mercredi 7 novembre 2012

Raphaël


Super Welter
(Virgin/EMI)

Jusqu’à présent, je n’étais pas trop « raphaëlite ». Dans ses précédents albums, il n’y avait guère que deux ou trois chansons qui me séduisaient. Cette fois, avec Super Welter, son nouvel opus, il m’a plutôt agréablement surpris. En tout cas, il m’ vraiment titillé l’oreille.
C’est un album homogène à tous les niveaux. Tant au niveau des textes que de son climat musical général. Je l’ai entièrement perçu en noir et blanc avec une forte prédominance de gris sale. On est loin de l’image lumineuse et angélique du jeune homme.
Je l’ai passé plusieurs fois. Et plus je l’écoutais, plus j’y percevais un certain plaisir. J’aime bien cette ambiance désenchantée, avec ses images cinématographiques. En conclusion, j’ai plus été charmé par l’atmosphère très personnelle, un peu morbide de cet album que par les paroles des chansons. C’est un album « climatique » porteur de gros nuages lourds. Comme si notre « Super Welter » voyait la vie avec un œil au beurre noir…
Pour paraphraser Christophe, Raphaël a commis là un album « beau bizarre »

Manager
Ambiance originale. Interprétation véhémente, limite essoufflée, comme quelqu’un qui s’’entraîne, cogne et tourne autour d’un sac de frappe. On le sent prêt à l’affrontement. Mais son combat tient plus du shadow boxing contre un adversaire particulièrement insaisissable et imprévisible : l’amour.

Déjà vu
Une voix aérienne, éthérée, accompagnée d’étranges bruits de machines et de sons métalliques. L’effet est bizarre, mais il a son charme. Sans qu’on en comprenne bien les paroles, le résultat est intéressant. En l’écoutant, j’ai pensé que cette chanson aurait pu illustrer musicalement Les Temps modernes de Chaplin.

Peut-être
Dans ce CD, Raphaël s’est vraiment amusé avec sa voix. Cette fois, il va dans les tons graves, ce qui s’accommode parfaitement à ce titre sombre et crépusculaire. Sans doute une des plus belles chansons de l’album.

Mariachi Blues
Ma préférée. Rappelle l’atmosphère martelée de Déjà vu. Mais l’interprétation en diffère totalement. Raphaël nous distille pratiquement un slam en hommage au « bon vieux rock’n’roll », avec références aux « fantômes » d’Elvis Presley, Gene Vincent et… Edith Piaf, qui se termine carrément en fanfare. Petit refrain sympa avec, en leitmotiv, « fallait-il qu’on l’aime » cette sacrée musique.

Asphalte
Ce titre lancinant, qui fait furieusement penser à Alain Bashung, suinte la solitude, la quête de l’autre et la recherche de soi-même. Il se termine de façon totalement inattendue avec l’irruption de chœurs légers.

Noire Sérénade
Je ne sais pas pourquoi, à l’écoute de ce titre, j’ai entendu un mélange de Chacun fait c’ qui lui plaît de Chagrin d’amour et de A bout de souffle de Nougaro. Peut-être parce qu’il est à moitié parlé ? La prépondérance des cordes apporte justement la touche « noire » annoncée.

Quand j’aimais vraiment
Là encore, Raphaël a pris tous les risques. Pas facile chanter faux volontairement. Quoique la mélodie, désaccordée, a dû l’y aider. Mais ce ton désinvolte amène une sorte de sincérité dans l'abandon et le dépouillement de soi.

Amaury Vassili


Una Parte Di Me
Paroles de Vassili Amaury, Davide Esposito et Daniel Moyne
Arrangements de Quentin Bachelet et Skydancers
(Warner)

Agé seulement de 23 ans, Amaury Vassili continue de s’affirmer comme une des plus belles voix que l’on puisse entendre actuellement. En se penchant sur son berceau, les fées devaient être de fort bonne humeur car elles ont gratifié le bambin de deux qualités essentielles pour faire carrière dans la chanson : le charme et le talent.
Les deux premiers albums de ce jeune phénomène, Vincero, en 2009, et Cantero, en 2010, ont tous deux été certifiés Double Platine. L’engouement qu’il a provoqué a largement dépassé nos frontières pour conquérir le public international. Fort de cette reconnaissance planétaire, cet authentique autodidacte nous présente aujourd’hui son troisième opus, Une Parte Di Me (Une partie de moi) dans lequel, on le sent, il s’est vraiment fait plaisir.

