mardi 26 mai 2009

Quelque chose à te dire


Un film de Cécile Telerman
Avec Mathilde Seigner (Alice Celliers), Olivier Marchal (Jacques de Parentis), Pascal Elbé (Antoine Celliers), Charlotte Rampling (Mady Celliers), Patrick Chesnais (Henry Celliers), Sophie Cattani (Annabelle Celliers), Marina Tomé (Béatrice Celliers), Gwendoline Hamon (Valérie de Parentis), Laurent Olmedo (Christian Meynial), Françoise Lebrun (la mère de Jacques)
Sortie le 27 mai 2009-05-26

Ma note : 8/10

L’histoire : La famille Celliers est une famille ordinaire : tous les membres qui la composent sont complètement timbrés…
Mady, mère au foyer, la soixantaine éclatante, passe la majeure partie de son temps à dire des horreurs de se deux filles et de son mari, Henry, ancien grand patron, être étrange qui régresse bizarrement depuis son départ à la retraite. Antoine, le frère aîné, chef d’entreprise incapable de gérer une société, enchaîne faillite sur faillite tandis qu’Alice, sa sœur, peint compulsivement, entre deux avortements, des madones dépressives et toxicomanes. Quant à Annabelle, infirmière dans une unité de soins intensifs, elle tente désespérément de sauver ses proches en leur prédisant l’avenir dans les cartes.
Tout irait dans le meilleur des mondes chez les celliers si Alice ne croisait pas « par hasard », un soir de déprime, Jacques, flic solitaire et désabusé, grain de sable qui viendra gripper les rouages parfaitement huilés de leur névrose familiale...

Mon avis : Que du bonheur ! Ce film, ce n’est que du bonheur !
Une fois que l’on a décidé d’accepter le postulat d’un scénario tout de même un tantinet tiré par les cheveux (il faut bien admettre que le lien qui va relier Jacques de Parentis à la famille celliers est gros, très, très gros), on met notre esprit cartésien sur notre fauteuil et on s’assied dessus pour se laisse envahir par un incommensurable bonheur de spectateur.
Cet immense plaisir est provoqué par de nombreux paramètres ; paramètres qui font que ce film est une totale réussite.

La distribution d’abord. Une véritable constellation de comédiens en état de grâce. Sans doute d’ailleurs parce que la réalisatrice, Cécile Telerman (un nom à retenir), dont ce n’est là que le second long métrage, leur a concocté des personnages dotés d’une sacrée personnalité. Ils sont aussi attachants qu’hauts en couleurs. Le couple formé par Charlotte Rampling et Patrick Chesnais est une magnifique trouvaille. Leur relation, jusque là sans doute relativement feutrée, devient soudain conflictuelle en raison du temps libre dont se retrouve doté Henry Celliers, grand patron récemment retraité. L’hyperactif qu’il était est complètement empêtré dans une oisiveté et un sentiment d’inutilité qu’il ne peut se résoudre à accepter. Alors il se débat avec ses envies de rendre service à son fils Antoine, pseudo homme d’affaires, qui ne peut absolument pas grandir tant il est rendu timoré par l’ombre pesante et envahissante de son redoutable père. Patrick Chesnais joue tout en finesse… Charlotte Rampling possède là un rôle qui doit être un régal pour une comédienne. Elle est méchante, caustique, affreusement injuste, mais tellement plaisante. Elle adore la castagne et se complaît à asticoter un mari enfin à descendu du piédestal que lui conférait sa haute position professionnelle. Et elle s’en donne à cœur joie. On ne comprendra que bien plus tard d’où lui vient cette agressivité chronique qui n’est en fait que la traduction d’un gros sentiment d’amertume. Charlotte Rampling est tout bonnement excellente dans ce registre à double niveau de lecture.

Et puis il y a le couple formé par Mathilde Seigner et Olivier Marchal. Un couple à faire frémir d’aise les midinettes et les personnes un peu fleur bleue. Et même tous les spectateurs qui possèdent encore une certaine propension à un certain romantisme de bon aloi. Une association a priori inattendue, mais qui s’avère totalement plausible. Ces deux là ne jouent pas, ils sont ! Mathilde hérite d’un rôle sur mesure, un rôle très riche. Elle jongle avec un naturel confondant avec toute une palette de sentiments : le désarroi, la révolte, la tristesse, la passion, l’entêtement… Tout doucement, de film en film, elle commence à nous livrer ce qu’elle s’était jusque là ingéniée à dissimuler, sa fragilité, sa douceur, son humanité. Aujourd’hui, son éventail de jeu s’est considérablement élargi. Ça promet pour les années à venir… Olivier Marchal, lui, nous étonne régulièrement en allant là où ne l’attend pas. On connaissait le flic bourru, jusqu’au-boutiste, violent jusque à l’autodestruction, mais toujours, toujours vulnérable. C’est dans ce registre qu’il est le plus prenant. Capable de jouer sur tous les registres, il a trouvé sa place dans le cinéma français. Avec lui, rien n’est jamais tout noir ou tout rose. Les muscles se sont peut-être un peu avachis, mais le cœur reste lui bien enthousiaste, ouvert à toutes les aventures humaines. Et comment ne pas craquer quand il se met à distiller son immense tendresse… On sent qu’ils ont bien dû s’amuser ces deux là. Ils sont tellement proches quelque part que, après le round d’observation, la complicité entre ces deux pugilistes au cœur tendre a dû être vachement forte.

