vendredi 18 septembre 2009

Les hommes préfèrent mentir


Théâtre Saint-Georges
51, rue Saint-Georges
75009 Paris
Tel : 01 48 78 63 47
Métro : Saint-Georges

Une comédie d’Eric Assous
Mise en scène par Jean-Luc Moreau
Décor de Stéphanie Jarre
Avec François-Eric Gendron (Simon), Véronique Boulanger (Olivia), Cyrille Eldin (Sam), Juliette Meyniac (Aurélie), Manuel Gélin (Richard), Murielle Huet des Aunay (Madison), Mathilde Pénin (Anne-Catherine)

Ma note : 8/10

L’histoire : Cinq à dîner : un couple et trois célibataires, tous quadras. On est a priori entre bons amis et la soirée promet d’être joyeuse et détendue. Pourtant, l’arrivée d’un personnage imprévu va tout dérégler et faire apparaître des vérités qui dérangent et des personnages à la moralité boiteuse, pratiquant mensonges, coups bas et trahisons. Dès lors, le grand déballage est inévitable…

Mon avis : Cette pièce traite avec un humour teinté (très fortement teinté même) de férocité des quadras aux prises soit avec la vie de couple, soit avec leur solitude.
L’action se déroule dans un joli décor cossu comme sait si bien les transposer Stéphanie Jarre. Un décor, qui dans la deuxième partie de la pièce, va totalement se métamorphoser par la grâce d’un jeu de panneaux coulissants ou pivotants. Ce changement à vue s’intègre habilement dans l’action via un sympathique clin d’œil à Mary Poppins.
Dès le début, on sait où on en est : Simon, marié depuis huit ans avec Olivia, la trompe avec une certaine Anne-Catherine. Le grand soir est arrivé, poussé par sa maîtresse qui lui adresse une forme d’ultimatum, Simon va devoir annoncer à sa femme qu’il a décidé de la quitter. La démarche, déjà pas aisée pour un homme aussi courageux que lui, va être passablement compliquée par l’arrivée inopinée de trois convives à un dîner dont il avait oublié l’existence…
Et là on va assister à une succession de portraits tous plus acides les uns que les autres… mais tellement vrais ! Arrive Sam, homo refoulé, qui croit que son orientation sexuelle n’est connue que de ses deux amis mâles, Simon et Richard… Surgit Aurélie, une sorte de bimbo nunuche et évaporée qui noie sa solitude dans l’alcool… Et survient le troisième invité, Richard, play-boy m’as-tu-vu tendance macho… Mais, à la surprise générale, il n’est pas venu seul. Il est accompagné de Madison, une apprentie comédienne qu’il vient tout juste d’épouser à Las Vegas…
Pour Olivia, qui rêvait secrètement que son amie Aurélie reparte avec un des deux prétendants qu’elle voulait lui présenter, c’est la tuile ! L’un est gay, l’autre est un jeune marié…

