mercredi 7 septembre 2016

Le dernier baiser de Mozart

Petit Montparnasse
31, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 77 74
Métro : Gaîté / Edgar Quinet
Du mardi au samedi à 19 h. Le dimanche à 15 h

Une pièce d’Alain Teulié
Mise en scène par Raphaëlle Cambray
Décor de Catherine Bluwal
Costumes de Virginie Houdinière
Lumières de Marie-Hélène Pinon
Misique de Jean-Marc Istria

Avec Delphine Depardieu (Constance Mozart), Guillaume Marquet (Franz-Xaver Süssmayr)

L’histoire : Vienne, décembre 1791… Wolfgand Amadeus Mozart vient de mourir. Constance, sa veuve, doit faire front. Seule et désargentée, il lui faut trouver le disciple capable de terminer le fameux Requiem. Franz-Xaver Süssmayr, qui ne la laisse pas indifférente, sera-t-il à la hauteur du maître ?

Mon avis : Mozart est mort, vive Mozart !... Bien qu’absent de cette pièce - et pour cause – Wolfgang Amadeus Mozart y est omniprésent. Son fantôme flotte dans le boudoir dans lequel sa veuve, Constance, reçoit celui en qui elle voit le compositeur capable de terminer le Requiem, Franz-Xaver Süssmayr, un élève du défunt…
Pour Constance, il n’est plus temps de faire son deuil. Sa priorité est bassement matérielle. Son génie de mari, endetté chronique, l’a pratiquement laissée sans le sou. Et elle a deux bouches à nourrir, Karl-Thomas, qui a 7 ans, et Franz-Xaver (tiens-tiens, le même prénom que Süssmayr…), né en juillet 1791, ce même mois où son père a commencé à écrire le fameux Requiem… Constance n’a donc pas à tergiverser. Si elle veut gagner quelques florins, il serait avisé que quelqu’un honorât cette commande faite à Mozart en en terminant l’écriture. Constance connaît bien (très bien ?) Franz-Xaver. Il était l’assistant de son mari depuis le début de l’année, son souffre-douleur aussi, et il connaissait l’œuvre sur laquelle Wolfgang planchait en dépit de la maladie.


Dès le début de la pièce, Constance nous apparaît comme une femme forte, pragmatique et peu encline aux bondieuseries. Accablée par les dettes et les médisances elle y va franco. « Ainsi font-elles toutes » quand elles ont le dos au mur. Il faut que Franz-Xaver se mette à l’ouvrage. C’est à sa portée. Or, celui-ci la joue un tantinet complexé. Non seulement, il est d’évidence un amoureux transi (après tout, il n’a que quatre ans de moins que la Constance), mais il est également pétri d’admiration pour son maître. Aussi idéaliste et exalté que timoré, il ne va pas cesser de louvoyer ; un coup emballé, un coup défaitiste. Pas facile pour Constance. Il va s’en suivre une sorte de joute entre deux personnes qui s’estiment, se respectent et qui, à différents niveaux, ont besoin l’un de l’autre.

Le texte est une petite merveille de finesse. Les dialogues coulent à nos oreilles comme une petite musique de nuit. Et, surtout, c’est très riche en informations et en anecdotes. Mozart est là, tout le temps, en fil rouge. Constance et Franz-Xaver son unis dans son souvenir. Et puis, tout doucement, un quatrième personnage pénètre subrepticement sur la scène : la musique de Mozart. D’abord discrète, en toile de fond, elle se fait de plus en plus présente, soulignant de façon subliminale l’état d’esprit des deux protagonistes. La montée en émotions atteint alors son paroxysme. L’hommage au regretté « Wolfie » se fait vibrant et, en parallèle, le duel entre ses eux « héritiers », légitime et artistique, se fait de plus en plus âpre… Constance n’est pas une « fausse ingénue », loin de là, et Franz-Xaver n’a pas le pouvoir de séduction, l’autorité et le cynisme d’un « Don Juan ». Place au double jeu, aux cachotteries, aux révélations. On est tenu en haleine jusqu’à la dernière note, jusqu’au dernier mot.


