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jeudi 24 mars 2022

Stromae "Multitude"

 


Mosaert / Universal / Polydor

 

Autopsychologie d’un album

 Stromae est « Invaincu » peut-être, mais pas indestructible. Loin de là, même ! Naufragé des sentiments, cœur en détresse, il lance inlassablement des bouteilles à l’amer. Dans son île déserte, dans son désert effectif, il est tour à tour Robinson et Vendredi, le dominant et le dominé, le maître et le serviteur… Mais son ambivalence est encore plus protéiforme : s’il est seul dans son mal-être, dans sa tête il est une Multitude. D’où le titre de son album.

 Stromae joue à la marelle. Il saute à cloche-pied d’une case à l’autre, d’un monde à l’autre, d’un sentiment à l’autre. Mais il y a toujours quelque chose qui cloche et il ne prend pas souvent son pied ; à moins que, exceptionnellement, il vive une Bonne journée. Il pressent que, lorsqu’il aura quitté son point de départ, la Terre, il y a plus de risques qu’il gagne L’Enfer plutôt que le Ciel. Il lui faudrait une sacrée Santé mentale pour se débarrasser de tous ses tourments ; pour qu’il puisse affirmer enfin en parlant de sa/la vie ; « C’est que du bonheur ».

 Stromae pourrait avoir la candeur de Pinocchio s’il ne devait pas se farcir la présence à son oreille d’un Jiminy Crickett destructeur. A peine se sent-il Fils de joie que l’autre cafard lui insuffle le mauvais côté des choses. Du coup, il s’annonce une Mauvaise journée, une journée de merde. Stromae est en permanence en porte-à-faux. Il s’ennuie lorsqu’il est tout seul et il ne supporte pas la routine dans le couple. Alors on se sépare, et c’est le manque de l’autre qui s’installe. Place alors à La solassitude, espèce de sentiment glauque qui introduit une sorte de mouvement perpétuel ; genre le chien qui tourne en rond en essayant d’attraper sa queue. Mais là, c’est un mec qui tourne ne rond en essayant d’attraper le bonheur.

 C’est pathétique ! Riez si vous le pouvez, mais il est plus à plaindre qu’à envier. Il en fait d’ailleurs lui-même La déclaration : il fait partie de la famille des « rageux », de ceux qui se réjouissent du malheur des autres et qui ne supportent pas le bonheur des autres. Les mots s’envolent, mais les aigris restent… Pire encore, il est incapable de cohabiter avec lui-même. Alors, la vie à deux… Ce n’est Pas vraiment confortable d’avoir tout le temps le cœur entre deux chaises.


Il commence une chanson avec des mots et des images positives, enthousiastes même et, c’est plus fort que lui, il faut qu’il la termine avec de l’agressivité, des mots crus, des insultes.

La chanson la plus impitoyable - parce qu’elle est hyper réaliste - est celle où il traite de la paternité (C’est que du bonheur). Les mots doux font place à des mots durs. C’est, pour moi, le texte le plus réussi. Mais aussi le plus violent. Et pourtant il n’y décrit que des choses vraies, des évidences. J’ai aimé sa construction en forme d’éternel recommencement. C’est le cercle vicieux de la vie où les couches se transmettent de cul en cul. Lorsqu’on voit son enfant à travers ce prisme, avec ces arrière-pensées-là, c’est délicat de lui roucouler « Mon amour »…


On retrouve cette même lucidité acide dans Déclaration. Et j’ai particulièrement apprécié la pirouette inattendue qui clôt Fils de joie en passant de la caresse au coup de poing, lui apporte un autre regard, un autre niveau de lecture. Et puis, il faut saluer ce superbe exercice de style un tantinet schizophrénique, mais tellement édifiant, qu’est la juxtaposition des deux titres Mauvaise journée et Bonne journée. Sacrée prouesse ! Comme quoi on peut tout dire et son contraire avec la même totale sincérité. C’est la théorie du verre à moitié vide ou à moitié plein…

Multitude est un album multitubes. Certes, on ne peut pas dire qu’il soit très jovial. Il est en effet l’album photos d’un état d’esprit à un instant T. Des photos en noir et blanc, où le noir est largement majoritaire. Le paradoxe, c’est que Stromae fait rimer « Multitude » avec « Solitude ». Deux termes qui, a priori, sont antagonistes. Mais il nous fait très bien comprendre que la solitude peut prendre des visages et des sensations multiples. Enfin, tant qu’il gardera suffisamment de recul pour saupoudrer ses chansons d’humour et qu’il pratiquera un cynisme réjouissant, il y aura toujours matière à pondre encore une multitude d’albums.

 Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 8 janvier 2021

Thomas Dutronc "Frenchy"

 


Tomdu Productions / Blue Note France / Universal

 

Mon avis : C’est si bon d’imaginer Un homme et une femme, dans une crique isolée au bord de La Mer, sous un ciel sans Nuages, en train d’écouter Frenchy, le nouvel album de Thomas Dutronc…

Pour en profiter pleinement, mieux vaut ne pas avoir les Feuilles mortes. Personnellement, Plus je l’embrasse et plus je vois La Vie en rose et plus I Get Lucky. Bref, c’est La belle vie. Comme d’habitude, Thomas parsème son chant de plein de Petites fleurs. Et, Comme d’habitude, lorsqu’on arrive à la fin de l’album, totalement sous le charme, on a l’irrépressible envie de lui dire « Ne me quitte pas »…

« Frenchyment », ce quatrième opus de Thomas Dutronc est un pur régal.

 


Fans Frenchy, Thomas Dutronc rend un hommage respectueux à une douzaine de grands standards de la chanson française. Il les revisite à sa façon, c’est-à-dire en les colorant de cette pop jazzy qu’il a faite sienne et qui est sa carte de visite. Dans ce registre, il est comme un poisson dans l’eau. Il s’amuse et le plaisir qu’il y prend est communicatif.

 Il y a dans cet album, quelques titres qui, à mon goût, sont de véritables petites merveilles.

Dans l’ordre d’apparition, C’est si bon, Plus je t’embrasse, Minor Swing s’installent sur les trois plus hautes marches de mon podium.

Avec l’apport de la voix grave d’un Iguane (Iggy Pop) qui lézarde dans sa cool attitude, et celle, délicieusement voilée de Diana Krall, la version de C’est si bon donne naissance à un trio judicieusement complémentaire... La version très rythmée de Plus je t’embrasse, sur laquelle Thomas s’amuse à prendre un léger accent british, nous donne, tant elle est joyeuse, une furieuse envie de hocher la tête et de bouger les pieds… Même chose au niveau des réactions physiques pour le seul titre instrumental, Minor Swing, clin d’œil manouche à Django Reinhardt, qui donne envie de sauter partout en criant que la vie est belle.


D’autre titres nous donnent l’impression, tant il a l’art de se les approprier, qu’ils font partie de son répertoire. C’est le cas de
Petite Fleur, de All For You (Nuages) et de The Good Life (La Belle Vie). Les paroles de Petite Fleur comprennent même quelques phrases que l’on dirait autobiographiques. C’est troublant.  

Les arrangements apportent à certaines autres chansons un éclairage différent. Par exemple dans La Vie en rose, où Billy Gibbons se la joue à la Armstrong, la partie sifflée nous fait penser à un peintre en bâtiment qui, tel un piaf, est en train de siffloter à la fin des années 40 le dernier titre à la mode de la Môme Edith… Quant à la version de Beyond The Sea (La mer), elle traduit, de façon subliminale, la réalité dans laquelle Charles Trenet l’a écrite : il regardait la mer depuis la fenêtre du compartiment d’un train qui longeait le littoral méditerranéen. Et bien, tout au long de cette chanson qui avance tout le temps, on a la sensation de se trouver à bord de ce train et de voir le paysage défiler.


Thomas s’offre également trois magnifiques duos avec des partenaires féminines « haut de gamme » :
Playgroung Love, avec une langoureuse Youn Sun Nah ; Un homme et une femme, avec la tendre crooneuse Stacey Kent ; If You Go Away (Ne me quitte pas) avec Haley Reinhart… La voix, dans le souffle, à la fois rauque et claire, de Haley mêlée au timbre chaud de Thomas fait du titre de Brel une toute autre chanson. C’est toujours une chanson d’amour, mais elle est moins désespérée, plus positive, plus rassurante, nous laissant même envisager une happy end.


En conclusion,
Frenchy est un superbe album. Thomas Dutronc a su recycler à sa manière quelques grandes œuvres du patrimoine de la chanson française. En s’entourant d’invités prestigieux qui se sont tous magnifiquement impliqués, il a composé un album estampillé « Club de jazz » ; un album qui s’écoute en bonne compagnie, lumières tamisées, sourire aux lèvres… Diffuseur de bonne humeur, Thomas confirme qu’il excelle dans les ballades, confirme son grand talent de guitariste, confirme son amour pour le partage, pour le jeu d’équipe. En effet, si les guitares sont prépondérantes, les parties piano et contrebasse sont tout simplement somptueuses.

