vendredi 31 octobre 2014

Tony Bennett & Lady Gaga "Cheek To Cheek"

Columbia Records / Universal International Music



Lady Gaga avait figuré en 2011 sur l’album Duets II de Tony Bennett. A la demande du crooner, ils avaient interprété ensemble The Lady Is a Tramp. Conquis par la prestation de la Lady, Tony Bennet lui a proposé d’enregistrer tout un album de jazz. Ainsi est né Cheek To Cheek
C’est peut-être l première fois que la créatrice de Bad Romance s’est sentie intimidée et impressionnée par quelqu’un. Pourtant, soixante ans les séparent (Tony Bennett, 88 ans, Lady Gaga, 28 ans) mais un même amour du jazz les a réunis.
Pour la première fois aussi, la chanteuse ne s’est pas réfugiée derrière son extravagance et son goût naturel pour la provocation. Elle avoue avoir enfin pu être elle-même et chanter avec une voix qui est vraiment la sienne. Et puis, cet album arrive fort à propos pour remettre la Lady en selle après l’échec commercial de son dernier opus, Artpop qui ne s’est vendu qu’à 1,4 millions d’exemplaires dans le monde. Echaudée, elle aurait même annoncé qu’après cette « jazzy experience », qu’elle ne ferait « peut-être plus jamais de musique pop ». gageons plutôt que cette décision est motivée par le dépit et que la « Mother Monster », qui n’en est pas à un revirement près, va vraisemblablement trouver d’autres terrains musicaux pour rebondir…

Photo Abaca
 Pour les amateurs de grands standards et de big band, Cheek To Cheek est une splendeur. Comme à son habitude, Tony Bennett, dont c’est tout de même le cinquante-septième album studio, assure sa partie avec son aisance et son swing habituels. En revanche, celle que l’on attendait au tournant, c’était bien sa partenaire, Stefani Germanotta, alias Lady Gaga, dans un registre où on ne la soupçonnait pas forcément.
Et bien, on peut dire que la sauce a pris. Entre la voix chaude et légèrement éraillée de Tony et celle plus aigue et plus métallique de la Lady, le mélange est parfait. L’osmose est totale. Le plaisir qu’ils ont à partager est audible. On les sent s’amuser comme deux petits fous, chacun tentant de séduire l’autre. On entend Lady Gaga rire, pousser des petits cris,


S’appuyant sur cette Rolls vocale qu’est Tony Bennet, Lady Gaga se lâche, prend des risques, explore des zones jusque là insoupçonnées de son organe.
Dans Nature Boy (ma chanson préférée sur cet album), elle joue merveilleusement de la voix de velours. A souligner également sur ce titre une superbe partie de flûte… Dans I Can’t Give You Anything But Love, sa voix ondule, se love, s’enroule sensuellement autour de celle de Tony. Dans Firefly, elle termine dans un scat que n’aurait pas désavoué Ella Fitzgerald. Dans Lush Life, elle se fait tour à tour impérieuse et langoureuse. Et dans It Don’t Mean A Thing (If It Ain’t Got That Swing), elle se fait sauvage, rugit, feule et swingue comme une petite folle pour temriner la chanson ( et l’album), sur un spontané « Waouh » de bonheur.
Lady Gaga s’éclate visiblement, prend du plaisir, se rassure et confirme une chose : elle sait vraiment chanter !



Sur le plan des orchestrations, Cheek To Cheek est également un pur bonheur. Autour de la colonne vertébrale qu’est le Tony Bennett Quartet (piano, guitare, basse, batterie), viennent se greffer une flopée de super musiciens qui apportent à chacun des titres une couleur personnelle en faisant la part belle à un son particulier : cuivres, orgue, violons, flûte, harpe… Il y a des merveilles de soli. C’est digne des meilleurs arrangements d’un Duke Ellington.