Une fois de plus, il place la barre très haut. Sans aucun complexe, il s’est ingénié à mettre des textes sur quelques unes des plus célèbres mélodies du répertoire classique signées – excusez du peu – Tchaikovsky, Brahms, Chopin, Fauré, Mozart, Borodine, Bach, Pachelbel, Grieg, Debussy... Puis, s’appuyant sur ce socle musical incomparable, il y a mis sa propre touche avec une interprétation que l’on peut qualifier de « pop lyrique ». Le résultat est tout simplement magnifique. Il n’y a pratiquement que des « tubes » !

J’ai particulièrement apprécié :
-          Silenzi Tra Noi, d’après la symphonie n°3 de Brahms en duo avec Sofia Essaïdi.
-          Con Te, d’après une Nocturne de Chopin.
-          Una Parte Di Me, d’après le 1et mouvement de la 40è symphonie de Mozart.
-          Siamo Il Futuro Noi, d’après la danse Polovtsienne du Prince Igor de Borodine avec chœurs d’enfants.
-          Il Lago Dei Cigni, d’Après Tchaikovski en duo avec Dominique Magloire, une des révélations de l’émission télévisée The Voice.
-          Insieme A Lei, d’après la Sonate N° 17 de Mozart.
-          Tous ensemble pour demain, d’après la danse Polovtsienne du Prince Igor de Borodine, la seule qu’il chante en français.
-          Ma préférée étant peut-être Sogno d’Automno, d’après Grieg, pour son interprétation délicate et puissante à la fois.

En fait, j’ai tout aimé... C’est un beau, très beau travail. Un pur régal acoustique.

mardi 30 octobre 2012

Le Chat Erectus


Le Chat Erectus
De Philippe Geluck
Editions Casterman
Sorti le 24 octobre 2010

Mon avis : L’auteur et son personnage fétiche sont vraiment félins pour l’autre. Au fil des albums, le matou matois est devenu le prolongement naturel du crayon et de la pensée de son créateur. Il en est la griffe. On peut dire même affirmer aujourd’hui qu’il en est arrivé à la suppléer car, hélas pour lui, Geluck n’est plus un minet. En effet, au printemps prochain, Philippe Geluck et Le Chat, célébrerons une union de trente ans. Ça ne s’invente pas : ce seront leurs noces de perles ! Et des perles, il y en à foison dans ce dix-septième opus…

Une fois encore, il y en a pour tous les goûts. Geluck ratisse large. Il se met en Cat. Il passe du premier degré à l’absurde, pratique l’évidence comme personne, se montre aussi impertinent ou satirique que subversif. Il pille sans vergogne le patrimoine artistique pour détourner le sens d’œuvres célèbres en leur juxtaposant des légendes imparables. Et chacune des réflexions du Chat fait que, au minimum, on y sourit… Le fait le plus marquant de ce nouvel album, c’est que Geluck, qui fait également partie de la bande de Siné, s’est aventuré du côté du dessin politique en croquant par exemple Sarkozy et Chirac et en faisant allusion à l’affaire DSK.

J’ai tout aimé dans cet ouvrage plein d’esprit et de trouvailles. Cet homme est fin, très fin. Et tellement prolifique ! Si je devais ne citer qu’une réflexion du facétieux Mistigri, ce serait celle-ci : « Les papillons qui ne vivent qu’un jour prennent leur retraite vers 17 h 30 »… C’est tout simplement génial. Il faut avoir un esprit particulièrement tortueux pour pondre de telles bulles. Ce sont des bulles dignes d’un pape de la BD. En toute objectivité, je nourris une admiration sans borne pour l’humour foisonnant de Philippe Geluck. Les albums du Chat, qui me font ronronner d’aise, font beaucoup pour tempérer la morosité ambiante. La seule crise qu’ils provoquent, c’est la crise de rire. Alors, vive Geluck, vive Le Chat !...

