vendredi 2 octobre 2015

Représailles

Théâtre de la Michodière
4bis, rue de la Michodière
75002 Paris
Tel : 01 47 42 95 22
Métro : Quatre-Septembre / Opéra

Une pièce d’Eric Assous
Mise en scène par Anne Bourgeois
Scénographie de Jean-Michel Adam
Lumières de Laurent Béal
Costumes de Jean-Daniel Vuillermoz
Musique de Jean-François Peyrony
Avec Marie-Anne Chazel (Rosalie), Michel Sardou (Francis) Laurent Spielvogel (Julien), Caroline Bal (Hélène), Emma Gamet (Mélissa), Térésa Ovidio (Jennifer), Valérie Vogt (Josiane/Eva) Michaël Rozen (Landru)

Présentation : C’est le soir du mariage de sa fille que Francis se fait prendre, la main dans le sac, par sa femme, Rosalie, qui découvre ses nombreuses infidélités.
Le divorce qui s’annonce semble perdu d’avance pour Francis qui craint de se voir dépouiller. Et puis, il aime toujours Rosalie.
Alors, pourquoi ne pas signer la paix ?
Mais on ne rattrape pas un mensonge par un autre mensonge. Sa maladresse et sa mauvaise foi vont entraîner les pires représailles de sa femme…

Mon avis : Eric Assous a encore frappé ! Et fort. Depuis plus de vingt ans, cet auteur, souvent récompensé, ne cesse de nous distraire et de faire rire avec des comédies tournant principalement autour des problèmes de couple et des relations hommes-femmes. Sa vingtième pièce, Représailles, n’échappe pas à la règle et c’est un bonheur que d’y retrouver ses situations extrêmes, ses dialogues cinglants et, paradoxalement, beaucoup d’amour aussi…

Dans Représailles, il y a « aïe ». Aïe, aïe, aïe même, puisque Francis, le héros malgré lui de cette comédie, va se prendre une succession de coups au cœur, sur la tête et… dans le portefeuille. Car il est tout autant un séducteur invétéré qu’un radin maladif. Ce défaut va bien sûr ajouter à la dimension risible de ce personnage qui porte déjà en lui ces petites faiblesses inhérentes à la gent masculine – du moins dans les pièces d’Eric Assous, car dans la réalité il en est bien sûr autrement – à savoir, une certaine estime de soi, une lâcheté spontanée, une mauvaise foi chronique… Un rôle en or pour un comédien. Et, disons le tout de suite, Michel Sardou est impeccable dans ce registre. En plus de son talent à interpréter les offusqués avec un naturel désarmant, il n’a pas son pareil pour jouer l’accablement. Un faux-cul qui essuie de vrais revers est, dans son cas, une antinomie qui vaut son pesant de drôlerie. En résumé, Francis, son personnage, tente d’évoluer dans une eau qu’il a lui-même troublée. Il sait que, s’il se retrouve à l’air libre, happé par l’hameçon de la vérité, il va considérablement manquer d’air et y perdre ses écailles dorées.


Car la personne qui se trouve à l’autre bout de la ligne n’est autre que son épouse depuis trente ans, Rosalie. Parfaitement au courant de ses turpitudes et de ses écarts de conduite, elle va les lui faire payer à sa façon. Et sa vengeance va être à l’aune de ses trahisons… Marie-Anne Chazel est absolument étincelante dans ce rôle de femme bafouée qui veut châtier lourdement l’infidèle alors que, visiblement, elle l’aime toujours. Ce qui est d’ailleurs aussi son cas à lui. Francis est profondément attaché à son épouse… et à sa fortune ! Cette double dualité est un des ressorts les plus subtils de la pièce car chacun a ses forces et ses faiblesses vis-à-vis de l’autre... La présence comique et le jeu tout en subtilité de Marie-Anne Chazel sont un régal de gourmet.


Représailles se compose de trois actes. Le premier, qui se déroule dans la chambre d’un hôtel de luxe, sert à mettre les personnages en place, de découvrir leurs caractères et de poser les éléments qui ne peuvent que les conduire au divorce. Dans cet acte, la scène de la salle de bain, cartoonesque, est un grand moment… Le deuxième acte amène le premier – énorme – rebondissement. Sardou/Francis est impayable avec ses efforts désespérés à vouloir faire avaler à Marie-Anne/Rosalie des couleuvres qui sont aussi grosses que des boas constrictors. Mais la sanction imaginée par sa femme va au-delà de ses pires appréhensions. Il est touché, presque coulé… Et puis, dans le troisième acte, avec l’arrivée de Julien (composition croustillante et pleine de finesse de Laurent Spielvogel), les rebondissements vont se multiplier par deux. Francis s’enfonce tellement dans le mensonge qu’il creuse lui-même sa tombe. En plus – facétie efficace de l’auteur – son texte l’amène à pratiquer une forme d’autodérision en évoquant son mépris et son ignorance de la chanson française. Du sur-mesure ! Toutes ces péripéties nous amènent à une fin où, après que Francis ait essayé de tirer les affaires au Clerc, les trois rebondissements se télescopent pour exploser en une folle apothéose absolument irrésistible.

Représailles est donc une excellente pièce « de boulevard », un pur divertissement dont on suit l’intrigue avec un plaisir évident. Le duo Chazel-Sardou fonctionne à ravir (on dirait un vrai couple) et l’écriture d’Eric Assous, avec son art des rebondissements et son talent à nous servir des dialogues percutants, est une vraie délectation.


Gilbert « Critikator » Jouin