Dans le sillage de ces deux couples, tous les comédiens sans exception son épatants… Pascal Elbé n’en finit plus de nous ravir. Dans ce film, il tient une place prépondérante. Non seulement il est l’aîné et le seul garçon de la fratrie Celliers, mais il campe également in piètre homme d’affaires dont les angoisses se traduisent en une hypocondrie plutôt marrante. Il n’y en a pas tant que ça des comédiens qui acceptent de ravaler ainsi leur virilité pour jouer avec autant d’intensité l’émotion, la souffrance et l’inadaptabilité à un monde souvent féroce… Grande composition de sa part dans le personnage si essentiel d’Antoine…
Enfin, comment ne pas évoquer Sophie Cattani. Elle illumine le film de sa présence fraîche, aimable et généreuse. On a tous envie d’avoir une sœur comme elle, une jeune femme capable de mettre ses propres douleurs de côté pour se dévouer à panser les plaies d’autrui. Elle est pour moi la grande bonne surprise de ce film.

Les dialogues, ensuite, font beaucoup pour la réussite de ce film. Ils sont mordants, incisifs et percutants à souhait. Une succession de perles venant apporter beaucoup de sel à de très belles scènes dans un film où tout est basé sur la relation de l’un à l’autre. Chaque tête-à-tête est un moment d’intense jubilation. C’est vif, anti-conventionnel, acide et, terriblement juste.
La presque fin du film, avec sa succession d’images rapides, superposées, comme autant de lignes convergeant jusqu’au point de choc est un grand moment de cinéma qui nous fait agréablement palpiter.

Qu’ajouter à cela, sinon de préciser que Quelque chose à te dire est un juste reflet de la vie. C’est une alternance de moments drôles, émouvants, durs même. On ne s’y fait pas de cadeaux. Chacun assume sa part d’ombre que les autres ne soupçonnent pas, chacun essaie aussi de faire sa vie, de façon plus ou moins pathétique, et de trouver sa part de bonheur.
Finalement, on s’en fout complètement que le scénario soit à la limite de l’incrédibilité puisqu’il nous sert une superbe histoire pleine d’humanité et qu’on a envie d’y croire. Elle nous ressemble (et nous rassemble) tellement cette sacrée famille Celliers !
Un superbe film qui a, vraiment, lui aussi quelque chose (de fort) à nous dire…

vendredi 15 mai 2009

A la vie !


Théâtre Mouffetard
73, rue Mouffetard
75005 Paris
Tel : 01 43 31 11 99
Métro : Place Monge

Une pièce de Jean-Louis Milesi
Adaptée du scénario du film A la vie, à la mort, écrit par Robert Guédiguian et Jean-Louis Milesi
Mise en scène par Pierre-Loup Rajot
Décor d’Anne Wannier
A2vec Jean-Jérôme Esposito (Jacquot), Laurent Fernandez (José), Lara Guirao (Marie-Sol), Julie Lucazeau (Vénus, secrétaire, femme de Jacquot, la patronne), Ged Marlon (Patrick), Georges Néri (Papa Carlossa), Richard Sammel (Otto), Mireille Vitti (Joséfa)

Ma note : 8,5/10

L’histoire : Chassés par sa patronne qui veut creuser une piscine à l’emplacement de la petite maison qu’elle leur prêtait, Marie-Sol, son mari et son père se retrouvent à la rue. Joséfa, stripteaseuse plus très jeune qui ne veut plus s’effeuiller, les accueille généreusement dans son cabaret en mal de clients. Dans ce refuge du bout du monde, la tribu se recompose. Le père, le frère, la sœur, le beau-frère, la belle-sœur, le frère adoptif, le client et la jeune droguée organisent la résistance ; la résistance au chômage, à la détresse, à la vieillesse, à la stérilité… Chacun va chercher sa réponse et comprendre, à l’instar de Marie-Sol, qu’il ne suffit plus de prier, de supplier ou de se contenter d’attendre, mais qu’il faut agir et se battre.

