vendredi 27 février 2009

Belle(s) famille(s)


Comédie Bastille
5, rue Nicolas Appert
75011 Paris
Tel : 01 48 07 52 07
Métro : Richard Lenoir

Une pièce d'Alain Cauchi
Mise en scène par Eric Civanyan
Décor de Thierry Benoist
Avec Isabelle Caubère (Marie-Rose Portellino), Alain Cauchi (Victor Portellino), Félicien delon (Toni Portellino), Thierry Heckendorn (Edouard d'Hublay), Mélodie Orru (Mathilde d'Hublay), Annick Roux (Jeanne-Marie d'Hublay)

Ma note : 7/10

L'histoire : Etouffé par l'amour des siens, Toni a décidé de quitter Marseille. A Paris, il rencontre Mathilde, une jeune fille de bonne famille, qui a, elle aussi, de sérieux soucis avec ses parents... Pour matérialiser leur bonheur et affronter la vie, ils achètent une maison à la campagne et décident de s'unir pour le meilleur. Pour le pire, ils prennent une très mauvaise initiative : inviter leurs parents un week-end pour leur annoncer la bonne nouvelle...
Victor Portellino ferme décharge municipale. Le professeur Edouard d'Hublay, son cabinet médical. Marie-Rose Portellino fait sa couleur. Et Jeanne-Marie d'Hublay accepte de revoir sa fille...

Mon avis : C'est dans le superbe décor d'une maison de campagne que vont s'affronter les familles Portellino et d'Hublay. A ma gauche, les parents de Toni, Victor et Marie-Rose Portellino, un couple d'extraction modeste, haut en couleurs, et affublé d'un très solide accent marseillais... A ma droite, les parents de Mathilde, Edouard et Jeanne-Marie d'Hublay, bourgeois hauts de gamme, aisés et érudits avec, pour la mère, une propension à préciosité qui frise le ridicule.

Les deux jeunes gens, après quelques années d'errance affective, ont retrouvé l'équilibre grâce à la profondeur de leur amour. Forts de la certitude de leurs sentiments l'un pour l'autre, avec la noble intention de prouver à leurs parents respectifs qu'ils sont sortis de crise, ils les convoquent dans leur maison de campagne pour leur annoncer leur mariage.
Le problème, toute louable que soit cette initiative, c'est qu'il existe de part et d'autre de conséquents contentieux. Mathilde, ex-toxicomane, avait rompu tout contact avec une mère futile et égocentrique. Toni, compètement étouffé par l'amour maternel, a tout fait pour exister par lui-même au risque de dégâts colatéraux...

Voici la première couche. La seconde, c'est que chez les parents Portellino comme chez les parents d'Hublay, les couples battent de l'aile. Marie-Rose a même viré Victor pour un sombre trafic de cuivre. Et Edouard d'Hublay semble s'être gentiment construit une vie affective parallèle pour échapper à une épouse acariâtre. Du coup, rien ne va être simple. Et nous allons être les témoins interdits d'une longue scène de ménage(s) ; et aussi de l'affrontement de deux mondes qui ne sont a priori absolument pas solubles l'un dans l'autre... On rit beaucoup, mais le plus souvent jaune. Parfois, c'est même (verbalement) très violent. On n'est ps toujours à l'aise devant ces règlements de compte. Heureusement que les comédiens sont excellents, sinon on risquerait de ne pas sortir indemne d'un tel combat. C'est que tout le monde en prend pour son grade et les quelques vérités que les protagonistes se lancent à la face peuvent parfois faire écho à notre propre vécu. C'est cinglant, grinçant, amer, éprouvant et, en même temps, il y a de la vie. Et comme dit le dicton : "Tant qu'il y a de la vie..."

