lundi 30 juillet 2007

Tel père telle fille


Un film d'Olivier de Plas
Avec Vincent Elbaz (Bruno), Elodie Bouchez (Sandra), Léa Drucker (Alice), Frédérique Bel (Catherine), Daisiy Broom (Nancy)...
Sortie : 1er août 2007

L'histoire : A 30 ans, Bruno, une ex-rock-star un peu oubliée, vit d'expédients. Comme il possède un certain charme, il en abuse pour s'incruster chez des amies de rencontre. C'est la cas de Catherine, une jeune femme plutôt romantique. Il n'hésite pas à s'installer chez elle et à vivre à ses crochets. Au bout d'un certain temps, la patience et la tolérance de la demoiselle commencent à s'effriter sérieusement... C'est le moment que choisit Alice, une de ses anciennes maîtresses, pour reprendre contact avec lui dans le seul but de lui apprendre qu'il est le père d'une gamine de 13 ans, Nancy, dont il n'a jamais soupçonné l'existence. En pleine crise d'adolescence, elle a émis le désir de rencontrer son géniteur...

Mon avis : Bof... En dépit d'une affiche alléchante et d'un sujet a priori attractif, on a hélas tendance à s'ennuyer dans ce film dénué de rythme et alourdi par les clichés.
Au début, on trouve Vincent Elbaz parfait en parasite désabusé, en profiteur cossard. Lâche, menteur, égoïste, grossier, c'est le sale type dans toute sa splendeur. Mais, au bout d'un moment, on commence à se lasser de son jeu par trop systématique et stéréotypé, de ses paupières tombantes et de son regard glauque. Et sa métamorphose finale est bien trop excessive et radicale pour être crédible.
Bref, au fur et à mesure où l'intrigue se développe on se sent de moins en moins intéressé, de moins en moins concerné. Trop décalé, manque de réalisme, on ne parvient pas à prendre pied dans cette histoire et à se laisser embarquer par elle.
Malgré tout, il faut reconnaître que les jeunes femmes tirent leur épingle du jeu. Léa Drucker, en paumée dépassée par les événements, toujours entre deux mecs, toujours entre deux échecs, est absolument touchante et juste... Elodie Bouchez, la bonne copine encore fan, ne doit son salut qu'à son boulot de journaliste. Parce que sa vie sentimentale, ce n'est pas vraiment la panacée. On éprouve une certaine sympathie pour elle... Et Frédérique Bel, en brave fille autonome, elle tient honnêtement sa place. Des Catherine comme elle on en a forcément au moins une dans notre entourage.
Quant à la gamine qui joue Nancy, la fille parachutée de Bruno, on lui a brossé un personnage qui est le patchwork de plusieurs ados en rébellion. Elle en est trop caricaturale ; on n'arrive ni à l'aimer ni à la détester. C'est embêtant ce sentiment d'indifférence.
Vous pouvez donc tranquillemnt attendre que ce film soit diffusé à la télévision. Ce sera logiquement aux alentours de février. Alors, histoire de meubler une longue soirée d'hiver...

vendredi 27 juillet 2007

Piaf je t'aime


Olympia
28, boulevard des Capucines
75009 Paris
Tel : 08 92 68 33 68
Métro : Madeleine ou Opéra



Adaptation et mise en scène : Jacques Darcy
Dans le rôle d'Edith Piaf : Marie Orlandi

L'intention : Ce spectacle n'a pas pour but de faire entendre la voix magique d'Edith Piaf - que le disque restitue parfaitement -, mais d'évoquer par une suite de scènes, comme dans une BD, les étapes de la vie de ce personnage mythique, né dans la rue, magifié par la rue et qui, telle une prêtresse vouée au culte permanent de l'amour, rend son chant incantatoire. Les artistes que l'on voit et entend n'ont d'autre ambition que d'illustrer les derniers propos de Jean Cocteau : "Madame Piaf est inimitable. Il n'y a jamais eu d'Edith Piaf avant elle. Il n'y en aura plus jamais. Elle est une étoile qui se dévore dans la solitude nocturne du ciel de France. C'est elle que contemplent les couples enlacés qui savent encore aimer, souffrir et mourir. Je n'ai jamais connu d'être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait".

