vendredi 6 novembre 2015

Michel Drucker "Une année pas comme les autres"

Editions Robert Laffont
21,50 €


Le texte de présentation qui figure sur la quatrième de couverture de Une année pas comme les autres commence par cette phrase : « Michel Drucker change »…
Pour moi, il ne « change » pas, il continue tout simplement à évoluer. L’homme est toujours resté le même, mais il s’est continuellement enrichi de rencontres et d’expériences qui l’ont amené à être celui qu’il est aujourd’hui. Et, je prends tous les paris que, l’an prochain, il sera encore différent parce qu’encore plus libre et plus fort d’un tout nouvel exercice, le seul en scène. Et je vous fiche mon billet qu’il nous réserve encore d’autres surprises pour l’avenir…
Après une quinzaine d’interviews officielles et de quelques entretiens privés, j’ai appris à la connaître. Et, en toute sincérité, plus je le pratique, plus je le comprends et plus je l’estime.

Une année pas comme les autres… En cinquante ans de carrière, je pense qu’aucune des années qu’il a vécues professionnellement n’a été semblable à la précédente.
Mais il est vrai que ce livre millésimé 2014-2015 est particulier. Il est surtout touchant. Touchant parce qu’il est vrai, parce qu’il est de l’ordre de l’intime et parce qu’il est dénué de tout artifice et très peu encombré de paillettes. Michel Drucker s’y exprime en toute franchise ; un peu comme s’il pensait tout haut et nous faisait part de ses réflexions.


Ce livre témoigne du quotidien d’un homme qui a presque toujours été obsédé par le travail et le désir de rendre la copie la plus propre, la plus parfaite possible. C’est le réflexe d’un ancien cancre. En échec scolaire, il a considérablement souffert de la comparaison avec deux frères particulièrement brillants. Alors, quand il a été en mesure de travailler, il n’a eu de cesse que de prouver. Il a bossé, bossé, bossé, de la façon la plus scolaire qui soit. Heureusement, il avait reçu un sens des valeurs qui allait le servir tout au long de sa carrière. Il l’explique dans son livre : « Abraham, (NDLR : son père) tout en me hurlant dessus parce que je n’apprenais rien à l’école, m’a enseigné l’humain »…
Tout Michel Drucker est défini en ce mot. Il est en empathie chronique. Une qualité indispensable lorsque, comme lui, on pratique un métier qui est basé sur la relation humaine, sur l’écoute de l’autre. En fait, ce sont là les qualités que l’on attend d’un médecin, profession de son père et de son frère Jacques. Michel possédait en lui dès le départ les aptitudes intellectuelles ; il ne lui manquait plus que ce formidable ingrédient déclencheur qu’est la passion pour qu’il puisse, les extérioriser et les exprimer.

Cet ouvrage relate les 365 jours d’un homme toujours pressé, toujours occupé, toujours sollicité, et bien content de l’être. On a l’impression que, s’il cessait soudain d’être en mouvement, il se figerait instantanément et tomberait en poussière. Même la nuit, il cogite. Chez lui, l’hypocondrie et l’angoisse sont deux des principaux moteurs. Il en a fait des alliées, des forces. C’est que, aujourd’hui, il se connaît bien, le bougre !... Il suffit de lire ce qu’il écrit page 47 dans le chapitre dédié à Isia : « Cette chienne est à la fois solide et fragile… comme son maître ». Pas besoin d’épiloguer.


