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lundi 14 novembre 2016

Iris

Un film de Jalil Lespert
Scénario et adaptation de Jalil Lespert et Jérémie Guez

Avec Romain Duris (Max Lopez), Charlotte Le Bon (Claudia), Jalil Lespert (Antoine Doriot), Camille Cottin (Nathalie Vasseur), Adel Bencherif (Malek Ziani), Sophie Verbeeck (Nina Lopez)...

Sortie le 16 novembre 2016

L’histoire : Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux…

Mon avis : Après Yves Saint Laurent, Jalil Lespert reste dans le domaine de la haute couture mais, cette fois, dans le registre du thriller. Non seulement le scénario d’Iris, c’est du cousu main, mais il nous livre une marchandise de luxe au niveau de la photo, de la lumière et des décors, tous incroyablement léchés.


Iris, c’est surtout et avant tout une histoire. Une histoire qui nous prend aux tripes dès le début et qui ne nous lâche plus pendant 1 h 40. Climat angoissant, musique oppressante (elle contribue vraiment à rendre les sensations encore plus stressantes) et distribution impeccable… Le scénario, machiavélique à souhait, joue délicieusement avec nos nerfs. Lespert utilise très habilement le procédé du flashback pour nous permettre de revenir dans le bon chemin… avant de nous embarquer sur une nouvelle (fausse ?) piste. En clair, il nous balade tout le temps. Et c’est franchement très éprouvant.
C’est Hitchcock qui aurait réalisé un film sur un scénario bien tordu de Harlan Coben.


Ce film est d’une esthétique remarquable. La beauté des images va jusqu’à rendre le glauque sublime, à le magnifier. Il est vrai que l’on évolue dans un univers friqué dans lequel Antoine Doriot (Jalil Lespert), grand patron, est comme un poison dans l’eau. A travers lui, nous avons l’expression du pouvoir sulfureux de l’argent et du sexe, de l’argent sur le sexe…

Les acteurs sont véritablement épatants. Jalil Lespert campe un homme riche et puissant, habitué à ce qu’on lui obéisse. Apparemment, rien ni personne ne peut lui résister. C’est un animal à sang froid, un prédateur pragmatique et méprisant, un joueur d’échecs qui a toujours un coup d’avance sur ses éventuels adversaires. Malheur à qui veut l’affronter… Max Lopez (Romain Duris), est tout son contraire. C’est un besogneux, un revanchard à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Jouet d’une aventure qui le dépasse, il est d’abord comme un insecte pris dans une toile dont il ne soupçonne pas la dangerosité. Mais quand un homme comme lui, qui n’a pas grand-chose à perdre, se retrouve le dos au mur, il peut trouver des ressources inattendues… 


Quant à Charlotte Le Bon, avec le personnage de Claudia, elle a hérité d’un rôle aussi complexe que magnifique. Elle a, bien involontairement, l’art de semer le doute. Qui est-elle vraiment ? Manipulatrice ou victime ? Elle nous offre là une superbe composition. Fragile et forte, intense, la densité de son jeu lui fait franchir un palier. Elle n’est plus seulement une belle fille, elle devient sous la direction de Jalil Lespert un comédienne avec laquelle il va désormais falloir compter.
Il faut également mettre en exergue la prestation subtile de Camille Cottin en policière accrocheuse, un peu désabusée et fataliste, mais terriblement pugnace.


Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 15 mars 2016

Marseille

Un film de Kad Merad
Scénario et dialogues de Kad Merad, Patrick Bosso, Judith El Zein
Avec Kad Merad (Paolo), Patrick Bosso (Joseph), Venantino Venantini (Giovanni), Judith El Zein (Elena), Anne Charrier (Valérie), Julien Boisselier (Pierre), Louis-Do de Lencquesaing (Stéphane), Philippe Lefèbvre (Le directeur du CIC)…

Sortie le 16 mars

Synopsis : Devant l’insistance de son frère Joseph qu’il n’a pas revu depuis 25 ans, Paolo se résout à abandonner pendant quelques jours sa vie calme et harmonieuse au Canada, pour revenir à Marseille au chevet de leur père accidenté. Il part donc, accompagné de son fils, bien décidé à ne pas s’attarder dans cette ville qu’il a fuie, des années plus tôt, à la suite d’un drame.
Il n’imagine pas, alors, que l’affection de sa famille retrouvée, sa rencontre amoureuse avec une jeune femme et la solidarité joyeuse et simple des Marseillais le réconcilieront avec cette ville qu’il n’aurait jamais voulu quitter… Marseille.

Mon avis : Plutôt connu pour sa propension naturelle à la gaudriole et son goût immodéré pour jouer les pyromanes sur les plateaux de télévision, Kad Merad a su parfois nous démontrer qu’il avait aussi du cœur (Je vais bien, ne t’en fais pas, Monsieur Papa…). Avec Marseille, il est à fond dans ce registre.
Marseille est un film sensible, profondément humain. Plus qu’à la ville elle-même, c’est surtout à ses habitants qu’il veut rendre hommage. Certes, le décor, certains paysages soulignent la variété et la beauté de la cité phocéenne. Mais dans ce cadre privilégié vit une population à nulle autre pareille ; cosmopolite, hétéroclite, très haute en couleur(s). Ce sont ces gens là auxquels Kad Merad s’est attaché.

Son amour pour Marseille est dépeint de façon subtile. Au départ, comme il vient de quitter les grands espaces canadiens (les paysages sont superbement filmés), il ressent presque du mépris pour sa ville natale qu’il a quittée vingt-cinq ans plus tôt. Et, surtout, elle lui rappelle un trop mauvais souvenir. Si bien qu’il nourrit à son encontre un profond sentiment de rejet. Ce n’est que progressivement qu’il va (re)tomber sous le charme. Nous assistons à travers l’évolution de ses sentiments et sa prise de conscience à des retrouvailles amoureuses.

Personnellement, j’ai un peu mis de côté les inévitables (mais légitimes) clichés sur Marseille (les calanques, l’OM, les flamands rosespour ne me focaliser sur l’histoire et les gens qui l’illustrent et la font vivre. Ces gens, qui sont de toutes les origines, de toutes les couleurs, sont réunis autour d’une entité commune : l’accent… Sans accent, il n’y a pas de Marseillais. Et Patrick Bosso en est l’archétype… Formidable Bosso ! Sans qu’il s’en rende compte, il porte le film sur ses épaules. Tout simplement en étant lui-même, tel qu’il est au quotidien, humble, naturel, sensible et viscéralement hâbleur. Et puis il y a son fameux rire. Quel rire ! craquant, communicatif en diable. Il ne force jamais le trait. Que ce soit dans la rigolade ou dans l’émotion. Il apporte au personnage de Joseph cette profonde humanité que j’ai évoquée au début.