Mon avis : Il y a des soirs où ce métier, déjà bien agréable, se révèle absolument épatant. C’est lorsqu’on vient assister à une pièce sans aucun a priori, sans idée préconçue, en s’étant, comme à chaque fois, interdit de lire la moindre ligne du dossier de presse hormis la distribution et que, lorsqu’on sort de la salle, on en a pris plein la tête et plein le cœur. Que du bonheur, quoi ! Le plaisir, au théâtre, est très souvent au rendez-vous, mais les moments de grâce pure sont exceptionnels. Et bien, c’est le cas avec A la vie !.
Pas de star au générique, un théâtre un peu excentré dans lequel on est peu accoutumé à venir, bien que situé dans un quartier vivant, pittoresque et sympa, celui de la Contrescarpe et de Mouffetard… On y vient l’esprit badin, il fait doux dehors, on ne pense à rien de particulier. La salle est accueillante. Pas de rideau. On est tout de suite en présence du décor, l’arrière-cour d’un cabaret avec son comptoir, sa remise, ses filets de pêche qui pendent du plafond. On est dans le Midi. Marseille est tout proche.

Il ne faut pas la raconter cette pièce, il faut laisser au spectateur le loisir de s’installer tranquillement et de se laisser emporter par cette histoire, par les destins croisés de cette petite bande de laissés pour compte qui essaient tant bien que mal, en fonction de leur tempérament, de subsister. Ce sont Ken Loach et Marcel Pagnol qui seraient associés pour écrire à quatre mains cette tragicomédie sociale du 21è siècle. La crise est là, palpable. Mais, crise ou pas, ces gens-là ne sont-ils pas des êtres éternellement voués à la misère ? C’est leur condition. Ils ont la culture de l’humilité, une forme de résignation chronique que tente de contrebalancer parfois une réelle aptitude à la survie…

Mais, d’abord et avant tout, ce sont des gens qui ont du cœur. Ils savent viscéralement que le peu de bonheur qu’ils peuvent offrir ou recevoir, réside dans le partage, dans la générosité, dans l’entraide. Et dans ce domaine, ils sont bien plus riches que la majorité des nantis.

Dans cette pièce, il n’y a que de l’humain. On rit, on pleure, on s’apitoie, on s’indigne, on se solidarise, on se révolte, on s’émeut… On passe par tout un éventail de sentiments, de ces sentiments basiques et forts qui constituent la chair de la vie.
On les aime tous ces personnages à la dérive, simples et fiers, pathétiques et sympathiques. On a de l’empathie pour chacun d’eux car on les comprend, on se met à leur place. L’humour et l’amour réussissent sans cesse à prendre le dessus sur la vraie détresse. Et pourtant, il y aurait de quoi baisser les bras et abandonner. Mais pas eux. Ils se chicanent, s’affrontent, mais face à l’adversité ou au malheur qui frappe n’importe lequel d’entre eux, ils se serrent les coudes.
Tous les comédiens sont formidables. On n’a pas l’impression qu’ils sont au service d’un texte tant ils sont en phase avec leur personnage. Et puis il y a des dialogues, de en tout point remarquables. Comme je l’indique plus haut, c’est du Pagnol, mais un Pagnol qui aurait gagné une vraie liberté de langage qui n’avait pas cours à l’époque où il écrivait ses livres et ses pièces. Le langage est réaliste, cru quand nécessaire. On a affaire à de petites gens qui pratiquent le langage imagé du peuple. Et puis l’accent marseillais, omniprésent, est là pour lui donner une savoureuse couleur. Quelques formules jaillissent parfois, encore plus fortes que les autres, qui nous enchantent ou nous donnent à réfléchir : « Elle pue la mort, cette vie », « On a tous en nous un bout de la honte universelle », et celle-ci, sublime, prononcée par le grand-père : « Ça me plaît de vous entendre rire. Ça me donne envie de vivre encore un peu… »

A la vie ! est une pièce qui ne peut laisser indifférent. Elle nous happe par ce que l’on a de meilleur en nous, elle éveille des sentiments nobles, de la compassion aussi, et tellement de tendresse pour ces pauvres hères que la société a marginalisés. Malgré les rêves anéantis, malgré la perte de la dignité inhérente au chômage, il leur reste cette immense richesse qu’est l’amour de l’autre. Et le désir aussi. Car le désir est là, en permanence, exacerbé par l’oisiveté et la promiscuité.
Comment ressortir un personnage particulier du lot ? C’est impossible et ce serait incongru tant ils sont grands, tous et toutes.
Il FAUT voir A la vie ! Elle ne peut que nous rendre meilleurs et attentifs aux autres. Magnifique !

lundi 11 mai 2009

Des gens


Petit Montparnasse
31, rue de la gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 83 04
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Une pièce adaptée et mise en scène par Zabou Breitman
D’après Urgences & faits divers de Raymond Depardon
Avec Zabou Breitman et Marc Citti
(Attention, sur l’affiche figure encore le nom de Laurent Lafitte qui avait créé la pièce avec Zabou Breitman. Mais depuis début mai, c’est Marc Citti qui a repris le flambeau)