Je ne veux pas tout dévoiler de Une année pas comme les autres. Il aborde tant de sujets qui lui sont à la fois très personnels et d’autres qui appartiennent au domaine plus public. Il est truffé d’anecdotes, d’analyses, de révélations. Il y exprime ses convictions autant que ses doutes. Et surtout – j’y reviens – il est essentiellement tourné vers l’humain. Il prône la bonne éducation, la courtoisie (passage consacré à Gad Elmaleh) et, avant tout, à la culture et à l’entretien de l’amitié avec cet émouvant fil rouge qu’est sa relation avec un Michel Delpech qui se sait condamné par la maladie ; il y a aussi ces très belles pages autour de Jean-Pierre Adams ou celles rapportant sa fréquentation des hôpitaux. Car Michel Drucker est un cas « clinique » dans le sens figuré du terme. En toute logique, grâce à ses connaissances acquises auprès des plus grands professeurs, il est devenu le médecin du PAF. Il possède dans ce domaine une érudition incroyable. Il connaît ainsi par cœur le glossaire des médicaments. Si bien que ses diagnostics, très, recherchés et font autorité.
Il y a également, mais je n’en dirai pas plus car il faut « l’écouter » le raconter : ce bouleversement qui n’est intervenu qu’au cours de cette « année pas comme les autres » : la prise de conscience de sa judéité.

En conclusion, ce livre est la transposition et le reflet d’une vie unique, incomparable. Celle d’un homme qui nous accompagne quasiment au quotidien depuis un demi-siècle ; un homme qui a su rester simple, honnête et réellement modeste…
L’ancien cancre est devenu aujourd’hui, presque malgré lui, mais en toute légitimité, une véritable institution. Tel est Michel Drucker… Télé Drucker !


Gilbert « Critikator » Jouin

Vincent Dedienne "S'il se passe quelque chose..."

Café de la Danse
5, passage Louis-Philippe
75011 Paris
Tel : 01 47 00 57 59
Métro : Bastille

Seul en scène écrit par Vincent Dedienne, Juliette Chaigneau, Mélanie Le Moine, François Rollin
Interprété par Vincent Dedienne
Mis en scène par Juliette Chaigneau et François Rollin

Présentation : « Bonjour ! Je m’appelle Vincent Dedienne et je suis la personne qui boit un chocolat chaud/thé vert bio/soupe à l’oignon sur l’affiche !
S’il se passe quelque chose, c’est une promesse. La promesse de passer ensemble un drôle de moment, à la frontière du théâtre et du Guatemala.
S’il se passe quelque chose, c’est aussi comme un dîner entre amis. C’est prévu de longue date, préparé avec amour et gourmandise, et ça commence à 20 h 30.
S’il se passe quelque chose, c’est mon premier spectacle. A table ! (Et si vous n’aimez pas, je vous ferai une salade). »

Mon avis : Vincent Dedienne qualifie S’il se passe quelque chose comme étant son « premier spectacle ». C’est à la fois vrai et faux. Faux car il l’avait déjà présenté un an plus tôt, en octobre 2014, au Petit Hébertot. A cette époque, je me souviens que ma critique avait été plutôt négative en dépit des indéniables qualités du jeune homme.
Or, depuis cette première expérience, une année s’est écoulée. Une année durant laquelle il m’a littéralement enthousiasmé par ses portraits joyeusement insolents, décalés et brillamment écrits dans l’émission de Canal+, Le Supplément (en clair le dimanche vers 13 h). Raison pour laquelle j’ai eu fortement envie de le revoir sur scène au Café de la Danse. Et je ne le regrette pas. Loin de là !


J’ai d’abord retrouvé tout ce que j’avais apprécié la première fois : son pull jaune col en V, son aisance, son débit ultra rapide, sa parfaite élocution, son écriture riche et soignée, sa générosité (voir critique du 9 octobre 2014). Mais, surtout, même s’il a gardé l’essentiel de la trame de cette toute première prestation, on sent qu’il a énormément travaillé sur l’efficacité. Il s’est débarrassé des plus grosses scories (particulièrement le sketch lourdingue et incongru du petit marquis) pour ne garder que l’essentiel. Sur le plan de l’écriture, il a su tailler dans le vif, au scalpel, supprimant ainsi tout le gras superflu pour ne conserver que la bonne chair et le nerf… Comme toute la salle, en grande partie composée de jeunes de 20 à 30 ans (il affiche complet tous les soirs), je n’ai cessé de m’amuser et de rire à ses propos. Il a toujours autant d’aisance, il est toujours aussi heureux d’être sur scène, mais il a pris du métier, de l’assurance. Il propose désormais un spectacle jubilatoire et percutant dans lequel il n’y a plus rien à jeter.


