mardi 18 septembre 2018

Jimmy Lévy "Adoration"


Cherche Midi
176 pages
17 €

Un an après le déconcertant et très réussi Petites reines, Jimmy Lévy vient de sortir son deuxième roman, Adoration.
Avant même d’entrer dans le vif du sujet, une évidence s’impose : nous tenons avec Jimmy Lévy une sacrée plume, un grand écrivain. Son style, que l’on retrouve avec une gourmandise teintée de fascination, est riche, foisonnant, impétueux. C’est un véritable stakhanoviste du verbe, un amoureux de la langue, un orpailleur qui s’acharne à n’extraire que les pépites qui émergent dans le grand tamis du vocabulaire pour nous les restituer dans l’écrin de son roman. L’écriture de Jimmy Lévy est un coup de poing ; ou plutôt un enchaînement ininterrompu d’uppercuts et de petits crochets qui vous frappent le cœur et l’esprit jusqu’à vous étourdir et vous laisser exsangue. Lorsqu’on referme son ouvrage, saoulé de coups, on est proche du K.O..

Trêve de compliments, abordons donc ce deuxième opus, Adoration. D’abord, il est judicieux de vérifier la définition du mot adorer : « Rendre un culte à un dieu, à un objet divinisé »…
Les 176 pages de ce livre ne sont que cela. C’est la description d’une passion. Mais une passion si exacerbée, si jusqu’au-boutiste, si dévastatrice, qu’elle se confine en « adoration ».
La relation entre le narrateur et « L » (Elle ?), va bien au-delà de la simple histoire d’amour. Nous sommes dans un cas quasiment pathologique d’une dévotion qui frise l’asservissement. Mais, bien sûr, - sans cela il n’y aurait pas de roman - un asservissement totalement consenti et assumé. Il y a même un aspect masochiste.

Ce qui est flagrant, c’est la propension que possède le narrateur à se dédoubler. Il est tout autant la victime et le témoin. En tant que témoin, il analyse avec une froideur clinique sa propre descente aux enfers. Pour reprendre une métaphore qu’il utilise, il est à la fois le conducteur et la victime d’un camion fou qui va tout écraser sur son passage… Jimmy Lévy est un médecin légiste du cœur. Il n’écrit pas, il dissèque. Sa plume est un scalpel qui fouille et touille dans les tréfonds de l’âme.
Pratiquement avant de la vivre, il sait que cette passion va être toxique. Il va en déguster les fruits amers avec une avidité inquiétante. Il y a chez lui une irrépressible volonté sacrificielle, un don de lui qui, il le pressent, peut aller jusqu’à son anéantissement. Son « adoration » n’a rien de positif. Elle est pernicieuse, nocive, mortifère.
Il ne s’épargne et ne nous épargne rien. Ce livre est âpre. Il oscille entre le réel et l’irrationnel, entre le fantasme et la réalité. Jimmy Lévy utilise intelligemment la technique du flashback. Avec un sens inné de la rupture, il nous entraîne sur une balançoire qui passe mécaniquement de l’ombre à la lumière. C’est très habile car cela évite l’écueil de la linéarité et du redondant.

On sent qu’il FALLAIT qu’il se débarrasse une bonne fois pour toutes de cette sombre histoire, de cette parenthèse désenchantée de sa vie. Ce livre lui permet de refermer une plaie, chaque mot étant une aiguille qui lui a permis d’en suturer les lèvres. Il reste aujourd’hui une cicatrise rougeâtre qu’il trimballera inexorablement. Mais ce n’est plus qu’une cicatrice… Il va pouvoir enfin passer à autre chose et se consacrer plus sereinement au métier pour lequel il était programmé, celui d’écrivain… Ainsi libéré, je suis convaincu qu’il n’a pas fini de nous surprendre.

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 29 juin 2018

Karim Duval "Y"



-          Le 30 juin, aux Tontons Flingueurs à Lyon.
-          Du 2 octobre au 31 décembre au Boui-Boui à Lyon.

Karim Duval est de retour ! Après avoir présenté avec succès (plus de 1000 représentations) son premier seul en scène, Melting Pot, il propose aujourd’hui son deuxième opus, tout simplement intitulé Y.

Karim Duval possède déjà sa marque de fabrique, son identité propre. Cet ex-diplômé de Centrale a choisi d’abandonner un emploi d’ingénieur pour se montrer ingénieux dans l’emploi de l’humour. Plus précisément dans une forme de stand-up dont le personnage « central » est la personne qu’il connaît le mieux, lui-même. Mais on constate très vite que tous les thèmes qu’il aborde nous concernent tous. Quand il parle de lui, il parle aussi de nous.