mercredi 24 octobre 2012

Rendez-vous au Grand Café


Bouffes Parisiens
4, rue Monsigny
75002 Paris
Tel : 01 42 96 92 42
Métro : Quatre Septembre / Pyramides / Opéra

Une pièce de Daniel Glattauer
D’après Quand souffle le vent du Nord de Daniel Glattauer
Adaptée par Ulrike Zemme et Daniel Glattauer
Traduite par Patrick Démerin et Hans Peter Cloos
Mise en scène par Alain Ganas et Hervé Dubourjal
Décors de Pucci de Rossi
Lumi7res de Philippe Quillet
Costumes d’Agnès Falque
Musiques de Jean-Claude Camors (du Quatuor)
Avec Olivier Marchal (Léo), Catherine Marchal (Emmi)

L’histoire : Une erreur d’adresse mail met Emmi et Léo en contact. C’est le début d’une relation qui se construit sur ce que chacun veut bien révéler à travers cet échange de mails : elle est mariée et conçoit des sites sur Internet. Il est psychologue du langage et se remet difficilement d’un chagrin d’amour. Un attachement étrange s’installe entre eux. Les mails anodins se transforment en correspondance, indispensable, attendue, espérée…

Mon avis : Une faute de frappe. Un « e » à la place d’un « i ». Une erreur plutôt récurrente chez Emmi. Son mail arrive sur l’écran d’un homme, Léo, à qui il n’est pas adressé. Il répond poliment. Elle s’en excuse… C’est le début d’une correspondance dont l’évolution va être le sujet de toute la pièce.
Les mails s’échangent et s’entremêlent dans un charmant méli-mélo ; chacun commence à se mêler de la vie de l’autre. Tout va se passer via Internet. La conversation, qui n’était qu’anodine, commence à prendre de l’épaisseur au fur et à mesure que croît l’intérêt de chacun pour son interlocuteur de hasard.

Emmi est jolie, joyeuse, volubile, lumineuse, pragmatique et, surtout, heureuse de sa vie de femme et de mère… Léo est encore tout meurtri par une douloureuse séparation. Il se laisse un peu aller. Il est débraillé, hirsute, pieds nus, il fume énormément. Et il est très bougon. Visiblement, ces mails inopinés l’enquiquinent. Mais, comme c’est quelqu’un de bien élevé, il y répond. De façon quelque peu acerbe, certes, mais il y répond. Ce qui amuse fortement Emmi. Ça lui apporte un peu de piment dans sa vie ronronnante… Paradoxalement, le premier à craquer et à se dévoiler et à montrer le plus de sincérité, ce sera Léo. Son chagrin est encore trop lourd, il a besoin de s’en décharger. C’est beaucoup plus facile pour lui avec quelqu’un qu’il ne connaît pas et qu’il ne veut pas connaître… Peu à peu, l’échange qui n’était que jeu et envois de piques, tourne à la confidence. Une véritable addiction s’installe. Jusqu’où vont-ils aller dans leur quête de connaissance de l’autre ?

Rendez-vous au Grand Café est une pièce sur le fantasme, sur le poids de l'imaginaire. Il est insidieux, bien plus prenant que la réalité car on idéalise l’autre. Aucun n’est dupe pourtant. Fin analyste des sentiments, Léo sait que leur aventure courrielle n’est qu’« une utopie amoureuse construite sur les touches d’un clavier ». Mais la dépendance, le besoin de l’autre, se font de plus en plus impérieux. Seule LA rencontre pourrait confirmer ou infirmer leur attirance…

Finalement, cette histoire est bien convenue, sans grande surprise. Elle est heureusement servie (et sauvée) par l’interprétation de ses deux protagonistes. Le couple, à la scène, fonctionne à merveille. Lui dans le genre bourru (registre qu’Olivier Marchal affectionne), elle dans la grâce et la légèreté. On comprend tout à fait que, couple à la ville, Catherine et Olivier aient été attirés par cette pièce et aient eu envie de la jouer ensemble. Ils y prennent un plaisir évident. Tout réside dans leur jeu, dans leur échange, dans leur complicité. C’est plaisant à voir, mais il plane en permanence un léger nuage d’ennui. Il y a de l’humour (surtout dans certaines envolées de Léo), de la tendresse et aussi, vers la fin, de l’émotion. Pourtant, il nous manque quelque chose. Tout cela est trop formel, trop attendu. Les deux personnages sont complètement dans les stéréotypes féminins et masculins.

