samedi 7 septembre 2013

Zelda et Scott

Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris
Tel : 01 48 74 76 99
Métro : Saint-Georges

Une pièce de Renaud Meyer
Mise en scène de Renaud Meyer
Décor de Jean-Marc Stehle
Costumes de Dominique Borg
Chorégraphie de Lionel Hoche
Lumières d’Hervé Gary
Avec Sara Giraudeau (Zelda Fitzgerald), Julien Boisselier (Scott Fitzgerald), Jean-Paul Bordes (Ernest Hemingway) et le Manhattan Jazz Band

L’histoire : Lorsqu’il rencontre Zelda, Scott Fitzgerald est persuadé qu’elle est venue au monde pour incarner l’héroïne de ses romans. La garçonne délurée se laisse séduire par le dandy ambitieux. Ils deviennent le couple mythique des années 20… Ernest Hemingway fait alors son entrée. Il devient le confident passionné, le frère de littérature, le partenaire des fêtes sans fin magnifiées dans Gatsby.
Mais cette course débridée, lancée par les enfants terribles du jazz, tourne subitement au drame. A l’image de l’Amérique, le couple Fitzgerald est emporté par la dépression…

Mon avis : Inutile d’ouvrir mon dictionnaire des synonymes pour essayer d’y trouver les épithètes les plus dithyrambiques afin de tresser des louanges à la prestation magistrale de Sara Giraudeau dans Zelda et Scott… Sur les sept pièces qu’elle a jouées, c’est la sixième fois que je la vois sur scène et, à chaque fois, elle m’a émerveillé. Non seulement la drôlesse a hérité de la somme du talent de ses admirables parents, mais elle y ajoute sa personnalité avec des qualités qui lui sont propres, comme la fraîcheur, la grâce, l’audace. Quel chemin parcouru en huit ans depuis Les monologues du vagin et La Marche du pingouin ! Sa présence à l’affiche d’une pièce est la garantie d’un plaisir incommensurable pour le spectateur. Elle nous surprend et nous enchante toujours.

Avec le personnage de Zelda, Sara Giraudeau franchit encore un palier. Elle ajoute à sa palette déjà bien fournie une féminité et une sensualité ensorcelantes. Totalement impudique, elle n’est jamais vulgaire, sans une once d’exhibitionnisme. Au contraire, sa libido, certes débordante de vitalité, est saine et naturelle. Zelda est une jeune femme libre qui assume pleinement sa fringale de plaisirs.
Cette vitalité débridée, elle la synthétise toute entière dans le premier tableau, lorsqu’elle danse. Pour avoir eu la chance de les avoir vus, des parents étaient eux-mêmes d’extraordinaires danseurs. Tout le monde s’arrêtait pour leur laisser la piste et les regarder… Sara a également hérité de ce don, de cette fluidité, de ces déhanchements harmonieux. Cette entrée en matière trépidante nous révèle immédiatement la personnalité de Zelda. D’ailleurs, un peu plus tard, Ernest Hemingway, la résumera d’une réflexion pleine de justesse : « Cette fille est douée pour la vie ». Voilà, tout est dit…


A ses côtés, elle a en Julien Boisselier le partenaire idéal. Ils partagent en outre tous les deux le fait de posséder une voix aux intonations particulières, un timbre très reconnaissable qui n’appartient qu’à eux. Très épris de sa jeune épouse, Scott Fitzerald ne sait néanmoins trop comment endiguer le flot impétueux de ses emballements et de ses désirs. L’argent et l’alcool coulent à flot. Scott s’enivre des deux sans limites… Julien Boisselier ne se départ jamais d’une élégance toute aristocratique. Il a la classe. Il forme avec Sara un couple absolument superbe.

Quant à Jean-Paul Bordes, il campe un Ernest Hemingway confondant de ressemblance. Même quand il porte beau, on sent qu’il est bien plus un aventurier qu’un mondain. Il est plus à son affaire sur le terrain que dans les salons… Mais il est subjugué par le couple Fitzgerald. Il est troublé par la sensualité effrénée de Zelda, autant qu’il est admiratif du talent littéraire de son aîné de trois ans qu’il considère comme un maître. Or, peu à peu, l’élève va supplanter un maître fragilisé par ses doutes et ses états dépressifs…

Il faut saluer le talent de l’auteur de Zelda et Scott, Renaud Meyer, autant pour l’écriture de la pièce que pour sa mise en scène. On se sent bien en témoins des évolutions de ces trois éminents représentants de la fameuse « Génération perdue ». On les suit dans leur magnificence, on partage à leurs moments de débauche, de folie, et on assiste à leur ruine, autant financière qu’affective, et à leur inéluctable descente en enfer.
Cette pièce pourrait se réduire à ce constat formulé par Scott Fitzgerald à un moment de grande lucidité : « On était lâchés comme deux enfants dans une grande foire sans personne pour nous arrêter… »

Enfin, il est important de signaler la présence d’un trio de musiciens de jazz qui illustrent et colorent en live les pages les plus importantes du livre de la vie de Zelda et Scott.

Gilbert « Critikator » Jouin