Sur scène évolue un épatant sextuor de comédiens.
Mathilde est touchante de fragilité. Face à sa mère, elle manque d'assurance. Elle ne puise son courage que dans l'amour qu'elle partage avec Toni. Mais elle a du caractère et elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Le problème, c'est qu'elle est encore en convalescence, donc très vulnérable.
Toni, c'est un peu le même genre en version masculine. Sa mère l'a tellement couvé qu'il a un mal fou à essayer de devenir adulte. Il a beaucoup à prouver. Et son père n'est pas le meilleur exemple qu'il ait eu pour s'affirmer. Lui aussi est hypersensible à toute forme d'agression.
Victor Portellino est un brave homme. Il est simple, nature, plein de bon sens. Mais il est aussi très curieux et a un peu tendance à se mêler de la vie des autres. C'est l'éléphant dans le magasin de porcelaine. Il aime son fils, mais lui aussi a été victime du protectionnisme exacerbé de son épouse vis-à-vis de leur rejeton. Si bien qu'il n'a pas pu lui donner toutes les preuves de cette réelle affection.
Marie-Rose Portellino, qui forme avec son mari un couple véritablement pagnolesque, est une sorte de mama à l'italienne, envahissante et grande gueule, excessive en tout. Il n'y a que le bien-être de son petit qui compte et elle en perd toute retenue et toute lucidité. Une sacrée présence même si, parfois, il lui arrive de crier un peu trop fort.
Edouard d'Hublay est lui aussi un brave homme. C'est un intellectuel au grand coeur. Il a appris à être placide et conciliant. C'est une sorte de blockhaus impavide face aux déferlantes. Il est vrai qu'il lui faut avoir le coeur bien accroché pour résister aux assauts incessants et incongrus de son ingérable épouse. Et, surtout, il adore sa fille et sait le lui montrer.
Et, enfin, il y a Jeanne-Marie d'Hublay ! Quelle numéro de comédienne! C'est elle la grande attraction. Avec sa diction précieuse et affectée, sa bêtise incommensurable, son égocentrisme, sa psychorigidité, sa gestuelle emphatique, ses réactions hystériques, c'est un bonheur ! Pour le spectateur, s'entend... C'est une bonne chose que ce personnage existe car il permet, par son comportement ubuesque, de désmorcer nombre de situations un peu trop tendues.

Voilà, vous êtes prévenus. Belle(s) famille(s) n'est pas une franche comédie. Beaucoup de vérités sont dites et il y a des leçons à en retenir. La morale de cette histoire, c'est que si on y met du coeur, on peut arriver à trouver des compromis qui arrangent finalement tout le monde. Mais il y a du boulot, il ne faut pas ménager sa peine et savoir aussi mettre son ego de côté.

jeudi 26 février 2009

Jérôme Daran


Splendid Saint-Martin
48, rue du Faubourg Saint-Martin
75010 Paris
Tel : 01 42 08 21 93
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Spectacle mis en scène Grégoire Dey

Ma note : 8,5/10

Après avoir triomphé au Point-Virgule (deux saisons), puis au théâtre Trévise le temps d'une gestation, Jérôme Daran, le complice de Florence Foresti (il a coécrit ses sketches de On a tout essayé et de On n'est pas couché), gravit une marche supplémentaire en investissant la salle très "Bronzés" du Splendid.

Mon avis : Je me suis régalé ! Pendant plus d'une heure, j'ai bu du petit lait ; mais du petit lait parfumé au vinaigre. Il a bien longtemps qu'un humoriste ne m'avait autant réjoui. J'avais déjà entendu beaucoup de bien de ce lascar, j'avais apprécié sa verve dans ces sketches impayables coécrits avec Florence Foresti, et je trouvais ses chroniques sur France Inter au Fou du Roi particulièrement bien écrites. J'étais donc très heureux de découvrir son spectacle à lui, un spectacle sur la longueur, au cours duquel il peut planter son décor et nous entraîner dans son univers.