Comme son nom l’indique, dans Y, il se focalise sur cette génération – la sienne – qui regroupe les personnes nées entre 1980 et 2000. Son analyse est très percutante. Toutes ses observations sont marquées du double sceau de la pertinence et de l’intelligence. S’appuyant sur une solide base d’autodérision, il peut se permettre d’extrapoler sur les principaux traits de caractères de ses contemporains âgés aujourd’hui de 20 à 38 ans.

Gentiment vanneur, à grand renfort d’exemples éminemment drôles et imagés, il nous amuse tout en nous en faisant réfléchir. Car, chez Karim Duval, il y a toujours du fond. Mine de rien, il distille nombre de messages emplis de tolérance et d’humanité. Karim sait être comique sans user jamais de cynisme. Il est plus dans la satire. Son spectacle remarquablement écrit et construit, fourmille de réflexions avisées. Il nous tient en permanence en attention. Comme tous ses congénères estampillés « Y », il cherche à donner un sens à sa vie. Ce qui n’est pas si évident. Il raille, mais toujours avec une certaine tendresse, la génération B (celle des baby-boomers), les consultants, les traders, les adeptes du yoga, les partisans du lâcher-prise… Et il termine son exposé en nous prodiguant un conseil avisé : Yolo ! Yolo (« You Only Live Once ») qui est en quelque sorte aux « Y » ce que le « Carpe Diem » était aux « B ».

Personnellement, j’apprécie énormément le style et l’homme. Avec son parti-pris d’amuser sans casser et de ne pas nous considérer comme un public mais comme un auditoire complice, on ressent l’agréable sensation de rire intelligemment. 

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 19 juin 2018

Eddy Mitchell "La même tribu" (volume 2)


Polydor / Universal Music France

S’il est plutôt de coutume de respecter l’adage par lequel « on ne change pas une équipe qui gagne », Eddy Mitchell, lui, préfère conserver un concept qui gagne (1er opus certifié platine avec plus de 100.000 exemplaires vendus) en renouvelant quasi totalement l’équipe des artistes qui viennent s’associer à lui le temps d’un duo.

Elle est large la tribu mitchellienne ! On en connaissait certes le premier cercle, composé en priorité de ses deux « vieilles canailles », Johnny-le-frère et Jacques Dutronc, l’ami de longue date, mais aussi de sa fille aînée, Maryline, et de quelques collègues-potes historiques comme Alain Souchon, Renaud, Julien Clerc ou Christophe. Puis sont venus s’agréger en cercles concentriques des artistes qu’Eddy apprécie tout particulièrement à la fois pour leur voix et pour leur état d’esprit. Eddy n’est pas un nostalgique, il est aussi à l’affût des talents émergents. D’où ce brassage intelligent dans les deux volets de La Même tribu.

Un seul artiste a le privilège de figurer sur les deux albums : Arno. Il est la seule exception… Eddy affectionne tout particulièrement les personnages qui, comme Arno, ont un grain. Un grain de voix hors du commun et un grain de folie. Avec le « Tom Waits » belge, il est comblé !


Pour ce deuxième album, Eddy Mitchell a fait appel à quelques camarades de la vieille garde qui, par faute de place ou d’emplois du temps, n’avaient pas figuré dans le premier : Maxime Le Forestier, Laurent Voulzy, William Sheller, Michel Jonasz et, bien sûr, Véronique Sanson ; Véro qui, ne l’oublions pas, à fait partie de la toute première édition de la tournée des Enfoirés aux côtés d’Eddy, Johnny, Sardou et Godman. Les after-shows avaient été paraît-il mémorables !... Il a également « convoqué » quelques valeurs sûres de la génération intermédiaire, Calogero, Pascal Obispo, Féfé, Laurent Gerra, Thomas Dutronc, plus une des grandes révélations 2017-18, Juliette Armanet,
On retrouve également au générique de ce volume 2, Helena Noguerra et, plus étonnement, la comédienne Cécile de France. Enfin, comme dans le précédent où Eddy avait invité une Guest star américaine en la personne du regretté Charles Bradley, disparu en septembre 2017, il a convié cette fois Gregory Porter, un chanteur californien de soul et de jazz vocal.
Voici donc les quinze nouveaux membres du clan.

A l’instar du précédent album, la qualité est au rendez-vous. On en remarque d’abord une constante : le superbe travail sur les arrangements. Aucun titre ne possède la même couleur. Sur certains, c’est le piano qui est mis en évidence, sur d’autres c’est la guitare, ou bien les cuivres qui sortent du lot quand ce ne sont pas les cordes. Des trilles d’harmonica par ci (Charlie McCoy, s’il vous plaît), le son si spécifique d’une pedal steel guitar par là, de la flûte… Bref, ce sont plus de cinquante musiciens, parmi ce qui se fait de mieux en France et aux Etats-Unis, qui ont prêté leur concours à la réalisation musicale de cet album. Sur le plan acoustique, c’est une merveille absolue et je vous conseille vivement de l’écouter au casque pour en goûter toute la richesse et toutes les subtilités.


