, aussi drôle que touchante (Julie Costanza hier soir), et le couple charmant qu’elle forme avec Etienne (Hervé Lewandowski hier soir). Mais ils sont tous excellents, ce sont de vrais performers et ils nous font partager leur bonheur d’être sur scène. Il faut aussi souligner la présence des trois musiciens qui accompagnent en live toutes les facéties des comédiens.

Gilbert “Critikator” Jouin



vendredi 8 juin 2018

Monsieur Grappelli


L’Européen
5, rue Biot
75017 Paris
Tel : 01 48 65 97 90
Métro : Place de Clichy

Du 7 au 10 juin
Au Café de la Danse du 14 au 17 juin et du 21 au 24 juillet

Spectacle musical de Gaëlle Hausermann et Florin Niculescu
Mis en scène par Gaëlle Hausermann
Ingénieur du son : Gérard Trouvé
Création Lumière de Manu Drouot

Présenté par Serena Reinaldi (en alternance avec Virginie Bienaimé)

Avec Florin Niculescu (violon), Paul Staicu (piano), Christophe Brunard (guitare), Nicola Sabato (contrebasse), Bruno Ziarelli (batterie), Vera Zanguieva (danse et chant)

Présentation : Monsieur Grappelli est un spectacle musical où le jazz, le théâtre et l’histoire s’entremêlent pour un moment d’improvisation original.
Le quintette de Florin Niculescu, accompagné par la comédienne Serena Reinaldi, se lâche sur scène avec une seule ambition : mélanger le jazz, les anecdotes, leur propre histoire pour rendre hommage au grand violoniste Stéphane Grappelli. Ce spectacle empreint de folie et de poésie, allie la virtuosité des musiciens à la fantaisie d’un cabaret. Florin Niculescu revisite de façon espiègle, mais aussi experte, les grands standards de son maître. Il ne joue pas seulement de la musique, il emmène le spectateur dans son histoire. Avec drôlerie et tendresse, la comédienne Serena Reinaldi accompagne le spectateur dans cette plongée dans la musique de l’entre-deux guerres, à la façon d’un Monsieur Loyal.
Mr Grappelli relève le pari fou de concilier la fantaisie et le sérieux pour réconcilier le jazz avec tous les publics. Un hommage musical mené tambour battant par une comédienne et un quintette explosifs…

Mon avis : Ce spectacle se résume en une superbe histoire d’amour. Mais de même qu’on se perd en conjectures pour savoir qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier, comment affirmer qui du jazz manouche ou de Stéphane Grappelli a provoqué la passion de Florin Niculescu. A vrai dire, on s’en moque un peu car seul le résultat compte. Et le résultat né de cette fusion est tout simplement éblouissant. Avec son violon, épaulé par quatre formidables musiciens, il rend dans ce spectacle sobrement intitulé « Monsieur Grappelli », un vibrant hommage à son idole. Le « Monsieur » est essentiel car il exprime le profond respect de Florin pour son aîné… de presque 60 ans !


80% de musique, 20% de théâtre. Cinq musiciens et une muse-narratrice. La Turinoise Serena Reinaldi est d’autant plus légitime dans cette fonction que Stéphane Grappelli avait du sang italien dans les veines via son père. Très élégante dans sa jolie robe noire, elle apporte une note de charme dans cet univers masculin. Elle jase avec les musiciens et, surtout, elle apporte, à grands renforts d’anecdotes, le fonds historique. Elle joue aussi les journalistes en questionnant habilement Florin Nicolescu sur son propre parcours. Si bien que l’on assiste en parallèle au déroulé de la carrière de Grappelli, et au chemin initiatique emprunté par Florin, et à une transmission en direct, non du témoin, mais de l’archet.

Sur un grand écran, sont projetées des images du Paris des années 20 et 30. On croise Maurice Chevalier et Mistinguett et on voit défiler en arrière-plan ces endroits mythiques dans lesquels Stéphane Grappelli s’est produit : le Dôme, la Croix du Sud, le Moulin de la Galette, la Coupole… On retrouve aussi bien sûr des documents d’époque montrant le violoniste avec quelques uns de ses partenaires dont, évidemment, le plus fameux d’entre eux, Django Reinhardt. Mais il n’y a aucune nostalgie. Au contraire, sur scène, pour paraphraser Trenet, « Y’a d’ la joie ! ».