Et bien, je n'ai pas été déçu. Au contraire. Rien que le fait de voir tressauter de rire les épaules de la personne devant moi, (non, non, ce n'était pas Sarkozy, c'était un sexagénaire dégarni), c'était du plaisir complice partagé.
En plus de vingt ans de café-théâtre et de one-man show, j'en ai vu des humoristes ! J'ai vu débuter ceux qui tiennent le haut du pavé aujourd'hui. Et bien je peux affirmer que ce Jérôme Daran est un un tout bon, un très bon.
Son spectacle est incroyablement riche et varié. C'est une auberge espagnole où les tapas côtoient les plats consistants. Il est capable de passer du jeu de mot le plus vaseux (mais pas si mauvais que ça !) au sketch avec accent super bien élaboré.
Il est très fort le garçon. Il vous emmène dans une direction, on est content d'y aller avec lui quand soudain il bifurque, en prend une autre, offre une chute, on croit que c'est fini mais ce n'est pas la bonne, et il nous en sort une autre qui nous cloue littéralement. Un rebondissement chasse l'autre, une saillie se rajoute à une autre, c'est vachement balèze. Il a l'rt de pratiquer l'effet de la double lame de rasoir. Résultat : on se poile deux fois plus !

Jérôme Daran a dépassé le stade du sale gosse pour endosser celui du sale pseudo adulte. Il est comme la majorité de ses congénères, les trentenaires : encore au pied du mûr. Et il est bien trop velléitaire pour le franchir de sitôt. Il faut déjà qu'il assume certains traits de caractères assez répandus dont les plus glorieux sont la lâcheté, la mauvaise foi et la pusillanimité. Il en est parfaitement conscient, mais il s'arrange complaisamment avec. Car il y a énormément d'autodérision dans tout cela. Nous autres, les mâles plus dominés que dominants, nous n'avons de cesse que de composer avec les événements en cherchant le plus possible à ne pas prendre nos responsabilités. Il s'empêtre dans es mensonges et dans ses gaffes. Surtout, ne cherchons pas l'affrontement de face. Biaisons...

Le personnage qu'interprète en fil rouge Jérôme Daran, c'est lui, c'est un ami, c'est nous. C'est un glandeur magnifique, un loser chronique, qui voudrait jouir en même temps de tous les plaisirs : les matchs de foot devant la télé avec les copains, les petites mousses au troquet du coin, tout en rêvant d'avoir une vie de couple idyllique avec Sophie. Mais on le sait, elles ont de ces exigences !
Jérôme Daran sait tout faire. C'est un excellent comédien, il prend les accents à la perfection, il chante remarquablement bien. Au fil de son show, il compose une galerie de personnages particulièrement irrésistibles : son grand-père, Jean-Gabriel, le copain un peu affecté, le barman-qui-louche, sa concierge et son sabir incompréhensible, la prof (quels sketch formidable !), Jean-Barnabé, celui qui déclare ingénument "Je tuerais père et mère pour avoir une famille", Daniel, l'animateur ultra ringard... On n'a pas le temps de souffler.
Dans sa façon de raconter ses sketches, de les construire, et de les jouer, l y a parfois du Coluche dans ce gars-là. Et je pèse mes mots. En plus, je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué (je l'ai entendu dire à la fin du spectacle).

Nathalie


Théâtre Marigny
Salle Popesco
Carré Marigny
75008 Paris
Tel : 01 53 96 70 20
Métro : Champs-Elysées Clémenceau

Une pièce de Philippe Blasband
Mise en scène par Christophe Lidon
Avec Maruschka Detmers (Sonia), Virginie Efira (Nancy/Nathalie)

Ma note : 7/10

L'histoire : Sonia, une cantatrice en instance de divorce, recrute une prostituée, Nancy.
Le contrat est simple : en échange d'une grosse somme d'argent, Nancy, rebaptisée Nathalie Ribout, doit séduire son ex-mari, Jean-Luc, entretenir avec lui une relation pendant un mois, et tenir Sonia au courant de tous leurs faits et gestes dans le moindre détail...