Avec un accompagnement de ce niveau, la tâche pour les chanteurs et chanteuses est tout de même bigrement simplifiée. Facile d’entrer dans un tel costume. Pour parodier le texte d’une chanson d’Eddy de 1971 qui figure sur ce CD, on peut proclamer qu’avec de telles chansons, « c’est facile d’être amoureux tout le temps » et, qu’avec de tels partenaires, « c’est facile avec eux de faire des enfants »… En plus, Eddy est très malin. Il n’a pas distribué ses duos par tirage au sort. Il a visiblement ciblé ses complices d’un tour de chant. Par exemple, pour cette chanson éminemment sociétale qu’est Il ne rentre pas ce soir, il a choisi un grand auteur à textes, Maxime Le Forestier. Pour raconter La dernière séance, qui mieux qu’une actrice, Cécile de France, pouvait l’interpréter en y apportant toute sa sensibilité parce que concernée par le sujet ? Et il ne pouvait trouver meilleur complice pour Je chante pour ceux qui ont le blues que le créateur de Du blues, du blues, du blues, Michel Jonasz. Enfin, quelle bonne idée que de confier à Laurent Gerra quelques imitations de son cru pour C’est la vie mon chéri… Ces choix ne sont pas anodins.

En revanche, il est bien plus difficile de déterminer un ordre préférentiel, de dire quels sont les duos que l’on place en haut de notre hit-parade personnel.
Voici néanmoins mes six tandems préférés :
-          That’s How I Got To Memphis, avec Gregory Porter
-          Couleur menthe à l’eau avec Juliette Armanet
-          Pas de boogie-woogie avec Calogero
-          Rio Grande avec Laurent Voulzy
-          Vieille Canaille avec Féfé
-          Le Cimetière des éléphants avec Véronique Sanson
Mais j’ai franchement presque tout aimé. Encore une fois, je me suis régalé. Quelle beau concept !


Je terminerai en mettant en exergue la formidable présence d’Eddy Mitchell. Il s’amuse comme jamais. Il se balade d’un titre à l’autre avec un plaisir non dissimulé. On le perçoit dans sa façon de chanter. Tout en maîtrise, il joue avec sa voix, intervient entre les lignes, se livre à quelques scats ou onomatopées. Libre, parfaitement détendu, paternel et fraternel, il est le grand manitou de cette joyeuse Tribu, son véritable patriarche… On n’a plus qu’à espérer un troisième volume. Il reste encore quelques pointures ou quelques jeunes pousses avec lesquelles il ferait bon revisiter le superbe répertoire (l’œuvre ?) d’Eddy Mitchell.




jeudi 14 juin 2018

Chance !


Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris
Tel : 01 48 74 76 99
Métro : Saint-Georges / Pigalle

Une comédie musicale de Hervé Devolder
Ecrite, composée et mise en scène par Hervé Devolder
Chorégraphies de Cathy Arondel
Lumières de Denis Korsanky
Décor de Lalaô Chang

Avec, en alternance, Cathy Arondel ou Carole Deffit (Kate), Julie Costanza ou Julie Wingens (Nina la stagiaire), Rachel Pignot ou Léovanie Raud (Agnès), Grégory Juppin ou Hervé Lewandowski (Etienne), David Jean ou Grégory Benchenafi (Fred, le coursier), Arnaud Léonard ou Franck Vincent (Le Boss, alias Henri Duverger, alias Le Patron)

Musiciens : Thierry Boulanger ou Daniel Glet ou Hervé Devolder (piano), Benoît Dunoyer de Segonzac ou Bernard Lanaspèze ou Fred Liebert (contrebasse), Jean-Pierre Beuchard (guitare)

Présentation : Dans l’atmosphère délirante de ce cabinet d’avocats pas comme les autres, un coursier rocker, un patron baryton lyrique, deux secrétaires, plus latinos que dactylos, une femme de ménage “flamenco”, un assistant “cabaret” et une stagiaire effarée chantent, dansent et jouent au loto au lieu… de bosser !

Mon avis : Avec Chance !, Hervé Devolder a réussi la gageure, à l’instar du film Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, de concevoir un spectacle dans lequel l’intégralité des dialogues est chantée. Dès les premiers échanges, on est quelque peu décontenancé et puis, très rapidement, on se prête au jeu et on n’en fait plus cas. D’abord parce qu’on s’attache tout de suite aux six personnages qui fréquentent ce cabinet d’avocats. Leurs différentes personnalités, fort bien dessinées, nous permettent ainsi de savourer leurs comportements. Cet open space est le cadre d’un drôle de melting pot. Le mot “drôle” est ici employé au premier degré car on ne cesse de rire devant les extravagances de ce bureau en folie.