 Gilbert « Critikator » Jouin

 

samedi 7 décembre 2019

Salut les Copains fête ses 60 ans !


Universal / MCA / Europe 1
4 CD
100 titres en format Digisleeve
1 livret de 20 pages
1 poster inédit

Sortie le 6 décembre 2019

 Ex-fans des Sixties, ce coffret est fait pour vous !
Les chansons des idoles des années 60 ont 60 ans… La décennie 1959-1969 marque les grandes heures de l’émission de radio « Salut les Copains » et, pour les ados de cette époque, une véritable révolution musicale. C’est l’avènement des yé-yés.
« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure… On se dit qu’à 20 ans, on est le roi du monde » chantait Françoise Hardy. C’était aussi le temps de l’insouciance. On était en plein cœur des fameuses « Trente Glorieuses ». C’était le bon temps, quoi ! Mais on ne le savait pas. On le vivait, c’est tout…

Cette époque unique, foisonnante, prolifique, joyeuse est toute entière illustrée musicalement dans les 4 CD de 25 titres que contient le coffret Salut les Copains qui est sorti le 6 décembre. Le tout premier titre n’est autre que Last Night, l’incontournable indicatif de l’émission de radio animée par Daniel Filipacchi sur l’antenne d’Europe 1. Chaque jour, à partir de 17 heures, dès que « L’école est finie », les teenagers se précipitent dans leur chambre pour écouter sur leur transistor des chansons interprétées par des jeunes gens de leur âge.

Ces artistes débutants ont pour noms Johnny Hallyday, Richard Anthony, Les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell, Les Chats Sauvages avec Dick Rivers, Claude François, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Sheila, Frank Alamo, France Gall, Christophe, Jacques Dutronc, Michel Polnareff, Julien Clerc…
On y trouve aussi les chanteurs anglo-saxons qui les ont inspirés comme Ray Charles, The Shadows, Elvis Presley, The Beach Boys, Chuck Berry, The Supremes, The Byrds, Tom Jones, James Brown, The Moody Blues…
Que voulez-vous de mieux ? C’est l’âge d’or. La plupart de ces chansons, gravées à jamais, sont dans toutes les mémoires.

mercredi 19 décembre 2018

Eric Clapton "Happy Xmas"


Disques Polydor

Un peu de douceur dans ce monde de brutes avec la sortie de Happy Xmas, le 22ème album studio d’Eric Clapton, enregistré en octobre dernier.
Le ton est donné dès l’ouverture avec l’incontournable White Christmas. La guitare de Clapton, particulièrement soyeuse, est d’une douceur évangélique, les chœurs ont des voix d’anges, le rythme est gentiment chaloupé ; il n’y a aucune fioriture. C’est tout en simplicité et donc, redoutablement efficace. Ça ne pourrait pas réveiller un petit Jésus qui dort, juste le bercer… Le climat, gentiment incantatoire, reste le même pour la deuxième chanson, Away In A Manger (Once In Royal David’s City) tout entière dévolue à l’Enfant Roi. Après tout, il est tout à fait légitime que « God » évoque son divin Fiston…


Cet opus contient 14 titres. Clapton y a savamment mélangé des chansons de Noël archi connues comme White Christmas, Jingle Bells ou Silent Night avec des titres moins connus du grand public. Il nous offre également un air de sa composition, For Love On Christmas Day.
« Je me suis dit que ces chansons pouvaient être teintées de blues et j’ai commencé à réfléchir à la façon d’inclure cette touche entre les voix a-t-il déclaré. J’ai réussi et l’une des chansons les plus identifiables de l’album, celle qui en est devenue le pilier fondateur, c’est Have Yourself A Merry Little Christmas ».

Plus « SlowHand » que jamais, Eric Clapton nous régale. Dans Christmas Tears, il fait littéralement pleurer sa guitare. L’arrangement sur le célèbre Jingle Bells est très original. Cet instrumental qui tourne tout le temps avec un tempo légèrement sautillant est d’ailleurs dédié à la mémoire du DJ Avicii. C’est une sorte de parenthèse dans cet album, une petite rupture placée en plein milieu. Après quoi, il reprend sa balade avec le joliment bluesy Christmas In My Hometown. Une friandise de plus avec chœurs délicieusement acidulés.


