vendredi 4 février 2011

Le Temps du Gourdin


Comédie de Paris
42, rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Tel : 01 42 81 00 11
Métro : Blanche / Pigalle

Une comédie écrite par Philippe de Chauveron
Mise en scène par Xavier Letourneur
Décors de Thierry Benoist
Costumes de Régina Gothe
Musique d’Alain Bernard
Avec Franck Jouglas, Loïc Legendre, Tatiana Rojo, Manon Rony, Fred Saurel, David Talbot

Ma note : 7/10

L’histoire : Kif, Gruk, Torch et Bongo sont des homo-sapiens. Ils vivent dans une grotte non chauffée et ils ont le blues. Ils ont froid, ils ont faim, et dès qu’ils mettent le nez dehors ils se font attaquer par des tyrannosaures. Leur vie est un enfer ! Et puis un jour, tout bascule quand ils rencontrent par hasard Gibonna et Pouffa, deux superbes femelles qu’ils invitent dans leur grotte pour une petite soirée… au coin du feu, car Torch vient de l’inventer. Sex, drugs et rock’n’roll au temps de la Préhistoire…

Mon avis : Une machine à remonter très loin dans le temps nous dépose devant une grotte décorée de peintures pariétales à faire pâlir celles de Lascaux. Elle est occupée par quatre colocataires aux profils et aux caractères très différents. Il y en a un qui déprime, qui râle sur tout, un autre (Torch) plutôt cool et pragmatique. Cela donne des discussions stériles et truffées d’anachronismes… On risquerait l’ennui si deux événements ne venaient pas bousculer ce morne train-train. Le premier, qui passe presque inaperçu – et pourtant – c’est l’invention du feu par le bien-nommé Torch. A part lui, personne ne réalise la portée de cette trouvaille pour l’humanité. C’est tout juste si ses congénères y prêtent attention… Le second, c’est l’irruption dans leur vie et dans leur tanière de deux femelles. Deux femelles classiques, à savoir séduisantes, malines, opportunistes, râleuses, manipulatrices… Des femmes, quoi ! Aussitôt, la routine est bouleversée. Ces messieurs commencent à faire des projets, envisageant même de fonder une famille (sinon, on ne serait pas là)…

Le Temps du Gourdin est une comédie que l’on suit avec plaisir. C’est fou comme ils nous ressemblent ces homo-sapiens. Surtout au niveau des défauts. Finalement, on n’a pas tellement évolué. On est toujours ronchon, profiteur, jaloux, homophobe, misogyne… Bref nos lointains ancêtres nous offrent le gourdin pour se faire battre. Ces personnages ne sont en fait pas si caricaturaux que cela. Hormis peut-être celui qu’interprète Fred Saurel, qui est un véritable psychopathe inquiétant et obsédé. Des énergumènes comme celui-là, il vaut mieux ne pas en croiser un au détour d’une caverne. Surtout quand on est une femelle !

On s’amuse bien devant les aventures de nos six aïeux. Les décors sont sympa, rendus réalistes par la présence d’une carcasse de bison. Les costumes ne sont certes pas d’époque, mais ils en donnent l’illusion. Les dialogues sont vifs, bien écrits, agrémentés de saillies bien venues et de jeux de mots approximatifs (mais il faut être indulgent car ils étaient en train de les inventer). Et, en même temps, l’auteur, sous couvert de comédie, s’est amusé à distiller quelques vérités bien analysées et quelques messages de tolérance. Ce Temps du Gourdin n’est pas assommant du tout, c’est même un bon divertissement, une Préhistoire drôle…

Rachid Badouri "Arrête ton cinéma !"


Théâtre Trévise
14, rue de Trévise
75009 Paris
Tel : 01 45 23 35 45
Métro : Grands Boulevards / Cadet

Ma note : 6/10

Présentation : Pour la première fois en France, Rachid Badouri présente son spectacle Arrête ton cinéma !. Fan de Michael Jackson qu’il imite à la perfection, Italian lover gominé, Chinois plus vrai que nature, gangsta rappeur, stewart, ou organisateur de soirées latines, il enfile tous les costumes avec une aisance folle et met le feu aux planches avec son sens inné de la « dance » qui rythme tout le spectacle.