Ma note : 6,5/10

Le sujet : Les gens ont été filmés par Raymond Depardon dans ses documentaires Faits divers (1983) et Urgences (1988) qui retracent le quotidien d’un commissariat de police et celui d’un service d(urgence psychiatrique parisien… Ces gens existent ou ont existé. Ils témoignent de nos désarrois et de nos déséquilibres…

Mon avis : Une bonne dizaine de minutes avant que ne commence la pièce proprement dite, quatre personnages en blouse blanche déambulent sur la scène, en groupe ou individuellement, se croisent, échangent quelques bribes de conversation… En plein milieu, un miroir, composant une des faces d’un énorme cube, nous renvoie notre propre image… Soudain, c’est l’obscurité totale. Et, à la lueur vacillante de deux bougies, apparaît un couple assis par terre. Ils sont interrogés par un policier. On comprend peu à peu que nous nous trouvons dans une cave qu’un propriétaire sans scrupules loue à un couple de paumés. Les deux pauvres hères, totalement désemparés, tentent de façon pathétique de donner des explications rationnelles. Ils sont tellement gênés par leur infortune qu’ils n’osent même pas élever la voix, qu’ils chuchotent… Cette première scène donne le ton car une vingtaine de tableaux va nous brosser le portrait de laissés pour compte, de névrosés, de dépressifs, d’alcooliques, d’obsédés ; nous décrire toute la misère de ces « gens » marginalisés par leur folie, leurs tocs, leur déprime, leur solitude. Et ils n’ont pour les entendre ou les écouter que des policiers, des infirmières ou des psy.
Pendant qu’ils se livrent à leurs confidences ou que des personnes bienveillantes essaient de les aider, nous parviennent confusément les bruits de l’hôpital et ceux du dehors. Cette bande son, omniprésente, est très importante. On entend des pas, des sirènes, des voix… Et, en fonction de l’endroit où se déroule l’action, le cube central pivote, nous présentant selon sa face deux portes, un couloir d’hôpital… Tous les changements de décors sont effectués à vue par deux personnes en blouse blanche et/ou par les deux comédiens eux-mêmes. Ceux-ci changent également de tenue à vue, profitant de deux portiques situés cour et jardin…

Zabou Breitman et Marc Citti sont de toutes les scènes. Ils alternent les rôles, devenant tour à tour le malade et le soignant, la victime ou le flic… Leur performance est tout simplement époustouflante. La finesse de leur jeu étant encore plus impressionnante lorsqu’ils incarnent un personnage à l’esprit fragile ou perturbé. Certains duos reviennent d’ailleurs en fil rouge. L’un d’eux, quand Zabou campe une jeune femme dépressive, traumatisée par les hommes, accablée par les tâches ménagères, et Marc le psy qui essaie de lui venir en aide, est particulièrement touchant et réussi… Les trouvailles de mise en scène foisonnent, nous intriguent et nous amusent, comme la présence invisible mais palpable d’une caméra qui tourne en permanence ou l’utilisation des ombres chinoises. D’autres nous semblent parfois un peu superflues comme l’intrusion d’un téléviseur diffusant le début d’un bon vieux western.

Des gens est une pièce qui ne peut nous laisser indifférents. La misère humaine y est décrite avec un tel réalisme que nous ne pouvons que nous sentir partie prenante. Et le jeu des deux comédiens est réellement remarquable. Reste que l’on subit quelques longueurs, quelques scènes un peu répétitives et qui se ressemblent les unes aux autres. Peut-être eût-il fallu un peu plus de nervosité. Mais ce faux rythme, assurément voulu par la mise en scène ajoute à l’aspect oppressant du thème. En tout cas, on ressort passablement impressionné par ce dont nous venons d’être les témoins. On en nourrit que plus de respect encore pour ce personnel soignant confronté au quotidien à ces gens à la dérive et qui cherchent à les protéger et à les tirer de leur mauvaise passe. Et, enfin, on ne peut qu’applaudir la formidable préstation de comédie pure que nous offrent Zabou Breitman et Marc Citti, absolument épatants l’un et l’autre.

mardi 5 mai 2009

Je l'aimais


Un film de Zabou Breitman
D’après le roman d’Anna Gavalda
Scénario, adaptation et dialogues de Zabou Breitman et Agnès de Sacy
Avec Daniel Auteuil (Pierre), Marie-Josée Croze (Mathilde), Florence Loiret Caille (Chloé), Christiane Millet (Suzanne), Geneviève Mnich (Geneviève)…
Sortie le 6 mai 2009