Dans It’s Christmas, on perçoit les clochettes des rennes. Là, les cervidés semblent un peu pressés d’aller livrer le contenu de la hotte. On ne peut pas somnoler tout le temps !... Comme son nom l’indique, Sentimental Moments, est une chanson qui glisse douillettement sur un tapis immaculé de poudreuse (je parle de neige évidemment). Alors, histoire de secouer les flocons qui ont eu le temps de se déposer sur nos épaules, Eric nous propose un ersatz de Rythm’n’blues avec Lonesome Christmas, un petit bijou pour qui aime les jolis riffs de guitares et les rythmes syncopés. C’est un des meilleurs titres.

Avec comme choristes son épouse Melia et une de leurs filles, Sophie, la version de Silent Night nous fond dans les oreilles comme du sirop. Avec de la ouate pour remplacer les boules de neige, le silence est vraiment d’or. Enfin, après un blues classique, Home For The Holidays (avec solo de guitare très inspiré), Eric Clapton clôture son album avec le fameux « pilier » dont il parle, Have Yourself A Merry Little Christmas. Effectivement, ne serait-ce que pour ce titre, cet album est indispensable. Plus qu’un pilier, c’est un superbe sapin agrémenté de diverses décorations aux tons pastel. Le climat dégouline de tendresse. A la dernière note, on n’a plus qu’une envie : s’exclamer « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ».

lundi 8 juin 2015

Grégoire "Poésies de notre enfance"

PlayOn / My Major Company / Warner Music


Très sensibilisé par sa paternité et soucieux de transmettre à sa progéniture et à celle des autres son goût pour la poésie et les jolis textes, Grégoire s’est offert une parenthèse « enfantée » le temps d’un album. La tâche, ambitieuse, n’était pas aisée. D’autant qu’elle confinait à l’exercice de style.
Il lui a d’abord fallu se livrer à un gros travail de sélection. Pas évident de retenir une vingtaine de textes pour les mettre ensuite en musique et les interpréter en sachant à quel public ils étaient destinés. Bien sûr, le vivier le plus évident dans lequel il a pu pêcher était constitué par l’œuvre de Jean de La Fontaine. Le célèbre fabuliste se taille la part du lion avec un tiers des chansons, 6 sur 19 pour être précis. Ensuite, l’astuce était d’aller chercher des raretés du côté d’auteurs moins évidents et moins connus. Ce parti pris, totalement subjectif au vu de la richesse de notre patrimoine, lui a permis de favoriser les ruptures. On passe ainsi de récits archi connus que l’on écoute comme des standards à des textes qui attirent notre attention parce que, pour la plupart, on les découvre ou on les a totalement oubliés.


Ce qui est particulièrement réussi dans cet album-concept ludique et didactique à la fois, ce sont les arrangements. Volontairement sobres pour favoriser l’écoute et la compréhension, ils mettent en évidence des instruments moins usités comme la harpe (très souvent), le piano bastringue, la boîte à musique le cor, le banjo, le hautbois ou la clarinette. Ce choix délibéré génère un climat empreint de douceur et de tendresse. Cette discrétion, permet aussi à l’interprète, de poser sa voix très en avant et de privilégier ainsi la diction et les différentes intonations. Il y a presque un jeu d’acteur là-dedans. Grégoire se pose et se propose ici en chanteur-conteur.

Poésies de notre enfance contient de véritables petits bijoux (et oui, si j’ai mis un « x » au pluriel de bijou, c’est grâce à la chanson Le Hibou). Les titres sont brefs, ne donnant pas ainsi aux jeunes auditeurs de temps de décrocher. Leur concision priorise la qualité d’écoute.
J’ai donc essayé de me mettre dans la tête d’un bambin de cinq-six ans et d’écouter ces poèmes mis en musique avec une totale faculté d’intérêt et d’émerveillement.
Sachant que tout m’a plu, mon hit-parade personnel s’établit ainsi :
1/ La Girafe
2/ Les points sur les i
3/ Ponctuation
4/ Litanie des écoliers
5/ Lorsque ma sœur et moi
6/ Liberté
7/ La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf
8/ Le laboureur et ses enfants
9/ Le corbeau et le renard


Il est vrai que des titres comme La Girafe ou Litanie des écoliers attirent immédiatement l’attention parce qu’ils sont sautillants, joyeux, allègres, primesautiers.
En revanche, le texte de Un matin, saupoudré de mots un peu plus difficiles, m’a semblé un peu plus ardu à comprendre pour nos chères têtes blondes, brunes ou rousses.