Mon avis : Rachid Badouri arrive chez nous annoncé à grand renfort de trompettes. Ex-révélation du Festival Juste pour rire, il est devenu en trois-quatre ans une immense star de l’humour au Québec où sévit, paraît-il, une authentique « badourimania ». Comme nombre de ses collègues chanteurs ou humoristes, il a franchi l’océan pour tenter de conquérir le public français.
Je pense, qu’effectivement, il va trouver ici son public. Mais je ne suis pas convaincu que ce soit le plus large possible ; le plus inter-générationnel en tout cas. Il va plaire aux jeunes, ça c’est pratiquement certain, et moins aux plus âgés car, chez lui, la forme est bien plus efficace que le fond. Ceci dit, pour être honnête, il a plus d’atouts dans sa manche que de mauvaises cartes.

Les premières informations que l’on reçoit de lui sont très positives. Il est élégant, sympathique, très expressif, il bouge et danse avec une facilité insolente, et il fait admirablement la poule qui se déplace... Tout de suite, il annonce la couleur : il est certes né à Montréal, mais ses origines, comme son nom l’indique, sont marocaines (« Le ghetto arabe au Québec, c’est moi ! ». Alors il va jouer énormément sur cette double culture. Et, pour la matérialiser de façon plus concrète, il va utiliser un personnage omniprésent dans son spectacle, son père. Car Rachid est écartelé entre tradition et modernité. Les Etats-Unis, tout proches, sont bien plus fascinants pour lui que la terre de ses racines. Il se sent plus d’affinités avec un Travolta époque Tony Manero dans Saturday Night Fever qu’avec un Chaabi. Il veut jouer les latin lovers, pas les berbères lovers. Ce qui, bien sûr, dépasse l’entendement du paternel. Le jeune homme puise dans cet antagonisme quelques saynètes savoureuses. Il évoque aussi les problèmes d’intégration de son père, sa découverte des idiomes québécois et ses difficultés avec l’apprentissage de l’anglais. Mais il s’en sert surtout pour illustrer le conflit des générations.

En effet, le spectacle de Rachid Badouri est très autobiographique. Il nous raconte sa vie, ses différents jobs, ses rencontres, son boulot de stewart, on le voit grandir. A 9 ans, il est fan des ninjas et de Michael Jackson, puis il se passionne pour le rap ; à 16 ans, il découvre le Maroc ; à 18, il aspire à devenir « Gino boy ». Au grand dam de son père, il se fait appeler Ricardo et teste les effets de la vodka sur les filles. Enfin, il succombe à une boulimie de films. Cette cinéphilie galopante est prétexte à un de ses meilleurs sketchs dans lequel il se livre à une scène d’action des plus épiques sur une bande-son redoutablement efficace.
Tout au long de son show, tout est prétexte à danser, une discipline dans laquelle il excelle véritablement. Mais ce qui est bien, c’est qu’il n’en rajoute pas. Il sait arrêter ses chorégraphies avant qu’elles ne tournent à la démonstration.
Pour conclure, Rachid Badouri tient remarquablement la scène. Il a de la tchatche, du bagou, il a un corps et un visage en caoutchouc et, surtout, comme je le disais en préambule, il est extrêmement sympathique et chaleureux. Le public l’adopte facilement… Maintenant, si je ne me suis pas foncièrement ennuyé, j’ai trouvé son spectacle gentillet, avec une sensation de déjà vu et de déjà entendu, même s’il a une vraie personnalité. Et, à mon goût, ça manque un peu de matière. Néanmoins, je suis sûr qu’il va fédérer un public jeune, prompt à s’emballer devant ses pas de danse, ses grimaces et ses accents. C’est tout le bonheur que je lui souhaite car on voit que, même s’il est facile, il a énormément travaillé pour en arriver là.

Warren Zavatta "Ce soir dans votre ville"


Théâtre de la Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Ma note : 8/10

Présentation : Comédien, musicien, jongleur, acrobate, petit-fils du grand Achille, ce romano des temps modernes ne renie rien, mais ose dans cette performance spectaculaire, drôle et caustique, mettre à mal avec sincérité et humour, le « merveilleux » monde du Cirque dans lequel il a grandi à ses dépens.