Les femmes ont, dans ce film, un rôle essentiel. Généreuses, altruistes, elles ont toujours en filigrane un petit côté mamma italienne. Anne Charrier et Judith El Zein sont réellement épatantes. Les deux gamins également ont un rôle essentiel. Celui de la transmission. Tout à fait naturellement, le petit Marseillais va contaminer le petit Canadien en un joli raccourci subliminal sur l’intégration.
Et puis, il y a Venantino Venantini. Kad Merad lui a confié un rôle pas vraiment facile, un rôle muet, mécanique, qui ne repose que sur d’infimes mimiques. Il est magistral en pépé flingué.
Kad, quant à lui, n’en rajoute jamais. Tout en sobriété, il est en permanence dans l’affectif. Ses silences, ses regards, ses actes, ses réactions, ne font que nous traduire l’état et l’évolution de ses sentiments. La tendresse est omniprésente dans ce film. Pas une tendresse gnangnan, doucereuse et acidulée, non, une tendresse palpable, positive, normale quoi. Cette tendresse qui nous porte vers les autres et nous amène à les aimer. Y compris avec leurs petits mensonges (n’est-ce pas Joseph ?) et leurs petits défauts.

Enfin, Marseille est également un film ancré dans la réalité sociale et humaine. Sans tomber dans le pathos ou l’exagération, on touche du doigt la dureté du travail sur les docks, sa pénibilité, sa dangerosité. Mais aussi la fraternité qui y règne et le recours systématique à la galéjade, même et surtout quand on a mal à son corps et dans son corps.

Bref, Marseille ne sera pas le film de l’année. Trop intimiste pour cela. Mais c’est un film qui fait du bien au cœur et à l’âme. C’était sans doute le but recherché par Kad Merad. Et bien, il l’a largement atteint.

mardi 5 mai 2015

Le Talent de mes amis

Réalisé par Alex Lutz
Ecrit par Alex Lutz avec la collaboration de Tom Dingler et Bruno Sanches
Musique de Vincent Blanchard et Romain Greffe
Avec Alex Lutz (Alexandre Ludon), Bruno Sanches (Jeff Cortes), Tom Dingler (Thibaut Redinger), Anne Marivin (Carole ), Audrey Lamy (Cécile), Julia Platon (Helen), Sylvie Testud (Stéphane Brunge) et avec la participation de Jeanne Moreau…

Sortie le 6 mai 2015

Synopsis : Alex et Jeff, collègues de bureau dans une multinationale, sont aussi les meilleurs amis du monde depuis le lycée. Avec leurs femmes respectives, ils forment ensemble presque une famille qui se fraye un chemin dans la vie, tranquillement, doucement, sans grande ambition. Pourtant, l’arrivée de Thibaut, conférencier et spécialiste en développement personnel, ne va pas tarder à mettre à mal leur équilibre pépère. Et pour cause, Thibaut est un ami d’enfance d’Alex. A l’époque, ces deux là, super complexées et toujours mis à l’écart dans la cour de l’école, s’étaient promis de réussir leur vie, coûte que coûte. Aujourd’hui, le beau et brillant Thibaut semble avoir tenu sa promesse. Il pousse Alex à réaliser ses rêves au risque de perdre l’amitié de Jeff…

Mon avis : Fan de la première heure d’Alex Lutz, j’étais sincèrement avide de découvrir de quelle manière il allait projeter son univers déjanté sur grand écran, un exercice qui n’a rien à voir avec le seul en scène.
Et bien, je dois avouer qu’il m’a fait très peur l’Alex. Les vingt premières minutes de son film me voyaient m’agiter sur mon siège avec une envie grandissante de quitter la salle. Les regards inquiets que j’échangeais avec ma voisine ne faisaient que confirmer mon malaise… Je comprenais parfaitement que cette introduction avait pour utilité de nous faire faire connaissance avec les sept principaux protagonistes de l’histoire, mais c’était trop gentillet, trop superficiel et, surtout d’un humour trop potache. Nous sommes confrontés à des grands gamins immatures qui subissent avec insouciance toutes les nuisances du quotidien, de la routine et le stress de la vie parisienne. Alex et Jeff sont sympathiques, leurs compagnes sont très complices avec eux, mais tout cela manque de consistance. Nous sommes dans l’écume et les blagounettes peinent à nous étirer un léger sourire. On commence à se dire que le costume de réalisateur est encore un peu trop large pour le sieur Lutz.


Et puis, soudain, un deuxième film commence à prendre forme. On se recale dans le fauteuil et notre intérêt pour la suite de l’histoire ne fait que croître. En fait, débarrassés de toutes les scories liminaires, les personnages prennent peu à peu de l’épaisseur et le film son essor… Enfin, Fiat Lutz !
Pour faire simple, Alex se révèle bien meilleur lorsqu’il s’agit de faire sourdre l’émotion. Les comédiens dévoilent une toute autre palette de jeu. On prend dès lors part à leurs malheurs, à leurs affres, à leur fragilité. On est vraiment touché car, alors seulement, ils deviennent comme nous. Ils n’ont plus des comportements de sales gosses irresponsables, mais ils sont confrontés à de vrais problèmes existentiels.


J’ai donc vu deux films en un. Heureusement, la meilleure partie dure plus longtemps que la plus inconsistante, si bien que l’on quitte la salle avec un bilan dans l’ensemble positif. Le charme du Talent de mes amis, c’est qu’il concentre toutes les faiblesses d’un  premier film. Il est si plein de naïveté qu’on ne peut que se montrer indulgent.
Et puis, surtout, il est réellement sauvé par la qualité des comédiens. Ils sont tous vraiment bons. J’avais vu plusieurs fois Alex Lutz sur scène, j’avais découvert et apprécié Bruno Sanches au théâtre dans André le Magnifique, Dernier coup de ciseaux et Ladies Night et je suis régulièrement leur ineffable duo de Catherine et Liliane, ils m’ont aisément confirmé tout le bien que je pensais d’eux. En revanche, la belle surprise est venue de Tom Dingler, vraiment épatant dans le rôle complexe de Thibaut. Il est aussi performant en coach gommeux et arriviste qu’en pauvre type redevenu humain lorsque les aléas du sort l’obligent à se débarrasser de son vernis.
Anne Marivin, formidable dans son long monologue, Audrey Lamy excellent de bout en bout et Sylvie Testud qui prouve qu’elle peut se permettre quelques incursions dans la loufoquerie et le second degré, sont toutes trois impeccable. Et puis, il faut souligner l’exquise qualité et la justesse du jeu de Jeanne Moreau dont les deux apparitions sont absolument marquées du sceau de la grande classe. Bonjour l’émotion.


