mercredi 30 septembre 2009

Boire, fumer et conduire vite


La Grande Comédie
40, rue de Clichy
75009 Paris
Tel : 01 48 74 03 65
Métro : Trinité / Place de Clichy

Une pièce de Philippe Lellouche
Mise en scène par Marion Sarraut
Avec Vanessa Demouy (l’avocate), David Brécourt (Marc), Philippe Lellouche (Simon), Christian Vadim (Greg)

Ma note : 8/10

L’histoire : Le soir du réveillon de Nouvel An, trois individus se retrouvent, bien malgré eux, en salle de garde à vue dans un commissariat parisien : l’un parce qu’il a trop bu, l’autre parce qu’il a fumé dans un lieu strictement interdit, et le troisième parce qu’il a fait un excès de vitesse. Une avocate, commise d’office en ce soir du 31 décembre, va tenter de défendre leur cause…

Mon avis : Ne croyez surtout pas que je sois un bon client, un gentil garçon enclin à la complaisance, voire au copinage… Quand j’ai entrepris de tenir ce Blog, je me suis engagé à être le plus objectif possible, à être honnête et à TOUJOURS essayer de retranscrire mon ressenti à la découverte d’un spectacle… Même si cela me vaut parfois quelques reproches véhéments de la part de producteurs ou d’attachés de presse qui, je le comprends, défendent âprement leur œuvre (Rabbi Jacob m’ayant valu entre autres les plus violentes récriminations).
Ce court préambule pour vous expliquer que je ne vais tout de même pas me plaindre parce que j’ai la chance d’assister à d’excellentes pièces. Et Boire, fumer et conduire vite est, ô combien, de celles-là !
Respectant la formule qui dit que l’on ne change pas une équipe qui gagne, c’est avec le plus grand bonheur que l’on retrouve le quatuor du Jeu de la vérité : Vanessa Demouy, David Brécourt, Philippe Lellouche et Christian Vadim dans cette nouvelle pièce écrite par Philippe Lellouche… On peut affirmer haut et fort que la génération des personnes nées au milieu des années 60 et début 70 possède désormais son auteur. Philippe Lellouche est leur « quadramaturge ». Il n’a pas son pareil pour dresser l’état des lieux de ces rejetons dont les parents ont fait 1968. Mais revenons à la pièce…

Dans le décor ultra minimaliste d’une salle de garde à vue – des murs insipides et trois bancs – avec comme seule communication vers l’extérieur un petit guichet commandé par un cerbère à l’accent rocailleux, est propulsé un homme élégamment vêtu (costume sombre et chemise blanche). On s’aperçoit tout de suite qu’il est passablement aviné. Il a à peine le temps de prendre ses repères qu’un deuxième « invité », très bien sapé lui aussi, vient tout aussi brutalement lui tenir compagnie. Ils commencent à faire connaissance quand un troisième « criminel », porteur de la même panoplie endimanchée, les rejoint de force… S’ils sont ainsi sur le trente-et-un, c’est parce que nous sommes justement le 31… décembre, à quelques heures du réveillon. Evidemment, solidarité d’emprisonnés oblige, ils ne tardent pas à se confier les uns aux autres. Le premier locataire, Greg, s’est fait arrêter en raison de son état d’ébriété très avancé ; le deuxième, Marc, pour avoir fumé dans un endroit public ; et le troisième, Simon, pour avoir roulé à 58 km/h au lieu de 50 sur le boulevard des Maréchaux… Des délits somme toute assez bénins, mais qu’ils ont tous trois considérablement aggravé en se rebellant très vertement face aux forces de l’ordre. D’où leur mise en garde à vue.