Mon avis : J’avais découvert Warren Zavatta en mars 2009 au théâtre Trévise où il se produisait une fois par semaine et j’avais été séduit par l’originalité et le ton de son spectacle.
Après une tournée de 150 dates, il a choisi de planter son chapiteau fictif pour quatre mois à la Gaîté Montparnasse où je me suis empressé de retourner le voir, histoire de vérifier s’il avait su garder sa belle sincérité. Et bien, de nouveau, je me suis laissé embarquer par son tour de piste aussi drôle que sensible.
Warren Zavatta est un homme entier. Il a choisi de tourner en dérision tous les pensums et tous les sacrifices que sa condition d’enfant de la balle, de surcroît petit-fils du plus célèbre clown français de l’histoire du Cirque, lui avait imposés. Il prend un ton détaché, voire ironique, mais les blessures sont là, en filigrane, dans les non-dits. Et, parfois, le ressentiment se fait plus fort, et il balance, de façon un peu abrupte. Papy Achille lui a carrément « pourri » sa jeunesse. Et pourtant…

Pourtant, sans cet héritage gravé dans son ADN, il n’aurait jamais interprété de one man show en forme de thérapie. Rien ne sert de lutter et d’essayer d’aller contre les liens du sang. Il est né Zavatta, il a reçu la formation d’un Zavatta, il a dû apprendre toutes les disciplines circasiennes (sauf l’acrobatie parce que trop grand). Il sait donc tout faire, et il nous le prouve en s’en moquant. Il jongle avec ses souvenirs, il crache du feu comme il crache ses vérités, il se crame littéralement devant nos yeux ébahis. Il joue même du saxo. Curieusement, il est plutôt mal embouché avec la trompette, l’instrument estampillé patriarcal. Trop connoté sans doute, le « biniou » !

Non seulement on assiste à un spectacle total entrecoupé de numéros de cirque, mais on est très à l’écoute de ce qui est dit. 1 m 92 d’hypersensibilité goguenarde, ça ne laisse pas indifférent. Ce spectacle ne ressemble à aucun autre. D’une part en raison de sa facture, de son aspect hybride et, d’autre part, en raison de la personnalité de l’artiste et de son authenticité. Il nous la joue bourru et, parfois même désinvolte, alors qu’on le sent débordant de tendresse et de pudeur. Ce grand garçon est un paradoxe extrêmement attachant.
En conclusion, s’il a choisi de s’installer à la Gaîté, c’est tout un symbole car, en conformité avec l’adage, il vaut mieux en rire plutôt que d’en pleurer. Warren Zavatta a choisi la bonne attitude…

jeudi 3 février 2011

Arnaud Ducret "Pareil... mais en mieux"


Petit Palais des Glaces
37, rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
Tel : 01 42 02 27 17
Métro : République / Goncourt

Textes d’Arnaud Ducret, Jérôme Commandeur, Karim Adda
Mise en scène de Karim Adda

Ma note : 8/10

Présentation : La légende raconte qu’il a surgi du chaos le 6 décembre de l’an 78 afin de faire rire les femmes, les enfants, les vieux, les nains, les gays… les vieux nains gays. Certains disent qu’il a un don venu d’ailleurs, d’autres de nulle part.

Mon avis : Ce garçon a tout pour lui. Avec son physique de jeune premier qui ne se la pète pas, aussi cool qu’il est charismatique, il s’empare de la micro-scène du Palais des Glaces avec l’aisance d’un vieux briscard et la fougue d’un adolescent. Il possède un des éventails les plus larges qu’il m’ait été donné de voir. Son entrée, avec un jeu à plusieurs personnages – donc à plusieurs voix - est originale. Et, d’emblée, il casse son image de beau gosse en se moquant de lui-même. Léon, son premier portrait, porte en lui tout le terroir du bocage normand avec accent rouenais et débit à faire fuir un drakkar de Vikings. Rien de tel pour perdre d’un coup tout pouvoir de séduction… On remarque au passage que sa production n’a pas lésiné sur les moyens en lui permettant de se déplacer à mobylette sur son terrain de jeu. Mais ne vous inquiétez pas, il ne pollue pas…
Du deux-roues au cheval, il n’y a qu’un changement de monture et de Rouen à Jeanne d’Arc, il n’y a qu’un petit tas de cendres. Une habile digression, et le voici en pucelle très cavalière juchée sur un destrier si impétueux qu’il pourrait gagner le Prix de l’Arc-de-Triomphe. Car il est très, très physique. Et vachement souple aussi. Et il chante et danse super bien. Il est même équipé d’une beat-box. Il ne ménage pas sa peine, il y va à fond, prend des postures, excelle en expressions en tous genres, fait des bruitages, jongle avec les accents, et il n’a même pas peur de se ridiculiser… On dirait qu’il est plusieurs. Ce qui est d’ailleurs le cas…