Ma note : 5/10

L’histoire : En une nuit, Pierre va partager avec sa belle-fille Chloé ce grand secret qui le hante depuis vingt ans, celui qui le mit face à lui-même, à ses contradictions et à ses choix, à son rôle d’homme et à ses manques. Le secret de cet amour pour Mathilde, pour lequel il n’a pas tout abandonné, choisissant une route plus sûre et plus connue. En une nuit, nous saurons la vie d’un homme qui n’osa pas…

Mon avis : Je me demande si dorénavant je ne vais pas zapper systématiquement les films qui contiennent le verbe « aimer » dans leur titre. Après le ratage de Celle que j’aime d’Elie Chouraqui, voici celui de Je l’aimais, le troisième film de Zabou Breitman en tant que réalisatrice. Pas pour les mêmes raisons, bien sûr, mais le résultat est le même : une grosse, très grosse déception.
Zabou Breitman avait remarquablement réussi son coup d’essai avec Se souvenir des belles choses, elle avait confirmé sa jolie humanité, son audace pour les sujets sensibles et son talent à bien fouiller les profils psychologiques avec L’homme de sa vie. Ces deux succès critiques et publics lui auraient-ils un peu faussé le jugement et, surtout, fait perdre une certaine rigueur, toujours est-il que son troisième opus est, à mes yeux, bien en dessous des deux précédents. Déjà, des trois best sellers d’Anna Gavalda, Je l’aimais, même s’il a atteint le chiffre enviable de 1,3 millions d’exemplaires vendus, est celui qui a obtenu le moins bon score (Ensemble c’est tout avait, lui, dépassé les deux millions). Il n’empêche…
Ayant pris beaucoup de plaisir devant l’adaptation d’Ensemble c’est tout, c’est avec un a priori très favorable que je suis allé voir ce qui sortirait de la rencontre Gavalda-Breitman. Un a priori rendu encore plus positif avec la présence à l’affiche de Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze…

Et bien mes bonnes dispositions de départ se sont bien vite liquéfiées. En raison d’abord du départ très laborieux du film. Les premières vingt minutes sont lentes et lourdes à la fois. On peut comprendre que la réalisatrice ait voulu prendre son temps pour brosser les caractères de Pierre (Daniel Auteuil) et de sa belle-fille Chloé (Florence Loiret Caille) et, surtout, préparer le terrain pour les confidences de Pierre, mais le gros problème, c’est qu’on a du mal à supporter l’extrême douleur de Chloé, femme larguée, qui nous la joue « tragediente ». Elle en fait vraiment des tonnes. Le summum de l’excès étant atteint dans la scène des cigarettes… Si bien que notre seul dérivatif est de s'attarder sur le nez de Florence Loiret Caille qu’elle a au demeurant fort joli. Sous le poids de ce chagrin hyper démonstratif, de cette prostration résignée, on s’enfonce de plus en plus dans son fauteuil. Les quelques lueurs de légèreté étant heureusement apportées par le jeu de Lucie, l’aînée des deux fillettes, réellement épatante. Mais ce ne sont là que quelques éclairs…

Je l’aimais est un film d’atmosphère, mais d’une atmosphère à la fois monotone et monocorde. Pour être honnête, il y a de temps à autre de bons dialogues et on ne peut en aucun cas porter la moindre critique sur le jeu – parfait – de Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze. C’est leur histoire qui nous gêne. Il faut être particulièrement fleur bleue ou nanti d’un cœur de midinette frémissant devant les livres de la collection Harlequin pour s’émouvoir aux péripéties de cette histoire d’amour digne de deux collégiens. J’étaie : la scène de la réunion de travail où Pierre rencontre Mathilde pour la première fois est aussi charmante que chiante, la scène qui suit, celle du bar, est bien trop caricaturale pour être crédible une seconde. A moins de croire au coup de foudre, ce qui n’est pas forcément le cas ici. On n’entre pas dans leur histoire, on se sent détaché, pas concerné. Ce (trop) long métrage, remarquablement filmé et photographié en revanche (rendons-en grâce à Zabou), est vraiment d’une banalité et d’une platitude extrêmes. Comme les conversations d’ailleurs le deviennent elles aussi dans la deuxième partie. Ce n’est en fait qu’une succession de clichés.

Pas besoin finalement de faire un film pour y apprendre ce que l’on sait déjà depuis belle lurette : que les hommes sont lâches, faibles et velléitaires ; et que les femmes sont courageuses, déterminées, passionnées, jusqu’au-boutistes et tellement plus « aimables » dans le sens noble du terme.

Je le répète, on ne peut rien reprocher à Daniel Auteuil et à Marie-Josée Croze, ils sont en tous points excellents, mais leur passion, hélas, ne nous passionne guère

mercredi 29 avril 2009

Le Missionnaire

Un film de Roger Delattre
Ecrit par Jean-Marie Bigard et Philippe Giangreco
Avec Jean-Marie Bigard (Mario Diccara), Doudi Strajmayster (Patrick Diccara), Jean Dell (Le capitaine de gendarmerie), Michel Chesneau (Le maire), Arthur Chazal (Lucien), François Siener (Giancarlo), Thiam Aïssatou (Nadine)...

