mercredi 9 octobre 2013

Grégoire "Les Roses de mon silence"

Les Roses de mon silence
(My Major Company / Warner Music)

Grégoire est de retour !
Après les Nuages de 2009, La promesse de lendemains meilleurs a commence à se faire jour deux ans plus tard. Bien sûr, ce n’était plus Le même soleil ; mais celui qui s’est levé en 2012, bien plus radieux, a éclairé le résultat de l’addition la plus basique qui soit : Toi + Moi
Garçon pudique et réservé, Grégoire se dévoile comme jamais dans ce troisième opus. Il est vrai que pendant les trois années qui se sont écoulées entre son deuxième album et celui-ci, sa vie a connu les bouleversements les plus heureux qui soient. Tout cela se ressent dans ses textes. Oh, bien sûr, il reste ça et là quelques scories d’une inquiétude quasi chronique, mais il y a surtout beaucoup, beaucoup d’amour.


En fait, il se livre à une auto-analyse d’une extrême sincérité dès le premier titre. Tout est dit sur les non-dits, sur la difficulté à s’exprimer dans Les Roses de mon silence. La voix est douce, empreinte d’une forme de mélancolie qu’accentue les accents de l’accordéon. On devine en filigrane que cet aveu correspond à un besoin impérieux. Au diable cette foutue pudeur, il offre son propre mode d’emploi caché derrière un bouquet de fleurs. L’éclat d’une rose qui vient tempérer le gris du silence. Chanson très personnelle servie par une très belle écriture.

Quand j’évoquais ses petites angoisses qui restent tapies au fond de son esprit, on les retrouve dans certains titres où il s’amuse à se faire peur. C’est le cas de C’est pas l’enfer et de sa suite logique Si tu me voyais. On dirait deux chansons gigognes, la seconde développant la première. Il y revient dans Coup du sort, dans Je reviendrai te chercher, dans Tu ne me manques pas.


Et puis il reste au plus profond de lui la tache indélébile de la disparition d’êtres aimés, cette terrible sensation de manque, ce chagrin inextinguible. D’où ce clin deuil qu’est En souvenir de nous, en souvenir d’un temps où mêmes les « disputes » étaient du bonheur… Cela se traduit par deux réactions complètement humaines : une peur viscérale de l’abandon et un besoin permanent de se sentir rassuré et aimé. Ça se retrouve dans Viens avec moi, La plus belle maman, Dis-moi

Et pourtant… Pourtant, on le sent visiblement heureux en amour. Il n’y a qu’à écouter ces deux magnifiques déclarations que sont Elle est et Variations. Les chansons d’amour, c’est ce qu’il y a de plus difficile à écrire. Ces deux titres sont lumineux, enthousiastes, positifs. Quel hommage à la femme aimée ! C’est un peu moins évident dans Si parfois, où le ton se fait plus grave.

Enfin, toujours dans la logique des chansons binômes, Les Roses de mon silence contiennent deux formidables hymnes à la vie, deux incantations pleines d’énergie : Réveille et Lève-toi ; cette dernière n’étant pas sans rappeler la mélodie enlevée de Toi + moi.


Discrètement, sans faire trop de bruit, fidèle à son image, Grégoire s’est hissé en cinq ans dans le peloton de tête de nos auteurs-compositeurs-interprètes. C’est un bel artisan.