Nous sommes les témoins amusés de leur quotidien avec leurs petits rituels comme le café du matin avec le coursier. Et puis, surtout, celui du lundi matin : le choix des numéros pour le bulletin de loto collectif du lundi matin. Progressivement, on voit les profils se préciser. L’apprenti avocat un peu rêveur et pas très sûr de lui, la secrétaire secrètement amoureuse de son play boy de patron, l’autre secrétaire, complètement exubérante, qui fait swinguer la vie, le coursier très rock’n’roll… On assiste également à l’arrivée de la stagiaire, un peu gauche, un peu intimidée mais chez qui on décèle un caractère assez affirmé.

Subtilement, quelques messages sont distillés tout au long du spectacle : la triste condition du boulot de stagiaire, les hommes qui sont si douillets (l’incommensurable souffrance vécue par Etienne pour un ongle cassé est particulièrement bien incarnée), les patrons sans scrupules qui veulent se faire du fric sur le dos de leurs clients, une mentalité qui révolte la stagiaire idéaliste… Et les chansons, très ciblées, très explicites se succèdent : le blues de l’escroc, la complainte de la femme de ménage, le flamenco de l’aspiro, les mille et une façons de déclamer une plaidoirie, le gospel du coursier, le rap de l’avocat… Tout cela est très haut en couleurs tout en dégageant énormément d’humanité.


Et puis – sans cela le spectacle ne s’appellerait pas Chance ! – notre fine équipe va gagner 99 millions au loto ! Alors, chacun commence à rêver à la façon dont il va utiliser sa soudaine fortune. Là aussi les caractères de chacun sont parfaitement respectés… Plus besoin de travailler, le bureau reste en sommeil et chacun va réaliser ses rêves…
Mais tout cela n’a qu’un temps. L’envie de retrouver les anciens collègues se fait irrepressible. On se permet quelques incursions dans le bureau et, surprise, on s’y retrouve tous. La morale de l’histoire, car il y en a une, c’est que la plus belle des fortunes, c’est l’amour. Il leur paraît evident qu’ils ne peuvent pas se passer les uns des autres. Alors, autant créer un projet choral. Le travail reprend ses droits et ils finissent tous “enrobés”.

Il y a tant de générosité de la part des comédiens-chanteurs-danseurs (il y a quelques chorégraphies particulièrement savoureuses), qu’elle gagne les spectateurs. Le public réagit, rit de bon coeur, s’attendrit. On vit au La Bruyère un joli moment de partage. Les six acteurs sont absolument épatants. Personnellement j’ai eu un petit faible pour la prestation de stagiaire, aussi drôle que touchante (Julie Costanza hier soir), et le couple charmant qu’elle forme avec Etienne (Hervé Lewandowski hier soir). Mais ils sont tous excellents, ce sont de vrais performers et ils nous font partager leur bonheur d’être sur scène. Il faut aussi souligner la présence des trois musiciens qui accompagnent en live toutes les facéties des comédiens.

Gilbert “Critikator” Jouin



vendredi 8 juin 2018

Monsieur Grappelli


L’Européen
5, rue Biot
75017 Paris
Tel : 01 48 65 97 90
Métro : Place de Clichy

Du 7 au 10 juin
Au Café de la Danse du 14 au 17 juin et du 21 au 24 juillet

Spectacle musical de Gaëlle Hausermann et Florin Niculescu
Mis en scène par Gaëlle Hausermann
Ingénieur du son : Gérard Trouvé
Création Lumière de Manu Drouot

Présenté par Serena Reinaldi (en alternance avec Virginie Bienaimé)

Avec Florin Niculescu (violon), Paul Staicu (piano), Christophe Brunard (guitare), Nicola Sabato (contrebasse), Bruno Ziarelli (batterie), Vera Zanguieva (danse et chant)

Présentation : Monsieur Grappelli est un spectacle musical où le jazz, le théâtre et l’histoire s’entremêlent pour un moment d’improvisation original.
Le quintette de Florin Niculescu, accompagné par la comédienne Serena Reinaldi, se lâche sur scène avec une seule ambition : mélanger le jazz, les anecdotes, leur propre histoire pour rendre hommage au grand violoniste Stéphane Grappelli. Ce spectacle empreint de folie et de poésie, allie la virtuosité des musiciens à la fantaisie d’un cabaret. Florin Niculescu revisite de façon espiègle, mais aussi experte, les grands standards de son maître. Il ne joue pas seulement de la musique, il emmène le spectateur dans son histoire. Avec drôlerie et tendresse, la comédienne Serena Reinaldi accompagne le spectateur dans cette plongée dans la musique de l’entre-deux guerres, à la façon d’un Monsieur Loyal.
Mr Grappelli relève le pari fou de concilier la fantaisie et le sérieux pour réconcilier le jazz avec tous les publics. Un hommage musical mené tambour battant par une comédienne et un quintette explosifs…

