vendredi 10 novembre 2017

M. Pokora "My Way Tour"

Sincèrement, si vous êtes friand de grands shows, le DVD Live M. Pokora « My Way Tour » va vraiment vous combler. Après avoir été RED dingues de lui en 2015, vous allez être encore plus bluffés par ce que M. Pokora nous propose 2017.

Capté lors de l’étape strasbourgeoise (ville natale de l’artiste) de la tournée, ce spectacle est un des plus aboutis qu’il m’a été donné de voir. Pour l’avoir côtoyé tout au long des répétitions de Robin des Bois, M. Pokora est un incroyable bosseur. Perfectionniste jusqu’au bout des orteils, il est d’une exigence rare. Il demande le maximum aux gens qui l’entourent mais, en échange, il paie encore plus qu’eux de sa personne.


Il veut l’excellence dans tous les domaines. Et cela se voit sur les images de méga show époustouflant. Particulièrement au niveau des lumières et des chorégraphies. Esthétiquement, chaque chanson donne lieu à un véritable tableau. Quant aux chorégraphies, elles sont dignes des plus grands performers américains. C’est tout simplement superbe !


Certains ont souri lorsque M. Pokora a annoncé qu’il allait enregistrer un album de reprises de Claude François. Aujourd’hui, ses détracteurs se sont faits très discrets. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : album vendu à plus de 500.000 exemplaires (Disque de Diamant) et plus de 350.000 spectateurs en salles ont vu « la nuit s’emballer » ! Cette année-là va compter dans sa carrière…
Pour toutes celles et ceux qui ont vu le My Way Tour et plus encore pour tous ceux – les plus nombreux - qui n’auront pas eu cette chance, ce DVD va leur permettre, pour les premiers de revivre un moment exceptionnel, et pour les autres, de découvrir un fantastique moment de spectacle.


Le My Way Tour existe en 2 éditions :

-          Edition collector (2 CDs + 1 DVD + un documentaire inédit sur les coulisses de la tournée + 2 titres inédits, Chanteur malheureux et Le mal aimé +Scène en Pop-Up 3D + 5 cartes postales + L’affiche officielle dédicacée)

Intra muros

La Pépinière Théâtre
7, rue Louis Le Grand
75002 Paris
Tel : 01 42 61 44 16
Métro : Opéra

Une pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik
Avec Jeanne Arènes (Jeanne), Bernard Blancan (Ange), Alice de Lenquesaing (Alice), Paul Jeanson (Richard), Fayçal Safi (Kevin)
Musicien : Raphaël Charpentier

Présentation : Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser un premier cours de théâtre en prison. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d’autres cours - et d’autres cachets -, mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n’est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices – accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours…

Mon avis : Je me plais à penser que, quand il était petit, Alexis Michalik était féru de Meccano et de puzzles. Ce serait une explication rationnelle pour essayer de traduire ce qui se passe dans son cerveau lorsqu’il imagine la conception d’une pièce. En effet, il n’adore rien tant que d’ajouter un élément à un autre, élément qui, a priori, ne devrait pas s’emboîter avec le précédent mais qui, à l’arrivée, constitue un objet où tout se tient impeccablement. Il possède un esprit labyrinthique dans lequel il aime jouer à se perdre (et surtout à NOUS perdre) alors qu’il sait parfaitement comment gagner la sortie. Oui, visiblement, il aime jouer. Jouer dans toutes les acceptations du terme. C’est un pervers ludique, un sadique réjouissant, un vicelard jubilatoire.