Après une entrée réellement inattendue que je qualifierai d’« au poil », il se livre à un exercice dans lequel il excelle : le portrait. A part que, cette fois, il s’agit du sien. Il s’en donne à cœur joie, jonglant avec son sens inné de l’autodérision, son amour de l’absurde, sa propension à passer du coq à l’âne, son utilisation (très maîtrisée cette fois) du comique de répétition et, surtout, son aptitude à illustrer son discours d’images tour à tour cocasses, truculentes ou cruelles. Tout en se comportant en mec sûr de lui, on sent parfois poindre une profonde fragilité chronique, ce qui le rend encore plus attachant.
Ensuite, se partageant à un rythme endiablé entre sketches et stand-up, il se livre à un véritable festival au terme duquel il recueille une salve d’applaudissements qui dure longtemps, longtemps. Et lui, en position de révérence et la main sur le cœur, il reçoit cet hommage sincère et spontané avec satisfaction bien sûr, mais aussi avec le regard émerveillé d’un enfant qui reçoit sa récompense pour un travail bien fait.

Tombé raide dingue de Muriel Robin à 7 ans, on sent qu’il l’a presque à son insu vampirisée. Pour être encore plus précis, il est en quelque sorte l’enfant naturel que Muriel Robin airait pu avoir avec Pierre Palmade. Il est leur parfaite synthèse, leur projection tout en affirmant sa propre personnalité car il est avant tout Vincent Dedienne.
Et c’est en tant que tel qu’on peut affirmer que ce garçon ira loin, très loin. A Dedienne que pourra…

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 3 novembre 2015

Le Grand Gala

Hier, dans le cadre du FUP (Festival d’hUmour de Paris), une soirée de gala a priori unique a été organisée pour célébrer feu le Pranzo, petit cabaret qui a donné leurs chances à de nombreux aspirants humoristes. Nombre des artistes qui s’y sont fait les dents et appris leurs gammes ont répondu présents à l’appel de son créateur, Emmanuel Smadja, dit « Manu ».

Si l’on tient compte d’un trio et d’un duo, ils ont été seize à se succéder sur la fameuse scène de la rue de la Gaîté. Très honnêtement, j’ai passé une excellente soirée. Le niveau d’humour était d’une grande qualité. Les numéros, les univers respectifs, les attitudes, éclectiques et variés, ont offert un panel très représentatif de ce qu’est la scène comique française aujourd’hui.
Voici un petit compte-rendu de ce qui s’est passé hier soir dans l’ordre d’apparition des artistes…

Les DDD (Les Drôles de Mecs). Leur singularité c’est de se livrer à des évolutions hip-hopiennes sur une bande-son très originale sans jamais avoir l’air d’être dans la performance et de se prendre au sérieux. Effet comique garanti.
Vérino. On ne le présente plus. Il sait tout faire. Il est naturellement drôle, et dans ses gestes, ses expressions et son appétence pour l’humour noir. Son sketch sur la baguette de pain disponible 24/24 est un petit bijou de comédie surréaliste.


Baptiste Lecaplain. Il est aussi drôle que touchant car il a l’art de se mettre en scène en se racontant. Fin observateur, ce Zébulon sympathique nous met complètement dans sa poche en abordant des thèmes qui lui sont très personnels tout en étant universels.
Christine Berrou. Sacré personnage, la Christine ! Utilisant à merveille sa voix encore pré-pubère, elle nous embarque dans ses digressions hilarantes, ses réflexions faussement maladroites. Tout en pratiquant allègrement l’autodérision, elle balance avec des airs de Sainte Nitouche quelques scuds plutôt crus, qu’elle élude illico avec une savoureuse malhonnêteté.
Sanaka & Farid Chamekh. Leur fonds de commerce, c’est la vanne. Ils adorent se chambrer, ça va à toute vitesse. Leur façon de se mouvoir est une vraie chorégraphie ressemblant à parodiant un duel dont les fleurets seraient les mots.


