mercredi 11 février 2009

César, Fanny, Marius


Théâtre Antoine
14, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 42 08 77 71
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Une pièce d'après l'oeuvre de Marcel Pagnol
Adaptée et mise en scène par Francis Huster
Décors de Thierry Flamand
Avec Jacques Weber (César), Francis Huster (Panisse), Hafsia Herzi (Fanny), Stanley Weber (Marius), Urbain Cancelier (Escartefigue), Charlotte Kady (Honorine), Eric Laugérias (Monsieur Brun)...

Ma note : 7,5/10

L'histoire : L'histoire d'amour légendaire des Roméo et Juliette de Marseille : la belle Fanny, la fille d'Honorine, la marchande de poissons du vieux port, et du beau Marius, le fils de César, le cafetier du Bar de la Marine, que la vie va séparer alors qu'il s'aiment à la folie et qu'un enfant va naître.
Marius ne songe qu'à la mer et aux îles lointaines, et Fanny, acceptant de le laisser partir, se sacrifie en épousant Panisse, le riche maître voilier du port, pour sauver l'honneur de la famille et donner un nom à l'enfant...

Mon avis : Recréer la fameuse trilogie de Marcel Pagnol, le pari était sacrément gonflé ! Et pourtant, Francis Huster a complètement réussi cet incroyable challenge. Pendant trois heures, on se régale. On s'amuse, on rit, on s'attendrit, on s'émeut...

On vit.Dès la première image, sur un air de tango joué à l'accordéon, on est transporté à Marseille, sur le vieux port, avec Notre-Dame de la Garde en toile de fond. Il faut en effet souligner le réalisme et la magistrale beauté des décors. On entre de plain-pied dans le Bar de la Marine, on fait partie des clients ; des clients dont certaines silhouettes nous sont immédiatement familières. Avant même qu'ils soient interpellés, on reconnaît Félix Escartefigue, le sympathique capitaine rondouillard du "ferry-boate" ; on reconnaît monsieur Brun, le Lyonnais, tiré à quatre épingles ; on reconnaît Fanny, ardente et pétillante ; et on reconnaît Marius, beau ténébreux au tempérament quelque peu rêveur... L'accent y est, le pastis aussi, nous sommes en plein dans l'imagerie pagnolesque. Pas une fausse note !

Et puis, après s'être fait un temps désirer, apparaît César... C'est qu'on l'attend au tournant Jacques Weber. Comment va-t-il réussir à se glisser dans le tablier bleu du bistrotier étrenné par l'immense Raimu ? Et bien, en dix minutes, il nous le fait oublier. On ne voit plus, on n'entend plus que Jacques Weber ! Il se livre à un véritable festival : truculent, matois, émouvant, hâbleur... Avec une faconde toute méridionale, il prend possession de tout l'espace.Autour de lui, chacun profitant de cette "énaurme" présence, de cette générosité communicatrice, est aspiré vers le meilleur. Francis Huster nous donne la sensation d'avoir réussi à s'entourer d'une authentique troupe de théâtre tant ça fonctionne bien.Le casting est parfait !
Hafsia Herzi (originaire de Manosque, César du Meilleur espoir féminin pour sa prestation dans La graine et le mulet) efface sans aucune peine l'image d'Orane Demazis qui, il est vrai, était une actrice plutôt approximative, avec son jeu pas très naturel et son timbre de voix énervant. Hafsia campe une Fanny débordante de jeunesse et de vitalité. Un vrai tempérament.
Urbain Cancelier EST Escartefigue. Il nous offre, sans en rajouter, une prestation haute en couleurs, rigolarde, pleine de bonhommie. Il irradie littéralement. C'est le brave homme dans toute sa cordialité.
Eric Laugérias a su adopter le profil sérieux, limite affecté et pincé de monsieur Brun, cet "estranger" venu du Nord. Son désir de se faire adopter est si évident, qu'il en est touchant. On voit bien qu'il n'est pas dupe, mais il joue le jeu, ce qui le rend d'autant plus sympathique. Il est un excellent contrepoint à Urbain Cancelier.   
Charlotte Kady est également une des bonnes surprises de cette distribution. Là où on attendait une grosse marchande de poisson, elle apporte une réelle féminité à Honorine. Elle s'en tire remarquablement bien avec un rôle qui n'est pas des plus faciles car elle passe par tellement de sentiments qu'il faut une expérience solide pour les extérioriser avec un tel brio.
Stanley Weber, naturellement séduisant, se débrouille avec habileté de toutes les contradictions de Marius. Son envie d'embarquer et de connaître les îles du bout du monde est si forte qu'elle le rend parfois mélancolique, voire taciturne. En même temps, il est partagé avec l'amour sincère qu'il porte à Fanny. Il joue d'ailleurs à merveille la jalousie qu'il éprouve à l'encontre de Panisse. De même qu'il se révèle véritablement émouvant dans ses scènes de tendresse avec César. C'est un très bon Marius.
Et puis il y a Francis Huster. Un Francis Huster qu'il faut saluer chapeau bas pour la qualité de sa mise en scène. Mais également un Francis Huster dont le choix de jeu pour interpréter Panisse m'a laissé quelque peu décontenancé. Pourquoi en a-t-il fait un personnage aussi agressif, soupe au lait, prompt à s'emporter ? Pourtant, dans mes souvenirs, Panisse était quelqu'un de foncièrement conciliant et gentil. Dans la première partie, Francis nous le rend presque antipathique. Il y a sans doute une raison à cela, une autre lecture. Heureusement, dans le milieu de la deuxième partie, il réussit à se montrer humain et touchant. C'est le seul hiatus que je formulerais sur l'adaptation de cette pièce avec, aussi, quelques petites longueurs en tout début.

Revenon un instant sur la qualité des décors. Pour la nous sortons du Bar de la Marine pour nous retrouver en terrasse, au grand soleil. Sur le quai tout proche, les gréements d'un voilier envahissent un coin de ciel bleu... Un peu plus tard, le bateau ayant pris le large, on distingue l'escarpement du château d'If. C'est absolument superbe !

Evidemment, dans cette version, nous retrouvons quelques scènes mythiques de la trilogie. Nous les attendons. On se surprend à anticiper sur des répliques que l'on connaît quasiment par coeur. C'est vraiment jubilatoire que de les guetter et d'en goûter tout le suc quand elles surviennent. Il y a de très grands moments de comédie, des scènes où l'émotion nous étreint. Et, bien sûr, on rit souvent.
En conclusion, Francis Huster peut être fier de son travail. Il a su restituer la profonde humanité qui se dégage de cette histoire.  
Et puis il y a Jacques Weber... Epoustouflant, au faîte de son art, énorme de présence. Il sait tout faire, tout jouer, il est tout simplement fa-bu-leux !

1 commentaire:

Nicolas a dit…

Merci pour ta critique très complète ! J'en parle aussi chez moi : http://dupanache.over-blog.org/article-28156145.html