Mon avis : Le décor, très clair et relativement succinct, ne sert en fait que de cadre aux rendez-vous successifs que vont avoir Sonia et Nancy, les deux protagonistes de cette histoire. Car, après tout, c'est tout ce qui compte. Au moins notre attention n'est-elle pas dispersée et l'on peut à loisir se concentrer sur l'évolution des relations entre les deux femmes et se prendre au jeu d'essayer de deviner comment cette machination va bien pouvoir se terminer...
Le choix de Maruschka Detmers et de Virginie Efira est absolument parfait. Si l'on pouvait émettre quelques doutes en amont sur la présence de l'animatrice de Canal+ - pas si néophyte que cela en la matière puisqu'elle avait déjà foulé les planches en Belgique (La chatte sur un toit brûlant, entre autres) - les appréhensions ont été bien vite levées. Le contraste entre les deux femmes permet une lecture limpide. Sonia est brune, plus mûre, élégante, raffinée, cultivée, socialement installée, elle possède un timbre grave du plus troublant effet. Nancy est blonde, jeune, moderne, primesautière, ses habits de "travail" l'obligent à être provocante, elle n'est pas encombrée par la culture mais elle est pleine de bon sens, et elle possède une voix légère et flûtée... Physiquement, culturellement et socialement, elles sont donc aux antipodes l'une de l'autre. Mais, à elles deux, elles sont pratiquement toutes les femmes !

Maintenant, il y a ce fameux contrat qui les lie... Moyennant un joli petit pactocle, Nancy, devenue pour les besoins de la cause "Nathalie Ribout", va devoir séduire le futur ex-mari de Sonia. Celle-ci, après lui avoir donné toutes les clés pour le faire craquer, exige d'elle des compte-rendus très détaillés de leur relation ; y compris de leurs débats amoureux. Le fait que Nancy soit une professionnelle de l'amour, simplifie la chose car elle ne s'embarrasse pas de fioritures pour les descriptions. Pour elle, tout cela c'est de la routine. Evidemment, elle appelle un chat un chat. Oreilles chastes, s'abstenir. Mais jamais on ne tombe dans la vulgarité. De toute façon, cette abondance de détails est absolument nécessaire pour faire avancer l'action et aussi pour que Sonia, prise à son propre piège, en souffre...

Je n'en dirai pas plus. La construction de cette pièce est un habile mécano. Même si, par la volonté de l'auteur, on ne comprend pas toujours où l'on veut nous emmener, on s'attache à ces deux femmes. Chacune est aimable". On n'a pas envie que ça termine mal pour elles. Dans ce raccourci de vie, dans cette parenthèse d'un mois, nous avons tout un concentré de sentiments. On est intrigué, on rit, on est choqué, on est ému.
Maruschka Detmers joue plus dans la nuance. C'est son personnage qui le veut. Elle doit se montrer à la fois autoritaire (c'est elle qui dirige les débuts et les débats) et retenue (c'est son éducation doublée de sa frustration de femme qui l'exigent). Elle pratique un peu la pêche au gros avec Nathalie pour appât. Parfois, il faut laisser filer la ligne, parfois il faut ferrer. C'est avec cette stratégie que le gros poisson, Jean-Luc, mordra à l'hameçon. Au fur et à mesure que la pièce avance, on suit le cheminement de ses sentiments. Et elle joue réellement bien cette évolution. Jusqu'à cet impressionnant monologue où elle exhale soudain toute sa douleur..
Virginie Efira - la grande révélation de ce two-women show - a hérité avec ce personnage d'un rôle à prendre avec des pincettes. Elle campe une Nancy confondante de naturel, consciente de ses lacunes et du désastre qu'est sa vie, mais avec une luminosité réjouissante. Elle se dit résignée, mais elle n'est pas encore vaincue. C'est vraiment une brave fille. Le marché que lui propose Sonia constituera-t-il sa rédemption ? Il faut saluer la finesse de son jeu quand elle relate ses sensations selon qu'elle les vit en Nancy ou en Nathalie. Ce dédoublement n'est possible que par le biais d'une écriture véritablement ciselée. Virginie est tout le temps crédible. Et quelle émotion elle dégage dans cette scène où elle raconte sa famille inventée (inventée ?) !