En effet, le répertoire de Stéphane Grappelli est particulièrement tonique, vivifiant, exaltant. A l’instar des autres spectateurs, mes pieds n’ont pas arrêté de battre la mesure et ma tête de dodeliner en cadence. Mélange d’envoûtement et d’allégresse. Ce jazz, étiqueté « manouche », diffuse essentiellement de la joie de vivre ; avec, ça et là, de jolies plages empreintes de mélancolie, de cette mélancolie positive qui vous fait du bien à l’âme. Le « Hot Club » de Florin Niculescu est formé de virtuoses qui font corps avec leur instrument avec un enthousiasme communicatif. Chaque solo, chaque impro, chaque envolée est salué par des salves d’applaudissements et ponctué de grognements de plaisir. Swing, générosité et partage sont les leitmotive de Florin Nicolescu. 

Cette volonté est d’ailleurs encore plus magnifiée lorsque, à la fin du spectacle, son épouse Vera, grâce à laquelle il a pu – enfin - rencontrer son maître, Stéphane Grappelli, vient le rejoindre sur scène pour interpréter Les Yeux noirs, ce chant traditionnel russo-tzigane qui fait scintiller des étoiles dans nos yeux à nous.
Grâce à cette musique conçue pour dissiper les Nuages, à ces deux aventures humaines, à ce voyage au cœur des années 30, on sort de la salle véritablement transportés ; comme si on avait reçu une transfusion de bonne humeur.

Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 19 mars 2018

Boys Band Forever


Apollo Théâtre
18, rue du Faubourg du Temple
75011 Paris
Tel : 01 43 38 23 26
Métro : République

Spectacle musical mis en scène par GBB et Hugo Rezeda

Avec Frank Delay, Chris Keller, Allan Theo

Le vendredi 23 mars à 20 heures

Présentation : C’est la répétition générale du spectacle de trois anciennes icônes pour adolescentes, réunies dans l’espoir de retrouver leur gloire passée. Mais vingt ans se sont écoulés… Et c’est dans le grenier d’une ex-fan que le boys band de quarantenaires, quelque peu rouillé, peaufine ses chorégraphies.
Au gré des tubes, des pas de danse et des objets retrouvés sur place, ils nous entraînent avec une autodérision désopilante dans leur univers hors norme. Entre esprit de compétition et concours de séduction, seront-ils à la hauteur pour représenter la quintessence des Boys Bands ?
On rit, on chante, on danse, on revit avec émotion cette époque d’insouciance, de bonne humeur et d’hystérie collective ; et on se dit avec bonheur : Les Boys Band ? C’était quand même un truc de dingues !

Mon avis : Vingt ans après… Ça fait penser à Alexandre Dumas et à la suite des 3 Mousquetaires à part que, dans le cas présent, nous avons affaire à trois D’Artagnan !... Quelle judicieuse idée qu’a eu là Frank Delay de ressusciter la magie des Boys Bands qui ont régné sur la variété française dans les années 90. Les chiffres sont suffisamment éloquents pour expliquer ce que fut ce phénomène musical : plus de 20 disques d’Or et de Platine, plus de 8 millions de disques vendus en cinq ans !


L’ex des 2Be3 a fait appel à deux copains issus de la même mouvance, Chris Keller, le leader des G-Squad et Allan Theo et, ensemble, ils créent Génération BoysBand. Démontrant qu’on peut sans se dévaluer faire du neuf avec du vieux, ils ont imaginé de créer un spectacle de toute pièce en se référant à leurs expériences communes. Ils ont donc écrit une sorte de comédie musicale dans laquelle, coupant l’herbe sous le pied des inévitables pisse-froid et rabat-joie de la presse ou des réseaux sociaux, ils se moquent d’abord d’eux-mêmes. Cette autodérision, qui est leur est spontanée, les a à la fois rapprochés, rendus plus complices, et protégés des critiques.