S’appuyant sur une partition simple et riche, sur une construction habile, les deux comédiens peuvent s’en donner à chœur joie. Ils sont réellement épatants. Ils incarnent leurs personnages avec une authenticité qui nous réjouit et nous émeut. Ce sont deux brillants solistes qui jouent à l’unisson. Delphine Depardieu, qui a déjà joué dans une bonne quinzaine de pièce, trouve là un rôle qui ne devrait pas laisser insensibles les producteurs. Elle passe avec beaucoup de justesse par tous les états d’âmes que peut ressentir Constance Mozart : la détermination, la mélancolie, la méfiance, le découragement, l’espoir… Quant à Guillaume Marquet, musicien lui-même, la redingote de Süssmayr lui va comme un gant. Son jeu est tout en subtilité ; le plus souvent en retenue, il peut passer en un quart de seconde de l’introversion à l’exaltation, voire à l’agressivité. C’est un grand émotif, le Franz-Xaver, son combat est perdu d’avance face à une femme pour laquelle il éprouve du sentiment qui allie rouerie et persuasion.
Quel beau duo ! On a du mal à en imaginer d’autres qu’eux dans ces deux très beaux rôles. Personnellement, Le dernier baiser de Mozart m’a fait saliver de plaisir. C’est une pièce qui rend service au théâtre parce qu’elle est intelligente sans être jamais didactique ou pédante, et parce qu’elle est avant tout profondément humaine en mettant en avant des sentiments que nous pouvons tous éprouver.
Un bon auteur, une belle histoire, une excellente mise en scène et deux remarquables comédiens, que voulez-vous de plus ?


Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 2 septembre 2016

Olivier de Benoist "0 / 40"

Café de la Gare
41, rue du Temple
75004 Paris
Tel : 01 42 78 52 51
Métro : Rambuteau / Hôtel de Ville

One-Man show écrit par Olivier de Benoist et Paul-Marie Debrie
Interprété par Olivier de Benoist

Présentation : Prenant conscience de sa légère obsession à l’égard de la gent féminine, Olivier de Benoist décide de faire amende honorable. Après un passage chez les misogynes anonymes pour soigner son encombrante pathologie, c’est l’heure du bilan… ODB refait le film de sa vie, tel un équilibriste, avec un risque de rechute qui le guette à chaque réplique…

Mon avis : Olivier de Benoist est désormais en vitesse de croisière. Il s’est confortablement installé dans un domaine qui n’appartient qu’à lui, dans un registre qui lui est propre. Au moins, on sait pourquoi on vient le voir et il ne nous déçoit pas. Il est au rendez-vous. Avec sa fausse nonchalance, sa dégaine frisant la désinvolture, son œil goguenard et son phrasé si personnel, il ne déroge pas à ce qui a fait son succès : la vacherie élevée au rang d’art. Mais, surtout, comme certaines villes ont leur spécialité (Montélimar le nougat, Cambrai la bêtise, Aix le calisson…), lui aussi a la sienne, elle lui a donné son image de marque : la misogynie. Pour lui piquer un de ses jeux de mots énoncé hier soir, on peut affirmer qu’il est un « misogyne tonique ». Et même, on le vérifiera tout au long de son spectacle, il est incurable…

Dans un Café de la Gare bondé, nombreuses sont les femmes. A croire qu’elles sont maso, les bougresses. Elles adorent se faire flageller par ce grand escogriffe qui vilipende son épouse, dénigre sa belle-mère et ne cesse de discréditer la gent féminine en général. D’ailleurs, ODB attaque filles en tête. Avec une mauvais foi évidente, il affirme vouloir faire amende honorable et ne plus essayer de s’en prendre aux femmes au cours de ce nouveau spectacle. Pour se débarrasser de cette addiction, il est même allé jusqu’à s’inscrire aux Misogynes Anonymes ! En est-il sorti guéri ? Vous ne pourrez établir son bilan de santé qu’à la fin. En effet, le spectre de la rechute est omniprésent, vilain petit diable qui lui souffle à l’oreille quelques insanités un tantinet machistes.


Olivier nous explique tout de suite pourquoi il a baptisé ce spectacle 0 / 40. C’est tout simple : comme il vient d’atteindre la quarantaine, il a décidé de raconter sa vie de sa naissance (le point « 0 ») à aujourd’hui. Flanqué de Torec, son assistant (Moldave ?), qui ressemble furieusement à ce très précieux Marcel Gotlib et qui intervient avec autant de maladresse que de bonhommie, il balaie ces quatre décennies dans l’ordre chronologique. Son journal intime, l’éveil de sa sexualité, le bac, les études de droit, sa première et unique plaidoirie, le mariage, l’éducation des enfants, ses velléités de chanteur, la magie… Il raconte tout cela à sa manière, c’est-à-dire avec une abondance de saillies réjouissantes, d’affirmations malveillantes, de formules imparables, bref, tout son (mauvais) fond de commerce y passe. Cet homme adore être odieux. Il y a vraiment de quoi faite tout un fromage de ses caprices d’odieux car il éprouve visiblement une véritable jouissance à aller trop loin. Il assène sa rosserie, feint de s’apercevoir qu’il a quand même tapé un peu dur, et fait celui qui s’amende en s’en imposant une, d’amende, sonnante et pas vraiment trébuchante.

