jeudi 8 avril 2010

Les nouvelles brèves de comptoir


Théâtre du Rond-Point
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Tel : 01 44 95 98 21
Métro : Champs-Elysées Clémenceau / Franklin-Roosevelt

D’après les ouvrages de Jean-Marie Gourio
Adaptation de Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio
Mise en scène de Jean-Michel Ribes
Avec Alban Casterman, Laurent Gamelon, Annie Grégorio, Patrick Lagardes, Chantal Neuwirth, Marcel Philippot, Alexie Ribes, Hélène Viaux
Décor de Jean-Marc Stehlé
Costumes de Juliette Chanaud
Musique de Reinhardt Wagner

Ma note : 8,5/10

L’argument : Jean-Michel Ribes : « Le bistrot est un espace de liberté, un caisson de résonances où des individus dont la parole et le discours sont peu ou prou neutralisés dans leur travail, dans la rue, dans leur foyer, se mettent soudain à parler. Ce lieu produit et distribue de l’alcool, mais aussi du langage, celui que l’on écoute ou pas, de tous ceux qui se sentent exclus. Le café est un endroit de banalité où l’on trouve des pépites. Jean-Marie Gourio, dans ces débits de boisson, se met sur une fréquence d’écoute particulière : il guette le génie populaire, il devient le découvreur d’un langage qui naît là, comme d’autres trouvent de l’or dans la boue. Le trésor ici c’est une parole qui redit le monde venant de gens qui n’ont pas la parole ».

Mon avis : Venir dans un bistrot pour y boire du petit lait c’est déjà en soi fort de café. C’est pourtant ce qui m’est arrivé au théâtre du Rond-Point…
Décor immuable : un bistrot niché entre les bâtiments gris d’un quartier populaire. Dans ce bistrot à la fois unique et multiple car à chaque nouveau tableau le bar change de patron(s) et d’emplacement. Et la clientèle aussi évolue selon l’endroit, l’heure ou la saison : retraité, postière, étudiante, médecin, croque-mort, poissonnier, écrivain, égoutiers, SDF, groupe folklorique, alsacien de surcroît (et là il faut souligner la variété et la qualité des costumes) … C’est la vie qui défile ; vous, nous, eux. Et tous ces gens parlent. Ils sont dans un endroit où ils se sentent en confiance. Ils n’y ressentent pas la pression qu’ils peuvent connaître dans leur boulot ou, parfois, dans leur foyer. Leur parole est libérée, ils ont un auditoire. Il y en a pour tous les goûts, on y aborde tous les sujets, on y commente l’actualité, on y philosophe, on y râle, on apostrophe… Et de ces cerveaux le plus souvent embrumés par l’alcool jaillissent de splendides fulgurances, des réflexions plus profondes qu’il n’y paraît, certaines empreintes de poésie, d’autre carrément scatologiques. C’est la tragi-comédie humaine.

Enoncer pendant près de deux heures un florilège de brèves de comptoir n’est pas un exercice des plus aisés. Par essence, une brève, c’est concis. On n’a à peine le temps d’en apprécier une que, déjà, une autre jaillit. Les comédiens sont en permanence sur le fil du rasoir. Ils font dans la dentelle, c’est de la haute précision, de la jonglerie verbale. Certaines sentences sont d’une logique irréfutable, d’autres nous font plonger dans un abîme d’absurdité. C’est insensé tout ce qui peut sortir d’un cerveau humain. Devant un tel foisonnement, une telle richesse, une telle variété, le public n’a que peut le temps de rire s’il veut profiter de la saillie suivante. Alors, dans la salle, on entend des murmures de satisfaction, des approbations rapides, des ronronnements brefs. Bref, on savoure. On est maintenu dans une espèce d’état de jubilation permanente. Parfois, l’observation émise par tel ou telle est tellement drôle et inattendue que les applaudissements fusent. C’est vraiment une ambiance particulière, rare dans un théâtre. Une espèce de communion d’esprit, une messe dont on ne se soucierait que de la qualité du vin qui repose dans les burettes.

Pour égrener les perles de cette philosophie de comptoir, il faut des comédiens particulièrement agiles d’esprit pour composer leur personnage en quelques secondes, émettre LA réflexion, pour aussitôt passer à autre chose. C’est une partie de ping-pong à huit sur une table de bistrot. Plus ils récitent leurs verres, plus on boit leurs paroles. Grand moment de dégustation. Quelques scènes sont particulièrement grandioses. Laurent Gamelon en croque-mort aviné pris en flagrant délit de cuite ; ou bien cette magistrale scène de choré-soûlo-graphie d’une poésie surréaliste interprétée par Chantal Neuwirth et Marcel Philippot…
Ces Nouvelles brèves de comptoir nous font passer un délectable moment de comédie pure dans laquelle le personnage principal est le verbe, le verbe populaire, celui de la vie. Celui de l’eau de vie aussi.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

bonjour gilbert, je suis emmanuelle renon, on s'est connu par sony music ouj'étais au service de presse, je le suis toujours mais pour playstation, j'adore le théatre, j'y vais souvent, via "starter plus" ,et vais voir le 30 avril les breves de comptoir, c'est fabrice dusch qui ma parlé de toi, voyons nous ,06 70 52 66 99 si tu veux, je serais ravie ,