Bérangère Krief. Elle est aujourd’hui à un sommet dans la hiérarchie des jeunes femmes humoristes. Son sketch sur la journée inversée est une superbe et imparable trouvaille aussi bien écrite qu’interprétée.
David Smadja. Communicant facile, tchatcheur très convivial, il a créé son style en s’appuyant sur la musique. Après avoir interprété un rap fort bien troussé, il campe un inénarrable timide à l’accent indo-pakistanais absolument jouissif.
Guillaume Batz. Alors lui, il m’éclate. Dans le domaine de l’autodérision, il est inégalable. D’un courage et d’une lucidité qui forcent le respect, il nous fait rire en se moquant de lui-même. Ce garçon attachant est vraiment (handi)capable de tout.
Sophie Girard. Sous de faux airs nunuche qu’elle maîtrise à ravir, cette grande et belle jeune femme est aussi à l’aise dans l’humour absurde avec la déchirante épopée de la petite dernière frite d’une barquette, que dans la relation ironique et imagée de l’état dans lequel se mettent certaines femmes addict à la mode.
Kyan Khojandi. Interprétation tout en subtilité tant dans la qualité de l’écriture que dans son jeu. Ses observations sur le thème de « Quand t’es gamin », marquées du sceau de l’évidence, sont réellement rafraîchissantes, et l’évocation de son père est tout à la fois émouvante et souriante.


Florent Peyre. Je le tiens pour un des artistes les plus complets de cette génération estampillée « On n’ demande qu’à en rire ». Il a tout pour lui. Utilisant à bon escient ses facultés physiques hors normes, il possède un sens du mouvement très cartoonesque. Son sketch un brin mégalo de découvreur de talents et de producteur est un vrai régal.


Kev Adams. Que dire désormais sur lui ? A 24 ans, il fait déjà preuve d’une maturité stupéfiante. Il est visiblement né pour faire rire ses contemporains. Il est facile, chaleureux, généreux. La narration de ses « premières fois » est aussi pertinente que désopilante.


Arnaud Tsamère. Ce garçon est fou ! Il débarque de galaxie étrange et indéterminée que l’on appelle « Absurdie ». Il est en décalage permanent. Le loufoque est son langage. Inutile d’essayer de le suivre dans ses réflexions de traverse, il nous égare et nous largue à chacune de ses démonstrations qui restent immanquablement en suspens. Je suis un fan absolu de cet énergumène.

Bref (comme dirait Kyan Khojandi) à l’issue d’une telle représentation on ne peut que devenir
Pranzoophile car on s’aperçoit que ce minuscule cabaret a enfanté de sacrées bêtes de scène.
Et, chose réconfortante, Manu Smadja nous a appris que ce rassemblement d’humoristes connaîtrait bientôt d’autres éditions. Voilà qui promet de bons moments en perspective car il y a d’autres pépites qui sont sorties de cet écrin.


Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 2 novembre 2015

MERCI !!!

Un grand merci et beaucoup de reconnaissance pour celles et ceux qui me font la gentillesse de venir faire un petit tour sur mon blog...
Grâce à vous, je viens de dépasser le cap du million de visites !
Je profite également de ce message pour confirmer que je n'écris que ce que je pense sincèrement, sans flagornerie aucune et sans complaisance.
Merci encore et, j'espère, rendez-vous pour le deuxième million...

Gilbert "Critikator" Jouin

samedi 31 octobre 2015

L'Autre Galilée

Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Tel : 01 45 44 57 34
Métro : Notre-Dame des Champs / Vavin / Saint-Placide / Edgar Quinet

Ecrite et interprétée par Cesare Capitani
Mise en scène par Thierry Surace
Lumière de Dorothée Lebrun
Costume de Vjollce Bega
Musique d’Antonio Catalfamo
Décor et accessoires de Ségolène Denis

Présentation : L’Autre Galilée est le portrait inattendu et surprenant du grand savant italien Galileo Galilei. Vous allez découvrir un homme drôle et passionnant, malin et subversif, qui toute sa vie s’est battu pour la liberté de pensée, pour la séparation entre science et religion. Un Galilée inédit et moderne qui a émis des affirmations bien plus dérangeantes et violentes que la célèbre phrase « Et pourtant, elle tourne ».