Mon avis : Ce spectacle se résume en une superbe histoire d’amour. Mais de même qu’on se perd en conjectures pour savoir qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier, comment affirmer qui du jazz manouche ou de Stéphane Grappelli a provoqué la passion de Florin Niculescu. A vrai dire, on s’en moque un peu car seul le résultat compte. Et le résultat né de cette fusion est tout simplement éblouissant. Avec son violon, épaulé par quatre formidables musiciens, il rend dans ce spectacle sobrement intitulé « Monsieur Grappelli », un vibrant hommage à son idole. Le « Monsieur » est essentiel car il exprime le profond respect de Florin pour son aîné… de presque 60 ans !


80% de musique, 20% de théâtre. Cinq musiciens et une muse-narratrice. La Turinoise Serena Reinaldi est d’autant plus légitime dans cette fonction que Stéphane Grappelli avait du sang italien dans les veines via son père. Très élégante dans sa jolie robe noire, elle apporte une note de charme dans cet univers masculin. Elle jase avec les musiciens et, surtout, elle apporte, à grands renforts d’anecdotes, le fonds historique. Elle joue aussi les journalistes en questionnant habilement Florin Nicolescu sur son propre parcours. Si bien que l’on assiste en parallèle au déroulé de la carrière de Grappelli, et au chemin initiatique emprunté par Florin, et à une transmission en direct, non du témoin, mais de l’archet.

Sur un grand écran, sont projetées des images du Paris des années 20 et 30. On croise Maurice Chevalier et Mistinguett et on voit défiler en arrière-plan ces endroits mythiques dans lesquels Stéphane Grappelli s’est produit : le Dôme, la Croix du Sud, le Moulin de la Galette, la Coupole… On retrouve aussi bien sûr des documents d’époque montrant le violoniste avec quelques uns de ses partenaires dont, évidemment, le plus fameux d’entre eux, Django Reinhardt. Mais il n’y a aucune nostalgie. Au contraire, sur scène, pour paraphraser Trenet, « Y’a d’ la joie ! ».


En effet, le répertoire de Stéphane Grappelli est particulièrement tonique, vivifiant, exaltant. A l’instar des autres spectateurs, mes pieds n’ont pas arrêté de battre la mesure et ma tête de dodeliner en cadence. Mélange d’envoûtement et d’allégresse. Ce jazz, étiqueté « manouche », diffuse essentiellement de la joie de vivre ; avec, ça et là, de jolies plages empreintes de mélancolie, de cette mélancolie positive qui vous fait du bien à l’âme. Le « Hot Club » de Florin Niculescu est formé de virtuoses qui font corps avec leur instrument avec un enthousiasme communicatif. Chaque solo, chaque impro, chaque envolée est salué par des salves d’applaudissements et ponctué de grognements de plaisir. Swing, générosité et partage sont les leitmotive de Florin Nicolescu. 

Cette volonté est d’ailleurs encore plus magnifiée lorsque, à la fin du spectacle, son épouse Vera, grâce à laquelle il a pu – enfin - rencontrer son maître, Stéphane Grappelli, vient le rejoindre sur scène pour interpréter Les Yeux noirs, ce chant traditionnel russo-tzigane qui fait scintiller des étoiles dans nos yeux à nous.
Grâce à cette musique conçue pour dissiper les Nuages, à ces deux aventures humaines, à ce voyage au cœur des années 30, on sort de la salle véritablement transportés ; comme si on avait reçu une transfusion de bonne humeur.

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 1 juin 2018

Jenifer


Jenifer de retour à double Tour

Billetterie ouverte

En février 2017 la tournée Paradis Secret Tour a tourné à l’enfer en étant brutalement interrompue par un dramatique accident de la circulation. Bouleversée, Jenifer a mis longtemps pour résorber ce traumatisme légitime. Par respect pour les victimes, elle a préféré sagement annuler la suite de sa tournée… Pendant cette longue parenthèse, la chanteuse s’est effacée derrière la comédienne. On a pu ainsi la voir dans le long métrage Faut pas lui dire au côté de Camille Chamoux et, surtout, tenir le rôle principal d’un téléfilm, Traqués qui, lors de sa diffusion sur TF1 le 14 mai dernier a réalisé un véritable carton en séduisant 6,4 millions de téléspectateurs. De quoi lui ouvrir de bien jolies perspectives en pouvant, à juste titre, envisager une suite.

