mardi 26 mai 2020

L'Enigme de la chambre 622




Editions de Fallois
576 pages
Prix : 23 €

Sortie le 27 mai 2020

L’histoire : Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. L’enquête de police n’aboutira jamais.
Des années plus tard, au début de l’été 2018, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer ses vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire.
Que s’est-il passé dans la chambre 622 du Palace de Verbier ?
Avec la précision d’un maître horloger suisse, Joël Dicker nous emmène enfin au cœur de sa ville natale au fil de ce roman diabolique et époustouflant, sur fond de triangle amoureux, jeux de pouvoir, coups bas, trahisons et jalousies, dans une Suisse pas si tranquille que ça…

Mon avis : Je suis comme tout le monde : la lecture de La vérité sur l’affaire Harry Québert m’avait réellement enthousiasmé. Alors, pensez, l’annonce de la sortie du nouvel ouvrage de Joël Dicker au titre très alléchant, L’Enigme de la chambre 622, m’a émoustillé. La découverte d’un nouveau livre d’un auteur qu’on apprécie, c’est comme un rendez-vous amoureux. On est tout excité. On a hâte de l’effeuiller.
Il est venu, j’ai lu, je n’ai pas été convaincu…

Circonspect, je suis circonspect.
Vous prenez une bouteille de vodka Beluga, vous la videz dans un grand shaker, vous y ajoutez un zeste de Gaston Leroux, un zeste d’Agatha Christie, un zeste de Fantômas et un zeste d’Eugène Sue, vous secouez le tout et vous obtenez un cocktail qui pourrait s’appeler « Les Mystères de Genève »… En effet, j’ai perçu ce livre de près de 600 pages comme un roman-feuilleton du 19ème siècle. Il est construit d’une telle façon qu’on est avide de connaître ce qui va se passer dans le paragraphe ou le chapitre suivants.

Voici donc tout-à-trac les impressions que j’ai tirées de ma lecture :

Ce que j’ai aimé :
-          Un style qui ne s’embarrasse pas de fioritures, qui va à l’essentiel, ce qui donne une narration très rythmée.
-      Retrouver la marque de fabrique de Joël Dicker : des allers et retours incessants entre le présent et le passé ; des destins et des histoires qui s’entrecroisent.
-     L’aspect « matriochkas » (poupées russes) du scénario, à savoir des événements qui s’emboîtent les uns dans les autres. On croit être en possession de tous les éléments et, bing, il nous ressort une nouvelle intrigue, il ajoute une nouvelle couche à un mille-feuilles pourtant bien garni !

Ce que j’ai moins aimé :
-          Un début un peu simpliste.
-   Des comportements peu logiques. Celui de Scarlett, par exemple. Son attitude face à « l’Ecrivain » n’est pas crédible : elle s’impose à lui, lui dicte sa conduite, se mêle de tout, se montre intrusive et envahissante. C’est madame « sans-gêne ». On ne sait qui elle est vraiment, ni d’où elle vient… Il y a celui d’Arma aussi. Une domestique qui se permet de donner des ordres à ses patrons, c’est un tantinet déplacé.
-       Des dialogues qui sonnent faux. Les échanges entre Macaire et Tarnogol sont peu plausibles. Le vocabulaire de Macaire est à la limite du trivial, peu en phase avec ce que devrait être un échange entre deux sommités de la haute finance… Tous les dialogues manquent d’ailleurs en général de hauteur ; ils s’apparentent plus à de la BD qu’au roman.
-     Un ensemble de personnages hyper caricaturaux, peu vraisemblables. On a l’impression d’avoir affaire à des enfants tant ils manquent d’épaisseur de de psychologie. Ils sont naïfs, fantasques, capricieux, cul-cul la praline sur le plan sentimental.
-     C’est étonnant, mais toutes les femmes mêlées à cette histoire sont sublimes ! Que des physiques de rêve. Il n’y en a même pas une « moyenne » et encore moins de quelconque.
-          Les nombreuses digressions-hommages à Bernard de Fallois, pour louables qu’elles soient, alourdissent le récit.
-    On sent parfois poindre chez « L’Ecrivain », une certaine autosatisfaction qui frise l’immodestie.

En conclusion : Si on ampute du squelette du livre les quelques côtes (trop) flottantes qui l’encombrent et si on ne s’en tient qu’à la colonne vertébrale, L’Enigme de la chambre 622 se lit sans déplaisir. On se laisse prendre par le suspense, les multiples rebondissements, les trahisons, les situations rocambolesques. Joël Dicker nous livre habilement quelques indices, mais il a l’art de les noyer dans un flot de petits affluents qui brouillent les pistes… Ce qui fait qu’il nous tient en apnée jusqu’à la fin.
Les ficelles sont tout de même bien grosses, il y a beaucoup de redondance et de divagations superfétatoires. Bref, je suis convaincu que, réduit à 400 pages, ce polar eût gagné en efficacité.


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