lundi 26 mai 2014

Isabelle Boulay "Merci Serge Reggiani"


Chic Musique / Universal / Polydor


Je tiens depuis belle lurette Isabelle Boulay pour une de nos toutes meilleures chanteuses, sinon la meilleure. Sa voix, modulable et musicale à souhait, est d’une incomparable qualité. En outre, non contente d’être une formidable artiste, Isabelle est une belle âme, une belle personne. Elle est généreuse, altruiste, sincère, drôle, modeste. Revendiquant son statut d’interprète, elle n’aime rien tant que de se glisser dans les univers des grand(e)s de la chanson, d’hier comme d’aujourd’hui. Elle fait merveille dans les reprises et dans les duos. Sans doute, à mon avis, par trop d’humilité, par trop d’admiration. Mais, en même temps, elle se fait vraiment plaisir. Mon album de chevet, celui où, pour moi, elle touche au sublime, date de 2000 ; il s’appelle Scènes d’amour. 17 chansons dont 13 duos franco-québécois absolument superbes.

L’Absence de Serge Reggiani, qui nous a quittés en juillet 2004, lui est toujours aussi douloureuse. Elle avait rencontré un an plus tôt celui qu’elle l’admirait depuis ses 16 ans. Peut-être parce qu’il avait L’air d’une chanson… Elle avait connu le bonheur de chanter avec lui sur la scène du Palais des Congrès. Ils n’auront pas eu le temps de former un Vieux couple. Le destin en a décidé autrement… Ces dix ans de Solitude, elle les a comblés en rêvant De quelles Amériques ? 
L’amour qu’elle portait à L’Italien, n’était pas à classer parmi Les amours sans importance. Il aurait pourtant suffi de presque rien, d’un peu de temps seulement, pour qu’un profond sentiment filial les unisse. Il l’aurait invitée à un Déjeuner de soleil, il lui aurait payé un verre. La considérant comme sa Fille, il lui aurait inévitablement raconté Les mensonges d’un père à son fils, à son Petit garçon. Raconter des histoires et les peindre, c’était sa Liberté à lui, sa façon d’esquiver les saloperies que le destin avait sournoisement semées sur son parcours.


Le 19 mai dernier, est sorti Merci Serge Reggiani, un album hommage à un chanteur qui, comme Piaf, lui a « donné le goût du métier d’interprète ». Elle était en train de préparer un album de chansons originales quand, soudain le besoin de remercier Serge Reggiani s’est fait irrépressible, plus impérieux que tout le reste. Elle est comme ça, Isabelle, elle sait remercier. C’est dans son éducation, dans ses gènes. C’est avec tout son cœur qu’elle se met au service d’un répertoire de très haut niveau. Avec des textes forts, sensibles, émouvants, parfois souriants, comme L’Italien… On la sent comme missionnée par cet hommage. D’ailleurs, quand elle évoque ce qui l’a poussée à l’enregistrer, elle utilise le terme de « devoir »…
Isabelle ne pouvait qu’être en amour pour un homme et un artiste comme celui-là. Un écorché vif au cœur saignant mais au sourire irrésistible. Fataliste sûrement.
La pochette est d’une sobriété volontaire. Toute blanche, ornée du dessin d’une rose que Serge lui avait dessinée et signée. En signe de déférence, le nom d’Isabelle Boulay, apparaît en tout petit au-dessus de « Merci Serge Reggiani ». C’est tout Isabelle, ça. S’effacer devant ceux qu’elle admire et affectionne.


Ces dix ans passés étaient nécessaires pour s’autoriser ces reprises. Isabelle a aujourd’hui accumulé le vécu nécessaire à l’appropriation de chansons aussi profondes,  aussi adultes. La légitimité, elle l’avait (elles sont rarissimes les chanteuses qui se situent à un tel niveau d’excellence), mais il fallait aussi une certaine maturité pour « embrasser un répertoire si viril ». Le résultat est superbe. La discrétion des arrangements permet de mettre très en avant les subtilités vocales de la chanteuse… Bien sûr, il est impossible d’attendre de la part d’Isabelle la même intensité que mettait Serge dans ses interprétations. Ses qualités de comédien, son phrasé et sa couleur vocale apportaient à ses prestations une dimension unique. Serge vivait ses chansons, il les jouait. Pour les plus dramatiques, on avait l’impression qu’il les laissait sourdre de lui comme d’une plaie. Car, ne l’oublions pas, serge était un homme en souffrance. Ce qui n’est – heureusement – pas le cas d’Isabelle. Elle, elle apporte à ces quatorze chansons toute sa sensibilité (qui n’est pas mince), toute une palette de nuances. Elle ne passe pas en force. Elle est habitée à sa façon. Une façon plus féminine, plus fraternelle, plus maternelle.

Cet album est formellement beau, noble. Il s’écoute comme on se recueille et on n’a qu’à se laisser toucher par la grâce qui en émane.
Merci Serge Reggiani. Merci Isabelle Boulay.


Je n’ai qu’un (bienveillant) reproche à lui adresser. Elle le sait, on en a déjà parlé : quand va-t-elle enfin cesser de jouer au ver de terre amoureux des étoiles. Elle est elle-même une magnifique et lumineuse étoile. Il est grand temps qu’elle se montre un peu égoïste et qu’elle se construise un répertoire à la hauteur de son immense talent.

1 commentaire:

Diane Rioux a dit…

Je considère aussi qu'Isabelle Boulay est l'une des plus grandes chanteuses québecoises. Après avoir écouté sa version de la chanson "Il suffirait de presque rien" j'ai réalisé un portrait au pastel de cette chanteuse pour qui j'ai beaucoup de respect. Le portrait est sur mon site web atacreation.com