Rassurée par cette expérience indéniablement positive et encourageante, Jenifer va reprendre le chemin des studios pour enregistrer son huitième album. Ce nouvel opus, prévu pour l’automne, devrait servir de locomotive pour son grand retour sur scène au printemps 2019. Hyper-motivée par l’idée de ses retrouvailles avec son public, la jeune femme a décidé de proposer deux spectacles différents. Le premier, baptisé « Proche et Intime », sera présenté dans les salles moyennes du 8 mars au 6 avril ; et le second, intitulé « Flamboyante et Electrique », sera programmé dans les Zéniths. Les deux titres sont suffisamment explicites pour savoir à quoi s’attendre.

Photo : S. Salom-Gomis/NRJ/Sipa

« Proche et Intime »
-          Ajaccio le 8 mars (U-Palatinu)
-          Nice le 10 mars (Acropolis)
-          Bruxelles le 16 mars (Cirque Royal)
-          Liège le 17 mars (Le Forum)
-          Strasbourg le 19 mars (Salle Erasme)
-          Marseille le 21 mars (Le Silo)
-          Le Mans le 28 mars (Palais des Congrès)
-          Fougères le 29 mars (Espace Aumaillerie)
-          Lyon le 5 avril (L’Amphithéâtre)
-          Annecy le 6 avril (Arcadium)


« Flamboyante et Electrique »
-          Amiens le 26 avril (Zénith)
-          Lille le 27 avril (Zénith)
-          Toulouse le 9 mai (Zénith)
-          Montpellier le 10 mai (Zénith)
-          Dijon le 11 mai (Zénith)
-          Nantes le 16 mai (Zénith)
-          Bordeaux le 17 mai (Arena)
-          Paris le 18 mai (La Scène Musicale)
-          Rouen le 23 mai (Zénith)
-          Orléans le 24 mai (Zénith)
-          Metz le 25 mai (Les Arènes)

mercredi 30 mai 2018

L'Idiot


Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Tel : 01 45 45 49 77
Métro : Porte de Vanves
T3 : Didot

Jusqu’au 30 juin 2018

D’après le roman de Fiodor Dostoïevski
Texte et mise en scène de Thomas Le Douarec
Décor de Matthieu Beutter
Costumes de José Gomez
Lumières de Stéphane Balny
Musique et bande-son de Mehdi Bourayou
Perruques et maquillages de Stéphane Testu

Avec Arnaud Denis (Le Prince Mychkine), Thomas Le Douarec ou Gilles Nicoleau (Rogojine Parfione), Bruno Paviot (Lebedev), Daniel-Jean Colloredo (Le général Epantchine / Le général Ivolguine), Fabrice Scott (Gania Ivolguine), Marie Lenoir (La générale Epantchine / la générale Nina Alexandrovna Ivolguine / Daria), Marie Oppert (Aglaë Ivanovna Epantchine / Une femme de chambre de Nastassia), Solenn Mariani (Adélaïde Epantchine / Varia Ivolguine / Totski), Caroline Devismes (Nastassia Philippovna)

L’histoire : Si un homme vraiment bon et noble, quelqu’un sans calcul ni arrière-pensée… S’il venait parmi nous tels que nous sommes, avec notre méfiance, nos préjugés, est-ce que ce serait un bien ? Est-ce qu’il ne risquerait pas de causer les pires malentendus, de provoquer le désordre et même des catastrophes ?
Après plusieurs années en Suisse pour soigner son épilepsie et une certaine forme d’idiotie, le prince Mychkine, ruiné, doit retourner dans son pays pour y rencontrer la bonne société russe. Visionnaire, sincère et spontané, fondamentalement bon, il sera accepté par cette société cupide et hypocrite comme un être à part. Offrant une nouvelle manière de voir le monde, celui que l’on nomme « l’Idiot » déclenchera chez tous ceux qu’il rencontrera de nouvelles interrogations, révélant les caractères passionnels d’une société décadente, en fin de vie.

Mon avis : Deux heures et vingt-deux minutes de bonheur. Deux heures et vingt-deux minutes qu’on ne voit pas passer. Deux heures et vingt-deux minutes de grand théâtre !
J’ai été captivé de bout en bout par cette brillante et intelligente transposition théâtrale du pavé de près de 1000 pages de Dostoïevski. Thomas Le Douarec a su en épurer la complexité pour ne se concentrer que sur la thématique essentielle de l’ouvrage : la confrontation entre deux mondes, celui qui est régi par les conventions, l’hypocrisie, le pouvoir et l’argent (l’appât des roubles rend roublard), et celui qui repose sur la bienveillance, la compréhension et, surtout, sur l’expression de la Vérité. Pour faire court, L’Idiot est une parabole opposant le Bien et le Mal.
Le Bien est incarné par le Prince Mychkine, le Mal par la haute société saint-pétersbourgeoise. Dit comme ça, ça paraît tout simple. Or, cette pièce est tout sauf manichéenne.