Arnaud Ducret sait tout faire, tout jouer. Il pratique l’humour noir comme la gaudriole potache, Il est capable de passer sans transition de la gonzesse maniérée et bien barrée au karaokéyeur ringard en train de massacrer sans vergogne All By Myself, ce qui est carrément criminel et dégueulasse pour Eric Carmen ; il joue aussi bien le chorégraphe homo (pléonasme), que l’ex-chauffeur de salle qui balance sur la télé ou le fan un peu simplet de Michael Jackson…
Bref, il a « en magasin » toute une galerie de personnages absolument épatants. Mais non seulement ses créatures sont gratinées, mais il les fait intelligemment évoluer dans des contextes ou dans des situations qui ont du sens, ce qui les rend encore plus drôles. Vous n’en saurez pas plus car il FAUT aller le voir. Vous allez tomber sous le charme et serez conquis par sa folle inventivité et sa saine débauche physique. Pareil, mais en mieux est un spectacle on ne peut plus total. Arnaud Ducret est immédiatement sympathique. Grâce à la proximité avec le public du Petit Palais des Glaces, il installe un climat de connivence et de convivialité absolument réjouissant. J’ai pris beaucoup de plaisir avec ce garçon. En tant que spectateur, s’entend…

mardi 1 février 2011

Rien à déclarer


Un film de Dany Boon
Scénario et dialogues de Dany Boon
Avec Benoît Poelvoorde (Ruben Vandevoorde), Dany Boon (Mathias Ducatel), Karin Viard (Irène Janus), François Damiens (Jacques Janus), Laurent Gamelon (Duval), Bruno Lochet (Tiburce), Julie Bernard (Louise), Bouli Lanners (Bruno Vanuxem), Olivier Gourmet (Le prêtre), Philippe Magnan (Le Divisionnaire Mercier), Guy Lécluyse (Grégory Brioul), Zinédine Soualem (Lucas Pozzi)…

Ma note : 7/10

Synopsis : 1er janvier 1993 : passage à l’Europe. Deux douaniers, l’un Belge, l’autre Français, apprennent la disparition prochaine de leur poste frontière situé dans la commune de Courquain (France) et Koorkin (Belgique).
Francophobe de père en fils et douanier trop zélé, Ruben Vandevoorde se voit contraint et forcé d’inaugurer la première brigade volante mixte franco-belge… Son collègue français, Mathias Ducatel, considéré par Ruben comme son ennemi de toujours, est secrètement amoureux de sa sœur. Il surprend tout le monde en acceptant de devenir le coéquipier de Vandevoorde et de sillonner avec lui les routes de campagne frontalières à bord d’une 4L d’interception des douanes internationales.

Mon avis : Il est sûr qu’après son extravagant succès des Ch’tis, Dany Boon est attendu au tournant. Et, de fait, l’ensemble des critiques, qu’elles soient belges ou françaises, ne l’ont guère épargné. Certains reproches sont justifiés, d’autres sentent le règlement de compte atrabilaire… Je me souviens avoir écrit au moment de la sortie des Ch’tis que ce n’était pas là la comédie de l’année, mais qu’on y passait un agréable moment. Personne n’aurait pu prédire à ce film les scores surréalistes qu’il a atteints. Faire mieux que La Grande vadrouille, ça laisse pantois… Mais bon, après tout, c’est le public qui a raison.
Très honnêtement, j’ai passé un bon moment avec Rien à déclarer, même s’il est truffé de poncifs et de lieux communs, s’il est tout-à-fait prévisible, c’est une vraie bonne comédie. Comme beaucoup, elle repose sur un binôme totalement antagoniste. Le bon, le doux, le gentil Dany Boon, et le survolté, l’enragé, le fanatique Benoît Poelvoorde. Le principe est éculé, mais il marche à tous les coups.
Une des forces de ce film, c’est sa distribution jusqu’au plus petit rôle. Le couple de restaurateurs formé de Karin Viard et de François Damiens est savoureux. Karin sait tout jouer, elle est excellente en épouse accablée par la balourdise de son mari qui devient, en raison des événements opportuniste puis vénale. Quant à son Jacques de mari, c’est une andouille magnifique, un brave mec un peu bas de plafond, mais il veut tellement se rendre utile qu’il en devient touchant. C’est Rantanplan.
Laurent Gamelon campe un truand inquiétant, impitoyable, violent et dénué de tout scrupule. Il nous la joue à l’américaine. Très bonne idée que de lui avoir confié ce rôle de méchant. Et il paraît d’autant plus cruel que sa tête de Turc, Bruno Lochet, est un garçon timoré, un malfrat à la petite semaine, conscient de ses milites très peu élevées et donc fataliste. C’est un loser né. Il est tout simplement grandiose.
Bouli Lanners tire lui aussi son épingle du jeu en subalterne souffre-douleur de Benoît Poelvoorde.
Enfin, révélation de ce film, Julie Bernard apporte une note de fraîcheur, d’authenticité. Elle est parfaite en jeune femme écartelée entre son amoureux transi et pusillanime, mais tellement brave, et sa famille de francophobes exacerbés qu’elle aime bien quand même. Elle va être l’aiguillon qui va pousser Dany Boon à enfin prendre quelques initiatives plus ou moins réussies. Dany Boon a eu le nez fin en allant la chercher pour le rôle de Louise…

