Théâtre du Petit Hébertot
78bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
Tel : 01 42 93 13 04
Métro : Villiers / Rome
Texte écrit et interprété par Aurore Auteuil
Mis en scène par Ladislas Chollat
Chorégraphie de Lionel Desruelles
Lumière d’Alban Sauvé
Vidéo de Natalie Cabrol
Graphisme d’Emilie Chollat
Présentation :
C’est l’histoire d’une rencontre. La rencontre de deux jeunes gens. Un garçon
de café, qui s’appelle Jérémy, et une fille qui vient de loi, qui s’appelle
Sahar.
Jérémy traîne les valises de son enfance, de son passé, comme
des boulets aux pieds dont il n’arrive pas à se débarrasser… Et, il tombe
amoureux d’une fille. Cette fille-là, elle n’est pas vraiment jolie, mais elle
a des choses à dire. Des choses à Lui dire. Cette fille-là, elle a posé sur lui
des yeux e tendresse : elle ne le voit pas, elle le regarde. Et c’est sa
première fille à Lui. C’est la première fois qu’il existe vraiment pour
quelqu’un. Du coup, il ne veut plus la lâcher. Il se dit que c’est celle qu’il
lui faut. Il a 18 ans, et déjà plus rien à perdre. Alors, il décide d’essayer…
Mon avis :
Scotché ! Aurore Auteuil m’a littéralement scotché… Et à tout point de
vue.
Dans cette très agréable petite salle du théâtre Hébertot
qui plonge sur la scène, on ne peut jamais laisser notre attention se
distraire. On est tellement proche qu’on fait corps avec l’artiste. Il n’a pas
droit à la moindre erreur, on voit tout…
La première image nous emporte immédiatement. On n’a pas une
jeune femme devant nous, on découvre une sorte de petit loubard comme en voit
tant : bonnet vissé sur le crâne, pantalon informe de jogging, sweat à
capuche sans manches. Un mec. Un drôle de zigoto même. Un zigoto de 18 ans qui
va nous raconter en six chapitres quinze ans de sa vie… C’est Jérémy.
Le spectacle d’Aurore Auteuil est un one man show. Pendant plus d’une
heure, elle incarne Jérémy, avec sa façon saccadée de se mouvoir, sa diction
particulière, hachée, syncopée, la voix forte d’un qui a de toute évidence
toujours été obligé de crier pour essayer de se faire entendre… Jérémy se
raconte. Sans complaisance, sans faux-fuyant. Cash ! Pas marrante son
enfance à Villeneuve-sur-Lot. Un père qui boit et qui cogne. Dur. Alors, à 18
ans, c’est la fugue, la fuite vers Paris. Paris où aura lieu la rencontre avec
Sahar. La brutalité rencontre la douceur, le réalisme se teinte de poésie.
Il est interdit d’en dire plus sur cette histoire d’amour.
Le plaisir est trop grand de se laisser emporter par ce torrent tumultueux.
Aurore « Jérémy » Auteuil est fascinante. Elle a laissé toute
féminité au vestiaire (sauf lors des rares interventions où elle se mue en
Sahar). Elle n’est pas dans la séduction, elle est dans la conviction, dans un
lâcher prise abyssal. Elle nous entraîne effectivement dans les abîmes d’une
âme simple et torturée. Le manque d’amour de son enfance a fait de Jérémy un
être qui ne connaît que la violence ; la violence des mots et celle des
gestes. Quand il le perçoit, l’amour, ça le déstabilise tellement que, passé le
stade de l’émerveillement, il retombe dans ses travers ataviques. Pas normal qu’on
l’aime…
Les six chapitres de l’histoire de Sahar et Jérémy sont
composés de brèves saynètes, de courts tableaux. Des tableaux illustrés de
dessins qui se forment sous nos yeux enchantés. Le graphisme d’Emilie Chollat
et les projections vidéo de Natalie Cabrol apportent une superbe et lumineuse
note de poésie dans cette sombre tragédie humaine. L’alchimie est parfaite. Ces
moments de grâce nous aident à accepter ce que Jérémy nous impose. C’est comme
ces fleurs multicolores qui poussent de façon incongrue et surnaturelle le long
d’un chemin misérable.
Vous l’aurez compris, la performance scénique d’Aurore
Auteuil est impressionnante. Non seulement on a affaire à une sacrée comédienne
qui s’offre et se dépouille totalement, mais on découvre une étonnante auteure.
Son écriture, tout en langage parlé, est vive, moderne, colorée. Le texte de la
chanson Je bois – car elle chante et
elle danse aussi – est un petit bijou.
Comme toutes les personnes autour de moi, j’ai été happé par
la prestation d’Aurore Auteuil. On ne voit pas le temps passer. Sahar, ça arrache ! C’est un cri d’amour
qui retentit pendant une heure, un cri qui nous touche en plein cœur, qui nous
émeut, qui nous révolte, qui nous laisse impuissant sur notre fauteuil car on
se dit qu’il en existe plein des Jérémy comme celui-là. Des Jérémy qui ne
rencontrent pas toujours leur Sahar. Mais est-ce un bien pour elle ? A
vous d’aller voir comment ça se termine…
En tout cas, chapeau bas et total respect Mademoiselle
Auteuil !!! Vous m’avez pécho…
Gilbert "Critikator" Jouin
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