Intra muros est la première pièce d’Alexis Michalik à laquelle j’assiste. En raison du mauvais vouloir d’un attaché de presse incompréhensiblement récalcitrant, je n’avais pas eu le bonheur de voir Le porteur d’histoire, Le cercle des illusionnistes et Edmond. Je suis tellement prétentieux que j’aime bien découvrir les artistes et les dramaturges à leurs tout débuts, pénétrer dans leur univers, l’analyser et, ensuite, les suivre tout au long de leurs aventures successives. Bien sûr, je blague. Je suis suffisamment fataliste pour admettre l’adversité…


C’est donc avec une réelle curiosité et une agréable excitation que je me suis rendu à La Pépinière Théâtre pour goûter enfin à du Michalik. J’ai vite compris ce qui faisait le succès du bonhomme. En fait, il aime bien nous embrouiller. D’abord en traitant plusieurs thèmes à la fois (le théâtre, l’enfermement, l’absence de communication, la filiation, la réinsertion…). Ensuite, en jonglant avec le temps, avec aujourd’hui et hier, en imbriquant la fiction avec la réalité. Et enfin, en nous faisant sans cesse passer du rire à l’émotion et réciproquement… Il est retors, le bougre, il faut le suivre. De toute façon, on n’a pas le choix, il nous emmène là où il veut avec, en permanence, le désir de nous surprendre et de nous captiver. Et dans « captiver », il y a aussi « captif ». Nous sommes pris en otages et, victimes du syndrome de Stockholm, heureux de l’être. C’est vrai, quand on commence à réaliser comment tous les chemins qu’il nous a fait emprunter se rejoignent, quand on découvre que les pièces apparemment disparates de son puzzle se juxtaposent admirablement, bref, quand on a réuni toutes les ramifications et que l’on comprend enfin qui est qui, on est à la fois bluffé et admiratif. Quelle belle et machiavélique histoire de destins croisés !


Certes, il y a quelques petites longueurs (c’est le défaut pardonnable inhérent à tout auteur trop prolifique), mais Intra muros est une pièce extra. Avec ses rebondissements et sa construction démoniaque, elle m’a fait penser aux meilleurs romans noirs et aux pièces policières de Frédéric Dard.
La mise en scène est maline et efficace. Avec sa succession de saynètes plus ou moins longues, le découpage est inventif et rythmé. Pour faire contre-poids avec quelques scènes réellement éprouvantes, Michalik a intercalé quelques plages de détente et glissé de francs moments de drôlerie. Ainsi, dans la salle, l’atmosphère, particulièrement tendue, est souvent transpercée par un éclat de rire. On est surtout fréquemment happé par l’émotion, une émotion positive parce que cette pièce touche profondément à l’humain… Et puis la fin est magistrale, étourdissante. C’est là qu’il nous donne le coup de grâce alors qu’on pensait avoir tout compris. Soudain, le jeu prend le pas sur la réalité, la fiction se substitue à la vérité. C’est la magie du théâtre, le bon plaisir d’un auteur qui se complaît à jouer les illusionnistes, d’un authentique porteur d’histoire…


Enfin, Alexis Michalik est secondé dans son exigence théâtrale par un quintette de comédiens absolument fascinants. Ils sont tous épatants. L’auteur leur a distribué à chacun(e) son moment de bravoure. On est complètement transporté à chaque fois. Le monologue de Kevin (Fayçal Safi), par exemple, m’a littéralement pris aux tripes. Il y a des scènes d’une rare intensité (la rencontre entre Kevin et son petit frère). Chaque prestation confine à la performance d’acteur. L’abattage de Jeanne Arènes qui incarne plusieurs personnages féminins est impressionnant. Ils sont vraiment parfaits tous les cinq. Les rôles, tous évolutifs, sont totalement incarnés. On ne ressent que de la tendresse pour eux. Quelles belles personnes ! Et quels acteurs !!!


Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 8 novembre 2017

Christophe Hondelatte "Le cannibale de Rotenburg"

Editions JC Lattès
360 pages
18,50 €



Depuis l’an 2000 et la présentation sur France 2 de l’émission Faites entrer l’accusé, Christophe Hondelatte fait partie des quelques experts en faits divers qui font autorité dans les médias. Soignant autant le fond que la forme, il a créé un ton, un style.
Le cannibale de Rotenbourg est le septième ouvrage qu’il sort dans ce domaine. Le mot « cannibale » a été mis en avant pour le titre soit plus… mordant, plus incisif, mais en fait, tout est dans le sous-titre : « et autres faits divers glaçants ». C’est cet adjectif qui résume le mieux le climat du livre. Les 24 histoires retenues font en effet effroi dans le dos. C’est une sorte de compilation de ce que l’esprit humain peut engendrer et accomplir de pire.