Sincèrement, on se laisse embarquer par cette histoire tout simple agrémentée d’un bon lot de scènes particulièrement cocasses. Il y en a trois ou quatre qui sont vraiment à se tordre (je pense à l’épisode du chien renifleur par exemple). Alors, que ça plaise ou non à quelques pisse-froid, ce film va marcher. C’est une bonne comédie avec des personnages picaresques, voire caricaturaux, mais tellement humains. Il ne fera certes pas ses 20 millions d’entrées, mais il va atteindre des chiffres très conséquents. C’est couru d’avance. On ne se prend pas le chou, on voit s’ébattre des personnages qu’on aime bien. Quant à ceux qui reprochent à Poelvoorde d’en faire trop, je ne suis pas d’accord avec eux. Il est dans sa logique de cow-boy wallon raciste et obtus. Il est à fond dans son personnage. Et il nous offre quelques numéros de bravoure qui sont réellement réjouissants.
Avec son passeport vers le succès, ce film, très populaire, est parti pour tutoyer les sommets du box office. On parie ?

lundi 10 janvier 2011

Le Fils à Jo


Un film écrit et réalisé par Philippe Guillard
Avec Gérard Lanvin (Jo Canavaro), Olivier Marchal (Le Chinois), Vincent Moscato (Pompon), Jérémie Duvall (Tom Canavaro), Karina Lombard (Alice Hamilton), Abbès Zahmani (Le Boulon), Pierre Laplace (Frontignan), Lionel Astier (Bernard), Laurent Olmedo (François), Darren Adams (Jonah Tukalo), Sofiane Bettahar (Bouboule), Grace Hancock (Fanny)

Ma note : 6,5/10

Synopsis : Petit-fils d’une légende du rugby, fils d’une autre légende, et lui-même légende du rugby, Jo Canavaro élève seul son fils de 13 ans, Tom, dans un petit village du Tarn. Au grand dam de Jo, Tom est bien plus brillant en maths qu’avec un ballon ovale. Pour un Canavaro, la légende ne peut s’arrêter là, quitte à monter une équipe de rugby autour de Tom contre la volonté de tout le village et de son fils lui-même…

Mon avis : Pour moi, Le Fils à Jo, est un Billy Elliot à l’envers. Si la fin est la même, là ce n’est pas le gamin qui s’accroche à sa passion à l’insu de son père, c’est au contraire le père qui veut à tout prix que son rejeton reprenne le flambeau familial et perpétue la dynastie. Sinon, c’est le même esprit, la dimension dramaturgique en moins.
Moi-même passionné de rugby, c’est avec gourmandise que je suis allé voir ce film. Je connaissais Philippe Guillard au temps où il faisait les belles heures du Racing et sa façon ludique et distanciée d’aborder ce sport. Avec ses espiègles camarades Mesnel, Blanc, Lafond et Rousset, il avait contribué à apporter un peu de fantaisie dans cette rude discipline tout en le pratiquant avec le sérieux qu’exige le plus haut niveau. Un état d’esprit très novateur pour l’époque qui le rendait donc d’autant plus sympathique.