Enfin, et c’est mon seul petit reproche, le non prononciation du « s » de « plus » dans Pour ma mère, peut entraîner un méprise dans la compréhension de ce poème. On peut l’appréhender de façon négative alors qu’il adresse une superbe déclaration d’amour…

lundi 18 mai 2015

Phil Barney "Au fil de l'eau"

Keeba Music Productions / Fiver Productions


 J’ai toujours aimé la voix de Phil Barney, ce léger voile et cette douceur qui lui sont propres et qui permettent de l’identifier immédiatement. Et puis, j’apprécie également l’homme… Sa culture musicale, ses premières influences, elles viennent de la musique funk, du rhythm’n’blues puis du rap. Musicien autodidacte, touche-à-tout (programmateur radio, DJ, animateur à la télé, et même acteur), il a connu de multiples collaborations avant de se lancer dans une carrière solo. Il a déjà 30 ans quand il connaît son premier grand succès, et quel succès ! Il s’agit en effet de Un enfant de toi, dont il vendra 1,5 millions d’exemplaires en quinze ans.

Phil Barney n’est pas un artiste très prolifique. En une trentaine d’années, il n’a sorti que sept albums. C’est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis penché sur son septième opus, Au fil de l’eau (Au Phil de l’eau ?)…
Phil est un artisan, un confectionneur de chansons. Il aborde et évoque des thèmes simples et universels. Ses sujets de prédilection sont l’amour (sous toutes ses formes, les rêves et le voyage. Il se dégage toujours de lui une profonde humanité avec, assez souvent, une touche de mélancolie.
Cet album est remarquablement réalisé. Il offre une palette infiniment riche en couleurs rythmiques avec une utilisation subtile d’instruments additionnels qui apportent à chaque titre son empreinte musicale… Sur le plan de l’écriture, il utilise des mots de tous les jours, des mots qui sonnent bien à l’oreille, tout en jouant avec les allitérations et en l’agrémentant de jolies images.


Arrangements soignés, voix veloutée et textes travaillés, cela donne un album efficace et varié.
Ma chanson préférée, c’est celle qui a donné son titre à l’album, Au fil de l’eau. D’abord parce que c’est un reggae (superbes chœurs), puis pour ce qu’elle raconte et le message qu’elle contient. C’est l’histoire de l’enfant qui grandit, qui va prendre son envol et sa destinée en main. C’est le moment propice pour transmettre, pour essayer de l’aider en s’appuyant sur sa propre expérience. Belle leçon de vie…
Ensuite, toujours aussi subjectivement, j’aime beaucoup Vivre avec elle, une émouvante et convaincante déclaration d’amour à la musique… J’ai été très sensible à Prenez ma vie, la chanson qui clôt cet album. C’est douloureux, sombrement réaliste, carrément sacrificiel. Le piano est magnifique, solidaire de ce climat poignant. Aux trois-quarts, ce titre devient quasiment symphonique avec des cordes qui viennent discrètement rejoindre le piano. Quelle ambiance et quelle interprétation véritablement habitée.


On n’est plus personne, qui commence par une agréable guitare espagnolisante, évoque l’érosion du temps au sein du couple. C’est bien analysé, bien écrit, bien traduit… Dans nos bras est également parfaitement réussi. C’est un titre qui balance bien, au refrain efficace. C’est une autre déclaration d’amour (peut-être pas partagé), mais à une femme cette fois, qui se distingue par son gros travail sur les sonorités…
Le reggae doux de Tous mes regards, habille joliment cette histoire d’amour exclusif. C’est très agréable à écouter…
Sinon, j’ai bien aimé aussi la voix de tête, la qualité du texte et le côté aérien de Comme un ange ; le message de tolérance de Fleur du désert ; l’ambiance festive, tonique et dansante de Oyé Salsa ; la douce nostalgie des Jours heureux ; la profession de foi humble et sincère de Rien qu’un homme (quelle partie de basse !) ; la tendresse de Princess Jade avec son clin d’œil subtil à Un enfant de toi alors qu’il s’agit là d’adoption.


Au fil de l’eau est un album qui doit s’écouter plusieurs fois pour en saisir la variété et le raffinement des arrangements. Et puis, tout ce que raconte Phil Barney nous va droit au cœur car il ne parle que de thèmes et de situations que nous connaissons, que nous vivons ou que nous pourrions tous être amenés à vivre. C’est de la belle et bonne chanson française.

mercredi 13 mai 2015

Les Stars font leur Cinéma

Warner Music France

J’ai lu quelques critiques dévastatrices à propose ce cet album (entre autre sur le site de L’OBS), et je ne comprends pas bien. Ou bien j’ai les trompes d’Eustache complètement anesthésiées mais, personnellement, je l’ai trouvé, à une ou deux exceptions près, parfaitement respectable. J’ai même pris un réel plaisir à l’écouter.