L’irruption du Prince Mychkine dans ce monde en déliquescence, imbu de ses privilèges, de ses prérogatives, de son éducation et de ses richesses, va provoquer un véritable séisme. Leur position sociale, construite et assise uniquement sur les faux-semblants et la perversion, en est devenue figée, totalement naphtalinée. Et Mychkine, en toute innocence, va bouleverser et faire exploser tous les codes de ce bel establishment.

La pièce est superbe. La mise en scène (particulièrement rythmée et inventive), les dialogues (incisifs et percutants), les costumes, la psychologie et le jeu des quinze personnages (interprétés par neuf comédiens) sont en tout point remarquables. Cette pièce est une véritable quintessence du théâtre. Elle propose en effet une succession de tableaux qui donnent lieu à de grands moments de comédie pure. Un régal absolu pour le spectateur !
Hier soir, à plusieurs reprises, on a entendu gronder l’orage et tomber une pluie violente comme si, telle une bande-son subliminale, le temps s’était mis en phase avec l’atmosphère de la scène du Théâtre 14. C’était troublant.


Amateur de raccourcis parfois audacieux, j’ai vu dans cette pièce la synthèse entre le Carmen de Bizet, pour son dénouement, et le Sans filtre de Laurent Baffie pour sa thématique. Le Prince Mychkine, presque à son corps défendant, ne peut s’empêcher de dire ce qu’il pense. Au début, cette franchise désarmante, amuse, suscite des railleries. Mais, peu à peu, sa lucidité, ses analyses pures et enfantines, vont semer le trouble dans l’esprit des gens à qui il s’adresse. Sans le vouloir, il va faire tomber les masques, tous les masques. Chacun apparaît tel qu’il l’est, non seulement à ses propres yeux, mais également aux yeux de ceux qui l’entourent. Ce qui est terriblement dangereux. Si bien que d’amusant, Mychkine va peu à peu leur paraître compromettant, puis menaçant ; jusqu’à devenir un paria. Et là, on pense à ces paroles de la chanson de Guy Béart : « Celui qui dit la vérité doit être exécuté »…


Les neuf comédiens sont si investis, si complices, si généreux qu’on a l’impression de voir évoluer une troupe (c’est tout de même un peu le cas). Il faudrait tous les citer tant ils sont justes et créatifs.
Dans le rôle du Prince Mychkine, de « L’Idiot » donc, Arnaud Denis, qui porte la pièce sur les épaules, est tout simplement éblouissant. En décalage, voire en porte-à-faux permanent, son jeu et ses attitudes sont d’une impressionnante subtilité. On voit qu’il aimerait réfréner son irrépressible franchise, on le voit lutter, mais il est impuissant à endiguer les mots. D’ailleurs, en une phrase émise vers la fin, il résume son ressenti : « Comme il est difficile d’expliquer les choses les plus simples ! »… Il nous offre une prestation d’un très, très haut niveau.

Et il est tellement bien entouré ! Chacun, pratiquement, a droit à son ou ses morceaux de bravoure. Les différents caractères sont tellement bien écrits, tellement bien dessinés. C’est un sans faute. En un mot, j’ai apprécié l’authenticité de Gilles Nicoleau, l’obséquiosité de Bruno Paviot, la truculence de Daniel-Jean Colloredo, la dualité de Fabrice Scott, la flamboyance de Marie Lenoir, l’exaltation de Marie Oppert, l’altruisme de Solenn Mariani et la souffrance de Caroline Devismes…

Enfin - j’estime qu’il n’est pas « idiot » de le préciser – j’aime bien venir au Théâtre 14. C’est une salle très agréable tant par son format que par sa configuration. On y est bien reçu et on y voit bien de partout.