La pièce est découpée dans le temps. Les parenthèses sont rythmées par de fort jolies mélodies. On assiste à des petites scènes de leur quotidien. Ils boivent, se changent, lisent, se couchent…
Quant aux comédiens, ils sont vraiment parfaits. Ils jouent naturels. Catherine Marchal, très féminine, est véritablement séduisante. Elle porte à ravir de fort jolies robes… Olivier Marchal est comme il est dans la vie : une sorte d’ours débordant de tendresse qui excelle dans les boutades et les formules à l’emporte-pièce.

mardi 23 octobre 2012

La Bible de la religion cathodique


Les 500 émissions mythiques
De la Télévision française
Ecrit par Michel Drucker et Gilles Verlant
En partenariat avec l’INA (Institut National de l’Audiovisuel)
Beaux Livres Flammarion
528 pages / 700 illustrations
29,90 €

Mon avis : Plus de 500 pages racontant cinq décennies de Dame Télévision française de sa naissance aux années 2000, voici ce qu’on peut appeler un pavé de bonnes intentions !
Passé l’impressionnant sommaire, l’ouvrage s’ouvre en double page sur un fameux clin d’œil qui résume à lui seul ce demi-siècle : une photo réunissant Jacqueline Joubert et Georges de Caunes et un bambin dans son landau, leur très prometteur rejeton, Antoine… Ce cliché de 1954 en noir et blanc suscite en nous autant le sourire que l’émotion.

Avant de s’immerger plus avant dans ce recueil, même si ça peut paraître superfétatoire en raison de leur notoriété, il faut en présenter les auteurs.
Le gros de l’ouvrage est réalisé par Gilles Verlant. Il est entré « en télévision » il y a quarante ans, en 1972. Ce grand spécialiste de musique rock et de BD est autant renommé pour sa voix que pour sa plume. Voix de Rapido, puis de Canal+ pendant dix ans, on lui doit de nombreux portraits et biographies, la plus impressionnante étant celle de Serge Gainsbourg. Habitué à rédiger de grosses sommes, maniaque du détail et de l’information, il était on ne peut plus habilité à raconter l’histoire de la Télévision.
Le Monsieur Plus de cet ouvrage n’est autre que Michel Drucker. En 2014, il célébrera ses cinquante ans de télévision. Un demi-siècle dans le poste ! Il est sans conteste aujourd’hui la figure la plus emblématique de l’audiovisuel hexagonal. Le « plus », c’est de l’avoir fait réagir sur la plupart de ces 500 émissions. Ses encadrés constituent la valeur ajoutée, le sel de ce gros plat de résistance, sa respiration libre et sans langue de bois. Son extrême connaissance du milieu ajoutée à ses nombreuses expériences personnelles fait que ce livre fourmille d’anecdotes, de confidences et de réflexions qui le rendent encore plus riche et plus vivant.
Enfin, il faut signaler la collaboration à cet ouvrage de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) qui a permis l’accès à ses indispensables archives.