En conclusion, lorsqu’on a franchi le cat des vingt premières minutes, Le Talent de mes amis, est un film qui se laisse regarder sans déplaisir parce qu’il est servi par de délicieux comédiens. Le paradoxe que l’on peut en tirer c’est qu’Alex Lutz s’avère meilleur dans l’émotion que dans l’humour pur. Je suis convaincu que, fort de cette première expérience, lorsqu’il n’aura plus ce désir ardent de tout mettre dans un film, donc trop, il va être bien plus efficace. Je prends le pari…

mardi 21 janvier 2014

Le Jeu de la Vérité


Comédie réalisée par François Desagnat
D’après la pièce de Philippe Lellouche
Scénario et dialogues de Philippe Lellouche
Musique d’Alexandre Azaria
Avec Vanessa Demouy (Margaux), David Brécourt (Fabrice), Philippe Lellouche (Jules), Christian Vadim (Pascal)

Sortie le 22 janvier

Synopsis : Au cours d’un de leurs habituels dîners hebdomadaires, trois quadras vont retrouver Margaux, leur coup de cœur d’ados. Mais la surprise que leur réserve l’ancienne « bombe du lycée » va bouleverser le cours de la soirée…

Mon avis : Si vous avez aimé la pièce, vous adorerez le film… Si vous n’avez pas vu la pièce, vous adorerez le film.
Philippe Lellouche n’a pas son pareil pour raconter des histoires de quadras. Son postulat est tout simple : trois amis, inséparables depuis l’enfance, vont brutalement se retrouver mis en présence de leur fantasme de jeunesse, Margaux, « la bombe du lycée ». Leur amitié inoxydable va-t-elle tenir au cours de ce concours de séduction dans lequel ils décident de s’affronter ?


Comme la pièce, le film est quasiment un huis-clos. L’essentiel de l’action se passe dans le loft de Jules. Seul le générique de début nous permet de faire connaissance des trois garçons et de les voir évoluer dans leur milieu professionnel. Ce qui nous livre déjà quelques informations quant à leurs caractères…
La qualité de l’écriture lellouchienne réside dans sa capacité à dessiner les profils psychologiques de ses interprètes. Il connaît bien la gent masculine, le bougre ! Les trois héros ( ?) sont dans des situations déjà différentes : Jules est un célibataire pur et dur doublé d’un coureur invétéré ; Pascal est fraîchement divorcé. Encore fragile, il ne sait pas comment gérer sa toute nouvelle liberté ; Fabrice est marié depuis seize ans, père de deux enfants, et il commence à sentir sa libido exacerbée par une jolie collègue…
Se connaissant par cœur, sachant où distiller le poil à gratter par rapport les uns aux autres, ils n’arrêtent pas de se vanner. Ce sont trois grands gamins. L’irruption de Margaux dans leur vie et ce foutu Jeu de la Vérité auquel ils vont se livrer va servir de révélateur. D’autant que la jeune femme porte sur eux un regard d’une acuité redoutable. Elle les pousse à être enfin eux-mêmes, à gommer peu à peu leurs côtés matamores et puérils. Jusqu’au bout, si on n’a pas vu la pièce, on se demande comment tout cela va bien pouvoir se terminer.


L’énorme avantage du film, ce sont les gros plans. Le moindre regard, la moindre mimique, sont décelées. Pas possible de se laisser aller. Et là, on peut dire que les quatre comédiens, qui connaissent bien sûr leur partition jusqu’au bout des doigts, la jouent à la perfection. La Vérité est aussi dans cette interprétation pleine de subtilité. On n’est jamais dans la caricature, même si la plupart des situations sont amenées de façon à nous faire rire ou sourire. Et puis, avec les gros plans, l’émotion est beaucoup plus palpable. A plusieurs reprises, on ne peut empêcher de délicieux picotis venir nous titiller le coin de l’œil.


Le Jeu de la Vérité est une bonne comédie moderne qui n’a de prétention que de nous amuser, nous attendrir et aussi de nous faire réfléchir car elle nous renvoie à toutes nos faiblesses autant qu’à nos plus belles qualités humaines. C’est avant tout une belle histoire d’amitié, une histoire universelle qui peut toucher le plus grand nombre.

lundi 3 décembre 2012

Mais qui a re-tué Pamela Rose ?


Un film réalisé par Kad Merad et Olivier Baroux
Scénario de Kad Merad, Olivier Baroux et Julien Rappeneau
Avec Kad Merad (Richard Bullit), Olivier Baroux (Douglas Riper), Audrey Fleurot (La Présidente), Laurent Lafitte (Perkins), Omar Sy (Mosby), Guy Lecluyse (Kowachek), Philippe Lefèbvre (le Commandant de bord), Laurence Arné (Linda), Xavier Letourneur (Donuts), François Morel, Patrick Bosso, Alain Doutey…
Durée : 1 h 30.
Sortie le 5 décembre 2012

Synopsis : Quand il reçoit un appel du shérif de Bornsville lui annonçant que le cercueil de Pamela Rose a été volé, l’agent Douglas Riper voit là une occasion de renouer les liens avec son ancien coéquipier Richard Bullit, un ex-ami avec lequel il est brouillé depuis des années suite à une fâcheuse histoire de femme et de Fuego… Les deux anciennes gloires du FBI, devenus des purs has been, se retrouvent donc pour enquêter sur cette profanation, sans savoir qu’ils sont en réalité attirés dans un piège par un homme qui leur en veut beaucoup. Sans se douter non plus qu’ils seront bientôt les seuls à être au courant que la présidente des Etats-Unis of America est sur le point d’être assassinée. Rien que ça…

Mon avis : Neuf ans après sa brutale disparition, Pamela Rose est exhumée par ses deux géniteurs. La profanation de sa tombe est le prétexte d’une nouvelle aventure pour les deux agents fédéraux Bullit et Riper… Mais, presque dix ans plus tard, les deux hommes sont passablement dégradés. Riper, toujours employé au FBI, mais lamentablement placardisé, s’est considérablement empâté. Mais il brûle toujours d’un feu intérieur et rêve de reprendre du service. Quant à Bullit, il s’est réfugié dans la musique country dans une petite bourgade où il est entouré de toute la sollicitude des habitants. La « résurrection » de Pamela va leur permettre, et de se réconcilier, et d’avoir l’opportunité de devenir les sauveurs du monde. Des héros, quoi !