Mon avis : Les quelques réserves que j'avais lues au lendemain de la toute première représentation de Piaf je t'aime dans le Parisien m'avaient quelque peu alarmé. C'est donc avec une certaine circonspection que je me suis rendu à l'Olympia découvrir ce spectacle sur la vie d'Edith Piaf. Je craignais également que le formidable succès du film La Môme ne rendît la comédie musicale un peu fade.
Et bien je dois reconnaître qu'au bout d'un quart d'heure, toutes mes appréhensions étaient levées. Et je me suis laissé emporter avec plaisir à cette succession de tableaux qui représentaient autant d'ellipses sur l'extraordinaire parcours de Giovanna Gassion, petite fille de la rue devenue mondialement célèbre sous le nom d'Edith Piaf.
Il faut dire que la présence et le talent de Marie Orlandi, ce petit bout de femme bourré d'énergie qui l'incarne, y est pour beaucoup. Elle joue de tous les registres avec une authenticité confondante ; l'espiéglerie, la séduction, l'émotion, le malheur... Et quelle interprète ! Elle n'imite jamais Piaf, elle la restitue. Totalement habitée par son personnage, elle en a adopté la gestuelle et les attitudes. Nous, le public, dont la plus grande partie n'a jamais eu le bonheur de voir le modèle sur scène, nous nous contentons largement de cette évocation. Nous sommes à l'Olympia, ce temple dont elle fut la plus grande prêtresse, et nous avons Piaf devant nous. Il est parfois bon de se laisser transporter par ses illusions. C'est très facile quand le spectacle est bon !
Il y a de nombreux moments de grâce et de pure magie. Ainsi le duo qu'elle interprète avec Louis, le premier amour de sa vie, en tout début de spectacle est d'une absolue fraîcheur. Ses interprétations de L'accordéoniste et de Mon légionnaire, habillées par de remarquables arrangements signés Gérard Daguerre, sont étonnantes. Et que dire de ces morceaux de bravoure que sont Mon Dieu ou L'hymne à l'amour ? On touche à la perfection.
Beaux tableaux, superbes arrangements, chorégraphies agréables, costumes impeccables, jolies voix, lumières épatantes, tout contribue à nous faire passer une fort bonne soirée. On a même droit à deux petits moments d'humour, ce qui n'est pas si évident à dénicher dans une vie aussi tourmentée que celle de la Madame Piaf : l'audition d'Yves Montand et la présentation en franco-américain des Trois cloches. Il faut également souligner la belle présence de l'artiste qui campe Momonne la demi-soeur d'Edith, omniprésente au début de sa carrière et témoin fidèle de son avènement, de sa gloire, de ses amours et de ses drames. Elle possède pile-poil la gouaille qu'il faut.
Bien sûr il ya toutefois quelques petits hyatus... Les trois premières chansons additionnelles, mélodiquement très faibles, souffrent de la comparaison avec le reste du répertoire. Les pinailleurs feront remarquer que les Compagnons de la Chanson étaient neuf et non pas huit comme dans le tableau des Trois cloches. La scène de shadow boxing montrant Marcel Cerdan devenant champion du monde n'est peut-être pas indispensable. La voix enflammée du commentateur sportif y suffirait à elle seule pour nous transporter.

Or donc, en conclusion, vous ne perdrez pas votre temps en vous rendant à l'Olympia. Vous avez jusqu'au 12 août pour profiter de ce bel et bon spectacle de deux heures. Les programmes télé ne sont pas si remarquables que cela, surtout en été. Alors, quand on peut s'offrir un agréable moment de récréation, il n'y a pas à hésiter. Et, après tout, il s'agit là d'un des chapitres les plus riches de notre patrimoine musical. Piaf l'immortelle.

mardi 24 juillet 2007

Julie Zenatti


La Boîte de Pandore

On peut l'affirmer haut et fort : la petite Fleur-de-Lys de Notre-Dame de Paris s'est métamorphosée et épanouie en une superbe fleur des chants !
La Boîte de Pandore, son nouvel album sorti lundi chez Sony BMG est une pure merveille. C'est un authentique album de variétés dans le sens étymologique du terme. Il aurait même pu s'intituler "Julie ose" du titre de la septième chanson tant la jeune femme de 26 ans y fait preuve d'audace et d'inventivité. Julie ose, Julie se lâche, Julie prend tous les risques... On savait depuis belle lurette qu'elle possédait un extraordinaire timbre de voix, mais là elle révèle l'étendue d'un registre époustouflant. Quelle leçon ! On dirait qu'elle est plusieurs.
Si le terme n'était pas aussi galvaudé et souvent mal approprié, on pourrait décréter qu'il s'agit là de l'album de la maturité. C'est en effet un album réellement adulte, un album de femme, un album de chanteuse.
D'abord, si Julie peut se donner avec autant de liberté dans son interprétation, c'est parce qu'elle récite des textes intelligents, sans aucune miévrerie. C'est ambitieux, c'est du haut de gamme. Ensuite, elle peut s'appuyer sur des arrangements étudiés avec le plus grand soin pour coller aux différentes atmosphères. S'appuyant sur des fondations aussi solides, Julie n'a eu plus qu'à se laisser porter et exprimer l'insolent feeling dont les fées l'ont pourvue.

