
Théâtre de la Porte Saint-Martin
18, boulevard saint-Martin
75010 Paris
Tel : 01 42 08 00 32
Métro : Strasbourg Saint-Denis
Une pièce de Molière
Mise en scène par Georges Werler
Costumes de Pascale Bordet
Avec Michel Bouquet, Juliette Carré, Julie de Bona, Christian Bouillette, Pierre-Alain Chapuis, Olivier Claverie, Clémence Faure, Pierre Forest, Sylvain Machac, Patrick Payet, Sébastien Rognoni, Hélène Seuzaret, Pierre Val.
Ma note : 7/10
Mon avis : Voir Michel Bouquet sur scène, et qui plus est dans un grand rôle du répertoire, est un pur plaisir d'esthète et de gourmet. Quel métier ! A 82 ans, il nous régale pendant deux heures d'un jeu tout en subtilités, en nuances, truffé de trouvailles dignes d'un jeune homme espiègle. Il est habité cet homme-là ! Il EST le théâtre. Il reste, avec Robert Hirsch, un de nos derniers monstres sacrés des planches.
Dans un décor dépouillé à l'extrême, juste habillé de tapisseries orange, d'une immense tenture rouge et éclairé par un superbe lustre, campé dans son fauteuil en plein milieu de la scène, Michel Bouquet focalise toutes les attentions. Si le monologue du début, certes imposé par le texte de Molière, s'avère un peu longuet, il n'empêche que cette petite musique "en sols majeurs" constitue pour lui une sorte d'échauffement comparable à celui d'un coureur de fond. En effet, tout de suite après cette litanie de comptes d'apothicaire, la pièce prend son rythme et ne s'en départira plus durant deux heures.
Il y a sa tenue aussi. Franchement croquignolesque. Avec ses bas composés de bandes aux couleurs vives, sa sorte de grenouillère surmontée d'une collerette qui le fait ressembler à un Pierrot, et ses charentaises, il est tout à fait cocasse.
Il est bon de préciser que le metteur en scène a transposé la pièce au 19è siécle. Ce qui n'altère en rien l'esprit de Molière, mais qui permet en revanche l'emploi de costumes de toute beauté. Les femmes arborent de magnifiques robes et les hommes, en habit, portent vraiment beau. Quant aux médecins, ils sont affublés de tenues blanches du genre de celles que portent les laborantins, ce qui accentue encore leur étrangeté.
Bien sûr la pièce repose essentiellement sur le tandem Michel Bouquet/Juliette Carré (qui campe Toinette). Leur duel est réellement jubilatoire. La mécanique est précise, parfaitement huilée, toute en finesse(s). Et la troupe qui les entoure, aspirée par ces deux phénomènes, ne commet aucune fausse note. On assiste ainsi à de grands moments du théâtre classique, comme le numéro de duettistes des Diafoirus père et fils par exemple.
Enfin, cette pièce à la mise en scène vraiment dynamique se termine par une scène étourdissante à rendre jalouses moult comédies musicales. Un Bouquet final en quelque sorte dont je vous laisse la surprise.
Que ce soit en Harpagon ou en Malade imaginaire, Michel Bouquet est un des plus grands serviteurs de Molière.
En tout cas, le succès de cette pièce ne sera pas imaginaire, car c'est une salle debout qui a fait un triomphe à ce très grand monsieur et à ses complices.
Un grand moment de théâtre...

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