Dans tous les domaines, l’éventail est très large. Les plus anciennes affaires remontent à 1869 (Le massacre de Pantin) et 1881 (L’abbé empoisonneur), alors que les plus récentes datent de 2012 (Le dépeceur de Montréal, Le coup de folie de la nourrice chinoise) et 2013 (La chute d’Oscar Pistorius). La plupart des cas traités se sont déroulés en France, mais il y en a cinq qui ont eu lieu au-delà de nos frontières, en Autriche, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et au Canada et qui, évidemment, ont connu un retentissement international.


Ce véritable catalogue du crime est édifiant par sa diversité. On y est confronté eu mal absolu sous toutes ses formes. On y croise des pervers, des détraqués, des manipulateurs, des sadiques, des psychopathes, des escrocs. On y découvre les pires abjections et turpitudes, la cruauté, la sauvagerie, la cupidité, la rancœur, la passion amoureuse et aussi, bien sûr, la folie pure.
Certains chapitres, carrément gore, sont très éprouvants à lire (Le cannibale de Rotenburg, Le dépeceur de Montréal, Le Japonais cannibale…). Christophe Hondelatte a pris soin d’éviter l’écueil du voyeurisme, de la complaisance. Il ne nous épargne certes rien, mais il n’en rajoute pas. Il ne s’attarde pas sur les détails les plus sordides, il ne va qu’à l’essentiel. Tout est circonstancié, daté, expliqué.

Pour effectuer ce voyage au pays de l’horreur (« l’horreur est humaine »), il faut avoir le cœur bien accroché.

En concluant cet article, je viens de m’apercevoir que « glaçant » pouvait se décomposer (sans jeu de mot) en « glas » et « sang »… Il eût été criminel de ne pas le signaler.

jeudi 2 novembre 2017

Laurent Gerra "Carnets d'un sale gosse"

Editions du Cherche Midi
Collection « Beaux Livres »
128 pages / 430 photos
19,90 €

Ce 29 décembre, Laurent Gerra aura 50 ans. Un demi-siècle, ça se fête. Et ; lorsqu’on est un homme public, ça se célèbre. Alors, pour marquer l’événement et le partager avec ses nombreux admirateurs, Laurent a eu la judicieuse idée de rendre publics ses Carnets d’un sale gosse, un superbe ouvrage (et je pèse mes mots) dans lequel il se raconte et se dévoile avec une totale sincérité.


Ce livre est un pur délice tant il est complet. D’abord, il est illustré par plus de 430 photos. Et on sait combien les images sont importantes et révélatrices. Elles sont autant de petites bornes qui ont jalonné son existence, depuis sa plus tendre enfance (il nous ouvre son album de famille) jusqu’à aujourd’hui où il va présenter son tout nouveau spectacle, Sans modération. Ensuite, riche en anecdotes, cet ouvrage, cette « somme » devrait-on mêmedire, contient tout ce qu’on a envie de voir et de savoir sur lui. Il va même au-delà de nos espérances car il nous permet d’entrer dans son intimité : fac-similés de documents personnels, coupures de presse, nombreux témoignages (de ses parents ; de Franck Perrot, son ami d’enfance devenu son ingénieur du son : de David Mignot, autre ami d’enfance devenu son fidèle accompagnateur ; de Michel Drucker ; de Jean-Jacques Pironi, son co-auteur, de Christelle Bardet, sa compagne ; et bien d’autres…). On y trouve également une kyrielle de photos le montrant en compagnie de célébrités françaises et internationales, des sketches, les étapes importantes de sa vie professionnelle (la scène, la radio, la télévision, l’édition, le cinéma), sa sanctuarisation au Musée Grévin… Bref, difficile d’être plus exhaustif. Lorsqu’on referme ce livre, on sait tout de lui. Et pourtant, pour bien le connaître, c’est un garçon extrêmement pudique.