Pour moi, qui ai vu ses trois derniers spectacles, 0 / 40 est son meilleur, son plus complet. Fort de ce qui a fait sa notoriété chez Ruquier puis chez Drucker, il n’a plus à se présenter. Il est sur l’autoroute (d’où la vitesse de croisière évoquée au début). Aucune scorie dans ce spectacle, l’humour, noir et vache, est permanent. Les jeux de mots sont remarquables, les vannes efficaces. Comme il a pris du métier, donc de l’assurance, il a énormément gagné en présence et en profondeur de jeu… En plus, non seulement le rythme ne faiblit jamais, mais il a parfaitement assimilé le principe de la rupture en nous accordant deux séances de projections particulièrement jouissives. Quel travail de recherche et de montage ! Certaines images sont à hurler de rire.
Outre ces deux temps forts, il y a d’autres très grands moments dans ce spectacle. J’ai fortement apprécié par exemple sa fameuse plaidoirie, l’éducation des enfants, son enfance à la Zola, et la narration de son propre décès…


0 / 40 ! Au-delà du nombre de ses années vécues, ce chiffre est aussi un score de tennis. D’ailleurs son affiche nous le rappelle finement. Quand le spectacle commence, il en est donc à 0 / 40 et, comme il est seul en scène, c’est toujours à lui de servir. En guise de rappel, il nous assène deux aces imparables, une sex tape avec son épouse et l’enterrement hypothétique de sa belle-mère. Jeu, set et match !... ODB, c’est le Djokovic de l’humour vache et de la misogynie flamboyante et (faussement) assumée, voire revendiquée. Aucun temps mort, aucune baisse de régime, il reprend les rires de volée et s’amuse même à jouer les ramasseurs de belles.
Quel match !

Enfin, je me plais à signaler la présence en première partie d’ODB d’un galopin qui promet, Jérémy Charbonnel. En voici un qui a tout le potentiel pour aller très loin. Avec son look propret et gentillet, son sourire craquant, son cheveu savamment ordonné, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Or, il s’avère que ce que profère ce jeune homme est aux antipodes de cette image joliment lisse. Sous son pelage de minet se cache un fauve à la dent particulièrement dure. C’est qu’il balance, le bougre ! Et avec le sourire ! Rien ne lui fait peur. Son rêve profond, c’est de « donner libre cours au connard » qui est en lui. Avec son sens aigu de la vanne, il y parvient aisément. C’est formidablement féroce et horriblement noir. Ce garçon, c’est de la graine de moutarde. Ça pique, ça agace, ça brûle parfois, mais qu’est-ce que c’est bon. En tout cas, l’échantillon qu’il nous a présenté donne vraiment envie de découvrir ce qu’il a en magasin.


Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 1 septembre 2016

Pyrénées, ou le voyage de l'été 1843

Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Tel : 01 45 44 57 34
Métro : Vavin / Notre-Dame des Champs

De Victor Hugo
Mise en scène et adaptation de Sylvie Blotnikas

Avec Julien Rochefort

Présentation : Le 18 juillet 1843, Victor Hugo, qui a 41 ans, commence son traditionnel voyage d’été. Ce voyage de près de deux mois le mène de Biarritz à Oléron, en passant par l’Espagne et les Pyrénées. C’est l’occasion pour Hugo, non seulement de découvrir et de s’émerveiller, mais aussi de plonger dans son passé…
Au fur et à mesure de son périple, il écrit de nombreux textes qui constituent un journal de voyage qu’il a l’intention de publier. Mais le destin va en décider autrement…

Mon avis : Celui qui a affirmé « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas » a émis là un jugement quelque peu hâtif. En effet, une chaîne culminant à 3400 mètres, les Pyrénées, a bel et bien rencontré une autre montagne, en littérature celle-là : Victor Hugo. Ce rendez-vous entre sommités géographiques et littéraires a bel et bien eu lieu au cours de l’été 1843…
C’est cette rencontre « au sommet » que nous raconte l’illustre écrivain épatamment incarné par Julien Rochefort sur la scène du « Paradis » au théâtre du Lucernaire.

Victor Hugo était un monstre. En tout. Brûlant d’une vitalité hors norme, Il avait besoin de se dépenser. Il fallait qu’il mange, qu’il boive, qu’il marche, qu’il écrive, qu’il dessine, qu’il lutine… Tout cela avec gourmandise et excès.
Pyrénées, ou le voyage de l’été 1843 est totalement à l’image du bonhomme. Dans ce journal de bord, il nous narre par le menu son périple de deux mois avec, pour objectif, une semaine de cure à Cauterets, une station thermale des Hautes-Pyrénées spécialisée dans la rhumatologie. Victor écrit et décrit. Rien n’échappe à sa formidable curiosité. Non seulement, il consigne tout dans ses cahiers, mais il envoie de nombreuses lettres ; la plupart sont adressés à sa fille aimée, Léopoldine, mais il en adresse également à son autre fille, Adèle, à son fils François-Victor, et à son épouse…