Trois titres se dégagent de cet opus ô combien riche. Dans l'ordre de mes préférences :
1/ Tango (Princesse) : On dirait un extrait de comédie musicale. Le traitement est très original, l'arrangement somptueux. Visa garanti pour Buenos Aires.
2/ Julie ose : Quelle chanson ! Ambiance de cirque ; sur une mélodie des plus complexes, Julie dévoile ses pensées secrètes, ses fantasmes, ses désirs. C'est d'une sensualité absolue.
3/ La Boîte de Pandore : Troussée avec la complicité de Claude MC Solaar, cette chanson est une allégorie sur la fameuse (femmeuse ?) thèse de la malédiction féminine. En ouvrant la Boîte à Pandore, la femme serait la responsable de tous nos maux. C'est là de la grande écriture. A proposer en explication de texte dans tous les bons collèges. A souligner également les parties arabisantes du meilleur effet.
Ensuite, je citerai, toujours selon mes goûts (mais tout est très bon parce que tellement varié) :
4/ Les cartons : Véritable petit film qui repose sur des sentiments subtils. Une jeune femme abandonnée écrit "fragile" sur les cartons de son déménagement. C'est une analyse très fine de l'échec amoureux. Du moins quand le doute subsiste encore. A noter la beauté des cordes.
5/ J'ai croisé le diable : Encore un texte qui est tout le contraire d'être fade. Il exprime toute la fierté et l'esprit de liberté d'une femme dans un monde pas toujours évident à vivre. Très militant. Couillu, quoi !
6/ Belle la vie : Si on ne savait pas que c'est Julie Zenatti qui chante, on croirait que c'est une Black (même sensation d'ailleurs avec Amnésie). En v'là du blues, en v'là. Quand on parle de feeling... On se surprend à rêver d'un album entier de blues et de rhythm'n'blues. Elle y ferait merveille. Ose, Julie !
7/ Face cachée : Expression du double "Je" féminin. Aveu sincère et troublant de sa dualité. Petit tour psychanalitique derrière le miroir. Encore une fois, pour un sujet maintes fois traité, c'est très finement écrit.

En conclusion, voici un album qui est un rayon de soleil dans un été médiocre. On peut profiter de la pluie pour se terrer dans sa chambre ou dans son salon pour l'écouter à l'envi. Au casque de préférence afin d'en goûter à la fois les vertigineuses prouesses vocales de la Julie ainsi que sa diction parfaite, et pour en capter la qualité des arrangements.
Enfin, il faut noter la présence inattendue de quelques stars du rap (Claude MC Solaar, Akhenaton, Shurik'N) et de deux de ses anciens complices de Notre-Dame de Paris, Roddy Julienne et Luck Mervil). Et, en plus, elle est fidèle !!!!

lundi 9 juillet 2007

La Mer de Sable


On a marché sur la dune !

Inaugurée en 1963 sous l'impulsion de l'humoriste, comédien et grand amateur de cirque Jean Richard, la Mer de Sable peut s'enorgueillir d'avoir été le tout premier parc à thème créé en France.
Il s'agit d'un site absolument unique puisqu'il présente, nichée au coeur de la forêt oisienne d'Ermenonville, une étendue de 20 hectares de sable complètement naturelle issue de l'ère tertiaire.
Rachetée en août 2005 par la Compagnie des Alpes, qui gère également entre autres le Musée Grévin, le Parc Astérix et les parcs Walibi d'Aquitaine et de Rhône-Alpes, la Mer de Sable vient de faire peau neuve. 10 nouvelles attractions et 3 spectacles entièrement inédits ont été ajoutés à la liste des distractions déjà existantes.