Son amour pour le ballon ovale est tout entier dans ce film. Il l’a écrit avec la légèreté de l’ailier qu’il fut. Et il l’a réalisé avec la science du « cadrage » qu’il possédait. C’est un film d’arrière, quoi… Alors, si j’en ai suivi les péripéties sans déplaisir, je n’y ai pas non plus pris un pied démesuré. Tout simplement parce qu’il est on ne peut plus conventionnel. Tout ce qui s’y passe est prévisible. Une heure et demie sans un seul faux rebond ! Un paradoxe. C’est rempli de clichés et on ne frémit pas un seul instant quant à l’issue du match – pardon – du film.

Et, en même temps, ce long métrage contient les qualités et les défauts d’un premier film. Sur le plan des qualités, il est plein de fraîcheur, il est pétri d’humanité, il retranscrit plutôt bien l’ambiance de ces villages du Sud-ouest où le rugby est une religion dominée par l’esprit de clocher… Sur le plan des défauts, il dégage une certaine naïveté, il est simpliste et convenu.

Toutefois, l’essai sera sans doute transformé car ce film véhicule des valeurs de base intrinsèques aux vertus du ballon ovale. C’est d’abord une histoire d’amour filial, puis une belle histoire d’amitié. De ce côté-là, ça fonctionne parfaitement. Le jeu de passes est huilé. Gérard Lanvin et Olivier Marchal s’entendent comme trois-quarts en foire. Gérard Lanvin est toujours bon quand il s’agit de jouer les bourrus au grand cœur. Il emmerde tout le monde, il est tyrannique et injuste avec son fils, mais on sait que c’est le dépit qui le rend ainsi... Olivier Marchal est comme un poisson dans l’eau avec ce genre de rôle pas très éloigné de sa propre philosophie toute entière consacrée à l’amitié. Ce mec-là déborde de tendresse et ça crève l’écran.
Et puis il y a Vincent Moscato. Encore néophyte dans le métier, il tire son épingle du jeu entre ces deux piliers de la comédie. Philippe Guillard ne lui a pas dessiné un personnage des plus glorieux, mais il en fait un être attachant (dimension tragique en moins, il m’a fait penser au Lennie de Des Souris et des Hommes de Steinbeck). Pour assumer un tel rôle, il faut posséder une belle dose d’auto-dérision et d’humilité. On en oublierait presque sa carrure.
Quant à Jérémie Duvall (Tom, le fils à Jo), il est absolument épatant. D’abord, il ressemble à Gérard Lanvin, ce qui rend leur filiation encore plus crédible. Ensuite, il ne sur-joue jamais. Il est naturel. Bon, on voit bien qu’il n’a pas été inscrit à l’école de rugby dès son plus jeune âge car il y a des automatismes qui ne trompent pas. Mais ce n’est pas très gênant. Il est bien, ce gamin.
Le film est également servi par de jolis dialogues agrémentés de savoureuses formules à l’emporte-pièce dignes des meilleurs raffuts.
C’est donc un film honnête et sympathique, un gentil divertissement auquel il ne manque que ce petit grain de folie qui en aurait fait du rugby champagne.

Des Souris et des Hommes


Théâtre du Petit Saint-Martin
17, rue René Boulanger
75010 Paris
Tel : 01 42 02 32 82
Métro : Strasbourg Saint-Denis / République

D’après le livre de John Steinbeck
Adapté par Marcel Duhamel
Mis en scène par Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic
Lumières de Jacques Rouveyrollis
Avec Jacques Herlin (Candy), Philippe Ivancic (Lennie), Jean-Philippe Evariste (George), Gaëla Le Dévéhat (la femme de Curley), Jacques Bouanich (Carlson), Philippe Sarrazin (Slim), Emmanuel Dabbous (Curley), Bruno Henry (Crooks), Henri Déus (Le patron), Hervé Jacobi (Whit)

Ma note : 7,5/10

L’histoire : Pendant la grande dépression des années 30, deux hommes, George, vif, réfléchi et protecteur, et Lennie, un doux colosse aux mains dévastatrices, parcourent les grands espaces californiens à la recherche de travail. Ils entretiennent le même rêve : acquérir un pécule qui leur permettra d’acheter une ferme, synonyme de liberté et de paix. Ils trouvent finalement du travail dans un ranch. Mais la simplicité d’esprit de Lennie va une nouvelle fois leur attirer des histoires…