L’œil du poète est une véritable caméra. Elle voit et enregistre tout. D’où une écriture très imagée, descriptive. Chaque sujet qu’il « photographie » est pour nous une véritable carte postale qui vaut autant pour l’image qu’elle reproduit que pour le témoignage écrit qui l’accompagne. Quelle richesse de vocabulaire ! Quel sens du détail ! Victor Hugo est un aventurier dans ce sens où il est en permanence attiré par l’inconnu. Avide de découverte, épris de solitude, amoureux de la nature, il adore marcher, partir à l’aventure. Et la marche est, pour lui, propice à la réflexion. Si le titre n’avait pas été pris par un de ses célèbres prédécesseurs, Jean-Jacques Rousseau, il eût pu sous-titrer son journal « Rêveries du promeneur solitaire » (en guise de clin d’œil, un poème écrit à Cauterets figure dans Les Contemplations, mot un synonymes de rêverie)…

Photo : Fabienne Rappeneau
Le journal de bord de Victor Hugo est foisonnant. Il regorge de détails. Il parle des paysages, des villes où il fait étape ou séjourne, des gens qu’il croise, des animaux, des plats et des vins qu’on lui sert. Sa plume court, vive, expressive, infatigable. Il a  l’enthousiasme aussi prompt que la critique. Par exemple son exaltation lorsqu’il découvre Gavarnie n’a d’égale que sa déception lorsqu’il visite l’île d’Oléron.

Et puis quel humour ! On s’amuse beaucoup à certaines de ses saillies ou moqueries. Ce n’est jamais méchant. Il y a juste ce qu’il faut d’ironie (Ah, ces gens qui lui déconseillaient de se rendre à Pasaia (Passage)…) Bref, à l’écoute du compte-rendu de ce périple de deux mois, on ne s’ennuie pas un seul instant. On est même souvent happé, captivé, époustouflé par la qualité narrative des événements et des descriptions. Julien Rochefort est un parfait exégète de Victor Hugo. Il l’interprète avec juste ce qu’il faut de fougue et de recul. Le ton est précis, nuancé. Il nous prend par la main (ou plutôt par l’oreille) et il nous emmène sur les pas d’Hugo pour un joli voyage collectif. Sa prestation est irréprochable.

Et puis, mon esprit tordu a trouvé particulièrement piquant que ce soit un comédien nommé Rochefort qui termine le voyage d’Hugo et le spectacle qui lui est consacré dans la ville de… Rochefort, là où l’écrivain va aller chercher en poste restante le courrier qui l’y attend et, surtout, là où il va ouvrir ce funeste journal…


Gilbert « Critikator » Jouin

samedi 27 août 2016

Commissariat central

M6
Tous les samedis à 18 h 35

Une série de 210 épisodes de 4 minutes
Créée par Frank Cimière, Benjamin Depierrois, Alain Kappauf, Fabien Rault
Réalisée par Varante Soudjian, Olivier Chapelle, Séverine Bouvier
Directeurs d’écriture : Varante Soudjian et Thomas Pone

Avec Guy Lecluyse (le commissaire Campanella), Tano (Bernard), Matthieu Pillard (Francky), Nadia Roz (Inès), Waly Dia (Vince), Vinnie Dargaud (Yohann), Julie Schotsmans (Audrey)…

Présentation : Bienvenue dans le joyeux quotidien de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) de la petite ville de Saint-Villiers, dirigée par le commissaire Campanella, vieux briscard qui a gravi tous les échelons de la police et qui doit aujourd’hui faire régner l’ordre dans sa ville.
Pour cela, il devra « faire avec » sa brigade de flics aux caractères bien trempés dont l’enthousiasme débordant ne compense pas les erreurs de jugement, l’inexpérience ou encore les problèmes existentiels.

Mon avis : Ayant visionné en avant-première plusieurs épisodes de cette nouvelle série programmée par M6, je puis lui garantir un grand succès public. Je me suis retrouvé en effet dans les mêmes sensations jubilatoires que j’avais éprouvées quinze ans plus tôt en découvrant Caméra Café ! Le fait que l’on retrouve dans les deux divertissements la présence d’Alain Kappauf n’y est pas étranger. C’est le même état d’esprit, c’est la même volonté de faire rire, c’est le même souci de qualité…


Tous les critères sont réunis dans Commissariat central pour en faire un rendez-vous incontournable : écriture ciselée, un ton décalé et, surtout, un casting formidable.
Les sept comédiens principaux sont quasiment tous issus de la scène ; du one-(wo)man show, pour Nadia Roz, Tano, Waly Dia, du cabaret, pour Matthieu Pillard avec les Chiche Capon… Guy Lecluyse, lui, est tout autant rompu à l’exercice de la comédie que du thriller. Comédien fétiche d’Olivier Marchal, il connaît sur le bout de son flingue l’univers de la police sous ses aspects les plus sombres. Mais, comme il est à la base un humoriste, tant au théâtre qu’au cinéma, il a suffisamment de recul pour mettre toutes ces expériences au service de la dérision… Vinnie Dargaud, issu du Cours Florent, s’est surtout formé au théâtre en jouant aussi bien Hugo que Feydeau, Molière que Musset… Quant à Julie Schotsmans, passée par l’Actor Studio, on a pu la voir dans différentes comédies au théâtre et à la télévision, et dans de nombreuses pubs.