Laurent Gerra, je l’ai rencontré en 1991, alors qu’il venait à peine de débarquer à Paris. Le hasard nous avait dîner à la même table après un concert à l’Olympia de Gilbert Bécaud, à l’Intercontinental rue Scribe. En discutant, je me suis même aperçu que je l’avais déjà vu sur scène dans la station de sports d’hiver de La Clusaz. Suite à cette soirée, alors qu’il était un total inconnu, j’avais réussi à ce qu’il vienne présenter son spectacle en Tunisie à l’occasion d’une fête organisée par le magazine télé pour lequel je travaillais, fête à laquelle était convié tout le gratin de l’audiovisuel de l’époque… Je le connais donc bien et j’ai toujours suivi sa carrière de près.


Laurent Gerra est un « sale gosse » qui a paradoxalement consacré sa vie au propre. Au propre de l’homme : le rire. Les fées (en décembre, ce sont des fées d’hiver) qui se sont penchées sur son berceau avaient peut-être un petit coup dans le nez après un dîner bien arrosé chez Marc Veyrat, toujours est-il qu’elles étaient un tantinet portées sur la gaudriole. En effet, dès son plus jeune âge, le garçonnet, nourri de calembours en Bresse, a commencé à se livrer à ses toutes premières imitations : Polnareff, Distel, Carlos, Dutronc, Sardou… Comment dès lors ne pas croire à la prédestination ? Dans son cas, ne pas faire usage d’un tel don eût été criminel et aurait témoigné d’un manque de reconnaissance vis-à-vis des espiègles bonnes fées. Il avait donc le talent dans les gènes, certes, mais pour paraphraser Brassens, « Le talent sans travail n’est qu’une sale manie ». Laurent a bossé, beaucoup bossé. C’est un stakhanoviste de la voix. On ne parvient pas à un tel succès, à une telle reconnaissance générale, et à s’y maintenir surtout, sans remettre sans cesse son métier sur l’ouvrage, et se lancer en permanence de nouveaux défis.

Aujourd’hui, le petit Laurent de Mézériat a 50 ans. Ça fait 45 ans qu’il imite des vedettes et ça en fait 30 ans qu’il fait de la scène. Il est à son tour devenu une méga vedette, un saltimbankable, le numéro Ain dans sa discipline… Si vous voulez vraiment tout savoir de son formidable parcours, précipitez-vous sur ses Carnets d’un sale gosse. Vous allez vous en payer une sacrée tranche… de vie !


Note bene : Juste pour sourire un peu, j’ai relevé une savoureuse coquille page 115, dans une confidence que nous livre Christelle Bardet qui, pour moi, a des allures de lapsus révélateur. Il est écrit en effet que « La bonne « chair », c’est quelque chose d’important pour Laurent ». Bonne « chère » eût été plus adéquat. A moins qu’on y voie là un aveu bien plus intime…

mardi 31 octobre 2017

Mandibules

Théâtre du Marais
37, rue Volta
75003 Paris
Tel : 01 71 73 97 83
Métro : Arts et Métiers

Tous les lundis à 19 heures. Jusqu’au 18 décembre

Seule en scène écrit et mis en scène par Adrien Costello
Costumes d’Anne Valentine
Collaboration artistique : Isabelle Layer

Interprété par Alice Costello (Lucana)

Présentation : Alors qu’un grand cataclysme a détruit la planète, il semble que le dernier survivant soit… « une » scarabée.
Dans son abri, l’insecte se sent terriblement seule et lutte pour sa survie. Pour tromper la folie qui la guette, elle fait revivre des personnages qu’elle a connus avant la fin du monde. On parle du climat, de politique, de racisme, de drogue, du show business… et surtout on rêve, on rit, on est ému aussi.