Baptisée aussi "Le Parc des Aventuriers", la Mer de Sable est avant tout destinée aux enfants de 2 à 14 ans. Mais les adultes n'ont aucune peine à retrouver leur âme juvénile. Nous, les garçons, on a tous adoré la grande époque des westerns et jouer aux cow-boys et aux indiens. L'astuce des deux spectacles principaux, La Fille du Shérif et Complètement à l' West, est de donner le beau rôle à des jeunes femmes, Nancy et K-Naï dans le premier, et la célébrissime Calimity Jane dans le second. Une profusion de cascades, des chevauchées en veux-tu en voilà, des bagarres et de l'humour, de l'humour, de l'humour. Ces deux shows, assurés par d'intrépides cavaliers, sont réellement d'un très bon niveau.
Quant aux attractions, elles sont aussi variées que distrayantes. Certaines d'entre elles apportent leur lot d'émotions fortes (Le raid du désert, Babouing, le Train du Colorado, Cheyenne River, la rivière sauvage...). et d'autres sont beaucoup plus paisibles, propices à la détente, au rêve et à l'émerveillement.

Ce Parc ne ressemble à aucun autre car il a gardé son esprit bon enfant. Il n'est pas atteint de gigantisme et submergé de décibels. On peut s'y balader en famille tranquillement... On y trouve en outre un bon éventail de possibilités de restauration d'inspiration à majorité "Tex-Mex".
Allez, rendez-vous au bac à sable !!!

La Mer de SableErmenonville (Oise)
Ouverte tous les jours de 10 h 30 à 18 h jusqu'au 30 septembre.
Tarifs : adultes (12 ans et +) 18,50 €. Enfants (3 à 11 ans) 15 €.
Renseignements : 03 44 54 18 48 / 0825 25 20 60 / www.merdesable.fr

vendredi 29 juin 2007

New Délire


Un film d'Eric Le Roch
Scénario original d'Eric Le Roch et Pascal Légitimus
Avec les voix de Pascal Légitimus, Jean-Marie Bigard, Hélène de Fougerolles, Mathilda May, Luis Régo,Simon Abkarian, Charlotte de Turckheim, Serge Hazanavicius.
Sortie le 4 juillet

L'histoire : Bobby doit quitter la Ferme Académie car il a été éliminé par les spectateurs. Il laisse derière lui Paula, son amoureuse, en lui promettant de revenir la chercher quand il sera devenu une vedette... Arrivé à la capitale, il rencontre un drôle d'hurluberlu, Machin, avec lequel il décide de s'associer en lui confiant le rôle de manager. Bobby fait alors tout pour devenir chanteur... et il rencontre Fanny, la fille d'un grand producteur.

Mon avis : Si vous aimez ce qui est décalé, trituré, distordu (voire tordu), destructuré, si vous aimez Gotlib et les tripatouillages dignes des Monty Python ou des Nuls, vous allez adorer New Délire.
Comme son titre l'indique finement, ce film est bien plus qu'une parodie du cinéma bollywoodien. C'est un authentique film indien, avec des acteurs indiens, des décors indiens, des costumes indiens (d'un kitsch insupportable !), des chorégraphies indiennes (à donner des complexes à Kamel Ouali)... Seulement voilà, un farfadet malicieux (Eric le Roch) et un flibustier iconoclaste (Pascal Légitimus) se sont ingéniés à en effacer la bande-son (musique et dialogues) pour en faire une satire de la télé-réalité et des moeurs showbiztiques bien franchouillardes. Pris en flagrant Dehli de détournement en quelque sorte (un Gange passe...)
Assurément, il faut savoir apprécier un tel humour pour en goûter tout le sel et saluer la formidable performance technique qui a engendré ce film unique en son genre. Prenant un film bollywoodien de facture classique, d'une durée de quatre heures, ils l'ont compressé en une histoire d'une heure trente totalement farfelue, mais qui tient la route. Ils y ont incrusté de nouveaux plans, ils l'ont saupoudré d'effets spéciaux et, surtout, ils se sont habilement servi du premier degré et de la façon de surjouer des Indiens. Enfin, ils ont confié les nouveaux dialogues à une brochette de comédiens français incontestablement ravis de jouer le jeu. Une réussite totale, une explosion de feux (de Bengale, bien sûr). La voix de Luis Régo dans la bouche de l'Indien qui a hérité du personnage de Machin vaut à elle seule le déplacement ! Et puis il faut rendre hommage à la musique originale concoctée par un Alain Bernard particulièrement inspiré.
Avec ce genre de film, ça passe ou ça casse. Il pourrait tout aussi bien rater sa cible et être accueilli avec Inde-ifférence et, en même temps, il ne faudrait pas grand chose pour qu'il devienne culte. Certaines répliques en tout cas vont faire le bonheur des ados et des adultes qui sont resté de grands enfants. J'estime même que c'est le genre de film qu'on doit revoir au moins une seconde fois tant il se passe des choses en arrière-plan (par exemple le running gag d'un quidam qui traverse le film en jouant au golf - du Bengale, bien sûr).
En tout cas, moi qui ai grandi avec Pierre Dac, Francis Blanche et Jean Yanne, qui me suis ouvert à l'humour décalé avec Marcel Gotlib, Franquin, Hara Kiri et Desproges entre autres, je me suis bien amusé. Et je n'étais pas tout seul...