Passés les deux premiers titres que j’ai trouvés fades, les treize chansons qui suivent m’ont plutôt séduit. Y compris ceux qui sont interprétés par des artistes qui ne sont pas a priori ma came.
Ce qu’il faut avant tout mettre en exergue, c’est la grande qualité des arrangements et le travail très abouti des réalisateurs, David Gategno et Thiéry F (pour Loïs & Clark). Je trouve qu’ils ont vraiment bien dirigé les chanteurs en leur faisant éviter ou l’écueil du clonage karaoké ou, surtout, de tomber dans la démonstration vocale.


M. Pokora est impressionnant de douceur dans (Everything I Do) I Do It For YouLes Magic System ont apporté leur enthousiasme, leur joie de vivre dans une interprétation chaleureuse et festive de Toi et le soleil (I Can See Clearly Now)… Tout en feeling et en intensité, Corneille nous livre une version hyper veloutée et toute en retenue de I Will Always Love You
Dans We Don’t Need Another Hero, Amandine Bourgeois rivalise aisément avec Tina Turner, sachant mettre le volume juste où il faut et quand il faut sans tomber dans l’excès… Lara Fabian nous gâte avec la justesse d’une appropriation particulièrement mélodieuse et maîtrisée de Unchained Melody… Vita & Maude sont joliment complémentaires pour nous proposer une version très agréable qui tourne toute seule de Danse ta vie (Flashdance… What A Feeling)


Vincent Niclo ne s’est pas caricaturé en évitant de mettre toute la puissance dont on le sait capable dans She’s Like The Wind… Inna Modja se montre très à l’aise, façon diva de la soul, dans son exécution à la fois souple et tonique de Son Of A Preacher Man… J’ai été très agréablement surpris par le duo formé de David Carrera & Camille Lou dans (I’ve Had) The Time Of My Life.
Natasha St-Pier s’en sort remarquablement dans Don’t Cry For Me Argentina ; elle y met juste ce qu’il faut de souffle et d’intensité pour nous en restituer toute la nostalgie qui entoure ce titre… Je ne connaissais pas Corentin Grevost et j’ai réellement apprécié ce qu’il a su faire avec Oh Pretty Woman. Anggun, que j’attendais au tournant de Calling You, est une autre des jolies surprises que réserve ce CD en nous concoctant une version pleine d’émotion et de douce mélancolie… Et l’album se termine en beauté avec la voix si joliment écorchée d’Inaya (peut-être ma chanson préférée), simplement accompagnée d’une guitare, elle met beaucoup de conviction et de simplicité dans U-Turn (Lili) du groupe AaRON.

Bref, n'en déplaise à certains détracteurs, cette quinzaine d’unchained melodies est très agréable à écouter. Toutes ces musiques de films nous parlent, elles évoquent des souvenirs, des images, des acteurs et des actrices et, quitte à me répéter, elles sont remarquablement arrangées et réalisées.
Les Stars font leur cinéma, mais elles n’ont pas fait DE cinéma. On sent qu’elles se sont vraiment mises au service de chansons qui sont autant de grands standards gravés dans notre mémoire.


samedi 2 mai 2015

Marie-Antoinette et le Chevalier de Maison Rouge

Polydor / Universal Music

Passionné d’Histoire, Didier Barbelivien prépare pour la rentrée 2016 un spectacle musical intitulé Marie-Antoinette et le Chevalier de Maison Rouge. A l’instar de Vendée 93, sorti en 1992, dans lequel il s’était inspiré d’un roman de Victor Hugo, il a puisé cette fois dans l’œuvre d’Alexandre Dumas.
Adepte d’une stratégie qui a déjà fait ses preuves à maintes reprises par le passé, le prolifique auteur-compositeur a décidé d’en sortir l’album plus d’un an avant sa réalisation sur scène. Ainsi, les principaux extraits diffusés sur les ondes auront-ils eu pour effet de séduire et de fidéliser le public.
Le Chevalier de Maison Rouge, le roman de Dumas, qui fourmille de péripéties, constitue un formidable terreau pour glaner les éléments essentiels à un scénario on ne peut plus épico-romantique. Deux histoires d’amour qui s’entrecroisent à l’ombre de la guillotine, c’est vraiment inspirant. Didier Barbelivien avait ainsi largement de quoi s’inspirer pour broder à l’envi autour de cette dramatique. Comme il le présente lui-même, il n’a fait que « traduire la légende en chansons ».