Ma note : 7,5/10

L'histoire : Après sept années passées en prison, Mario Diccara est libre. N'ayant pas complètement réglé ses affaires avec le milieu et avec ses anciens complices, il demande à la seule personne de confiance qu'il connaisse, son frère Patrick, de lui trouver une planque.Patrick, qui est prêtre, lui propose de rejoindre un de ses amis, le père Etienne, dans son petit village de l'Ardèche. Pour lui conférer un meilleur anonymat, il lui fait revêtir une soutane...
Mais lorsque Mario arrive sur place, les choses ne se passent pas comme prévu. Le père Etienne vient de trépasser, et les villageois le prennent pour le nouveau curé...

Mon avis : On peut dire que ce Missionnaire-là a réussi sa triple mission : nous faire rire, nous émouvoir, et nous donner à réfléchir... Oui, oui, vous avez bien lu, "nous donner à réfléchir"... Car, il y a en effet plusieurs niveaux de lecture dans cette comédie pure.

Etudions-en les aspects positifs (de loin les plus nombreux).
D'abord, il y a la qualité des dialogues. Certaines répliques nous furieusement penser à du Audiard. D'ailleurs, plusieurs fois pendant le film, on ne peut s'empêcher d'imaginer Jean-Marie Bigard au beau milieu des Tontons flingueurs. Avec sa gueule, sa voix, sa truculence et sa bonhommie, il n'aurait pas déparé. Il est peut-être né trop tard. A moins qu'un nouveau Lautner ne se pointe dans le cinéma français et ne nous ponde quelques films chorale de cet acabit. Vous le lirez partout : Jean-Marie ne fait pas du Bigard. Pendant une heure et demie, il joue tout en intériorité, il ne fait pas d'effets de voix, il ne se laisse pas aller à ses fameuses exclamations. Il maîtrise de bout en bout. Il n'est plus raconteur, il est acteur. Et puis, il a une tronche. Et quelle tronche ! Roger Delattre, le réalisateur, ne se prive pas de très gros plans qui nous révèlent un visage passablement raviné et cabossé ; un vrai paysage lunaire. Il y a aussi son regard. Quand Jean-Marie y fait passer une lueur de tendresse, on craque. C'est pour toutes ces petites choses physiques et comportementales que l'on adhère sans problème à ce film. Bien en chaire, Bigard est tout-à-fait crédible dans le rôle du père Mario. En soutane, mais avec des baskets, il est réellement impressionnant, quasiment habité. Là, on peut dire que l'habit fait - vraiment - le moine. Ce rôle, c'est du pain bénit pour lui.

Le scénario ensuite. Il tient aisément la route, même celles escarpées et tortueuses des montagnes ardéchoises. Luc Besson, avec sa grande rigueur, a demandé du rythme, du rythme et du rythme. Il n'y a aucun temps mort, on ne se perd pas en fioritures. Ce film repose entièrement sur le comique de situation(s). Mario et son frère Patrick, ne font en fait que s'adapter aux embûches et aux nombreux quiproquos qui émaillent leurs aventures. Contrairement à des joueurs d'échecs, ils n'ont pas le loisir de préparer leurs coups, il leur faut réagir sur l'instant, à chaud et en "live". Ce qui a pour effet de provoquer des situations franchement désopilantes.

Les seconds rôles sont particulièrement bien choisis, du capitaine de gendarmerie au maire du village, en passant par l'enfant de choeur et le parrain de la mafia niçoise... D'ailleurs l'escouade de gendarmerie n'est pas sans rappeler leurs glorieuse aînée qui sévissait du côté de Saint-Tropez. On y retrouve le même genre de bras cassés sympathiques et un peu étroits du képi.

Ce film est également riche de quelques scènes qui sont autant de morceaux de bravoure : la première messe du père Mario téléguidée par portable interposé (à ce propos, ce scénario n'aurait jamais pu être réalisé sans l'usage du portable. Ce petit moyen de communication tient un rôle essentiel dans le film) ; la négociation de la vente des bijoux "menée" par Patrick dans l'antre de la mafia ; la dégustation du petit alcool local ; le prêche de la fin...

Enfin, ce Missionnaire est porteur d'un formidable message d'humanité et d'oecuménisme. Le père Mario remplace les Saintes écritures par le bon sens. Comme il de dit ingénument, il laisse parler son coeur. L'amour n'a pas de religion. Ou plutôt, il pratique la religion de l'amour. Et là, quand on connaît bien le lascar, il n'est pas franchement dans le rôle de composition.