mardi 26 juin 2007

Un fil à la patte


Théâtre de Paris
15, rue Blanche
75009 Paris
Tel : 01 48 71 25 87
Métro : Trinité d'Estienne d'Orves

Une pièce de Georges Feydeau
Mise en scène par Alain Sachs
Avec Paul Bisciglia, Isabelle Cote, Stéphane Cottin, Michèle Garcia, Michel Lagueyrie, Jean-Marie Lecoq, Caroline Maillard, Jean-Pierre Malignon, Lysiane Meis, Philippe Uchan.

L'histoire : Le fil ? C'est Lucette, chanteuse de café-concert romantique et follement amoureuse. La patte ? C'est celle de Fernand, noceur invétéré...
Le problème, c'est que le fil qui les unit va brutalement se métamorphoser en une véritable corde à noeuds. Des noeuds qui prennent tour à tour les personnalités hautes en couleurs d'un clerc de notaire auteur de chansons grivoises, d'un riche général sud-américain exilé, d'une soeur un peu moche, très vierge, mais aux rêves enflammés, d'une duchesse à la libido exacerbée, d'une oiselle obsédée par les mauvais garçons... Avec, pour corser et compliquer le tout quelques pique-assiettes et des domestiques qui, très investis, en oublient souvent de garder leurs distances...

Mon avis : Un feu d'artifice ! Cet été, au Théâtre de Paris, ça va être le 14 juillet tous les jours... Quand Alain Sachs met la main à la Patte, cela donne un spectacle ébouriffant, joyeux et bon enfant, qui défile sous nos yeux émerveillés à un rythme échevelé. Le fil rouge de cette pièce, c'est la bonne humeur agrémentée d'un grain de folie douce.
Devant la complicité jubilatoire qui unit tous les comédiens, on a l'impression de se trouver en présence d'une troupe. La distribution est parfaite. Chaque personnage possède, comme disent les matheux, une identité remarquable et aucun ne tire cependant la couverture à lui.
Par la grâce caricaturale de certains personnages (le général, la duchesse...), on se croirait parfois dans un album de Tintin scénarisé par Feydeau. Toutefois, si chaque comédien tire tour à tour son épingle du jeu, on se prend à attendre les apparitions du dénommé Bouzin, ce clerc de notaire qui se targue d'écrire des chansons drôles, un énergumène lunaire qu'on dirait issu des amours improbables de Bourvil et Coluche tant il possède un art consommé du burlesque et de la gestuelle ridicule.
Il faut également souligner des costumes qui sont d'une élégance rare.
Bref, Feydeau reste si inexorablement hors du temps qu'il en est indémodable. On n'a qu'à s'installer confortablement dans son fauteuil et se laisser emporter dans ce scenic railway trépidant et joyeux. Deux heures de pure comédie, un spectacle simple et efficace aux rouages parfaitement huilés. Une réussite !

vendredi 15 juin 2007

Check up


Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins
75008 Paris
Tel : 01 42 65 90 00
Métro : Havre-Caumartin

Une pièce de Serge Serout
Mise en scène par Daniel Colas
Avec Micheline Dax, Yvan Varco, Anne Deleuze, Gaëlle Lebert, Claire Chastel.

L'histoire : Ce "Check up" est celui qu'établit irrévérencieusement une veuve teigneuse, sectaire, revêche et ricanante au soir des obsèques de son mari. Un éloge funèbre aussi expéditif que féroce. Et, dans la foulée, tant qu'elle y est, après avoir taillé le costard de feu son époux, elle passe à la moulinette de ses sarcsames et de son mépris les autres représentants mâles de la famille, il est vrai peu reluisants.