Le CD qui vient de sortir donne plus qu’un aperçu du spectacle à venir. Les dix-sept titres qui le composent sont tous amenés par une brève présentation historique. Cette narration a été judicieusement confiée à Stéphane Bern. Avec sa diction et son ton si particuliers, il lui apporte une forme de grandiloquence légèrement surannée, mais qui lui va si bien.
Bien sûr, toutes ces chansons ne produisent pas sur nous le même effet. Certaines, qui peuvent nous paraître un peu fades à l’écoute, risquent d’être magnifiées en étant interprétées sur scène.
En attendant, je me suis contenté de m’en tenir au simple rôle d’auditeur sans essayer de projeter ou de matérialiser quoi que ce soit. Je ne me suis laissé porter que par des chansons… Mon hit parade « marie-antoinettesque », évidemment subjectif mais totalement honnête, se présente ainsi :
-          1/ Tu penses à elle.
-          2/ Marie-Antoinette.
-          3/ Mon fils, mon Roi.
-          4/ L’amour secret.
-          5/ La Terreur citoyen.
-          6/ Trahir par amour.
-          7/ La noblesse.


A priori, tous les interprètes de ces chansons seront les personnages du spectacle. Kareen Anton incarnera Marie-Antoinette, Didier Barbelivien le Chevalier de Maison Rouge, Mickaël Miro Maurice Lindet, Slimane jouera Lorrin, Valentin Marceau Martin, chanteur des rues, et Aurore Delplace Geneviève.

Ce casting est vraiment d’excellente qualité. Mickaël Miro, Kareen Antonn et, encore plus, Didier Barbelivien, ne sont plus à présenter. Tous les trois assurent remarquablement. En revanche, je connaissais moins les trois autres principaux protagonistes de cette épopée musicale. J’ai été particulièrement emballé par la voix de Slimane. Que ce soit en solo (La terreur citoyen, Marie-Antoinette) ou en duo (Tu penses à elle), il possède une vraie identité vocale. Quant à Valentin Marceau, je l’ai trouvé épatant dans sa façon joliment ironique d’interpréter La noblesse. Il a le ton juste et la distance nécessaire pour savoir mettre l’intention là où il faut. On sent en lui une dimension de comédien… En revanche, j’avoue que j’ai un peu de mal avec la voix trop ténue, trop aigue, d’Aurore Delplace. Heureusement, grâce à son joli minois, son aisance et sa tonicité, je suis convaincu qu’elle sera parfaitement à son affaire sur scène.

jeudi 16 avril 2015

La Légende du Roi Arthur


TF1 Musique / Artimuse / Warner Music France


L’album du spectacle musical La Légende du Roi Arthur s’inscrit dans la continuité de l’esprit des précédentes œuvres estampillées « Dove Attia » tout en présentant une couleur musicale et des arrangements qui lui sont propres. En effet, lorsqu’on évoque les Chevaliers de la Table Ronde, il est impossible de faire abstraction de la « celtitude » du sujet. De même que les aventures de Robin des Bois avaient la forêt de Sherwood pour cadre, le Roi Arthur et ses vassaux ont Brocéliande pour décor. Il était donc tout à fait logique que le climat du spectacle soit fortement imprégné de musique celtique. On y retrouve ainsi la cornemuse, la flûte, la harpe, autant d’instruments typiques qui fleurent bon le folklore breton.