Maintenant, je ne peux pas passer sous silence une partie du scénario qui ne m'a pas du tout convaincu et qui plombe un peu la légèreté ambiante de l'ensemble. Ce sont les scènes où Patrick (Doudi) plonge dans le stupre et la débauche. C'est tout much, ça manque de finesse et d'élégance. Je pense qu'on aurait pu effectivement le faire déraper, mais peut-être de façon un peu moins frontale et excessive. Il est sûr que cela permet au comédien de s'offrir un tout autre registre, mais cette incursion dans le luxe et la luxure - pour un prêtre s'entend - aurait dû, à mon goût, être traitée avec plus de subtilité.

Voilà, c'est dit !
Mais cette petite réticence ne peut occulter la qualité intrinsèque de ce film. On y passe un vrai bon moment de comédie "à la française". Bigard y est réellement épatant dans son rôle de canard sauvage qui se prend pour un enfant du bon Dieu. Ce personnage pourrait enfin lui ouvrir en grand les portes du septième art. Il le mérite. Et, je le redis, les dialogues sont savoureux et de haute volée et les situations qui se succèdent à un rythme effrené valent toutes leur pesant de drôlerie.
On n'a plus qu'à souhaiter à ce drôle de paroissien de rassembler le plus possible de fidèles et la messe sera dite.

lundi 27 avril 2009

Frédéric Recrosio "Aimer, mûrir, et trahir avec la coiffeuse"


Théâtre Trévise
14, rue de Trévise
75009 Paris
Tel : 01 48 65 97 90
Métro : Cadet / Grands Boulevards

Mise en scène de Jean-Luc Barbezat

Ma note : 7/10

Le sujet : C'est le récit d'une histoire d'amour ordinaire, classique, plate. Car s'il est vrai que nos destins sentimentaux nous semblent uniques, ils n'en sont pas moins semblables. C'est une tranche de vie normale parce qu'elle est absolumen significative et que l'enchantement de nos jrs se cache souvent dans la banalité du quotidien. C'est une interrogation sur les aléas de l'élan amoureux. C'est un constat : l'amour existe ; le désamour, aussi...

Mon avis : Sous-titré "Itinéraire de l'amour normal",ce spectacle est en fait une longue réflexion sur les rapports sentimentaux et amoureux homme-femme. Mais Frédéric Recrosio étant un homme, il ne nous livre que sa propre interprétation masculine de la chose. Et de quelle manière ! C'est particulièrement goûtu et salivant.
Avec sa bonne bouille et son sourire craquant, Frédéric Recrosio ne possède pas, a priori, le physique du garçon frileux de l'engagement, voire du loser. Et pourtant...
Son one-man show est très habilement construit. C'est une sorte de mécano intellectuel dont il pose d'abord les bases - des bases très solides - avant d'en ériger les étages. En clair, son récit va crescendo, provoquant dans l'intérêt et dans l'adhésion du spectacteur - et surtout de la spectatrice - une jubilante montée en puissance.
D'abord, il faut s'habituer à ses mots, à sa façon de les mettre en bouche et à sa gestuelle. De prime abord, il semble un peu emprunté avec sa longue carcasse. Et puis soudain, tout son corps explose en des mouvements le plus souvent grotesques et, dans la seconde qui suit, il reprend son allure un peu gauche. Et ça ne va aller qu'en s'aggravant.
Frédéric Recrosio commence son spectacle en abordant le thème du célibat. Il a 30 ans, il jouit de la grande liberté que ce statut lui offre et puis la statue se fissure et se fragilise. Et notre énergumène se met à analyser, une analyse qui va durer tout le temps de son spectacle. Il est essentiellement un cérébral. Alors, il dissèque, il décortique, il pèse le pour et le contre, avance d'un pas, recule de trois, hésite, tergiverse... Il n'y a guère qu'avec l'onanisme que les relations ne sont pas compliquées... Donc le célibat contient des avantages et beaucoup d'inconvénients. On y est libre... mais libre de "faire son malheur".
Chaque thème abordé est superbement écrit. Il a du vocabulaire, le bougre !
Frédéric Recrosio, ou tout du moins son personnage, passe son temps à se prendre la tête. Habité par une réelle hantise du bonheur, il se complaît à imaginer les situations les plus extrêmes. Mais avec une pusillanimité et une totale mauvaise foi que d'aucun(e)s prêtent exagérèment aux hommes.
Or, on ne peut pas être ainsi faux-cul sans fondement !!! Notre champion de la gamberge assène tout de même certaines vérités sur la gent féminine. Pas facile de leur plaire et de se mettre à la hauteur de leurs désirs et de leurs aspirations. Finalement - et ce sera d'ailleurs sa conclusion - les principales responsables des fiascos amoureux, ce sont les femmes. Et pis c'est tout !