Mon avis : Cette pièce se révèle être articulée en une succession de cinq tableaux. le premier et le dernier sont dans le présent. Les trois intermédiaires sont des évocations du passé.
Dès la première saynète, nous faisons la connaissance de la veuve (Micheline Dax) attablée devant un verre de rouge dont on imagine qu'il n'est pas le premier qu'elle a dégusté en cette fin d'après-midi. Les cousins invités aux obsèques de son mari sont partis et elle se retrouve seule avec son fils, un grand benêt de quadragénaire. C'est sur cette éponge inoffensive et simplette transformée en exutoire qu'elle va pouvoir enfin déverser tout son fiel...
Micheline Dax s'en donne à coeur joie. Dans un langage peu châtié, elle exprime son soulagement à travers des phrases du genre : "J'ai passé toute ma vie avec un casse-couilles. Maintenant qu'il est au trou, ça va me faire des vacances" ! Et, sans tenir aucun compte des quelques sursauts de protestation et d'indignation de son fiston, la voici partie dans un flot d'invectives vis-à-vis de son alcoolique et médiocre mari. Le mot qui revient le plus dans ce panégyrique en forme d'entreprise de démolition est "minable". C'est tout dire. Une fois le pauvre défunt complètement "rhabillé", elle décide de remonter un peu la branche mâle des colatéraux et de dresser le portrait du grand-père, du cousin germain et de l'oncle, personnages eux aussi plutôt gratinés dans le genre veule et pitoyable.

Le deuxième tableau nous met donc en scène le grand-père, Georges, un quadra égrillard amateur de soubrettes, qui convoque justement la toute nouvelle femme de chambre pour la mettre dans son lit pendant que sa femme est partie au spectacle. On comprend bien vite pourquoi Micheline Dax usait autant du terme de "minable". Car pour arriver à ses fins, il déploie un trésor d'hypocrisie et de bassesses qui nous le rendent absolument détestable. Mais il se heurte à une jeune femme qui, sous une apparence réservée, n'est pas vraiment une oie blanche. Et le maître du jeu ne sera peut-être pas celui qu'on croit. C'est un tableau savoureux, digne d'un Feydeau.

Le troisième tableau nous met en présence de Marc, le cousin germain. Là on atteint des sommets. Tous les défauts que l'on prête parfois (rarement !) à la gent masculine y sont cristallisés en un seul personnage. C'est le mufle dans toute sa splendeur. Il se tient mal, parle la bouche pleine, il est vulgaire, menteur, lâche, profiteur, sans scrupules, mesquin, lamentablement vénal... En face de lui, il a une jeune femme effacée, limite soumise, en tout cas pleine d'abnégation, de bon sens et d'humanité. On voit bien qu'elle n'est pas dupe du sordide manège de ce fieffé profiteur, mais sa bonté naturelle reste la plus forte. Une très belle opposition de style et de mentalité.

Le quatrième tableau nous introduit l'oncle, un tonton que Micheline Dax qualifie de "gros dégueulasse". L'épisode qui nous est retracé nous le présente en jouisseur professionnel, habitué à recevoir un bon nombre de jeunes femmes. Justement, il y en a une qui vient de faire irruption dans son alcôve. Mais elle n'est pas animée d'intentions libertines car c'est sous la menace d'un révolver qu'elle veut qu'il avoue avoir séduit la femme avec laquelle elle vit. La jeune femme est une vraie tornade ; énergique, véhémente, brutale. Elle le met "minable"... Ce tableau très enlevé est le plus physique, le plus trépidant de la pièce.

Il y a une chose qui doit être dite, soulignée et saluée, c'est la performance du comédien Yvan Varco qui, à lui seul, tient les quatre rôles masculins. Il est étourdissant car, à aucun moment et sans aucun artifice, il ne joue de la même façon. Il est aussi épatant en grand crétin attardé, qu'en bourgeois libidineux, en brocanteur répugnant et en séducteur humilié.

En résumé Check up est un joli divertissement. Comme il est divisé en cinq tableaux, il est léger, digeste, varié. Un spectacle idéal pour se détendre pendant cet été. Un seul problème cependant, c'est qu'il est réellement dur pour nous les hommes. On ne peut pas croire qu'il existe de tels spécimens. le trait ne peut être que forcé, n'est-ce pas mesdames ? La vérité m'oblige à dire que, parfois, on reconnaît certaines attitudes ou comportements, que quelques uns de nos congénères ont pu avoir. Mais pas nous. Jamais au grand jamais on n'oserait avoir eu une conduite aussi "minable". Ce n'est pas notre genre...