Mon avis : Jamais je n’avais osé imaginer passer une heure et quart en tête-à-tête avec un insecte. Mais Lucana n’est pas une bestiole comme les autres. D’abord, elle semble être le dernier être vivant de notre planète anéantie par un cataclysme et, ensuite et surtout, elle est douée de la parole. Et pour être douée, elle est douée !
J’ai rencontré hier soir une véritable scarabête de scène !
Alice Costello est un phénomène (tiens, il n’y a pas de féminin à « phénomène » ?...) J’ai rarement vu quelqu’un posséder autant de qualités, une telle variété, une telle puissance et une telle subtilité de jeu. Quelle présence ! Elle est fascinante. Ses silences sont aussi éloquents que ses mots. Dans son regard incroyablement expressif, on peut saisir le moindre des sentiments qui l’habite. Son visage est un livre ouvert. Candeur, étonnement, révolte, mélancolie, enthousiasme… elle sait tout faire passer, tout traduire. Alice est un couteau suisse dans lequel il ne manque aucun élément, y compris celui qui pourrait sembler le plus futile. Sa créature, la Lucana, est tout autant folle que sage, truculente que délicate, trash que poétique.
Le pire est que je ne suis absolument pas excessif dans mes louanges. Alice Costello est dotée d’un potentiel énorme, son éventail de jeu est exceptionnel. Elle est véritablement touchée par la grâce.


Vous l’aurez, je pense, compris : ça vaut la peine d’aller voir Mandibules au Théâtre du Marais rien que pour assister à une remarquable performance de comédienne. Car, en plus de sa finesse de jeu, Alice Costello fait ce qu’elle veut avec son corps et avec sa (ses) voix. Aussi douée pour le hip-hop que pour la danse classique, elle possède toute une gamme d’accents et de timbres (son imitation de Fanny Ardant est bluffante, son aisance dans le langage des jeunes des cités est réjouissante…). J’ai apprécié aussi la dose de burlesque et la pincée d’humour noir dont elle a saupoudré certaines scènes.


Maintenant, il reste le texte. Dans ce domaine, mon foutu esprit par trop cartésien n’a cessé de me faire des croche-pieds pour que je ne puisse pas le prendre intégralement… mon pied. Voici, en gros, ce qu’il m’a insidieusement soufflé : Mandibules est un vaste fourre-tout, un patchwork un tantinet décousu. Son auteur, Adrien Costello, a voulu, par excès de gourmandise, trop mettre de choses dans ce spectacle. Résultat, on a l’impression d’assister à une succession de tableaux sans aucun lien entre eux. On comprend, bien sûr, tous les thèmes qu’il a voulu aborder. Mais cela donne un spectacle disparate, divisé en une demi-douzaine de saynètes. Sa cuisine est presque trop riche car il y a mis trop d’ingrédients qui ne se marient pas forcément les uns aux autres : la cérémonie des Césars, le stand-up façon 9-3, le slam social, les grèves, les revendications syndicales, la satire politique, le racisme, les quartiers sensibles, « Je suis Charlie », la drogue… Il a voulu dresser une sorte d’état des lieux de notre pays à un moment « T » ; depuis cet instant où le monde a été détruit un funeste mois de septembre 2016. C’était donc hier. Il a donc essayé de tout traiter, du léger au grave, avec la même intensité, avec le même esprit d’urgence.

Cette pièce contient des moments de grâce, des moments forts, des moments d’une drôlerie absolue, qui tous sublimés par l’interprétation et l’implication de la comédienne. Ce qui nous permet de ne jamais lâcher prise. Il y a dans Mandibules plusieurs spectacles en un. On ne va quand même pas bouder notre plaisir pour un excès de richesse !
Bref, je n’ai nulle envie de pulvériser de l’insecticide sur cette formidable et attachante Lucana, mais plutôt de vaporiser sur elle le parfum du succès que sa formidable présence scénique mérite.