Le reste, c’est du boulot ; beaucoup de boulot. Ils ont bossé les chorégraphies, ils jouent la comédie, ils chantent (évidemment), bref, ils ont réussi à recréer l’atmosphère si joyeuse et fédératrice des groupes d’antan. On retrouve ainsi les plus grands tubes de l’époque et on s’aperçoit qu’ils ont gagné une espèce d’intemporalité. Allan, Chris et Frank ont peut-être une vingtaine d’années de plus, mais la fraîcheur, l’énergie, l’explosivité, la sympathie sont toujours là, avec l’humour en plus.

Gilbert « Critikator » Jouin



vendredi 27 octobre 2017

Welcome to Woodstock "Road trip musical et psychédélique"

Comédia
4, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 38 22 22
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Un spectacle de Jean-Marc Ghanassia
Mis en scène par Laurent Serrano
Direction musicale : Philippe Gouadin
Scénographie et décors de Jean Haas
Lumières de Jean-Luc Chanonat
Création vidéo d’Olivier Roset
Costumes de Cidalia da Silva
Chorégraphies de Cécile Bon

Avec Morgane Cabot (Florence), Xavier V. Combs (Jimmy), Magali Goblet (Corinne), Jules Grison (Francis), Pierre Huntzinger (Tom), Margaux Maillet (Martine), Geoffroy Peverelli (Paul), Cléo Bigontina (Basse), Benoît Chanez (Guitare), Yann Destal (Chanteur lead, guitare, harmonica), Hubert Motteau (Batterie)

Présentation : Inspiré d’une expérience vécue, ce spectacle musical est conçu comme une odyssée. Au lendemain de mai 68, des rêves de révolution encore plein la tête, une bande de copains décide de partir pour le concert « événement » de Woodstock. Sur la route américaine, portés par les chansons des Canned Heat, des Who, des Doors, de Janis Joplin, de Jimi Hendrix, ils découvrent ébahis l’univers sexe, rock et psychédélique des années hippies...

Mon avis : Un pur bonheur ! Et je ne m’emballe pas. Je traduis simplement mon ressenti objectif face à ce spectacle festif et particulièrement haut en couleurs. J’ai guetté en vain la moindre fausse note histoire de jouer au critique un peu pinailleur. Rien pour tremper ma plume dans un dé de vinaigre. Il ne reste donc qu’à dérouler un tapis de fleurs et à me répandre en louanges sincères sur ce spectacle ô combien musical.

La Musique, avec un grand « M » est en effet le personnage principal de Welcome to Woodstock. La bande-son de ce show est le fidèle témoignage d’une époque des plus prolifiques en la matière. Les années 65/70 ont été d’une richesse et d’une variété époustouflantes. Cinquante ans plus tard, elles n’ont rien perdu de leur créativité, de leur puissance, de leur éclat. Pour moi, ces années-là sont plus marquées du sceau du « Music Power » que de celui du Flower Power. Les fleurs ont fané, la musique est toujours aussi vivante et exaltante.
25 chansons. Que du lourd ! Que du gravé à jamais dans le disque dur de notre mémoire musicale. OK… En 1968, j’avais 25 ans. J’ai baigné dans ce climat de révolte, d’insouciance, de recherche d’un idéal et de désir de liberté. Je suis donc un tantinet partisan. Mais au vu du comportement dans la salle de jeunes spectateurs, j’ai pu constater l’effet produit sur eux par ces titres intemporels et par leur irrésistible force mélodique.


Ce qui est intelligent dans ce spectacle que l’auteur qualifie à juste titre de « road trip musical et psychédélique » c’est qu’il a su faire coller chacun des énormes tubes à son histoire. Tout est cohérent. Les chansons, judicieusement amenées, accompagnent et illustrent l’action.
Parlons-en de l’histoire. Légèrement fictionnée, c’est celle vécue par Jean-Marc Ghanassia, l’auteur. Il a réussi, en deux heures de temps, à nous livrer un digest, un condensé de ce qu’a été cette parenthèse effervescente. A travers des projections, des affiches, des slogans, des dialogues, des situations, des effets spéciaux, il balaie tous les grands thèmes fondateurs de cette époque : l’esprit révolutionnaire, la beat génération, la non-violence, la guerre au Vietnam, la liberté sexuelle, le Black Power, la recherche de la spiritualité orientale, les paradis artificiels, la déstructuration de la société… Tout y est, il va à l’essentiel sans jamais tomber dans le cliché.