Pour savoir comment ce psychodrame se termine, il n'y a qu'une chose à faire : aller au théâtre Marigny. Vous y passerez un bien joli moment de comédie pure, avec deux bien charmantes dames, et avec une histoire qui nous embarque bien.

vendredi 20 février 2009

Tout le monde aime Juliette


Le Splendid

48, rue du Faubourg Saint-Martin
75010 Paris
Tel : 01 42 08 13 45
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Une pièce écrite et mise en scène par Josiane Balasko
Décors de Stéphanie Jarre
Costumes de Fabienne Katany
Avec Marilou Berry (Juliette), Jacky Nercessian (Magir), Lannick Gautry (Vincent), David Rousseau (Frédéric)

Ma note : 6/10

L'histoire : Après le naufrage de leur bateau de croisière dans la mer des Caraïbes, quatre rescapés vont se retrouver dans une île déserte. Vincent et Fred, jeunes cadres plutôt frimeurs, qui travaillent dans la même boîte, Juliette, jeune fille simple et naïve secrètement en quête du grand amour, et Magistro le Fakir, qui faisait son numéro de double-vue à bord au moment du naufrage. Leur cohabitation ne va pas être aisée, Juliette ayant le don d'exaspérer les jeunes gens qui en font vite leur tête de turc. Mais Magistro va révéler d'étranges pouvoirs, lesquels ne vont pas forcément arranger la situation...

Mon avis : Le pitch et la distribution sont attrayants. Qui, en effet, mieux que Josiane Balasko pouvait concocter du sur-mesure pour sa fille Marilou ? La complicité mère-fille étant évidente, l'auteur pouvait se permettre de pousser le bouchon assez loin pour l'actrice. Et pourtant, à l'issue du spectacle, on est en droit de se demander si cette connivence affectueuse n'a pas mis inconsciemment un frein à la veine irrévérencieuse de madame Balasko. On peut penser que, vu la situation dans laquelle elle place ses quatre naufragés, elle aurait pu aller plus loin dans le délire. Analysons donc Tout le monde aime Juliette...

D'abord, il faut saluer la beauté du décor élaboré par Stéphanie Jarre. Son exotisme est si réaliste que nous nous trouvons effectivement dans une île des Caraïbes en compagnie de nos naufragés. Des palmiers, des rochers, c'est superbe ! Ensuite, les costumes eux aussi sont intéressants. Originale l'idée de placer le naufrage au beau milieu d'un bal masqué. Ce qui fait que nous voyons débarquer trois personnages insolites : un Chaperon Rouge avec son petit panier d'osier, un pirate avec un ridicule sabre en plastique, et un cow boy avec toute sa panoplie. Finalement, seul le Fakir Magistro n'est pas déguisé, mais son costume de scène, particulièrement flashy, est tout aussi saugrenu. Enfin, il faut également souligner l'importance de la bande-son : bruit des vagues, orages, coups de tonnerre, chant de grenouilles... Tout cela est remarquablement restitué.
Le décor est donc planté. Dépaysement garanti...