Gilbert « Critikator » Jouin


vendredi 27 octobre 2017

Welcome to Woodstock "Road trip musical et psychédélique"

Comédia
4, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 38 22 22
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Un spectacle de Jean-Marc Ghanassia
Mis en scène par Laurent Serrano
Direction musicale : Philippe Gouadin
Scénographie et décors de Jean Haas
Lumières de Jean-Luc Chanonat
Création vidéo d’Olivier Roset
Costumes de Cidalia da Silva
Chorégraphies de Cécile Bon

Avec Morgane Cabot (Florence), Xavier V. Combs (Jimmy), Magali Goblet (Corinne), Jules Grison (Francis), Pierre Huntzinger (Tom), Margaux Maillet (Martine), Geoffroy Peverelli (Paul), Cléo Bigontina (Basse), Benoît Chanez (Guitare), Yann Destal (Chanteur lead, guitare, harmonica), Hubert Motteau (Batterie)

Présentation : Inspiré d’une expérience vécue, ce spectacle musical est conçu comme une odyssée. Au lendemain de mai 68, des rêves de révolution encore plein la tête, une bande de copains décide de partir pour le concert « événement » de Woodstock. Sur la route américaine, portés par les chansons des Canned Heat, des Who, des Doors, de Janis Joplin, de Jimi Hendrix, ils découvrent ébahis l’univers sexe, rock et psychédélique des années hippies...

Mon avis : Un pur bonheur ! Et je ne m’emballe pas. Je traduis simplement mon ressenti objectif face à ce spectacle festif et particulièrement haut en couleurs. J’ai guetté en vain la moindre fausse note histoire de jouer au critique un peu pinailleur. Rien pour tremper ma plume dans un dé de vinaigre. Il ne reste donc qu’à dérouler un tapis de fleurs et à me répandre en louanges sincères sur ce spectacle ô combien musical.

La Musique, avec un grand « M » est en effet le personnage principal de Welcome to Woodstock. La bande-son de ce show est le fidèle témoignage d’une époque des plus prolifiques en la matière. Les années 65/70 ont été d’une richesse et d’une variété époustouflantes. Cinquante ans plus tard, elles n’ont rien perdu de leur créativité, de leur puissance, de leur éclat. Pour moi, ces années-là sont plus marquées du sceau du « Music Power » que de celui du Flower Power. Les fleurs ont fané, la musique est toujours aussi vivante et exaltante.
25 chansons. Que du lourd ! Que du gravé à jamais dans le disque dur de notre mémoire musicale. OK… En 1968, j’avais 25 ans. J’ai baigné dans ce climat de révolte, d’insouciance, de recherche d’un idéal et de désir de liberté. Je suis donc un tantinet partisan. Mais au vu du comportement dans la salle de jeunes spectateurs, j’ai pu constater l’effet produit sur eux par ces titres intemporels et par leur irrésistible force mélodique.


Ce qui est intelligent dans ce spectacle que l’auteur qualifie à juste titre de « road trip musical et psychédélique » c’est qu’il a su faire coller chacun des énormes tubes à son histoire. Tout est cohérent. Les chansons, judicieusement amenées, accompagnent et illustrent l’action.
Parlons-en de l’histoire. Légèrement fictionnée, c’est celle vécue par Jean-Marc Ghanassia, l’auteur. Il a réussi, en deux heures de temps, à nous livrer un digest, un condensé de ce qu’a été cette parenthèse effervescente. A travers des projections, des affiches, des slogans, des dialogues, des situations, des effets spéciaux, il balaie tous les grands thèmes fondateurs de cette époque : l’esprit révolutionnaire, la beat génération, la non-violence, la guerre au Vietnam, la liberté sexuelle, le Black Power, la recherche de la spiritualité orientale, les paradis artificiels, la déstructuration de la société… Tout y est, il va à l’essentiel sans jamais tomber dans le cliché.


La mise en scène, la scénographie, les décors et les effets sont également épatants. Il y a quelques tableaux qui sont d’un esthétisme enchanteur. La clairière est magnifique. Les créations vidéo nous embarquent complètement dans ce que vivent les protagonistes de l’histoire. Comme sous l’emprise des joints de marijuana qu’ils font tourner et des pilules de LSD qu’ils avalent avidement, on part littéralement en « voyage » avec eux. On partage leurs hallucinations. On voit des poissons voler dans les arbres, les cimes des arbres se mettre à danser… C’est remarquablement réalisé. Sur le plan strictement visuel, ce spectacle est d’une grande qualité. Je ne veux citer – entre autres superbes images – la formidable beauté et l’extrême sensualité de la scène d’amour entre Angelina et Paul, coloriée façon Crazy Horse. Un ravissement ; un grand moment de poésie pure.