Impossible de parcourir Les 500 émissions mythiques de la Télévision Française d’un trait. Le classement étant chronologique et l’ouvrage divisé en cinq décennies elles-mêmes compartimentées en différentes thématiques (Information, Débat, Sport, Variétés, etc…) on peut l’aborder comme on le veut. Soit méthodiquement, de façon purement scolaire, soit en le picorant en fonction de vos goûts… ou de votre âge. Il est vrai qu’on a plutôt tendance à se jeter sur la période que l’on connaît le mieux, celle où l’on a été le plus téléphage.
Ce bouquin est d’une richesse incroyable. Difficile d’être plus exhaustif. Il y a tout ! Et on en apprend sur tout : genèse et historique des émissions, leur durée, portraits du ou des principaux protagonistes… Le tout est agrémenté d’une remarquable iconographie, des photos qui constituent pour nous autant de petites madeleines de Proust.
Ce que l’on qualifiait il y a quarante ans d’« étrange lucarne » est devenu, au fil de temps, un élément familier incontournable de notre quotidien. La télévision est, depuis pas mal de temps déjà, reconnue comme étant le loisir numéro 1 des Français.
Il fallait faire ce livre. A travers ses pages, on revit cinquante ans d’histoire, il synthétise l’étourdissante évolution de notre société, et il rend également hommage à toutes ces personnalités, toutes ces figures, qui nous ont accompagnés tout au long de notre vie.
Les 500 émissions mythiques de la Télévision Française, c’est la Bible pour tous les cathodiques (le Missel Drucker ?)…

mercredi 17 octobre 2012

Les grands moyens


La Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Une comédie de Stéphane Belaïsch et Thomas Perrier
Mise en scène par Arthur Jugnot et David Roussel
Scénographie de Sarah Bazennerye
Avec Cyril Garnier (Max), Guillaume Sentou (Léo), Magaly Godenaire (Laura), Marie Montoya (Salomé)

L’histoire : Max va piéger Laura ; il voudra piéger Salomé mais sera piégé par Léo qui voulait piéger Laura…
Léo est en plein chagrin d’amour. Il vivait avec Laura, elle l’a quitté il y a quelques mois. Elle lui reprochait ce que toutes les femmes reprochent aux hommes en général : égoïsme, immaturité, lâcheté, etc… Léo en discute avec Max dans le bar tenu par Salomé, la cousine de Laura. Un plan diabolique va alors se mettre en place. Télécommandé par Léo, Max va séduire Laura puis se saborder volontairement afin de la dégoûter des hommes et de leurs faiblesses…

Mon avis : Et bien, ce spectacle n’est pas moyen, il est grand ! Une fois encore le Théâtre de la Gaîté porte bien son nom avec cette comédie trépidante et follement drôle. Drôle, mais avec une vraie histoire remarquablement ficelée. En effet, les « ficelles » (ou rebondissements) se croisent et s’entrecroisent à l’infini pour finir par nous fournir un invraisemblable canevas. L’écriture, le ton et le traitement de cette pièce sont hyper modernes. A une époque où tout va très vite et où règne la zapette, il ne faut pas laisser au spectateur le temps de se poser. Il se passe trop d’événements, de bouleversements, de gags, d’effets visuels… On se demande en permanence comment ces quatre là vont se sortir de leur imbroglio sentimental.
Car Les grand moyens est avant tout une comédie sentimentalo-romantique. Le fil rouge en est l’amour et, en corollaire, les sempiternelles relations hommes-femmes. Même si la pièce se veut générationnelle puisqu’elle implique des trentenaires, les histoires de couples concernent tout le monde.

Cette pièce, c’est du Marivaux. On aurait pu ainsi emprunter différents titres à son œuvre sans en dénaturer le sens. Les exemples abondent : L’Amour et la Vérité, La Surprise de l’amour, La Double inconstance, Le Dénouement imprévu, La Seconde surprise de l’amour, L’Heureux stratagème, L’Epreuve… C’est confondant de voir comme chacun de ces titres pourrait parfaitement convenir. Mais, comme ici Marivaux est complètement revisité par les Monty Python, on ne saurait faire référence au Jeu de l’amour et du hasard. S’il y a en effet du jeu et de l’amour, il n’y a en revanche aucune intervention du hasard car dans la pièce de Belaïsch et Perrier, le destin est sans cesse téléguidé. Sans le stratagème machiavélique fomenté par Léo, il n’y aurait pas d’histoire…
Elle est toute simple l’idée de Léo : faire séduire son ex, Laura, par un bellâtre qui va se révéler être un gougnafier pour que, par effet comparatif, elle réalise ce qu’elle a perdu en le congédiant. De loin, ça paraît imparable, mais l’âme humaine – et en priorité la mentalité masculine – est imprévisible. Le boomerang ainsi lancé un peu inconsidérément, peut vous revenir encore plus vite en plein cœur… Et puis il y a les impondérables. Comment Léo aurait-il pu s’imaginer que Salomé, la cousine de Laura, allait s’enticher grave de lui ? Lui, indécrottable romantique, comment pourrait-il se glisser dans l’esprit de Max, dragueur invétéré, queutard quasi professionnel, pour l’amener à agir selon ses principes ? Devenant ingérable, la combine échappe dès lors à tout contrôle…