La mise en scène, la scénographie, les décors et les effets sont également épatants. Il y a quelques tableaux qui sont d’un esthétisme enchanteur. La clairière est magnifique. Les créations vidéo nous embarquent complètement dans ce que vivent les protagonistes de l’histoire. Comme sous l’emprise des joints de marijuana qu’ils font tourner et des pilules de LSD qu’ils avalent avidement, on part littéralement en « voyage » avec eux. On partage leurs hallucinations. On voit des poissons voler dans les arbres, les cimes des arbres se mettre à danser… C’est remarquablement réalisé. Sur le plan strictement visuel, ce spectacle est d’une grande qualité. Je ne veux citer – entre autres superbes images – la formidable beauté et l’extrême sensualité de la scène d’amour entre Angelina et Paul, coloriée façon Crazy Horse. Un ravissement ; un grand moment de poésie pure.


Et puis, il y a les comédiens-chanteurs… Quelles voix ! Ils sont tous excellents ; aussi bien dans le jeu que dans la performance vocale. Autre atout de ce spectacle : les interprétations de ces standards immortels sont très personnelles. Aucun d’eux ne joue à l’imitateur ou au clone. Grâce également à des arrangements originaux, exécutés par des musiciens hyper-talentueux et investis, on redécouvre ces pépites musicales et on les savoure avec intérêt, gourmandise et respect. Nous ne sommes pas devant un juke-box mais dans la vraie vie, dans un « Live » absolu.

Quelques mots pour résumer ce spectacle : esthétisme, humour, authenticité, générosité, énergie… Même si on n’est jamais dans la nostalgie, au contraire, on ne peut s’empêcher de penser que c’était vraiment sympa de vivre cette époque-là.

Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 11 février 2017

Saturday Night Fever (La Fièvre du samedi soir)

Palais des Sports
34, boulevard Victor
75015 Paris
Tel : 01 48 28 40 10
Métro : Porte de Versailles

Metteur en scène et directeur artistique : Stéphane Jarny
Scénographe : Stéphane Roy
Chorégraphe : Malik Le Nost

Avec Nicolas Archambault (Tony), Fauve Hautot (Stéphanie), Gwendal Marimoutou (Le DJ), Fanny Fourquez (Annette), Vinicius Timmerman (Bobby), Stephan Rizon (trio), Nevedya (trio), Flo Malley (trio), Lionnel Astier (le père)…

Au Palais des Sports à partir du 9 février 2017
En tournée à partir du 13 mai 2917

L’histoire : Tony Manero, écrasé par l’ombre d’un frère aîné promis à la prêtrise, habite dans le quartier de Brooklyn et travaille dans un magasin de peinture. Mais le samedi soir, tout change. Accompagné de ses amis, il brille sur la piste de danse de l’Odyssée 2001, une boîte disco. Adulé par les femmes et envié par les hommes, il découvre que ce n’est pas si simple d’être un jeune Newyorkais dans les années 70 car son succès lui apporte aussi des ennuis auprès de sa famille, des bandes rivales, des femmes… Un soir, il tombe sous le charme de Stéphanie, à qui il propose de faire équipe pour le concours de danse organisé par leur boîte de nuit favorite. Est-ce le début d’une histoire d’amour ?

Mon avis : Etant un piètre danseur, je suis toujours épaté par ces artistes qui défient les lois de la gravité et exécutent avec une aisance époustouflante des figures qui me semblent irréalisables. Disons-le tout net, Saturday Night Fever est une formidable ode à la danse. J’ai aimé ce spectacle. Je craignais qu’il soir répétitif, or on ne s’y ennuie pas une seule seconde. On est transporté par le dynamisme, la générosité, l’investissement, la joie de vivre et la créativité de toute la troupe. Les arguments positifs sont nombreux.