Le spectacle est autant sur scène que dans la salle. Tout simplement parce que les incriminées en question se sentent visées, les mesquines ; elles n'approuvent pas et elles le font savoir. En fonction des assertions de notre "Mick Jagger" helvète, elles gloussent, hoquètent, s'insurgent, s'offusquent, protestent, huent... Il y a de l'ambiance dans la salle.
Frédéric Recrosio réussit carrément l'exploit de parler de baise pendant près d'une heure et demie sans être jamais grossier ni déplacé. Les détails les plus scabreux passent comme une lettre à la poste. En tout cas, ces dames peuvent retirer un aspect extrêmement positif de ce témoignage pathétique : Recrosio leur livre le mode d'emploi du parfait trentenaire. Peter Pan est toujours là. Il est futile, puéril et, pour masquer son impuissance à diriger les ébats, il décharge toute la responsabilité sur La Femme. Ou l'hypocrisie considérée comme un des beaux arts...

Courez écouter et voir Frédéric Recrosio. Surtout, allez-y en couple. C'est très enrichissant pour l'un comme pour l'autre. D'ailleurs il arrive très souvent de surprendre des couples échanger des regards ou complices, ou acerbes, en réaction à certaines situations subtilement décrites par notre empêcheur de baiser en rond. C'est un spectacle très personnel, foutrement bien écrit et habilement maîtrisé. On en sort tout révigoré et avec une impérieuse envie de séduire l'autre.

Incognito


Un film d’Eric Lavaine
Scénario et dialogues d’Eic Lavaine, Hector Cabello et Bénabar
Musiques originales de Bénabar
Avec Bénabar (Lucas), Franck Dubosc (Francis), Jocelyn Quivrin (Thomas), Anne Marivin (Marion), Isabelle Nanty (Alexandra), Gérard Loussine (Pasquier), Virginie Hocq (Géraldine), Yolande Moreau (madame Champenard), Pierre Palmade (Pierre Palmade), Olivier Rigo (La Glue)…
Sortie le 29 avril 2009

Ma note : 7/10

L’histoire : Lucas est devenu une superstar en s’étant approprié les chansons d’un ami qu’il croyait disparu. Soudainement, cet ami réapparaît. Pour lui cacher sa fortune et sa célébrité, Lucas commet l’erreur de demander à son parasite de locataire, Francis, un comédien raté, de prendre sa place…

Mon avis : Très bonne comédie, bien ficelée et bien interprétée. La (très) bonne surprise – et je pense que tous les critiques professionnels seront unanimes – c’est la prestation de Bénabar. Une vraie révélation. Bien sûr, il tient le rôle d’un chanteur, mais il ne faut pas réduire sa performance à cette fonction car il est amené, tout au long de ce film, à passer par une quantité de sentiments et à vivre des péripéties plutôt croquignolettes. Et bien, aucune fausse note de sa part. Sobre et naturel, il est juste de bout en bout. Pourtant, ça ne devait pas toujours être facile de donner la réplique à un Franck Dubosc complètement déjanté. Pour garder son sérieux face à un tel énergumène, il a sans doute fallu avoir souvent recours à plusieurs prises.
Il faut reconnaître que le personnage interprété par Dubosc, loser, sans gêne et pique-assiette sans scrupule, est réellement gratiné. Il franchit la ligne jaune, se met délibérément en marge et, ce qui est parfait, c’est qu’il s’y tient tout du long. Résultat, on se marre à chacune de ses apparitions. On a certes souvent envie de lui donner un coup de pied aux fesses - d’autant qu’il nous les exhibe une fois de plus avec complaisance - tant il est horripilant, mais il arrive aussi parfois à se rendre attachant. Un véritable tour de force car son rôle est franchement limite sur le plan de la caricature. Lui seul était capable de le tenir sans être ridicule. C’est simple, il ne présente que des défauts : flemmard, profiteur, misogyne, envahissant, mufle, un peu crétin et j’en passe…Bref, il en fait des caisses. Ça va même un peu loin dans l’excès au cours des scènes qu’il partage avec Géraldine (Virginie Hocq). Si on en rit, c’est nerveusement tant ces parenthèses – totalement inutiles au déroulement de l’histoire – sont lamentablement potaches.
Quant à Jocelyn Quivrin, il joue le déclencheur malgré lui avec beaucoup de conviction. Que ce soit en junkie, ou en baba-cool mystique, il dégage une vraie présence.

En dépit de ces extravagances et de quelques petits dérapages de (bon) goût, ce film se laisse voir avec plaisir. C’est une bonne comédie dont le scénario est loin d’être nul avec ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en éveil tout du long. Le trio Bénabar-Dubosc-Quivrin tient bien la route. Les femmes (Marivin-Nanty) n’y ont guère hérité que des rôles de comparses, de faire-valoir. C’est un film de mec(s), quoi, mais qui trouvera son public chez tous les sexes.