Non seulement Les grand moyens est un véritable petit bijou d’écriture, mais cette comédie est servie par une mise en scène au rythme échevelé, truffée de trouvailles ingénieuses. Devant tant d’inventivité, Jugnot n’est pas le Roi Arthur, mais Merlin l’Enchanteur ! Or, pour qu’une machine aussi méticuleusement huilée puisse tourner à plein régime, il faut qu’elle soit actionnée par des comédiens qui puissent non seulement s’associer à ce délire totalement maîtrisé mais aussi lui apporter leur propre folie. Et actuellement, il n’existe aucun binôme aussi explosif et performant que celui formé par Cyril Garnier et Guillaume Sentou. Arthur Jugnot, qui les avait eus pour partenaires dans la pièce elle-même louftingue, A deux lits du délit, savait exactement ce qu’il pouvait attendre de ces deux énergumènes. Non contents d’assurer sur le strict plan de la comédie, ils y mettent leur petit plus, à savoir quelques prouesses physiques complètement cartoonesques qu’ils sont les seuls capables d’accomplir.

Dans cette pièce la rapidité des échanges et l’enchevêtrement des situations sont tels qu’on ne sait vraiment plus où donner de la tête. Et on rit, on rit, on rit… Sincèrement, chapeau aux auteurs. Il en faut de l’imagination pour réussir à concocter une comédie aussi bien construite et qui nous tienne en haleine du début à la fin sans aucune incohérence. La manière dont les dialogues s’enchaînent est d’une rare originalité, surtout au théâtre, où tout se déroule en direct. Et le rythme est donné par la succession nerveuse de petites saynètes. C’est réellement magistral. Il y a vraiment de superbes idées. Ne serait-ce que de jouer les deux versions d’une scène : celle qui était prévue et celle qui s’est réellement passée. L’effet de surprise sur nous est d’autant plus réjouissant.

Du début à la fin, on se sent en empathie avec les quatre protagonistes des Grands moyens. Ils nous ressemblent, ils sont comme nous, avec leurs doutes, leur quête de bonheur. Le casting est parfait, épatant. Pour donner la réplique à ces deux hurluberlus de Garnier et Sentou, il fallait deux jeunes femmes promptes à s’engouffrer dans ce joyeux univers et aptes à y ajouter leur grain de folie. Magaly Godenaire et Marie Montoya campent avec autant de malice que de sensibilité ces deux jeunes femmes en mal d’amour en mal de mâles. Contrairement aux bonshommes, elles restent lucides, même si, heureusement, elles ne sont pas toujours raisonnables.
Je ne peux que vous recommander le plus chaudement cette pièce joyeuse, pleine d’humour et pleine d’amour. C’est une réussite totale, à tous les niveaux. Que ce soit sur le plan de l’écriture, sur celui de la mise en scène te sur celui du jeu d’acteur, ils y ont tous mis le meilleur d’eux-mêmes. Les grands moyens, quoi !

lundi 15 octobre 2012

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté


Un film de Laurent Tirard
D’après l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo
Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron
Costumes de Pierre-Jean Larroque
Avec Gérard Depardieu (Obélix), Edouard Baer (Astérix), Guillaume Gallienne (Jolitorax), Vincent Lacoste (Goudurix), Valérie Lemercier (Miss Macintosh), Fabrice Luchini (Jules César), Catherine Deneuve (Reine Cordelia), Charlotte Le Bon (Ophélia), Bouli Lanners (Grossebaf), Dany Bonn (Têtedepiaf), Atmen Kélif (Pindépis), Jean Rochefort ‘Lucius Fouinus), Gérard Jugnot (Capitaine pirate)
Sortie le 17 octobre