Je n’irai pas par quatre chemins : je suis complètement fan de l’univers cinématographique de Kad et Olivier. J’aime leur humour potache, décalé, loufoque, mélange réussi de gaudriole franchouillarde et de dérision british… Ce qui est bien, c’est qu’ils nous pondent à chaque fois un film avec une vraie histoire. Il y a en effet une colonne vertébrale très écrite sur laquelle viennent se greffer une multitude de petites côtes flottantes uniquement destinées à nous faire marrer.
L-histoire d’abord. Elle tient parfaitement la route. C’est un authentique thriller à l’américaine. D’autant plus à l’américaine qu’il concerne la présidente des Etats-Unis elle-même. Le décorum est en place. Et ça fait cossu. C’est bien filmé, il y a de beaux costumes et de belles coiffures (le plus gros du budget a dû être destiné aux capilliculteurs…). Il n’y a aucun complexe à avoir face aux grosses productions. La dramaturgie, bien construite, va crescendo. C’est du vrai cinéma. C’est truffé de clins d’œil, de références, de détournements…
C’est un blockbuster… Keaton. Difficile d’être plus farfelus que ces deux zigotos. Ils cultivent habilement toutes les formes d’humour. Il y a autant de blagues bien lourdes que de facéties finaudes. Je pense que cette répartition est voulue pour pouvoir toucher le plus large public, les amateurs de premier degré comme les friands de second degré. Et puis je pense aussi que ça les amuse surtout eux d’abord. Il est évident que le plaisir qu’ils prennent à leurs sornettes est communicatif.
Déjà, il ne faut pas arriver en retard à la projection, ni quitter la salle trop tôt ; car il ne faut manquer ni le générique de début ni le bêtiser offert en guise de bonus. Ensuite, il n’y a plus qu’à se laisser porter par nos deux énergumènes. Il ne faut pas chercher à finasser. On rit tout le temps comme des gamins et, franchement, ça fait du bien.

Les acteurs. Kad Merad et Olivier Baroux. Leur tandem est parfaitement rôdé. Chacun possède son cahier des charges et s’y tient scrupuleusement. Kad, c’est l’Auguste, prompt à toutes les bouffonneries, Olivier, c’est le clown blanc qui ne se départ pratiquement jamais de son sérieux. C’est une des raisons pour lesquelles leur duo fonctionne aussi bien. Ils ne se marchent jamais sur les pieds… Et, une fois encore ils ont su s’entourer.
Audrey Fleurot, qui est devenue en quelques films et séries une de nos actrices de tout premier plan, accomplit une fois de plus un sans faute. Elle est tout à fait crédible dans son rôle de présidente qui n’en est pas moins femme… Omar Sy ; de son côté, apparaît quasiment en contre-emploi. Il est digne, grave et professionnel comme sa fonction de garde du corps l’impose. Il ne rit jamais, sourit à peine. On a parfois du mal à croire que l’on a à l’écran le facétieux Omar. Ce qui prouve évidemment qu’il peut décidément tout jouer… Laurent Lafitte est comme un poisson dans l’eau dans ce registre décalé où il fait montre d’une belle autodérision. C’est un grand acteur de comédie… Et puis il y a Guy Lecluyse. Anthony Hopkins et Hannibal Lecter ont du souci à se faire tant le Guy est inquiétant et machiavélique, habité qu’il est par une haine et un esprit de revanche irrépressibles.

Il ne faut pas se tromper d’objectif. On va voir Mais qui a re-tué Pamela Rose ? avant tout pour se distraire, pour passer un bon moment de détente sans se prendre le chou et rire de bon cœur. Il y a bien sûr quelques imperfections et quelques facilités, mais on ne peut dénier à Kad et Olivier d’avoir fait un sacré bon boulot dans un genre des plus exigeants et les plus rigoureux, la comédie

lundi 15 octobre 2012

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté


Un film de Laurent Tirard
D’après l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo
Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron
Costumes de Pierre-Jean Larroque
Avec Gérard Depardieu (Obélix), Edouard Baer (Astérix), Guillaume Gallienne (Jolitorax), Vincent Lacoste (Goudurix), Valérie Lemercier (Miss Macintosh), Fabrice Luchini (Jules César), Catherine Deneuve (Reine Cordelia), Charlotte Le Bon (Ophélia), Bouli Lanners (Grossebaf), Dany Bonn (Têtedepiaf), Atmen Kélif (Pindépis), Jean Rochefort ‘Lucius Fouinus), Gérard Jugnot (Capitaine pirate)
Sortie le 17 octobre

Synopsis : 50 avant Jésus-Christ. César a soif de conquêtes. A la tête de ses glorieuses légions, il décide d’’envahir cette île située aux limites du monde connu, ce pays mystérieux appelé Britannia, la Bretagne.
La victoire est rapide et totale. Enfin… presque. Un petit village breton parvient à lui résister., mais ses forces faiblissent. Cordelia, la Reine des Bretons, décide donc d’envoyer son plus fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule, auprès d’un autre village, connu pour son opiniâtre résistance aux Romains…
Dans le village gaulois en question, Astérix et Obélix sont déjà bien occupés. Le chef leur a en effet confié son neveu Goudurix, une jeune tête à claques fraîchement débarquée de Lutèce. Ils sont censés en faire un homme. Mais c’est loin d’être gagné.
Quand Jolitorax arrive pour demander de l’aide, on décide de lui confier un tonneau de potion magique, et de la faire escorter par Astérix et Obélix, mais aussi Goudurix, car ce voyage semble une excellente occasion pour parfaire son éducation…

Mon avis : Ce quatrième opus des aventures d’Astérix, signé Laurent Tirard, est sans conteste le plus fidèle aux BD de Goscinny et Uderzo. Personnellement, je l’ai trouvé nettement supérieur à Astérix aux Jeux olympiques, mais en dessous du niveau atteint par le magistral Mission Cléopâtre.

Dans le désordre, voici ce que j’ai vraiment aimé :

Au niveau des comédiens
-          La prestation parfaite de Gérard Depardieu.
-          La facilité avec laquelle Edouard Baer s’est glissé dans les braies d’Astérix. Il apporte au personnage du petit Gaulois une forme de sagesse, une sérénité, un calme, un recul et un sens de la dérision qui lui vont très bien. Son timbre de voix, si personnel, est également un plus.
-          La finesse de jeu de Guillaume Gallienne.
-          Un Fabrice Luchini absolument impérial. Il en impose tout naturellement sans jamais en rajouter. Il est impeccable, même quand il y perd son latin…
-          La composition savoureuse de Valérie Lemercier.
-          La prestance tout-à-fait royale de la grande Catherine… Deneuve.
-          La fraîcheur et le charme de Charlotte Le Bon.