Ce qui est frappant, c’est la belle complicité qui unit tous ces artistes. Nous sommes en présence d’une véritable troupe. On les sent totalement investis dans ce projet, ils donnent le meilleur et ils y vont à fond.
Ce qui est bien également, c’est qu’on rit des personnages, mais pas de leur fonction. Jamais le métier de policier n’est tourné en ridicule. Au contraire, on peut lire en filigrane l’importance de leur mission dans notre société. Le problème, c’est que nous avons affaire avec ces trois binômes, à un concentré de Pieds Nickelés. Les caractères sont remarquablement dessinés.
Campanella (Guy Lecluyse) est un flic qui vient du terrain. Il a gravi tous les échelons. On ne la lui fait pas. Il est bourru, maladroitement autoritaire, et pudiquement paternaliste…

Parlons de ces fameux binômes…


Inès (Nadia Roz) est ambitieuse, intelligente, rigoureuse, fonceuse, maniaque. Son point faible, c’est son côté romantique. Elle aurait tellement besoin d’une épaule et de ce qui va avec pour lui faire des enfants… Son coéquipier, Vince (Waly Dia) est un tantinet frimeur, il se la pète un peu, il soigne son look ; totalement imprégné par les séries policières américaines, il essaie de les rejouer dans son petit commissariat de Saint-Villiers.


Audrey (Julie Schotsmans) ; c’est l’impulsive. (Mal) mariée à la ville avec un looser, elle est ronchon, vindicative, sans cesse à la recherche d’expédients pour arrondir ses fins de mois, ce qui peut expliquer sa nervosité chronique… Heureusement, elle est associée à son contraire, Yohann (Vinnie Dargaud) ; lui il ne pense qu’à la déconne, à inventer des blagues pourries. C’est un grand gamin qui n’a pas encore coupé le cordon avec maman. Chez lui tout est prétexte à s’amuser ce qui ne l’empêche d’être un excellent camarade.


Bernard (Tano), c’est le marginal. Il a ses propres codes, ses propres lois, ses propres méthodes. Normal : il est Corse ! En constant équilibre sur la ligne jaune, il aime son boulot, il aime son coéquipier, mais il aime beaucoup moins son ex-femme avec laquelle il est en conflit permanent pour la garde d’un fils dont ils ne veulent ni l’un ni l’autre !... Francky (Matthieu Pillard), c’est le balourd. Il est très stéréotypé : empli d’idées reçues, un zeste de racisme, un autre de misogynie, mais plus par réflexe que par conviction profonde. Limite bas de plafond, caricatural, c’est néanmoins un brave type qui donnerait sa vie pour son pote Bernard.
Personnellement, même si j’ai trouvé tous les comédiens excellents, j’avoue avoir un faible pour le duo de bras cassés que forment Bernard et Francky.


En résumé, Commissariat central est une série savoureuse grâce à sa galerie de personnages pittoresques, ses successions de sketches et de saynètes rondement menées et finement observées. Le jeu de tous les comédiens est un régal. Bien sûr, on n’écrit pas 210 épisodes sans que certains comportent leur lot de situations grotesques ou quelques outrances. Mais la majorité est vraiment d’une très bonne tenue. Commissariat central se regarde avec beaucoup de plaisir et les téléspectateurs vont très rapidement s’attacher à cette brochette d’hurluberlus.

vendredi 26 août 2016

La Cantatrice chauve (Comme vous ne l'avez jamais vue)

Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Tel : 01 45 44 57 34
Métro : Vavin / Notre-Dame des Champs

Une pièce d’Eugène Ionesco
Mise en scène par Alexis Rocamora
Musique de Gilles Diederichs

Avec Laura Marin (Mme Smith), Alexis Rocamora (M. Smith), Taos Sonzogni (Mme Martin), Jean-Nicolas Gaitte (M. Martin), Nell Darmouni (La bonne), Guillaume Benoit (Le pompier)

Présentation : Deux couples, un pompier, autour d’une intrigante bonne. Six personnages dans un univers intemporel où les phrases, les mots, les lettres et les situations s’entrechoquent dans un tourbillon d’absurdité étrange, inquiétant et drôle à la fois. Un classique revisité qui se fait miroir de la société. Il serait absurde de ne pas rire de soi.