Et puis, il y a les comédiens-chanteurs… Quelles voix ! Ils sont tous excellents ; aussi bien dans le jeu que dans la performance vocale. Autre atout de ce spectacle : les interprétations de ces standards immortels sont très personnelles. Aucun d’eux ne joue à l’imitateur ou au clone. Grâce également à des arrangements originaux, exécutés par des musiciens hyper-talentueux et investis, on redécouvre ces pépites musicales et on les savoure avec intérêt, gourmandise et respect. Nous ne sommes pas devant un juke-box mais dans la vraie vie, dans un « Live » absolu.

Quelques mots pour résumer ce spectacle : esthétisme, humour, authenticité, générosité, énergie… Même si on n’est jamais dans la nostalgie, au contraire, on ne peut s’empêcher de penser que c’était vraiment sympa de vivre cette époque-là.

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 24 octobre 2017

Fraissinet en concert

L’Auguste Théâtre
6, impasse Lamier
75011 Paris
Tel : 01 43 67 20 47
Métro : Philippe-Auguste
Les 24 et 25 octobre à 20 h 30


J’ai assisté hier soir au premier des trois concerts que donne Fraissinet à L’Auguste Théâtre. C’était, après L’Européen, la deuxième fois que je le voyais sur scène. Et, pour la deuxième fois, je suis sorti totalement emballé.

Emballé d’abord par son look. Tout de noir vêtu, le cheveu de jais, mitaine noire à sa main de gaucher, chaussures noires et blanches originales histoire de glisser une note de fantaisie dans le sombre de sa tenue… C’est important l’image que l’on projette.

Emballé ensuite par sa formule intimiste. Il est au piano (une fois à la guitare) et il n’est accompagné que d’un guitariste. Leur complicité amicale fait plaisir à voir.

Emballé par sa voix. Il fait vraiment ce qu’il veut avec. Dès le premier titre – et il en sera de même tout au long de ce récital – il module à l’envi. Il passe du grave à la voix de tête avec une facilité saisissante. C’est assez vertigineux. Toutes ses nuances lui permettent de traduire tous les sentiments qu’il veut exprimer, de la mélancolie à la révolte tout en passant par la tendresse et l’allégresse.

Emballé par sa virtuosité pianistique. Il fait littéralement corps avec son instrument, le caresse ou le violente selon le rythme qu’il veut en tirer.

Emballé par la construction de son tour de chant. Les quatre premiers titres sont volontairement mezza voce, puis ses interprétations ne cessent d’aller crescendo pour finir dans une espèce de frénésie jubilatoire qui nous transportent littéralement.

Emballé par ses textes. Fraissinet s’écoute. Ses mots sont précis, ciselés, rares, poétiques. Les thèmes qu’il aborde sont forts, ils nous parlent tous, nous émeuvent et nous font sourire.

Emballé par son charisme. Visiblement heureux de se trouver sur scène, il nous communique son plaisir à travers son large sourire et son regard pétillant. Il n’abuse jamais de son physique de beau ténébreux, préférant de loin le naturel à l’artifice. Et puis, il sait nous parler. Il nous accueille dans son « salon » et s’adresse à nous avec la bienveillance et le respect que l’on doit à ses hôtes.

Emballé enfin par son univers. Dans Fraissinet, il y a « ciné ». Un décor léché, chaleureux, joliment éclairé, des chansons imagées, des confidences tendres et amusantes. Il sait parfaitement se mettre en scène.

Si vous ne pouvez pas aller l’applaudir à L’Auguste Théâtre, il vous restera une séance de rattrapage le mardi 28 novembre au Flow (4, Port des Invalides 75011 Paris)