Au niveau de l’adaptation
-          La qualité des dialogues.
-          Le flegme tout britannique affiché par Guillaume Gallienne et Catherine Deneuve.
-          L’idée de traduire l’anglais de façon scrupuleusement littérale.
-          Les nombreux anachronismes placés à bon escient.
-          Les quelques clins d’œil à l’actualité (exemple : les sans-papyrus).
-          Le respect de l’antagonisme franco-anglais.
-          La scène d’anthologie qu’est la rencontre entre Astérix et Jules César. Le jeu très subtil des comédiens et la virtuosité de leur échange. C’est, pour moi, le grand moment du film.
-          L’introduction du thé en Grande-Bretagne.

Ce que j’ai moins apprécié :
-          Un manque de folie. Le film est trop maîtrisé. J’aurais aimé que Laurent Tirard soit un peu plus audacieux et lâche les chevaux.
-          J’ai mis un temps fou à reconnaître Dany Boon, lequel nous livre, à mon goût, une prestation en demi-teinte.
-          Il y a deux-trois scènes un peu inutiles, longuettes ou superfétatoires (le vol des Vikings / la danse entre Obélix et Miss Macintosh).
-          On aurait pu trouver un autre motif pour faire enfin connaître la peur aux Vikings. Le prétexte utilisé dans le film est un peu faiblard.
-          J’aurais aimé qu’on ajoute quelques spécificités typiquement british (la conduite à gauche par exemple)
-          Le jeu très moyen et parfois faux de Vincent Lacoste dans le rôle de Goudurix.

Conclusion :
Astérix et Obélix au service de Sa Majesté est un film sympathique et gentillet, presque trop conventionnel. On y sourit – très souvent certes – plus qu’on y rit. Il y a heureusement ça et là de jolis morceaux de bravoure. Mais, personnellement, je suis resté sur ma faim. Ce qui n’empêchera pas le film de Laurent Tirard de décrocher un vrai succès populaire. J’en suis convaincu.

lundi 28 novembre 2011

Les Lyonnais


Un film d’Olivier Marchal
Ecrit par Olivier Marchal d’après le livre d’Edmond Vidal
Avec Gérard Lanvin (Edmond Vidal), Dimitri Storoge (Edmond Vidal années 70), Tchéky Karyo (Serge Suttel), Olivier Chantreau (Serge Suttel années 70), Valeria Cavalli (Janou), Daniel Duval (Christo), Lionel Astier (Dany), Francis Renaud (Brandon), Patrick Catalifo (Max Brauner), Estelle Skornik (Lilou Suttel), Pierre-André Gilard (Diégo), François Levantal (Joan Chavez), Etienne Chicot (Le Grec)
Sortie le 30 novembre 2011

Synopsis : De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal, dit »Momon », a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille, et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel, l’ami d’enfance avec qui il a découvert la prison suite à un stupide vol de cerises. Avec lui, inexorablement, il a plongé dans le grand banditisme et connu l’apogée du Gang des Lyonnais, l’équipe qu’ils ont formée ensemble et qui a fait d’eux les plus célèbres braqueurs du début des années 70. Leur irrésistible ascension prend fin en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire… Aujourd’hui, à l’approche de la soixantaine, Momon tente d’oublier cette période de sa vie. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des « affaires », en prenant soin de Janou, son épouse, qui a tant souffert à l’époque, et des ses enfants et petits-enfants…

Mon avis : Olivier Marchal a encore frappé ! Décidément, en matière de polar, il y a une patte, un ton, une signature « Marchal ». C’est le quatrième qu’il réalise et, à chaque fois, il nous propose un nouveau film tout aussi efficace et prenant. Dans 36, quai des Orfèvres et MR 73, il s’était appuyé sur son propre vécu, évoquant des personnes qu’il avait croisées durant ses dix années passées dans la police. Cette fois, il s’est inspiré de Pour une poignée de cerises, le livre de souvenirs écrit par Momon Vidal, un des caïds du gang des Lyonnais qui a sévi au début des années 70. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, il a tiré un polar nerveux et haletant. Et formidablement humain.
Olivier Marchal a réalisé un film qui serait quelque part la synthèse entre Le Clan des Siciliens et Le Cercle rouge, mais avec une facture 2011. C’est d’autant plus troublant que les méfaits des Lyonnais ont eu lieu entre 1970 et 1974, et que le film de Verneuil et celui de Melville datent eux aussi de cette époque, 1969 pour le premier, 1970 pour le second (avec la DS 19 pour symbole commun)… Lorsque je parle de « facture 2011, c’est essentiellement au niveau du rythme et de la qualité de la photographie que je fais référence. Le film dure 1 h 40 et on ne le voit pas passer tant les actions s’enchaînent sans nous laisser à peine le temps de respirer.

Le générique lui-même est une sorte de mise en bouche du menu qui nous attend. Sur les notes d’un rock’n’roll rageur, se succèdent des images en noir et blanc et sépia. Procédé habile qui va nous faciliter la compréhension tout au long du film. Tout ce qui déroule entre les années 50 et 70 est traité dans ces trois tons. Et toutes les scènes du présent sont en couleurs. Il vaut mieux car le film effectue sans cesse des allers et retours dans les trois époques (l’enfance de Momon et Serge, leurs débuts dans le grand banditisme, et le présent).

En plus de Verneuil et Melville, Olivier Marchal est allé chercher une troisième référence outre-Atlantique du côté de Coppola. En effet, la scène de baptême qui ouvre le film fait inévitablement penser à celle du mariage du Parrain. A part qu’ici, les Gitans remplacent les Ritals. Sinon, c’est exactement la même ambiance avec une action qui se déroule en parallèle avec la fête… Mais passé ce clin d’œil, Olivier hausse le ton, change de braquet (de braquo ?) et refait du Marchal. Et c’est parti pour une succession de scènes spectaculaires, haletantes, brutales, éprouvantes qui tombent comme des couperets. Il ne s’embarrasse pas de fioritures, il ne va plus qu’à l’essentiel. Les images sont réalistes, sans concession; mais jamais gratuitement gore. Elles sont même volontairement moins violentes que dans les précédents films. Mais le résultat est le même : on subit une impérieuse et incontrôlable montée d’adrénaline.