Mon avis : Une fois encore Cesare Capitani m’a emmené au ciel. Au propre comme au figuré car comment ne pas s’envoler dans le cosmos lorsqu’on a le plaisir et le privilège de partager un peu plus d’une heure avec un passionné comme Galilée…
Déjà, quand il avait dépeint la vie ô combien tumultueuse du peintre Caravage, il m’avait enthousiasmé et ému par sa totale implication. Il récidive cette fois mais dans un registre diamétralement différent. Ici, il n’est plus question de folie, de débauche et d’excès en tout genre, nous sommes dans une rigueur toute mathématicienne. Et ce portrait va encore plus loin car il dénonce aussi les dysfonctionnements spirituels d’une époque…

Hier soir, le Paradis était plein comme un œuf. Le « Paradis » est le nom de la petite salle située au tout dernier étage du Lucernaire. Tout un symbole car nous nous trouvions ainsi plus près des étoiles et d’une lune qui nous avait la faveur de s’afficher pleine. La force de ce spectacle c’est qu’il est dépouillé de tout artifice. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous focaliser et de nous concentrer sur la prestation et le discours de Cesare Capitani. Cet artiste est un être singulier ; « singulier » dans le sens « étonnant, qui se distingue des autres, qui sort de l’ordinaire »… Lorsqu’il s’approprie un personnage, il ne se contente pas de le jouer, il l’habite, il le vampirise et il le devient. Il l’EST !


Ce doit être un grand bonheur pour un Italien que de camper un de ses plus illustres compatriotes. Quel investissement aussi que de rentrer dans la peau et dans la tête de cet immense savant et de faire à la fois revivre devant nous les plus grands moments de son existence et réaliser l’importance de son travail et de ses découvertes.
Le mot « autre » dans le titre du spectacle est loin d’être anodin. Cesare Capitani nous révèle des aspects pas très connus de l’homme. On en apprend beaucoup sur son caractère. Galilée était tout le contraire d’un illuminé ou d’un visionnaire. C’était un vrai scientifique, un rationnel. Il était très ambitieux, intrigant, malin, redoutablement intelligent, terriblement (mais légitimement) orgueilleux. Il avait en lui l’insolence de ceux qui savent et qui sont sûrs de ce qu’ils savent car ils peuvent le démontrer à grands renforts de chiffres et d’éléments concrets intangibles. D’ailleurs Cesare/Galileo se livre devant nous à des expériences physiques et à des démonstrations qui valent mieux qu’un long développement.

La face la plus inattendue de Galilée, c’était son côté rebelle, subversif même. Ce chantre de la Liberté était très en avance sur son temps dans tous les domaines. Tant dans sa vie privée que dans ses recherches mathématiques et astronomiques. A partir de là, il était hélas inévitable que l’Eglise s’intéresse particulièrement à lui. Quel que soit l’immensité de son orgueil, lorsque la sinistre Inquisition se penche sur vôtre cas, vous décrète hérétique et vous menace du bûcher, on ne tire pas beaucoup de plans sur la comète : on transige et on sauve sa peau en abjurant. Mais on n’en pense pas moins.
C’est l’éternelle opposition – surtout à cette époque (le début du 17è siècle) – entre la science et la théologie, la raison et la foi. On ne peut pas lutter contre les interprétations dogmatiquement rigides de la Bible et des Saintes Ecritures. On s’aperçoit que, finalement, les choses n’ont pas beaucoup changé puisque, aujourd’hui, ce sont les interprétations subjectives du Coran qui ont engendré l’extrémisme…


Dans un jeu de lumières savamment orchestré, Cesare Capitani nous livre un Galilée captivant, vibrant, souvent drôle, mais surtout très lucide. Quel comédien ce Cesare. Sans jeu de mot, il est carrément impérial. Complètement latin, doté d’un charisme naturel, viril et beau, le regard de braise, il nous offre un texte remarquable, explicatif et au vocabulaire riche et imagé. Dès le début, il nous happe par sa flamme, sa passion, sa force de conviction et nous captive avec son aptitude troublante à faire (re)vivre son personnage, son héros (car s’en est un).
Si vous voulez assister à un grand moment de pur théâtre, précipitez-vous vite au Paradis du Lucernaire, une étoile y brille de mille feux.


Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 29 octobre 2015

Barber Shop Quartet "Opus 3"

Théâtre L’Archipel
17, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 75 54 79 79
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Concert jubilatoire écrit et interprété par Marie-Cécile Héraud, Cécile Bayle, Bruno Buijtenhuijs et Xavier Vilsek

Présentation : Le Barber Shop Quartet reprend à sa façon l’esprit du Barbershop et ses harmonies a cappella pour nous entraîner dans un spectacle au rythme endiablé et à l’humour débridé.
Aux étourdissantes prouesses vocales se mêlent chansons humoristiques, pastiches, mime comédie et même d’époustouflants bruitages !

Mon avis : Une pure merveille !
C’est une des rares fois où ; à la fin d’un spectacle, je ne ressens qu’une envie : qu’il recommence immédiatement à son tout début pour en goûter toutes les facéties en toute liberté d’esprit. En effet, lorsqu’on découvre un spectacle, on ne peut s’empêcher d’avoir d’abord un regard critique, une curiosité professionnelle qui nous empêchent de profiter pleinement de ce qui nous est donné à voir et à entendre. On a tendance à chercher la petite bête, la faiblesse passagère, le petit coup de moins bon, l’écueil de la facilité ou la tentative du sur-jeu…
Or là, avec le Barber Shop Quartet, j’ai été « shopé » de bout en bout par la formidable qualité de leur prestation. La totale. Le beurre et l’argent du Barber ! Ces quatre olibrius aussi doués qu’extravagants nous comblent autant l’ouïe que la vue. L’ouïe pour l’extrême perfection de leurs harmonies vocales et la précision des bruitages ; la vue pour l’originalité de leur gestuelle, leur inventivité cartoonesque et leur appétence à tout traiter en gag.


Comme tout quatuor qui se respecte, ils sont quatre. Mais dès leur entrée, ils affichent un déséquilibre comportemental. Il y a deux joyeux drilles et une luronne qui affichent sans retenue leur goût pour la gaudriole et, en contrepoids, il y a une revêche que leurs pitreries n’amuse visiblement pas mais qui, presque à son corps défendant, ne sera pas la dernière lorsqu’il faudra soit apporter son propre grain de folie, soit se mêler à la frivolité ambiante. Ça fonctionne on ne peut mieux.

Après un court préambule jazzy cool qui nous permet d’apprécier illico l’entrelacs séraphique de leurs voix, nos deux couples vont dérouler un spectacle aussi abouti que jubilatoire. C’est comme un cocktail dans lequel on aurait mêlé les Andrew Sisters, Spike Jones et Tex Avery. En plus de la confondante qualité vocale et visuelle, il faut ajouter la grande valeur scripturale des parodies. Chaque texte est un véritable petit bijou ciselé avec un soin d’orfèvre. Je pense particulièrement à celui du Blue Rondo à la Turk de Dave Brubeck que Nougaro avait adapté en un palpitant A bout de souffle et qui devient ici un mélodrame burlesco-consumériste intitulé finement Le caddie de mes soucis. Là, on est dans le domaine de la performance…


Enfin, ainsi que je l’ai signalé un peu plus haut, la grande originalité, la valeur ajoutée de ce spectacle vocal, c’est d’y avoir introduit une bonne dose de bruitages aussi brillants qu’inattendus, illustrés la plupart du temps d’une composition physique absolument hilarante de la part de leur auteur, Xavier Vilsek. Il suffit d’entendre la cascade de rire que cela provoque chez les enfants pour comprendre combien il est expressif, voire incontrôlable.
Bref, j’ai pris un tel pied que j’ai bien l’intention de retourner les voir rien que pour le plaisir. Je suis convaincu que, si le Barber Shop Quartet s’installait suffisamment longtemps à Paris, il deviendrait à coup sûr un groupe culte.


Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 16 octobre 2015

Nadia Roz "ça fait du bien"

Apollo Théâtre
18, rue du Faubourg-du-Temple
75011 Paris
Tel : 01 43 38 23 26
Métro : République

Seule en scène écrit par Nadia Roz
Mis en scène par Frank Cimière

Présentation : Nadia Roz croque la vie et pétille par sa bonne humeur. Ce petit bout de femme envahit la scène comme une bouffée d’oxygène avec un talent unique. A travers ses personnages comme une coach sportive, une mannequin brésilienne, une Blanche Neige malicieuse ou encore une caillera caustique et attachante, elle incarne des femmes contemporaines qui toutes nous émeuvent et nous déclenchent des fous rires.
C’est sûr, Nadia Roz redonne des couleurs à la vie et… ça fait du bien !

Mon avis : Nadia Roz est un véritable phénomène ! Pour moi qui la suis depuis belle lurette, je la tiens comme une de nos toutes meilleures humoristes actuelles, tous sexes confondus. Dès qu’elle se trouve sur scène, cette petite bonne femme posée et réservée se métamorphose en une vraie tornade pleine d’une folle énergie et totalement désinhibée. Rien ne l’arrête. Elle sait tout faire…
Jouant de son visage ô combien expressif et utilisant à ravir un corps d’une souplesse impressionnante (il faut voir comme elle bouge), elle peut se permettre d’être performante dans tous les registres : mime, danse, chant, grimaces, burlesque, accents, imitations… avec un naturel et une aisance désarmants. Si l'on veut parler d'elle en toute honnêteté, on ne peut qu'employer les superlatifs.


Prenant dès le début son public à bras-le-corps, elle ne va plus le lâcher pendant quatre-vingt minutes exécutées sur un rythme échevelé. Coquine, espiègle, naturellement sensuelle, elle interpelle les spectateurs, joue avec, les déstabilise d’un regard menaçant, les charme en minaudant langoureusement… Mais elle ne se contente pas de cet aspect interactif, elle assure aussi avec la qualité de ses sketches tous remarquablement écrits et interprétés. Ses formules font mouche, ses expressions sont imagées, ses jeux de mots excellents. Quant aux personnages qu’elle campe, ils sont tout simplement à se tordre de rire.
Il y a bien sûr la tante convertie en coach de « gym pour la femme domestique », la cousine caillera aspirante comédienne qui fait son numéro au Pôle emploi, et aussi le mannequin à l’accent brésilien, Blanche Neige héroïne d’un conte dénaturé. A côté de cette galerie de personnages, elle s’amuse à développer le cinéma que les femmes se font dans leur tête et à évoquer sa maternité façon récipiendaire d’un César. C’est du très haut niveau.
Ajoutez à tout cela, un rap écrit au scalpel autour de la chirurgie esthétique, une chanson interprétée avec la voix d’une chanteuse estampillée Disney, un slam revendicatif, et vous obtenez un show endiablé, éclectique et dense…
Nadia Roz est un cartoon à elle toute seule. Hyperdouée de l’humour, elle possède un sens inné du comique dans la moindre de ses mimiques et dans une gestuelle qui n’appartient qu’à elle. Bref, c’est une formidable comédienne, inventive et complète. On comprend d’ailleurs que la télévision fasse de plus souvent appel à ses talents riches et variés.


Comme en France tout finit par des chansons, le spectacle auquel j’ai assisté m’a suggéré une petite parodie :

Un corps qui bouge vraiment bien
Des horreurs sortant de sa bouche
Des personnages qui font mouche
La scène c’est son terrain

Quand ell’ joue à la caill’ra
Qu’elle chang’ d’accent, de voix
On voit la vie en Roz

Ell’ nous dit des mots d’humour
Entre acide et velours
C’est fou tout ce qu’elle ose

Lorsque tombe un spectateur
Dans son collimateur
Elle est chargée sa dose

Elle est pour moi
Chez les filles
Qui pétillent
Aussi douée, drôl’ que la Foresti

Ell’ me fait rire aux éclats
J’adore ses ébats
Elle est extra


Gilbert « Critikator » Jouin