lundi 2 septembre 2019

Madame Pylinska et le secret de Chopin


Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 35 32 31
Métro : Edgard Quinet / Gaîté

Une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène par Pascal Faber
Lumière de Sébastien Lanoue

Avec Eric-Emmanuel Schmitt et Nicolas Stavy (piano)

Présentation : Madame Pylinska, aussi accueillante qu’un buisson de ronces, impose une méthode excentrique pour jouer du piano : se coucher sous l’instrument, faire des ronds dans l’eau, écouter le silence, faire lentement l’amour… Au fil de ses cours, de surprise en surprise, le jeune Eric apprend plus que la musique. Il apprend la vie.
Une fable tendre et comique, garnie de chats snobs, d’araignées mélomanes, d’une tante adorée, et surtout de mélodies de Chopin. Les grands compositeurs ne sont pas que des compositeurs, mais des guides spirituels qui nous aident en nous apprennent à vivre…

Mon avis : Si vous aimez ET les mots ET la musique, Madame Pylinska et le secret de Chopin va vous emmener au ciel… Personnellement, j’ai passé au théâtre Rive Gauche une délicieuse soirée. Et quand je dis « délicieux », c’est un euphémisme tant mon plaisir a été total.
Non content d’être un remarquable auteur, Eric-Emmanuel Schmitt est un formidable conteur doublé d’un comédien épatant. Après un « prélude » plein d’humour, il nous embarque dans une histoire intime qui va nous tenir en haleine pendant deux heures. C’est passionnant. Le vocabulaire est d’une richesse et d’une précision rares. Sur le plan descriptif, les images et les métaphores abondent ce qui nous permet de nous projeter et de tout visualiser. Chaque décor est planté, chaque situation est illustrée, le moindre sentiment est traduit… On a l’impression qu’Eric-Emmanuel Schmitt nous prend chacun par la main pour nous emmener en sa chaleureuse compagnie dans son voyage initiatique. On ne peut pas être au plus près de son cheminement.


Le petit Eric-Emmanuel a 10 ans. Le piano qui trône chez lui n’est qu’un meuble pour lequel il ressent une certaine hostilité car il est l’instrument involontaire d’un massacre musical perpétré par sa sœur. Son rejet est total. Jusqu’au jour où intervient la Tante Aimée. Elle s’installe devant l’objet de son aversion, l’ouvre respectueusement, pose ses doigts sur le clavier et se met à jouer… du Chopin. En quelques secondes le garçonnet est foudroyé par la Révélation… Dès lors, en parallèle avec ses études, il va consacrer sa jeunesse à tenter d’apprivoiser et d’interpréter au mieux l’inaccessible Frédéric.

Si la tant aimée Tante Aimée a été l’initiatrice c’est une autre femme qui va prendre le relais, la fantasque Madame Pylinska, une Polonaise (tiens, tiens !) particulièrement radicale et haute en couleurs qui revendique être une « monothéiste ». Son seul Dieu, c’est Chopin. Seuls, mais à l’échelon inférieur, Bach et Mozart trouvent grâce à ses yeux.


Eric-Emmanuel Schmitt incarne les trois rôles : lui, Tante Aimée et Madame Pylinska… Un accessoire - un éventail pour Aimée, une étole pour la professeure - lui suffisent pour nous indiquer qui est en scène. En plus, pour Madame Pylinska, il adopte un savoureux accent d’Europe centrale. Pour illustrer les différentes situations et pour ponctuer ses évolutions psychologique et musicale, il convoque Nicolas Stavy, un époustouflant soliste qui possède son Chopin sur le bout de ses longs doigts agiles et délicats. Quel bonheur !
Dans ce spectacle, les mots nous portent et les notes nous transportent. Il est impossible de dissocier le récitant et le musicien tant ils sont en symbiose.

La partition écrite par Eric-Emmanuel Schmitt présente, comme l’œuvre de Chopin, toute une succession de climats différents. Si on rit beaucoup et souvent, s’il y a de la légèreté, il y a aussi des pages de mélancolie, des plages de tendresse et des mouvements de révolte. Difficile d’être plus exhaustif.

Photo : Fabienne Rappeneau
Finalement, à travers celui de Chopin, c’est son propre secret qu’Eric-Emmanuel Schmitt nous livre. Comment, grâce aux conseils et aux suggestions de Madame Pylinska qui, fine mouche, avait pressenti que sa destinée serait littéraire plus que musicale, il a trouvé sa voie. C’est elle qui, de manière subliminale, l’a guidé vers sa vocation.

J’ai passé au Rive Gauche une soirée idyllique. J’étais comme un enfant à qui on raconte une histoire emplie de personnages et d’objets pittoresques ; une histoire magnifiée par les notes de Chopin.
Bref, captivé par l’histoire et enchanté par la musique, j’ai passé avec Madame Pylinska et le secret de Chopin, une de mes plus aimables (dans le sens littéral du terme) soirées théâtrales. Lorsque les lumières se sont rallumées, la salle n’était qu’un immense sourire de bonheur…

Gilbert « Critikator » Jouin

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