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Un film de Christine Carrière
D'après le livre de Jean Teulé
Avec Marina Foïs (Catherine/Darling), Guillaume Canet (Roméo), Océane Decaudain (Catherine petite), Anne Benoit (La mère), Marc Brunet (Le père), Chantal Clément (La boulangère)...
Sortie le 7 novembre 2007
Ma note : 7/10
Synopsis : Darling est une histoire vraie. C'est celle de Catherine,une fille de paysans bas-normands qui, lancée dans le broyeur de la vie, donne l'impression de toujours choisir la mauvaise direction. Enfant non désirée, détestée, elle se marginalise dans une forme de rébellion et d'indépendance entêtée. Elle se réfugie aussi dans le rêve. La route qui passe devant la ferme de ses parents est sans cesse parcourue par d'énormes camions. Du coup, la gamine fait une fixette sur les routiers. Son prince charmant ne pourra être autre chose qu'un chauffeur de poids lourd... Et son rêve se réalisera en la personne de Roméo ; avant de se transformer de nouveau en cauchemar. Mais c'est son destin. Elle l'accepte sans jamais s'apitoyer sur son (mauvais) sort.
Mon avis : Quelle histoire ! Darling, c'est la "dream victime"... Elle est programmée pour déguster. Souffre-douleur de ses parents qui ne la voulaient pas, elle grandit livrée à elle-même. Grassouillette et maussade, naîve et effrontée, inculte et déterminée, elle oscille sans cesse entre résignation et révolte. Dans son quotidien, il y a bien plus de bleus sur son corps que de bleu dans son ciel. Il y a une certitude en elle : elle ne sera pas paysanne comme ses parents, son destin c'est de partir le plus loin possible de cette basse-Normandie à bord d'un camion. Mais, pour l'instant, la tragédie ne cesse de ponctuer son enfance. C'est Maupassant + Zola. Son seul havre de quiétude et d'affection, c'est la boulangère. Elle aurait pu, avec un tout petit peu de chance, trouver son salut auprès de la seule personne qui sache lui apporter un peu d'attention, de respect et d'humanité. Mais la chance n'était pas inscrite dans ses gènes, il lui fallait d'abord ingurgiter son pain noir, affronter son chemin de croix...
Vous aurez vite compris que cette histoire vous tasse, accablé, dans votre fauteuil. Comment survivre à de telles atrocités, à de telles abominations, à autant d'injustices ? La bouffée d'oxygène de ce film qui pourrait être insupportable tant il est oppressant c'est la voix off. Les commentaires de Darling sur sa vie sont formulés avec un détachement total, comme si elle n'était que le témoin distancié de sa propre misère. Dans sa bouche, les coups, les catastrophes, la mort, sont banalisés. Même quand elle est confrontée au plus sordide, elle analyse les faits sur un ton quasi badin. C'est la magnifique trouvaille de ce film. Sinon, on ne tiendrait pas.
Et là, il faut saluer l'incroyable performance de Marina Foïs. Elle est aux antipodes de ce qu'elle nous avait montré jusqu'à présent avec les Robin des Bois. On avait pu entrevoir cette facette de son talent dans Filles perdues, cheveux gras, mais là, elle va au bout du bout. Elle n'en rajoute jamais, elle joue simple, nature. Sincèrement, une telle prestation lui vaudrait à coup sûr un Oscar aux Etats-Unis. En France, on ne sait jamais. Mais il est impensable que la critique ne salue pas sa bouleversante composition. On sait désormais qu'on peut tout lui faire jouer, que son registre est illimité.
Et puis on ne peut passer sous silence le jeu des autres comédiens, Guillaume Canet en tête. Il faut être gonflé et peu imbu de sa personne pour ternir ainsi son image, pour parvenir à se faire détester à ce point. Et malgré tout, grâce à la subtilité de son jeu, on arrive quand même à lui accorder quelques circonstances atténuantes.
Darling est un beau film, âpre et dur, pathétique et violent. Mais c'est aussi et surtout une incroyable leçon de résistance et de courage à la limite de l'héroïsme.
Chapeau et respect total, mademoiselle Marina Foïs !!!