Mon avis : Cela fait 66 ans ( !) que La Cantatrice chauve est à l’affiche du théâtre de la Huchette. On frise les trois millions de spectateurs. C’est dire si cette pièce qualifiée par la critique des années 50 d’« objet théâtral non identifié » (OTNI) est singulière et paradoxale.
Premier paradoxe : je ne l’avais jamais vue. A vrai dire, c’est son auteur, Ionesco, qui me posait problème. Or, deuxième paradoxe : je suis particulièrement friand d’absurde. La seule pièce que j’avais vue de l’Eugène, était Rhinocéros. J’en étais sorti pour le moins perplexe. Chez Ionesco, l’absurde est poussé à l’extrême, à la puissance 10. Aussi, pour en goûter tout le sel, faut-il être dans de bonnes dispositions d’esprit, s’y préparer.

Ce qui m’a donc attiré du côté du Lucernaire, c’est le contenu de la parenthèse suivant le titre de la pièce : « Comme vous ne l’avez jamais vue ». Troisième paradoxe : je ne l’avais justement jamais vue. Impossible donc d’établir des comparaisons. Imaginez que je me demandais même quel allait être le répertoire de cette fameuse « Cantatrice », « chauve » de surcroît…
Evidemment, j’ai découvert un truc auquel je ne m’attendais pas. Mais comme ma curiosité était très éveillée, sans doute parce que c’est la première pièce que je voyais dans cette rentrée 2016-2017 (je ne m’étais pas rendu dans un théâtre depuis le 15 juillet), mon accumulateur de réceptivité était (re)chargé à bloc.


Il faut savoir que La Cantatrice chauve a été écrite par Ionesco à un moment de sa vie où il voulait apprendre l’anglais via la fameuse Méthode Assimil. Avec l’esprit aussi affûté que barré qu’on lui connaît, il s’est attardé sur la traduction littérale de phrases qui n’ont évidemment aucun lien entre elles pour en faire un assemblage complètement loufoque…
On n’est donc pas surpris d’entendre une des comédiennes (ils sont déjà présents sur scène à l’entrée du public) égrener ça et là, en pré-générique, un sporadique God Save The Queen. Ainsi est-on déjà dans l’ambiance avant que les trois coups ne retentissent. Le ton va être résolument british et les personnages itou. Après une présentation originale façon cinéma muet, on entre de plain pied dans l’univers feutré du salon des Smith. C’est madame qui a l’honneur d’ouvrir le bal avec une incroyable volubilité pendant que son mari, plongé dans une gazette, se tait. On commence alors à s’interroger sur le comportement de la bonne. On dirait une surveillante générale. Aussi énigmatique qu’autoritaire, elle suscite visiblement la crainte chez ses patrons. C’est même elle, sorte de coucou suisse déréglé, qui leur donne l’heure…

Bref, voici pour l’ambiance. Après un échange totalement futile et décousu entre M. et Mme Smith, surviennent leurs invités, les Martin. En l’absence des Smith partis se changer, les Martin se lancent dans un dialogue absolument surréaliste (un des grands moments de la pièce). C’est de la haute voltige, du non-sens absolu. Mais c’est pratiquement le seul dialogue dont le déroulement nous soit prévisible. C’est peut-être la seule fois où l’invraisemblable s’appuie sur une logique imparable.

Parti pris ingénieux de la mise en scène, les deux couples sont tout de noir vêtus et sont maquillés comme des clowns blancs alors que la bonne porte une tenue très colorée, quasi flashy. Contraste habile… L’avantage de ces visages de plâtres, c’est qu’ils accentuent les mimiques un peu – on y revient – à la manière outrée du cinéma muet. L’effet est garanti.
Pourtant, dans ce torrent impétueux de phrases sans queue ni tête, on est parfois éclaboussé par un bref message (une allusion à la xénophobie dans la bouche du pompier), par une attitude (la solidarité féminine), mais le ton général est tout de même une satire du milieu bourgeois.


Ionesco jongle avec tout ce qui lui passe par la tête. Outre ses dialogues à l’emporte-pièce, il joue à inventer des titres de fables aberrants et nous abreuve (quel bouquet final !) d’aphorismes incongrus. Entre temps, il a permis au capitaine des pompiers de se livrer à un monologue étourdissant (sacré morceau de bravoure) sur le thème du rhume ; un pompier qui, soit dit en passant, ne se contente pas d’intervenir sur des incendies programmés mais également sur les « brûlures d’estomac » !