Mon avis : Elle est terrible cette pièce ! On a beau en connaître l’histoire et le dénouement, on se laisse toujours happer par ce drame si empreint de désespoir et qui, pourtant, dégage tellement d’humanité.
Pas besoin de décor clinquant et dispendieux. Quelques caisses disséminées ça et là, des planches, des palettes, un établi rudimentaire suffisent amplement. Ici, ce sont les êtres qui nous intéressent. Et tout d’abord ces deux routards, George et Lennie, liés par une improbable mais intense amitié. Car Des Souris et des Hommes, c’est uniquement ça : une formidable histoire d’amitié sur laquelle plane la menace d’une inéluctable fatalité. C’est une véritable tragédie grecque…
C’est vrai qu’on a du mal à comprendre comment George, qui est loin d’être idiot, peut accepter de se coltiner cet encombrant Lennie… Sans doute par pitié d’abord, par commisération. Il a sincèrement envie de l’aider. Puis, au fur et à mesure de leurs pérégrinations à la recherche de boulot, attendri par autant d’innocence, il s’y est attaché. Et, enfin, mieux vaut avoir un compagnon, fût-il désespérément maladroit et générateur d’ennuis, que de vivre les affres de la solitude.

Autour de ces deux paumés sympathiques vont graviter quelques représentants caractéristiques de la race humaine. L’échantillonnage est particulièrement réussi. En quelques attitudes, on sait bientôt à qui on a affaire. Du plus minable et du plus infect, Curley, le fils du patron, au plus humain, Slim, le chef de l’équipe des muletiers. Ce sont pour la plupart des gens simples, modestes, un peu rustres, un peu rugueux, qui se contentent de leur petite vie de besogneux et qui n’ont plus de rêves… Sauf trois personnages, qui entretiennent encore un espoir en leur futur. George et Lennie, bien sûr, qui ne pensent qu’à une chose : amasser un pécule suffisant pour pouvoir acquérir leur propre ferme. Et cet emploi qu’ils viennent de décrocher, ajouté à l’aide financière inespérée que va leur apporter Candy, un vieil ouvrier, va leur permettre de réaliser leur rêve. Ils n’ont plus qu’un mois à tenir et ils seront enfin chez eux…
Le rêve… C’est aussi le rêve qui donne une raison d’exister à la femme de Curley. Mariée à une brute, à un individu jaloux et lâche, qui abuse de son statut de fils du patron, et qui n’a de courage que face à des gens faibles ou fragiles, elle n’a de refuge que dans son rêve d’adolescente, devenir actrice. Mais elle doit pressentir que sa vie est pratiquement foutue. Alors, elle recherche de la compagnie, elle a envie de bavarder, de se sentir exister aux yeux d’autres personnes. Pas de sa faute si elle n’est entourée que d’hommes. Des hommes qui réagissent et qui la jugent avec leurs œillères chroniques et réductrices. Si elle vient tourner autour d’eux, c’est parce qu’elle cherche une aventure. Alors qu’elle a juste besoin qu’on s’intéresse un peu à elle et qu’on lui parle. Pas de sa faute non plus si le seul homme qui lui prête attention sans arrière-pensée aucune, c’est Lennie, le simple d’esprit, dont les caresses incontrôlées représentent un danger de mort. Et elle est aussi fragile qu’une souris…

Cette pièce est superbe. Elle est âpre, poignante, douloureuse, désolante. On n’a pas du tout envie qu’elle se termine mal. Nous aussi on l’aime bien Lennie. Comme on aime bien aussi le vieux Candy, doux et fondant comme son nom. Candy qui, depuis qu’on lui a supprimé son seul compagnon, un corniaud encore plus sénile que lui, va se raccrocher désespérément à George et à Lennie… En fait, hormis le détestable Curley, tous les protagonistes de ce drame sont plutôt « aimables » dans le sens strict du terme. Ils sont des victimes, tributaires sans espoir de leurs petites vies étriquées.
Tous les comédiens sans exception, avec leur jeu épuré, installent cette pièce à un très haut niveau d’intensité. Chacun est à sa place. Même les passages qui pourraient nous sembler un peu long (comme quand George et Lennie rêvent tout haut de leur ferme) sont doté d’une forte charge émotionnelle.
Et même si on ne sent pas le droit d’en ressortir un plus qu’un(e) autre, comment ne pas saluer l’extraordinaire performance qu’accomplit Philippe Invancic dans le rôle de Lennie. Ce rôle exige une telle concentration permanente, et dans les gestes et dans la voix, qu’il doit finir nerveusement vidé chaque soir. Impressionnant !