jeudi 8 mai 2014

En Mai, c'est FERRIER, ah la Gaîté !

Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Spectacle écrit et mis en scène par Julie Ferrier
Avec Julie Ferrier, Anne Buffet, Brieuc Carpentier, Katia Charmeaux, Bénédicte Guichardon, Véronic Joly

Présentation : Julie Ferrier revient au théâtre de la Gaîté Montparnasse entourée de complices de toujours, tous plus fous les uns que les autres… Vous y retrouverez entre autres Martha et Melle Klimt, issues de son seule-en-scène, accompagnée de nouveaux personnages dans une succession de numéros, sketches et performances.
La maîtrise de la connerie, l’interactivité et la jubilation seront le cœur et les poumons de ce cabaret unique.

Mon avis : Julie Ferrier, Julie fait rire, y compris les jours ouvrables ! Entourée de quatre femmes et d’un homme (et quel homme !), elle a créé un véritable esprit de troupe avec des comédiens aussi barrés qu’elle. Et ce n’est pas peu dire. Des cas barrés, quoi !
Avec les « Ferriéristes », le spectacle commence dans la rue, se prolonge dans la salle avant de se projeter sur scène pour deux heures de délire(s). Artiste protéiforme, Julie Ferrier, n’aime rien tant que de créer des personnages très différents mais toujours très hauts en couleurs. C’est d’ailleurs avec la petite veste jaune de Mademoiselle Klimt qu’elle apparaît d’abord. Cherchant  toujours la spontanéité, mais freinée par une gaucherie hésitante et chronique, elle fait furieusement penser à la gestuelle de Jacques Tati. C’est un personnage sympathique et attachant qui ose parfois l’audace des timides. Des fulgurances qu’elle regrette aussitôt, qui la gênent, ce qui, bien sûr, provoque le rire. Cette Julie-là possède une sorte d’alter ego tout aussi caricaturale en la personne de Bernadette. Autant Julie est introvertie, autant Bernadette est cash. Un tempérament auquel elle donnera libre cours tout au long du spectacle avec des compositions absolument désopilantes dont, en particulier, l’art de se faire une gâterie après moult préliminaires et un numéro en ombres chinoises aussi gonflé que cocasse.


En mai, c’est Ferrier est un spectacle inclassable qu’on ne peut pas narrer par le menu. Un pot-pourri, un pot pour rire. C’est une succession de tableaux et de saynètes, une auberge espagnole où chacun apporte son talent avec pour seule mission, nous surprendre, nous enchanter, nous émouvoir et, évidemment, nous faire rire. Surtout nous faire rire.
Très riche, très dense, très varié car on touche à différents genres, très coloré (il y a des accoutrements qu’il faut oser porter), très visuel, on sent que les comédiens prennent un plaisir fou à le partager avec nous. C’est en fait un drôle (au sens propre) de cocktail. On pense parfois aux Branquignols, aux Deschiens, à l’univers d’Edouard Baer, et à Tati donc (Bernadette est une sorte de Monsieur Hulot en jupons)… Julie Ferrier se délecte à revêtir à deux reprises la robe incontrôlable de Martha pour se livrer à deux prestations complètement déjantées avec gestuelle saccadée, débit bouillonnant et discours farfelu, nous démontrant une fois encore qu’elle n’a pas le téton près du bonnet…

Cette troupe picaresque nous fait vivre vraiment de grands moments. Certains même plus grands que d’autres. J’ai ainsi particulièrement apprécié la séquence de break dance (du très, très haut niveau), les personnages de Karbie et Ben, la mamie au ukulélé… Mais j’ai quasiment tout aimé. Ça a l’air disparate, de partir parfois un peu dans tous les sens alors que, au final, tout se tient. Et puis il y a une réelle poésie dans tout cela. Une poésie de l’absurde jouée avec beaucoup d’authenticité, de sincérité et de générosité.
« En mai, fais ce qu’il te plaît »… C’est le parti pris de Julie et de ses complices. Et, ce qui est parfait, c’est que ça nous plaît aussi !

Gilbert « Critikator » Jouin