Avec l'arrivée des naufragés, l'action peut commencer. Très vite, on discerne le profil psychologique de chacun. Juliette est une gentille fille, un peu naïve mais pas dupe non plus, c'est une fine observatrice, elle aime à rendre service, mais c'est également une sorte de midinette rêveuse et romantique, tout en ayant sur son apparence physique une totale lucidité. Fred, le cow boy, est un garçon plutôt cool, accomodant, son naturel optimiste lui permet de s'adapter assez bien à la situation pourtant dramatique dans laquelle il se trouve. Vincent, le pirate, est son parfait opposé ; il est vindicatif, agressif, il se plaint tout le temps, en fait il est tétanisé par la trouille... Quant à Magistro, c'est une sorte de mage ; il possède donc énormément de recul sur tout, il est plein de sagesse et l'empathie qu'il ressent pour Juliette l'amène à user de ses pouvoirs pour la protéger. Voire, à en abuser...

La première partie de cette pièce est réellement agréable. Elle est vive, enlevée, truffée de siruations cocasses, un peu convenues certes, mais vraiment drôles. Marilou Berri fait une fois de plus preuve d'un formidable abattage. Elle a une vraie présence (il faut dire qu'elle a de qui tenir et, parfois, elle possède le timbre de voix de sa mère et certaines de ses mimiques). Elle joue avec son physique avec énormément d'autodérision. D'autant que les deux garçons, qui ne la supportent pas, ne lui font pas de cadeaux à ce sujet... Une des meilleures trouvailles de la pièce est le journal que tient Juliette. Quand elle se confie à lui à voix haute, cela donne lieu à de savoureux apartés pleins de candeurs et émaillés de bonnes réflexions. Ce sont de très bons moments.
Marilou est donc impeccable, et les deux garçons le sont aussi. Sans cesse à se chamailler, ils ne sont d'accord que sur une chose : pourrir la vie de ce Chaperon Rouge envahissant et intarissable. Jacky Nercessian, de son côté, campe un personnage de mage impayable, plus vrai que nature, un peu grandiloquent, sûr de lui, à l'élégance un peu trop voyante. C'est un brave homme qui déteste l'injustice. Il est en permanence dans le second degré...

Et puis, inexorablement, aux abords de la deuxième moitié, la pièce commence à s'essoufler, à perdre du rythme. Les dialogues se font moins incisifs. L'intervention du surnaturel accroche mal avec nos esprits cartésiens. Il y a certes encore de bonnes répliques et quelques situations drolatiques, mais l'auteur tourne un peu en rond comme un requin repu ferait nonchalamment le tour de l'île en jetant un regard quasiment dédaigneux sur ses éventuelles futurs repas.

Ben sûr que tout le monde ne peut qu'aimer Juliette. Elle est attachante et sympa et elle nous fait passer un bon moment de comédie. Mais on quitte le Splendid avec un petit goût d'insatisfaction. On sent que Josiane Balasko aurait pu aller un peu plus loin dans la férocité. Mais sa fille a bien du talent...

La pensée ou l'aphorisme du jour

Un cardinal qui a bu un coup de trop, c'est une éminence grise...

mercredi 18 février 2009

La pensée ou l'aphorisme du jour

Souvent, les femmes qui sont des canons, sont hélas aussi de vrais boulets..."

Double jeu


Petit Hébertot
78bis, boulevard des Batignoles
75017 Paris
Tel : 01 43 87 23 23
Métro : Villiers

Un spectacle écrit par Jean-Félix Lalanne
Mis en scène par Philippe Lellouche
Avec Jean-Félix Lalanne et Robin Migné (dans le rôle de l'enfant)

Ma note : 8/10

L'histoire : Comment pouvoir se permettre de faire un concert de guitare solo en y mélangeant guitare classique, picking, country, jazz, bossa nova, flamenco, sans être accusé de faire une démonstration technique ?
La réponse : en racontant une histoire... Une histoire qui concernera tout le monde, guitaristes ou non ; l'histoire de l'initiation musicale d'un enfant qui, découvrant la musique comme on découvre un jeu, se révèlera être un compositeur et un concertiste sans même s'en rendre compte...
Qu'est-ce qui fait qu'un gamin découvrant une guitare par hasard derrière un poste de télévision, en y posant ses doigs, peut d'un coup voir sa vie se dessiner, se transformer... Que serait-il arrivé s'il n'avait pas saisi cette guitare ? Serait-il quand même devenu musicien ?