Ce film est construit comme un western (Le Marshall n’est-il pas un shérif ?…). Il en a la dramaturgie, la dimension tragique. C’est tout simplement une histoire d’amour et d’amitié. D’amitié virile avec code de l’honneur à la clé. Hélas, pas pour tous. Alors les colts aboient… Avec le personnage de Momon Vidal, Gérard Lanvin décroche un de ses plus beaux rôles au cinéma. Il est géant. Quelle gueule, quel charisme ! Quand je pense que c’était Alain Delon qui avait été pressenti. Heureusement que Le Fils à Jo est passé par là !
Et quand on parle de « gueules », un autre des grands talents d’Olivier Marchal c’est de faire appel à d’excellents comédiens dotés de véritables tronches : Daniel Duval, Lionel Astier, Francis Renaud, François Levantal… Ils font tous plus vrais que nature. Face à ces visages taillés à coups de cutter, il y a peu de place pour la grâce et la douceur féminine. C’est très difficile pour elles d’exister dans ce monde où la testostérone est reine. Et pourtant, les trois personnages féminins du film tirent remarquablement leur épingle du jeu, que ce soit la fraîche et frémissante Stéphane Caillard (dans le rôle de Janou jeune), Estelle Skornik, aussi belle que déterminée dans le rôle de Lilou, la fille de Serge Suttel, et Valeria Cavelli, magnifique et touchante en Pénélope moderne.
Tchéky Karyo crée là une de ses plus fortes compositions, à la fois hiératique et ambiguë. Révélation du film, Dimitri Storoge apporte au personnage d’Edmond Vidal jeune toute sa fougue et sa complexité. Dans le moindre de ses gestes, le moindre de ses regards, se dessine le caractère qu’il va se forger pour devenir Momon, caïd respecté et (presque) respectable. C’est un truand à l’ancienne pour qui la parole donnée est sacrée et intangible. Comme c’est également un homme amoureux (et aimé), il prend une dimension quasiment romantique… Et comment ne pas mentionner Etienne Chicot ? Il n’a qu’une scène, mais il nous offre un numéro de haute voltige particulièrement impressionnant.

En conclusion, on ne peut qu’accorder un énorme crédit aux Lyonnais. Olivier Marchal signe ici un film totalement abouti, sans aucun temps mort, tout en réussissant à distiller les grands sentiments qui l’habitent. Moins âpre, moins noir, moins désespéré que 36, quai des Orfèvres et MR 73, il est vraiment tous publics. Du bon, du grand cinéma. Efficace, quoi…

vendredi 25 novembre 2011

Mozart, l'Opéra rock en 3D


Je tenais à signaler la sortie en salle de la comédie musicale Mozart, l’Opéra rock en 3D. Je l’ai vu au Grand Rex le 7 novembre et j’ai découvert ce spectacle sous un angle tout-à-fait nouveau.
Si vous l’avez aimé sur scène, vous allez l’adorer sur grand écran. Personnellement, ce qui m’a le plus bluffé, c’est la réelle qualité dans le domaine de la comédie pure des différents protagonistes de l’histoire, Mikelangelo Loconte en tête. Les nombreux gros plans sur les visages ne trompent pas. On peut y lire toute la palette des sentiments qui animent les acteurs, et plus particulièrement l’émotion. Sur grand écran, la beauté hiératique et la qualité de jeu de Mélissa Mars deviennent des évidences. Mais ils sont tous bons, il n’y a aucune fausse note. Les chansons elles-mêmes prennent une autre dimension car on peut capter l’intention de chacun des interprètes, lire ce qu’il ou elle ressent. En cela, on ne peut que saluer a posteriori la perfection de ce casting.
Ce sont des opérateurs Sud-Coréens qui ont assuré cette captation. 70 techniciens pour 22 caméras. De quoi débusquer le moindre geste et la moindre mimique. Le montage et le traitement de l’image ont duré un an… Mozart, l’Opéra rock en 3D est diffusé dans 230 salles à travers la France. C’est une première dans le genre. Une réussite.
Sortie le 25 novembre 2011

mardi 1 novembre 2011

Intouchables


Un film écrit et réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache
Avec François Cluzet (Philippe), Omar Sy (Driss), Anne Le Ny (Yvonne), Audrey Fleurot (Magalie), Alba Gaïa Bellugi (Elisa)…
Sortie le 2 novembre 2011

L’histoire : A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref, la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les pantalons de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… intouchables.

Mon avis : Voici incontestablement LA comédie de l’année. Elle est d’autant plus percutante qu’elle est inspirée de faits réels.

Fidèle à mes principes, je n’avais rien lu du scénario et je ne savais pas à quoi m’attendre. Dès les premières images, inattendues, surprenantes, je me suis laissé embarquer, allant de surprise en surprise, de plaisir en plaisir, d’émotion en émotion. Intouchables est un film essentiellement humain. Dans l’absolu – et c’est ce qui en fait sa force – tout oppose Philippe et Driss. Ils sont issus de deux milieux sociaux, de deux cultures, de deux éducations diamétralement opposés. La seule chose qui les rapproche, c’est leur handicap : physique pour le premier (il est tétraplégique), social pour le second (il vient d’une cité de banlieue, il sort de prison). Le tout est de savoir comment ces deux là vont cohabiter, apprendre à se connaître, à se respecter l’un l’autre, à s’apprécier puis à s’aimer.
Le sujet est grave. Il est difficile de rire du handicap et pourtant, pas une seconde, on est dans le pathos ou dans la parodie. On est en permanence dans la chair, dans l’humain. En réunissant deux extrêmes, ce film est une formidable leçon de vie et d’optimisme. Bien sûr, il est sans doute plus « confortable » de vivre son handicap quand on est dans l’opulence. Mais comme le scénario s’est appuyé sur la réalité, on le prend tel quel, sans pinailler ou ratiociner. On n’a qu’à se laisser porter par l’évolution et par le jeu des acteurs.