Synopsis : 50 avant Jésus-Christ. César a soif de conquêtes. A la tête de ses glorieuses légions, il décide d’’envahir cette île située aux limites du monde connu, ce pays mystérieux appelé Britannia, la Bretagne.
La victoire est rapide et totale. Enfin… presque. Un petit village breton parvient à lui résister., mais ses forces faiblissent. Cordelia, la Reine des Bretons, décide donc d’envoyer son plus fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule, auprès d’un autre village, connu pour son opiniâtre résistance aux Romains…
Dans le village gaulois en question, Astérix et Obélix sont déjà bien occupés. Le chef leur a en effet confié son neveu Goudurix, une jeune tête à claques fraîchement débarquée de Lutèce. Ils sont censés en faire un homme. Mais c’est loin d’être gagné.
Quand Jolitorax arrive pour demander de l’aide, on décide de lui confier un tonneau de potion magique, et de la faire escorter par Astérix et Obélix, mais aussi Goudurix, car ce voyage semble une excellente occasion pour parfaire son éducation…

Mon avis : Ce quatrième opus des aventures d’Astérix, signé Laurent Tirard, est sans conteste le plus fidèle aux BD de Goscinny et Uderzo. Personnellement, je l’ai trouvé nettement supérieur à Astérix aux Jeux olympiques, mais en dessous du niveau atteint par le magistral Mission Cléopâtre.

Dans le désordre, voici ce que j’ai vraiment aimé :

Au niveau des comédiens
-          La prestation parfaite de Gérard Depardieu.
-          La facilité avec laquelle Edouard Baer s’est glissé dans les braies d’Astérix. Il apporte au personnage du petit Gaulois une forme de sagesse, une sérénité, un calme, un recul et un sens de la dérision qui lui vont très bien. Son timbre de voix, si personnel, est également un plus.
-          La finesse de jeu de Guillaume Gallienne.
-          Un Fabrice Luchini absolument impérial. Il en impose tout naturellement sans jamais en rajouter. Il est impeccable, même quand il y perd son latin…
-          La composition savoureuse de Valérie Lemercier.
-          La prestance tout-à-fait royale de la grande Catherine… Deneuve.
-          La fraîcheur et le charme de Charlotte Le Bon.

Au niveau de l’adaptation
-          La qualité des dialogues.
-          Le flegme tout britannique affiché par Guillaume Gallienne et Catherine Deneuve.
-          L’idée de traduire l’anglais de façon scrupuleusement littérale.
-          Les nombreux anachronismes placés à bon escient.
-          Les quelques clins d’œil à l’actualité (exemple : les sans-papyrus).
-          Le respect de l’antagonisme franco-anglais.
-          La scène d’anthologie qu’est la rencontre entre Astérix et Jules César. Le jeu très subtil des comédiens et la virtuosité de leur échange. C’est, pour moi, le grand moment du film.
-          L’introduction du thé en Grande-Bretagne.

Ce que j’ai moins apprécié :
-          Un manque de folie. Le film est trop maîtrisé. J’aurais aimé que Laurent Tirard soit un peu plus audacieux et lâche les chevaux.
-          J’ai mis un temps fou à reconnaître Dany Boon, lequel nous livre, à mon goût, une prestation en demi-teinte.
-          Il y a deux-trois scènes un peu inutiles, longuettes ou superfétatoires (le vol des Vikings / la danse entre Obélix et Miss Macintosh).
-          On aurait pu trouver un autre motif pour faire enfin connaître la peur aux Vikings. Le prétexte utilisé dans le film est un peu faiblard.
-          J’aurais aimé qu’on ajoute quelques spécificités typiquement british (la conduite à gauche par exemple)
-          Le jeu très moyen et parfois faux de Vincent Lacoste dans le rôle de Goudurix.

Conclusion :
Astérix et Obélix au service de Sa Majesté est un film sympathique et gentillet, presque trop conventionnel. On y sourit – très souvent certes – plus qu’on y rit. Il y a heureusement ça et là de jolis morceaux de bravoure. Mais, personnellement, je suis resté sur ma faim. Ce qui n’empêchera pas le film de Laurent Tirard de décrocher un vrai succès populaire. J’en suis convaincu.