Inutile de chercher une quelconque cohérence dans cette pièce. La virtuosité d’Eugène Ionesco est de réussir à construire des échafaudages qui tiennent en place bien qu’ils soient érigés sur les sables mouvants de son esprit alambiqué. Pour moi, le jeu et la façon de réciter les phrases d’Ionesco sont les points forts de ce spectacle. Au Lucernaire, la performance des six comédiens est époustouflante. On est rapidement fasciné par leur implication, leur inventivité et leur folle générosité. Plus les dialogues sont invraisemblables, plus leurs personnages sont vrais, plus les échanges sont futiles, plus ils prennent d’épaisseur.

Au fait, que dire de la fameuse Cantatrice dégarnie ? Ne serait-elle pas une cousine à la mode de Grande-Bretagne de l’Arlésienne ? Je sais, c’est un peu tiré par les cheveux…

Gilbert "Critikator" Jouin

mardi 9 août 2016

Patrice Guirao "Crois-le !"

Editions : Au Vent des Iles
Collection : Noir Pacifique
373 pages. 19 €

Ma première rencontre avec Patrice Guirao remonte au début des années 90. Elle s’est faite par chanteur interposé car ce que j’ai d’abord reçu de lui, ce sont ses mots, les mots qu’il a posés sur les musiques d’un certain Art Mengo. Ponctuellement, je le retrouvais auteur de textes pour Pascal Obispo, Florent Pagny, Johnny Hallyday, Jenifer, Daniel Lavoie, Natasha St Pier… Et puis, j’ai été enfin amené à l’interviewer. C’était en 2005, c’était pour les chansons de la comédie musicale Le Roi Soleil qu’il avait cosignées avec son « frère de chant », Lionel Florence. Leur binôme était né cinq ans auparavant pour les besoins des Dix commandements… J’ai eu un nouvel entretien avec lui en 2013, cette fois pour le spectacle musical Robin des Bois. A chaque fois, nos conversations eurent lieu par téléphone car ce bougre d’homme a cette particularité de vivre à Tahiti.

Ce n’est que cette année que j’ai pu enfin le rencontrer en chair et en os. C’était pour parler des chansons qui vont scander la nouvelle comédie musicale Les 3 Mousquetaires qui verra le jour à compter du 29 septembre au Palais des Sports. Sur le plan humain, ce fut un joli moment d’échange. Nous avons bien sûr un peu parlé chansons, mais nous avons surtout fait connaissance. Et j’ai appris qu’il ne se contentait pas d’être parolier, qu’il était également auteur de polars.
Le mot magique était tombé, entre nous deux, près de nos deux tasses de café au beau milieu de la table. Des « polars » ! Moi qui suis un grand amateur du genre – je ne lis que ça dans le métro – j’ai été immédiatement intéressé. Deux jours plus tard, je recevais par la poste Crois-le !, le premier volume d’une trilogie sur les enquêtes d’un jeune détective privé nommé Al Dorsey.


J’ai pris énormément de plaisir à la lecture de cet ouvrage. Il comprend tous les codes du genre tout en ayant ses propres spécificités et son originalité. J’ai d’abord été séduit par le style. C’est fluide, naturel, jamais ampoulé ou gratuitement littéraire. Romancier mâtiné de chroniqueur, Patrice Guirao utilise sa plume comme un peintre son pinceau. Son écriture est très descriptive, tant pour les personnages que pour les paysages. Et il a l’habileté de saupoudrer les dialogues de certains de ses personnages (sa mère, Toti…) d’idiomes et de mots en dialecte écrits d’une telle façon qu’on les entend parler.

Il a surtout réussi à créer un héros. Son détective, Al Dorsey, n’est ni un super héros, ni un anti-héros. C’est un jeune mec tout ce qu’il y a de normal. D’abord, Al Dorsey n’est pas son vrai nom, c’est son pseudo, son nom de scène. En réalité, son patronyme est Edouard Tudieu de la Valière ! Né d’un père aristocrate et d’une maman tahitienne, il a pensé plus simple d’adopter un nom d’emprunt pour exercer son métier de privé. Mais il a toujours en lui une certaine noblesse de cœur et d’éducation.
Al n’est visiblement pas encore sorti de l’enfance. Il est plutôt immature, dilettante, fort et fragile à la fois, et si le cordon ombilical qui le relie à sa mère s’est légèrement distendu, il est loin, très loin d’être coupé. Notre privé prend les affaires qu’on lui confie comme elles viennent. C’est lui qui s’adapte à elles. Il subit les événements puis, lorsque les difficultés se présentent, il essaie de les gérer, voire de les affronter. Il y a en lui une forme de candeur et de fatalisme, propre sans doute aux habitants des îles. On a un peu tendance à se laisser porter là où le vent nous pousse. Ce grand ado – il ne se plaît qu’en short – est viscéralement bienveillant. Il aime les gens, il affecte même une certaine indulgence vis-à-vis de ceux qui transgressent allègrement les lois. Si le lieutenant Columbo possède une antique Peugeot 403, Al, lui, roule dans une vieille 4L. C’est le seul point commun qu’il partage avec la flopée de détectives plus ou moins privés qui jalonnent la littérature policière depuis la naissance du genre. Il n’a pas un grand pouvoir de déduction, il n’aime pas la bagarre, il n’a aucune arrogance (au contraire, il doute souvent), il ne se considère donc pas comme un surhomme. Raisons pour lesquelles il est si attachant, si proche de nous.