Mon avis : Histoire de nous mettre tout à fait à l'aise, Jean-Félix Lalanne nous reçoit dans son salon. Enfin, son salon de théâtre plutôt. Un canapé rouge sur lequel repose un ballon de foot, un piano, deux lutrins, des plantes vertes et... des guitares. Dont une insolite guitare "siamoise" à deux manches inversés !
On sait pourquoi on est venu, et on ne sera pas déçu. Jean-Félix Lalanne nous a invités pour nous raconter son parcours de musicien commencé quand il avait 11 ans. La meilleure définition de ce spectacle hors norme, c'est son metteur en scène, l'humoriste Philippe Lellouche, qui nous la livre : "On n'est plus dans un récital de guitare traditionnel, mais dans un spectacle qui mélange théâtre et musique, humour et tendresse, réalisme et imaginaire".

De même que sa guitare possède deux manches, Jean-Félix Lalanne nous propose un spectacle à deux niveaux de lecture. Son histoire d'une part, avec son enfance et son adolescence en toile de fond et, d'autre part, sa passion pour la guitare, un instrument qui lui est tombé par magie entre les mains. Ce qui fait que les principaux passages de sa vie sont illustrés par une mélodie spécifique. Jean-Félix est un excellent conteur. Il ne se la pète pas, il ne roule pas sa caisse. Tout en faisant "le charmant", il saupoudre ses narrations de pas mal d'humour et d'énormément d'autodérision. Le postulat est posé d'entrée : ses dons pour son instrument de prédilection sont d'une nature irrationnelle. C'est, après tout, le propre des dons... Un jour, à 11 ans, il déniche une guitare dormant derrière un téléviseur, il s'en empare et essaie de reproduire les notes d'une musiquette qu'il connaît : Jeux interdits ! Drôle de titre pour une première rencontre qui allait se transformer en histoire d'amour puis en passion.

Mais là où ce spectacle prend tout-à-coup la dimension "imaginaire" évoquée par Philippe Lellouche, c'est que le récit de Jean-Félix est régulièrement interrompu par les interventions d'un gamin de 13 ans qui, par la magie du procédé de l'hologramme, se mêle aux confidences de l'artiste. Il s'en suit donc un dialogue quelque peu surréaliste entre l'adulte qu'il est aujourd'hui et l'ado qul était à 13 ans. Cela donne quelques échanges assez cocasses et croustillants.

Tout au long de son récit, Jean-Félix évoque les rencontres qui ont bouleversé sa vie de musicien. Marcel Dadi d'abord, son "maître", puis son prof de guitare à Marseille, Chet Atkins et, plus tard, Jean-Marie Meissonnier, avec lequel il va former longtemps un brillant binôme.

Je vous laisse découvrir le programme musical, tellement riche et varié, de ce spectacle, pour ne parler que de la fascination que le jeu de mains de Jean-Félix exerce sur nous. Devant une telle agileté, le mot "virtuosité" prend tout son sens. Jean-Félix fait du corps à cordes avec sa guitare, ils ne font plus qu'un. C'est à elle, en fait, que s'adressent ses nombreux sourires, plus qu'au public. Il me suffisait d'entendre les réactions enthousiastes et respectueuses de Francis Lai, placé juste derrière moi, pour saisir à quel niveau d'excellence évolue le frère cadet de René et Francis.
Alors, imaginez dans quel état d'émerveillement extatique nous pouvons nous sentir, nous autres pauvres profanes.

Avec son habile mélange de mots et de musique(s), ce spectacle est intelligemment construit, tout simple mais très efficace et à la portée de tous.
En matière de virtuosité, Jean-Félix Lalanne gagne aisément les deux manches... et le label !