Nos trois détenus, qui se considèrent comme des victimes, se mettent à déblatérer le système, puis à élargir leur analyse sur l’état actuel de notre monde. Et là tout y passe, principalement la pensée universelle, la frilosité ambiante, la recrudescence des interdits, la suprématie du politiquement correct, bref, ils déplorent, chacun à sa façon et avec son tempérament, les dérives d’une société de plus en plus liberticide. Au milieu de quelques poncifs et de constatations imparables, leurs propos reviennent régulièrement sur les relations hommes/femmes avec, bien sûr, une misogynie de bon aloi…
Ils en sont là quand leur garde-chiourme leur annonce l’arrivée d’une avocate commise d’office. Lorsque celle-ci fait son entrée, superbement vêtue d’une robe de soirée soulignant ses formes généreuses de façon fort seyante, c’est la métamorphose immédiate. Le cochon qui sommeille se réveille, fouetté dans sa libido et on assiste au spectacle comico-pathétique de trois bourdons voletant et vrombissant autour de la même fleur. C’est le premier rebond de la pièce (et il y en aura d’autres). Tout en cherchant à les rassurer, elle leur explique pourquoi ils se sont mis bêtement hors la loi. Plus elle prône le droit, plus ils se complaisent dans leur révolte. Si bien qu’elle les traite carrément de « rebellocrates », un trait de caractère plutôt récurrent dans cette génération marquée par la perte des idéaux. Mais en fait, elle a affaire à trois enfants, à trois sales gosses, trois garnements candides, fragiles et attachants, à la mauvaise foi chroniquement systématique. Des mecs, quoi !
Je ne vous en raconterai pas plus parce que, à l’instar de nos trois repris de justice, vous n’êtes pas au bout de vos peines…

Après deux Jeu de la vérité interprétés ensemble, la complicité entre les quatre comédiens n’est plus à vanter. C’est un vrai délice de voir jouer les trois garçons. Chacun a un personnage bien tranché, au profil psychologique parfaitement établi. La pièce a été écrite d’une telle manière que, question de distribution, celui qui tire le plus son épingle du jeu, c’est Christian Vadim avec le rôle de Greg. Le fait qu’il interprète un mec bourré le rend sympathique. Il est dénué de toute agressivité, ses réflexions pleines de bon sens font mouche à tout coup, il est débordant de tendresse et de drôlerie, tout en ayant quelques éclairs de lucidité lorsqu’il s’agit de faire le point sur sa propre existence… David Brécourt, en séducteur invétéré, narcissique et égocentrique, paraît évidemment de prime abord moins sympa. Mais quand il laisse apparaître lui aussi ses failles, il gagne toute notre bienveillance… Quant à Philippe Lellouche, il excelle dans ces rôles de bon nounours un peu paumé, de rebelle à la petite semaine, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir quelques éclairs particulièrement confondants de justesse et de pratiquer de temps à autre un cynisme absolument réjouissant.
Et Vanessa, c’est Vanessa. Philippe Lellouche lui concocte à chaque fois de superbes compositions, bien positives, généreuses, tolérantes, attentionnées. Avec lui, la femme a toujours le beau rôle ! Comme dans Le jeu de la vérité, elle est le personnage qui fait exploser la pièce, qui l’emporte ailleurs, dans des contrées surprenantes et mystérieuses, qui lui donne une dimension quasi métaphysique et terriblement plus humaine.

Cette pièce, qui abonde en vérités en tous genres et qui, derrière un humour tendre et ravageur, véhicule une vraie morale, nous interpelle très souvent parce qu’elle nous confronte à notre propre réalité. Incroyable le nombre de choses qui sont dites qui nous font réfléchir. C’est là toute la réussite de cette pièce : on n’arrête pas de rire et, insidieusement, au fur et à mesure de son déroulement, on découvre qu’il y a vachement de fond. C’est le prototype de la comédie intelligente. Rien ne nous est imposé car chacun peut garder son libre arbitre. Il n’y a aucun parti pris, les deux plateaux de la balance du pour et du contre restent parfaitement équilibrés. Sauf dans un seul domaine… Mais je vous laisse l’opportunité de le découvrir et d’adhérer. Ou pas… La seule conclusion c’est que la vie est belle, qu’il faut s’efforcer de ne pas trop nous la pourrir et de jouir au maximum du (peu de) temps qui nous est imparti. Chapeau Monsieur Lellouche !

4 commentaires:

le comte de Fourques a dit…

Merci beaucoup pour cette critique élogieuse que je prend comme un encouragement( elle date un peu mais je ne la découvre que maintenant). Voici quelques liens qui vous permettrons si vous le souhaitez d'écouter mes dernières œuvrettes. A très bientôt j'espère.

http://www.myspace.com/lecomtedefourques

http://lecomtedefourques.free.fr/


http://lecomtedefourques.blogspot.com/

chel a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

ATTENTION CHANGEMENT DE THÉÂTRE

La troupe de BOIRE, FUMER ET CONDUIRE VITE joue actuellement au Théâtre du Gymnase et non plus au théâtre de la Grande Comédie.

Renseignements au 01 42 46 79 79 ou sur www.boirefumeretconduirevite.com

Anonyme a dit…

Lire le blog en entier, pretty good