-    Les décors sont très réussis (celui de la quincaillerie par exemple). Et, en plus, ils sont magnifiés par des projections vidéo de toute beauté. La scène tournante et les modules pivotants ou glissants sont utilisés à très bon escient.
-         Le rythme imposé par la mise en scène. Les tableaux s’enchaînent les uns avec les autres sans aucun temps mort. Si on possédait une zapette, on ne songerait même pas à l’utiliser.
-     L'idée de projeter sur écran les interventions des parents de Tony est très ingénieuse. Elle apporte non seulement une rupture efficace mais elle permet de profiter, grâce aux gros plans, de la grande qualité de jeu des deux comédiens ; Lionnel Astier se montrant particulièrement truculent.
-          La troupe des danseurs et danseuses. Le casting est irréprochable. Ils s’en donnent à corps et à cœur joie. Leur plaisir et leur énergie sont communicatifs. Les chorégraphies n’étant pas stéréotypées, on ne sait parfois plus où donner de la tête pour suivre leurs évolutions.
-       Le fait de mêler une touche de hip-hop à l’ambiance obligatoirement disco ajoute à la diversité des performances.
-    La plastique de Nicolas Archambault. Ses deux apparitions en mini-slip noir provoquent ronronnements ravis, pâmoisons et râles de désir parmi la gent féminine, voire en partie masculine.
-      La prestation de Gwendal Marimoutou. Voici un garçon qui sait tout faire : il joue la comédie, il chante, il danse. A la fois narrateur et acteur, il est l’âme de ce spectacle.
-          Le personnage d’Annette (Fanny Fourquez). Elle est à fois si drôle et si touchante que l’on ne peut que tomber en empathie avec elle.


-      J’avais lu des critiques péjoratives quant au jeu de Nicolas Archambault. Je l’ai donc bien scruté et je l’ai trouvé plutôt convaincant.
-         Il y a deux tableaux qui m’ont encore plus transporté que les autres : la première scène avec la voiture américaine blanche et, plus encore, celle de la bagarre très originale et habilement stylisée.
-          Les dialogues ne sont pas mauvais du tout. Ils vont à l’essentiel et, surtout, ils sont servis par un humour quasi permanent.
-          Le beau message de tolérance, d’amitié et de partage qui y est intelligemment diffusé.
-      Enfin, il y LE trio vocal. Nevedya, Malley et Rizon réussissent à nous faire oublier les Bee Gees ! Ils jouent leur propre partition avec énormément de talent, d’inventivité et de complémentarité. Lorsqu’ils chantent en harmonie c’est tout bonnement superbe. Une sacrée performance…

Maintenant, j’avoue avoir quelques restrictions. Certes très peu, mais il y a une ou deux petites choses qui m’ont gêné ou interpellé :
-         Etonnamment, j’ai trouvé les tenues des danseuses un peu moches, pas du tout glamour. Alors que ces demoiselles sont particulièrement jolies et sexy, elles sont affublées d’accoutrements de tissu qui ne les mettent pas vraiment en valeur.
-         Quant à Fauve Hautot, on ne peut contester son immense talent de danseuse. Sa technique est proche de la perfection. Mais, à mon goût, pour le rôle de Stéphanie, j’ai trouvé que, très athlétique, elle manquait un tantinet de féminité et de sensualité.
Ce sera tout au rayon des (petits) reproches. Mais je me dois d’être honnête et d’exprimer objectivement mon ressenti.


 En résumé, Saturday Night Fever est un spectacle qui donne vraiment la pêche. Impossible de ne pas bouger des pieds au rythme de ces tubes imparables. Certains ne résistent pas à l’envie de se lever et de se mettre à se trémousser à l’unisson des danseurs. C’est la fête aussi dans la salle. On y vit un vrai grand moment de partage et de convivialité.
Au Palais des Sports, la fièvre ne grimpera d’ailleurs pas que le samedi soir, elle brûlera à chaque représentation.


Gilbert « Critikator » Jouin