Gilbert « Critikator » Jouin








Speakeasy


Palais des Glaces
37, rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
Tel : 01 42 02 27 17
Métro : République / Goncourt

Coordinateur artistique et regard chorégraphique : Régis Truchy
Regard acrobatique : Thomas Ferraguti
Création lumière : Elsa Reval
Régisseur lumière : Cécile Hérault
Scénographie : Claire Joué Pastré
Créatrice costumes : Nadia Léon

Avec Clara Huet (Danseuse aérienne, comédienne), Ann-Katrin Jornot (Acrobate voltigeuse, équilibriste), Andrea Catozzi (Acrobate, comédien, danseur), Guillaume Juncar (Roue Cyr, acrobate), Xavier Lavabre (Acrobate porteur), Vincent Maggioni (Mât chinois, acrobate)

Présentation : Speakeasy nous plonge dans un bar clandestin des années 30 à New York dont l’ambiance est digne des films de gangsters de Scorcese. Six artistes pluridisciplinaires nous font vivre une histoire haletante à travers le prisme du cirque et de numéros chorégraphiés époustouflants, le tout mis en musique par le groupe Chinese Man.


 Mon avis : J’ai découvert ce spectacle au Cabaret Sauvage le 28 février 2018. Le qualificatif qui s’est immédiatement imposé pour le qualifier a été « E-POUS-TOU-FLANT » ! Emballé, étonné, bluffé par les prouesses athlétiques des six protagonistes de cette histoire de gangsters au temps de la Prohibition, j’en ai vraiment pris plein les mirettes. Un parrain, sa « régulière », son garde du corps, une pin-up et un petit truand s’affrontent sous les yeux d’un barman maladroit et survolté. Musique swing, alcool, sensualité, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette confrontation un cocktail explosif. D’autant que les colts peuvent se mettre à aboyer à tout moment. Sur une intrigue basée sur la séduction et le pouvoir, les six comédiens-acrobates vont se livrer sous nos yeux ébahis à des performances physiques inouïes.
Il FAUT absolument voir ce spectacle où les gags burlesques se le disputent aux cascades les plus ahurissantes. On en sort enchanté, estomaqué, heureux et, aussi, quelque peu complexé. Comment peut-on réaliser de telles figures avec son corps ?

Carmen


Opéra en Plein Air

L’association « Opéra en Plein Air » a la double ambition de mettre l’art lyrique à la portée de tous les publics et de donner leur chance à de jeunes talents. Chaque saison se propose de revisiter une grande œuvre du répertoire avec un regard nouveau et totalement original.
Pour sa 18ème édition, le choix s’est porté sur Carmen, le chef d’œuvre universel de Georges Bizet. C’est le réalisateur roumain, Radu Mihaileanu, à qui l’on doit le film Le Concert, qui en assure la direction artistique. Avec son tempérament et son imaginaire flamboyants, nul doute qu’il va faire de cet opéra une fresque épique, sensuelle et haute en couleurs.

Opéra comique en quatre actes de Georges Bizet
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy
D’après la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée

Mise en scène de Radu Mihaileanu
Direction musicale de Vincent Renaud
Direction d’orchestre : Anne Gravoin
Costumes de Barbara Del Piano
Scénographie de Bastien Forestier
Lumières de Jacques Rouveyrollis
Parrain de l'édition : Antoine Duléry

Avec Gala El Hadidi (Carmen), Eric Fennel (Don José), Olga Tenyakova (Micaëla), Pierre Doyen (Escamillo), Gaëlle Méchaly (Frasquita), Pauline Sikirdji (Mercédès), Andriy Gnatiuk (Zuniga), Tiago Matos (Moralès), Franck Lopez (Dancaïre)…

Radu Mihaileanu

L’histoire : En Espagne, à Séville… Arrêtée à la suite d’une querelle, Carmen, bohémienne au tempérament de feu, séduit le brigadier Don José, fiancé à Micaëla, et lui promet son amour s’il favorise son évasion. Don José libère Carmen, et se fait emprisonner à son tour. Il la retrouve deux mois plus tard parmi les contrebandiers. Pour elle, José se fait déserteur. Enchaîné à sa passion dévorante pour Carmen, il la poursuit de sa jalousie. Leur ultime rencontre se déroule devant les Arènes de Séville. Alors qu’elle attend son nouvel amant, le toréro Escamillo, José tente, dans une dernière confrontation, de convaincre Carmen de revenir auprès de lui…

Tournée 2018

-          15-16 juin : Domaine Départemental de Sceaux (92) Tel 01 46 61 19 03
-          22-23 juin : Château du Champ de Bataille (27) Tel 02 32 35 40 57 / 02 32 24 04 43
-          29-30 juin : Château de Vincennes (94) Tel 01 48 08 13 00
-          3 juillet : Cité de Carcassonne (11) Tel 04 68 11 59 15
-          6-7 juillet : Domaine National de Saint-Germain-en-Laye (78) Tel 01 30 87 20 63
-          31 août-1 septembre : Château de Haroué (54) Tel 03 83 35 22 41 / 03 29 82 53 32 / 03 83 45 81 60
-          5-6-7-8 septembre : Hôtel National des Invalides (75)