Dans cette pièce dont l’action ne cesse d’aller crescendo une fois que les caractères de chacun des personnages aient été suffisamment dessinés, on rit du début à la fin. Certes, on rit aux dépens des sept protagonistes qui en prennent tous à un moment ou à un autre pour leur grade et pour leur dignité, mais au fond, on rit aussi de nous. Immanquablement, on se retrouve plus ou moins dans certaines attitudes. Cette pièce est un condensé de vie… C’est là qu’il faut encenser le casting car chaque comédien est si parfaitement en phase avec son personnage qu’on en arrive à oublier qu’ils jouent la comédie.
François-Eric Gendron, en champion toutes catégories de la mauvaise foi, est le pivot de l’histoire. Il faut voir avec quel cynisme il ne cesse de saisir la moindre opportunité pour dénigrer la vie de couple. C’est lui qui personnifie le titre de la pièce : Les hommes préfèrent mentir. Pourtant, pour ce qui le concerne, cette assertion n’est pas tout-à-fait exacte. Il ne « préfère » pas mentir, il ment parce qu’il ne sait pas faire autrement. C’est chronique chez lui. C’est le champion de l’esquive, un parangon de lâcheté masculine… La seule fois où il énonce une vérité, quand il s’écrie : « S’engager ! Il n’y a rien de pire pour un homme que de s’engager. » Avec une telle déclaration, la messe est dite. C’est tout le sujet de la pièce. Malgré tout, à la fin de la pièce, en dépit de ses nombreuses turpitudes, on en viendrait presque à le prendre pitié.
La mécanique est tellement bien huilée et les rôles si bien distribués, que l’on dirait avoir affaire à une troupe. Véronique Boulanger, pour ceux qui la découvriraient, possède une façon d’être et un ton impayables. Elle joue à la femme trompée avec un pragmatisme déroutant. Elle ne perd jamais le contrôle d’elle-même. Et sa métamorphose en d’épouse aimable et compréhensive, en adversaire impitoyable sans jamais se départir de son calme, y compris dans les affrontements directs avec sa rivale, est un modèle du genre. Elle est tout simplement remarquable dans ce registre…
Cyrille Eldin joue son rôle de Sam, l’homo, avec beaucoup de délicatesse. Il ne force jamais le trait. Gauche et maladroit à son entrée en scène, il révèle au fur et à mesure de l’intrigue un véritable tempérament. Subtil dans la moindre mimique et la moindre posture, il déploie sans en avoir l’air un éventail de jeu très étendu.
Quant à Juliette Meyniac, on peut dire qu’à son arrivée, le rythme de la pièce monte d’un cran. D’une formidable drôlerie, elle apporte un véritable vent de folie. Elle est la reine de la gaffe, des gaffes qui, l’alcool aidant, deviennent d’autant plus fréquente. C’est une vraie nature et, en marge de sa puissance comique, sa disette amoureuse nous la rend bien attachante.
Manuel Gélin, dans le rôle de Richard, c’est l’anti-Sam. Totalement extraverti, sûr le lui et de son pouvoir de séduction, il n’a aucune complaisance. C’est le roi de la mise en boîte et de la phrase équivoque pour déstabiliser titiller sa cible, surtout lorsqu’il s’agit de Sam. Son assurance, son agressivité et son sans-gêne ne le rendent pas des plus sympathiques. Mais comme c’est joué sans aucune exagération, on ne peut pas le détester. D’autant qu’à la fin…
Murielle Huet des Aunay, l’adolescente de Chat et souris, a bien grandi. Elle est devenue une charmante jeune femme terriblement sexy. Parfaite pour le rôle de Madison, une fille à papa à la beauté froide, peu pourvue d’aménité, snob et superficielle. Elle est l’antithèse d’Aurélie.
Et enfin, Mathilde Pénin, qui hérite là d’un de ses meilleurs rôles. Elle est Anne-Catherine, le détonateur, celle par qui la tempête arrive. C’est la femme-femme. Elle sait ce qu’elle veut, elle l’exprime avec un franc-parler qui décoiffe. Les quelques scènes qu’elle a avec sa rivale, Olivia, sont particulièrement juteuses.

Les hommes préfèrent mentir est une comédie totalement réussie, tant dans son intrigue que dans ses dialogues, particulièrement vifs et délicieusement vachards, servie par une brochette de comédiens impeccables. Donc, mention particulière à son auteur, Eric Assous, qui nous a concocté une histoire très actuelle, riche en rebondissements et en phrases percutantes, jamais vulgaire et qui se permet au contraire, de nous glisser au passage quelques vérités qui donnent à réfléchir sur des thèmes essentiels à notre société : le couple, la solitude, l’homosexualité, l’adoption, l’alcool, le poids des médias (télévision, littérature). Les hommes préfèrent mentir est appelée à être un des grands succès théâtraux de cette fin d’année. Personnellement, je ne vous mentirai point en affirmant que, tout au long, j’ai bu du petit lait (avec un peu de vitriol dedans !)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Complètement d'accord avec cette crtitique.Excellente pièce, pleine de rebondissemnts, magnifiquement interprétée. Quel plaisir de voir de tels acteurs, tous excellents.Un plus pour Gendron et Pénin, mais c'est subjectif.
A voir.

Anonyme a dit…

Excellente pièce.
Superbement interprétée par des acteurs subliment.
Rire garanti tout au long de la pièce. Merci à vous tous

om@, free as a bear a dit…

Vu samedi soir cette pièce. Explosif, au vitriol parfois, très drôle souvent, une excellente soirée !