Toti
Dans Crois-le !, nous sommes en permanence dans la tête d’Al Dorsey. C’est là où le style de Patrice Guirao prend toute sa saveur. Certes, l’enquête reste présente tout au long du récit un peu comme un fil rouge, mais il se passe tout le temps des petits événements annexes, des incidents collatéraux, qui amènent naturellement des digressions. Et elles sont savoureuses, ces digressions. Elles nous permettent de mieux pénétrer la mentalité des Polynésiens, de découvrir un monde cosmopolite, des paysages particuliers, bref, une autre façon de vivre…
L’autre point fort du petit théâtre guiréen, c’est la galerie de personnages qu’il a brossée. Autour d’Al gravitent des êtres particulièrement hauts en couleurs. Il y a sa maman, « Mamie Gyani », une figure importante de Tahiti qui possède une sorte de pouvoir occulte, et qui, au fil du temps, s’est tissé un réseau inoxydable d’une grande utilité... Il y a son ami d’enfance, Sandona Philibert, dit Sando, devenu inspecteur de police par défaut, qui a sous ses ordres une bande de rantanplans joviaux et naturellement inefficaces... Il y a Paul-Arman Lying, dit Toti, le pittoresque clodo millionnaire… Et puis, surtout, il y a sa fiancée, Lyao-Ly, un superbe mannequin… manchot (un requin a fait son quatre-heures de son bras lorsqu’elle était enfant). On la voit peu dans le livre, mais elle est omniprésente. Et enfin, personnage singulier mais qui occupe une place prépondérante, Baldwin, le chien de Lyao-Ly.


L’ambiance du livre (des livres devrais-je dire car il va s’agir d’une trilogie), son exotisme,, son humour permanent, ses personnages colorés, insolites, truculents, marginaux et, pour la plupart, si sympathiques, apportent aux aventures d’Al Dorsey un réel intérêt. France Télévision ne s’y est pas trompée qui a décidé d’en faire une adaptation en six épisodes de 52 minutes. Le tournage a commencé en juin à Tahiti et Moorea pour une diffusion début 2017.

vendredi 5 août 2016

Sous les jupons de l'Histoire

Chérie 25
Samedi 6 août à 13 h 25


En jouant de la télécommande, je suis tombé sur une chaîne où je ne m’étais jamais hasardé, Chérie 25, et sur une émission qui m’a laissé littéralement scotché : Sous les jupons de l’Histoire
Cette émission a pourtant débuté en octobre 2013, elle a connu une deuxième saison en janvier 2015, et une troisième fin août 2015. Heureusement, il y a les rediffusions d’été ! Et la providence a fait que je puisse rencontrer ces belles dames du temps jadis que furent les reines, les maîtresses, les favorites, les gourgandines et autres égéries (il y a 24 portraits en tout).
Quel bonheur ! J’ai rarement autant été emballé. Tout m’a plu, tout me plaît dans cette émission.


D’abord sa conception, en forme de magazine compartimenté en différents chapitres : santé, beauté-mode, scandales, cuisine, vie quotidienne… Chacun des intervenants (Stéphane Clerget, Carole Coagsaliou, Marc Fourny, Serge Alzérat, Elisabeth de Feydeau) est brillant, mêlant avec brio un immense savoir historique et un goût malicieux pour les anecdotes croustillantes. Sur le plan documentaire, même si l’on est féru d’Histoire, on en apprend beaucoup tant ces portraits sont fouillés et complets. Il est vrai que lorsqu’on s’aventure sous les jupons, on accède à l’intime… Ensuite, il y a le ton : informatif sans être didactique, moderne sans être branché et, surtout, grâce à la présence truculente de Christine Bravo, systématiquement placé sous le signe de l’humour. Apprendre en s’amusant, il n’y a rien de plus efficace et jouissif… Enfin, il y a la mise en page, les décors, les illustrations et les animations. C’est d’une formidable drôlerie.



Bref, je suis totalement accro à cette remarquable émission. Elle ne peut que plaire à tout le monde. Je sais qu’en me fendant de ce petit papier, je fais vraiment œuvre utile. Ce serait tellement bien qu’une grande chaîne en rachète les droits à Chérie 25. Une telle émission ne peut rester confidentielle. Regardez-la, enregistrez-la, mais ne passez surtout pas à côté. Plaisir garanti !