Les acteurs, justement, parlons-en. Quel duo ! Il y a belle lurette que François Cluzet nous avait habitués aux performances de haut vol. Mais là, il ajoute la difficulté à la difficulté. Cet homme n’existe qu’avec sa tête. Tout le reste de son corps (ou presque) est définitivement mort. Cluzet est impressionnant de force. Il existe. Il ne survit pas, il vit. Il réussit à ce qu’on ne s’apitoie pratiquement jamais sur son état.
En face de lui, il fallait donc quelqu’un qui bouge pour deux. Cela faisait déjà deux ou trois films où Omar Sy nous avait révélé l’étendue de son registre. Cet homme là n’est pas que drôle. C’est un être plein de sensibilité et d’amour. Mais il cachait cette pudeur derrière l’humour. Pourtant, ceux qui le connaissent savaient qu’il y avait aussi un gros cœur dans cette grande carcasse. Omar va donc être pour beaucoup une révélation. C’est vrai qu’il est tout simplement formidable dans le rôle de Driss. Il est toujours juste, crédible, simple. Il n’en rajoute jamais. Il n’est pas là pour faire un effet. Il est lui-même. Dans ce film, il est solaire. En cassant les codes, en sortant des lignes, il apporte une sacrée bouffée d’oxygène à son employeur. Il lui redonne un goût à l’existence. Il lui fait découvrir et aimer l’irrévérence, il lui offre inconsciemment une nouvelle forme de liberté.

Au côté des deux principaux protagonistes de cette comédie, il faut souligner la qualité de toute la distribution jusqu’au plus petit rôle et, plus particulièrement deux femmes épatantes, Anne Le Ny et Audrey Fleurot. Cette dernière, révélation de la série de France 3, Un Village français, est en train de se tailler une place de choix dans notre univers télévisuel et cinématographique.

Ce film, parfaitement maîtrisé, est un pur bonheur. Véritable ode à la vie, il nous fait aimer son prochain ou, tout du moins, s’intéresser à lui. Ce qui n’est déjà pas si mal par les temps qui courent.
Le grand succès public, inévitable, qui l’attend en fait d’ores et déjà un des grands favoris dans la course aux Césars, et dans la catégorie Meilleur film, et dans celle des Meilleurs comédiens. Cluzet et Sy mériteraient de partager la récompense ex aequo tant ces deux Intouchables sont indissociables.

mardi 1 février 2011

Rien à déclarer


Un film de Dany Boon
Scénario et dialogues de Dany Boon
Avec Benoît Poelvoorde (Ruben Vandevoorde), Dany Boon (Mathias Ducatel), Karin Viard (Irène Janus), François Damiens (Jacques Janus), Laurent Gamelon (Duval), Bruno Lochet (Tiburce), Julie Bernard (Louise), Bouli Lanners (Bruno Vanuxem), Olivier Gourmet (Le prêtre), Philippe Magnan (Le Divisionnaire Mercier), Guy Lécluyse (Grégory Brioul), Zinédine Soualem (Lucas Pozzi)…

Ma note : 7/10

Synopsis : 1er janvier 1993 : passage à l’Europe. Deux douaniers, l’un Belge, l’autre Français, apprennent la disparition prochaine de leur poste frontière situé dans la commune de Courquain (France) et Koorkin (Belgique).
Francophobe de père en fils et douanier trop zélé, Ruben Vandevoorde se voit contraint et forcé d’inaugurer la première brigade volante mixte franco-belge… Son collègue français, Mathias Ducatel, considéré par Ruben comme son ennemi de toujours, est secrètement amoureux de sa sœur. Il surprend tout le monde en acceptant de devenir le coéquipier de Vandevoorde et de sillonner avec lui les routes de campagne frontalières à bord d’une 4L d’interception des douanes internationales.

Mon avis : Il est sûr qu’après son extravagant succès des Ch’tis, Dany Boon est attendu au tournant. Et, de fait, l’ensemble des critiques, qu’elles soient belges ou françaises, ne l’ont guère épargné. Certains reproches sont justifiés, d’autres sentent le règlement de compte atrabilaire… Je me souviens avoir écrit au moment de la sortie des Ch’tis que ce n’était pas là la comédie de l’année, mais qu’on y passait un agréable moment. Personne n’aurait pu prédire à ce film les scores surréalistes qu’il a atteints. Faire mieux que La Grande vadrouille, ça laisse pantois… Mais bon, après tout, c’est le public qui a raison.
Très honnêtement, j’ai passé un bon moment avec Rien à déclarer, même s’il est truffé de poncifs et de lieux communs, s’il est tout-à-fait prévisible, c’est une vraie bonne comédie. Comme beaucoup, elle repose sur un binôme totalement antagoniste. Le bon, le doux, le gentil Dany Boon, et le survolté, l’enragé, le fanatique Benoît Poelvoorde. Le principe est éculé, mais il marche à tous les coups.
Une des forces de ce film, c’est sa distribution jusqu’au plus petit rôle. Le couple de restaurateurs formé de Karin Viard et de François Damiens est savoureux. Karin sait tout jouer, elle est excellente en épouse accablée par la balourdise de son mari qui devient, en raison des événements opportuniste puis vénale. Quant à son Jacques de mari, c’est une andouille magnifique, un brave mec un peu bas de plafond, mais il veut tellement se rendre utile qu’il en devient touchant. C’est Rantanplan.
Laurent Gamelon campe un truand inquiétant, impitoyable, violent et dénué de tout scrupule. Il nous la joue à l’américaine. Très bonne idée que de lui avoir confié ce rôle de méchant. Et il paraît d’autant plus cruel que sa tête de Turc, Bruno Lochet, est un garçon timoré, un malfrat à la petite semaine, conscient de ses milites très peu élevées et donc fataliste. C’est un loser né. Il est tout simplement grandiose.
Bouli Lanners tire lui aussi son épingle du jeu en subalterne souffre-douleur de Benoît Poelvoorde.
Enfin, révélation de ce film, Julie Bernard apporte une note de fraîcheur, d’authenticité. Elle est parfaite en jeune femme écartelée entre son amoureux transi et pusillanime, mais tellement brave, et sa famille de francophobes exacerbés qu’elle aime bien quand même. Elle va être l’aiguillon qui va pousser Dany Boon à enfin prendre quelques initiatives plus ou moins réussies. Dany Boon a eu le nez fin en allant la chercher pour le rôle de Louise…

Sincèrement, on se laisse embarquer par cette histoire tout simple agrémentée d’un bon lot de scènes particulièrement cocasses. Il y en a trois ou quatre qui sont vraiment à se tordre (je pense à l’épisode du chien renifleur par exemple). Alors, que ça plaise ou non à quelques pisse-froid, ce film va marcher. C’est une bonne comédie avec des personnages picaresques, voire caricaturaux, mais tellement humains. Il ne fera certes pas ses 20 millions d’entrées, mais il va atteindre des chiffres très conséquents. C’est couru d’avance. On ne se prend pas le chou, on voit s’ébattre des personnages qu’on aime bien. Quant à ceux qui reprochent à Poelvoorde d’en faire trop, je ne suis pas d’accord avec eux. Il est dans sa logique de cow-boy wallon raciste et obtus. Il est à fond dans son personnage. Et il nous offre quelques numéros de bravoure qui sont réellement réjouissants.
Avec son passeport vers le succès, ce film, très populaire, est parti pour tutoyer les sommets du box office. On parie ?

