vendredi 29 septembre 2017

Petites Reines

Editions du Cherche Midi
Broché / 272 pages
19 €

Auteur : Jimmy Lévy

Présentation : Deux femmes aux antipodes du monde, de l’âge, du siècle, de l’humanité, de la survie.
Une adolescente impubère, dans sa tribu primitive aux confins du désert, lutte pour échapper à la tradition sacrificielle qui pèse sur elle depuis sa naissance.
Une vieille dame indigne sur une plage californienne, au crépuscule de son existence, s’acharne à étouffer sa mémoire et à endiguer les marées de souvenirs qui refluent inexorablement.
Deux petites reines, deux tours en feu…

Mon avis : Voici un roman aussi insolite que passionnant. Et très original à plusieurs titres. D’abord par sa construction ; chacune des deux héroïnes s’exprime en alternance. Si bien que chaque chapitre est pour le lecteur un nouveau rendez-vous de plus en plus prenant. Dès le début, l’auteur nous agrippe et on n’a de cesse de savoir ce qui va se passer dans le prochain. Elles sont terribles ces deux Petites Reines ! Chacune dans son genre est vraiment particulière et exceptionnelle.
Ensuite, il y a l’écriture. Alors là, chapeau bas monsieur Lévy ! Le style est alerte ; parfois fait de phrases courtes, de phrases coups de poing et de phrases plus longues destinées aux explications et aux descriptions. Le vocabulaire est riche et précis, le langage très imagé, l’humour dévastateur.
Dès les premières lignes, dès les premiers mots, j’ai été littéralement scotché. Le premier chapitre est un pur délice d’humour noir où un réalisme cru se le dispute avec une véritable candeur. Sincèrement, j’ai rarement lu un texte aussi surprenant et fascinant. Anoua, la Petite Reine, nous embarque dans un monde qui nous est totalement étranger. Un monde d’une rare cruauté mais que, à l’image de la narratrice, on finit par accepter parce que c’est la règle dans cette tribu que l’on devine africaine.

Et puis, encore tout décontenancé par ce qu’on vient de lire, on aborde le deuxième chapitre et là, on fait connaissance avec Queenie. Autre personnage, autre style. Queenie c’est une vieille dame sciemment et volontairement indigne. Elle est horriblement cynique, systématiquement impitoyable, délicieusement truculente. C’est une vraie harpie ! Et puis, peu à peu, on découvre ses failles. Encombrée par ses souvenirs, elle a tellement la trouille qu’ils reviennent la hanter que tous les moyens lui sont bons pour tenter de les refouler…


Nous sommes embarqués sur les rails de ces deux destins si dissemblables. Bien que cela nous semble irréalisable, on se demande tout au long si ces diables de parallèles vont finir par se rejoindre. Jimmy Lévy entretient un subtil suspense en ne nous livrant que par bribes de nouvelles informations. C’est très malin. Et horripilant. On est en décalage permanent, en porte-à-faux. A priori, elles n’ont rien en commun ces deux Petites Reines. L’une, Anoua, est au début de son existence, et on va la voir grandir et partir à l’aventure. Elle est constamment dans l’action, la subissant ou la provoquant selon les rencontres et les événements … La seconde, Queenie, est au crépuscule de sa vie. Elle est plus dans la réflexion car ses projets – et elle en a de sérieux – sont évidemment à court terme.


Je suis persuadé que, dans une vie antérieure, Jimmy Lévy a été femme ! Sinon, comment pourrait-il exprimer aussi précisément les arcanes de la pensée féminine. Il a le talent de nous faire s’attacher à ces deux révoltées. On tourne vite les pages pour savoir ce qu’il va advenir d’elles. Et puis on y revient, uniquement pour goûter tout le sel de cette écriture si personnelle, si concrète, si foisonnante. Jimmy Lévy est un vrai écrivain, une plume rare. Je suis sincère. Je ne dis pas ça parce que je le connais depuis longtemps. Mais là, il m’a complètement bluffé. Le premier chapitre m’a mis KO debout. C’est une véritable découverte, un pur enchantement. Malin, brillant et sans concession. Un OLNI (un Objet Littéraire Non Identifié)…

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