Après avoir écouté attentivement et à plusieurs reprises cet album, j’avoue que je n’ai guère été dépaysé. J’y ai retrouvé tous les ingrédients qui ont fait le succès de l’épopée dovattiesque des Dix Commandements à 1789, Les Amants de la Bastille, en passant par Le Roi Soleil et Mozart l’Opéra rock.
Parmi les mets servis sur cette Table Ronde, il y a évidemment à boire (du chouchen) et à manger (du kouign aman). Mais, très sincèrement, la carte est plus qu’honnête et certains plats sont réellement goûtus.
Il y a six titres que j’ai plus particulièrement appréciés. Dans l’ordre d’apparition sur le menu :
-          Advienne que pourra. Tout d’abord, j’en ai aimé le texte, y reconnaissant la patte incomparable du sieur Baguian, avec son écriture subtile et si riche en allitérations et en sonorités. La mélodie, martiale et entraînante, est fort bien servie par la voix plutôt (excali)burnée de Fabien Incardona qui incarne le maléfique Méléagant.
-          Quelque chose de magique. Ce titre, lui aussi bien écrit, est redoutablement efficace et fédérateur. Le mélange des voix est aussi parfait que paradoxal en ce sens où la voix de Florent Mothe est imprégnée de douceur alors que celle de Camille Lou est presque plus musclée. L’alchimie est réussie. Cette chanson métaphysique qui tourne toute seule est un tube en puissance.
-          Auprès d’un autre. Joli texte, jolie mélodie, bel arrangement mélodieux et planant. Cette chanson interprétée par une âme torturée est vraiment réussie. Remarquablement ressentie par Florent Mothe, elle s’inscrit dans la tradition des grandes chansons de comédies musicales à l’instar de L’Assasymphonie.
-          Il est temps. J’ai trouvé cette chanson bien meilleure dans sa version « Troupe ». Elle s’y avère bien plus tonique, plus exaltante, plus hymnique aussi.
-          Si je te promets. Titre très agréable à écouter. Le refrain et son arrangement est percutant à souhait. Sa construction est également très habile (quelles cordes !), alternant la douceur et la puissance. Du beau travail.
-          Mon combat (Tir nam béo). Cette chanson nous rentre directement dans la tête. Elle est envoûtante, gentiment sautillante et entraînante. Elle donne envie d’entrer dans la ronde pour se joindre à la troupe. Là aussi, il faut souligner la qualité de l’écriture et sa répétition de sons en « o » et « é ».



Quant au reste, ils assez inégal. Ce que la vie a fait de moi se laisse écouter au début, puis on décroche progressivement... Au diable, manque à mon goût un tantinet de relief... Dans Tu vas le payer, le refrain sauve un peu la chanson car les couplets sont vraiment fades… J’ai trouvé le texte de Le monde est parfait assez puéril et simpliste. Mais, en même temps, son premier degré la rend facilement accessible. Il n’est reste toutefois pas grand-chose… L’ambiance résolument celtique de Tant de haine et un refrain bien scandé nous font échapper à l’ennui. Si Promis c’est juré est très agréable à entendre, si son texte est joliment ciselé, elle manque un poil de percussion. J’eus aimé entendre dans cet hymne final quelque chose de plus héroïque.

mardi 2 décembre 2014

Kiss & Love

Warner Music France





Hier, 1er décembre, c’était la journée mondiale de lutte contre le sida.
Ce fléau étant toujours aussi vivace et menaçant, vous pouvez contribuer à le combattre en vous procurant le double CD Kiss & Love.
Pascal Obispo a réussi l’exploit de rassembler 120 artistes pour enregistrer cet album qui, non seulement, DOIT figurer dans votre CDthèque en raison de la qualité et de l’originalité des duos y ont été formés, mais vous permet également de participer à une action caritative qui nous concerne tous.

Les vingt duos, uniquement composés pour ce disque, sont en tous points remarquables. Musicalement, ils sont accompagnés par un orchestre symphonique qui donne une ampleur inégalable aux chansons.
Difficile d’en ressortir quelques uns par rapport à d’autres tant le niveau qualitatif est élevé. D’autre part, Pascal Obispo s’est ingénié à marier des voix et des personnalités qui, au-delà d’une complémentarité qui, à l’écoute, nous paraît évidente, ne laisse pas également de nous surprendre parfois par sa singularité.

Toujours aussi subjectivement, j’ai plus particulièrement apprécié certains « attelages », sachant que la vérité d’un jour ne serait peut-être pas celle du lendemain. Question d’état d’esprit et de sensibilité au moment de l’écoute.
J’ai ainsi été fortement séduit par le duo Zaz-Christophe Willem sur Foule sentimentale…
Puis, dans un ordre arbitraire Lara Fabian et Michel Jonasz sur Parler d’amour, Joyce Jonathan et Emmanuel Moire sur Si seulement je pouvais lui manquer, Eddy Mitchell et Thomas Dutronc sur Ma petite entreprise
Ensuite viennent Nolwenn Leroy et Francis Cabrel sur Lucie, Florent Pagny et Patrick Bruel sur Un homme heureux, Claire Keim et Jean-Jacques Goldman sur Ça, Hélène Ségara, Liane Foly, Julie Zenatti et Chimène Badi sur L’envie d’aimer, et Cali et Pascal Obispo sur Hors saison.

Mais tous ces duos ainsi que le bouquet final collectif qu’est Kiss & Love, sont réellement d’une excellente facture. C’est un beau, très beau produit.

Total respect, Môssieur Obispo…