lundi 10 janvier 2011

Le Fils à Jo


Un film écrit et réalisé par Philippe Guillard
Avec Gérard Lanvin (Jo Canavaro), Olivier Marchal (Le Chinois), Vincent Moscato (Pompon), Jérémie Duvall (Tom Canavaro), Karina Lombard (Alice Hamilton), Abbès Zahmani (Le Boulon), Pierre Laplace (Frontignan), Lionel Astier (Bernard), Laurent Olmedo (François), Darren Adams (Jonah Tukalo), Sofiane Bettahar (Bouboule), Grace Hancock (Fanny)

Ma note : 6,5/10

Synopsis : Petit-fils d’une légende du rugby, fils d’une autre légende, et lui-même légende du rugby, Jo Canavaro élève seul son fils de 13 ans, Tom, dans un petit village du Tarn. Au grand dam de Jo, Tom est bien plus brillant en maths qu’avec un ballon ovale. Pour un Canavaro, la légende ne peut s’arrêter là, quitte à monter une équipe de rugby autour de Tom contre la volonté de tout le village et de son fils lui-même…

Mon avis : Pour moi, Le Fils à Jo, est un Billy Elliot à l’envers. Si la fin est la même, là ce n’est pas le gamin qui s’accroche à sa passion à l’insu de son père, c’est au contraire le père qui veut à tout prix que son rejeton reprenne le flambeau familial et perpétue la dynastie. Sinon, c’est le même esprit, la dimension dramaturgique en moins.
Moi-même passionné de rugby, c’est avec gourmandise que je suis allé voir ce film. Je connaissais Philippe Guillard au temps où il faisait les belles heures du Racing et sa façon ludique et distanciée d’aborder ce sport. Avec ses espiègles camarades Mesnel, Blanc, Lafond et Rousset, il avait contribué à apporter un peu de fantaisie dans cette rude discipline tout en le pratiquant avec le sérieux qu’exige le plus haut niveau. Un état d’esprit très novateur pour l’époque qui le rendait donc d’autant plus sympathique.

Son amour pour le ballon ovale est tout entier dans ce film. Il l’a écrit avec la légèreté de l’ailier qu’il fut. Et il l’a réalisé avec la science du « cadrage » qu’il possédait. C’est un film d’arrière, quoi… Alors, si j’en ai suivi les péripéties sans déplaisir, je n’y ai pas non plus pris un pied démesuré. Tout simplement parce qu’il est on ne peut plus conventionnel. Tout ce qui s’y passe est prévisible. Une heure et demie sans un seul faux rebond ! Un paradoxe. C’est rempli de clichés et on ne frémit pas un seul instant quant à l’issue du match – pardon – du film.

Et, en même temps, ce long métrage contient les qualités et les défauts d’un premier film. Sur le plan des qualités, il est plein de fraîcheur, il est pétri d’humanité, il retranscrit plutôt bien l’ambiance de ces villages du Sud-ouest où le rugby est une religion dominée par l’esprit de clocher… Sur le plan des défauts, il dégage une certaine naïveté, il est simpliste et convenu.

Toutefois, l’essai sera sans doute transformé car ce film véhicule des valeurs de base intrinsèques aux vertus du ballon ovale. C’est d’abord une histoire d’amour filial, puis une belle histoire d’amitié. De ce côté-là, ça fonctionne parfaitement. Le jeu de passes est huilé. Gérard Lanvin et Olivier Marchal s’entendent comme trois-quarts en foire. Gérard Lanvin est toujours bon quand il s’agit de jouer les bourrus au grand cœur. Il emmerde tout le monde, il est tyrannique et injuste avec son fils, mais on sait que c’est le dépit qui le rend ainsi... Olivier Marchal est comme un poisson dans l’eau avec ce genre de rôle pas très éloigné de sa propre philosophie toute entière consacrée à l’amitié. Ce mec-là déborde de tendresse et ça crève l’écran.
Et puis il y a Vincent Moscato. Encore néophyte dans le métier, il tire son épingle du jeu entre ces deux piliers de la comédie. Philippe Guillard ne lui a pas dessiné un personnage des plus glorieux, mais il en fait un être attachant (dimension tragique en moins, il m’a fait penser au Lennie de Des Souris et des Hommes de Steinbeck). Pour assumer un tel rôle, il faut posséder une belle dose d’auto-dérision et d’humilité. On en oublierait presque sa carrure.
Quant à Jérémie Duvall (Tom, le fils à Jo), il est absolument épatant. D’abord, il ressemble à Gérard Lanvin, ce qui rend leur filiation encore plus crédible. Ensuite, il ne sur-joue jamais. Il est naturel. Bon, on voit bien qu’il n’a pas été inscrit à l’école de rugby dès son plus jeune âge car il y a des automatismes qui ne trompent pas. Mais ce n’est pas très gênant. Il est bien, ce gamin.
Le film est également servi par de jolis dialogues agrémentés de savoureuses formules à l’emporte-pièce dignes des meilleurs raffuts.
C’est donc un film honnête et sympathique, un gentil divertissement auquel il ne manque que ce petit grain de folie qui en aurait fait du rugby champagne.

mardi 20 avril 2010

Camping 2


Un film de Fabien Onteniente
Scénario de Fabien Onteniente, Franck Dubosc, Philippe Guillard, Emmanuel Booz
Musique de Jean-Yves d’Angelo et Frédéric Botton
Avec : Franck Dubosc (Patrick Chirac), Richard Anconina (Jean-Pierre Savelli), Mathilde Seigner (Sophie Gatineau), Antoine Duléry (Paul Gatineau), Claude Brasseur (Jacky Pic), Mylène demongeot (Laurette Pic), Christine Citti (madame Chatel), Julie de Bona (Pauline), Enna Balland (Liza), Eric Naggar (le maire)…
Sortie le 21 avril

Ma note : 6,5/10

Synopsis : Arcachon. Mois d’août. Jean-Pïerre Savelli, employé aux Mutuelles d’Assurances de Clermont-Ferrand, apprend que Valérie, sa fiancée, veut faire un break. Pour se ressourcer et retrouver calme et sérénité, il décide de changer de destination de vacances… Il atterrit au Camping des Flots Bleus où il tombe sur Patrick Chirac et sa bande de campeurs irréductibles.

Mon avis : Et bien ce film m’a laissé une impression mitigée.
Voyons d’abord ce qui m’a le moins plu. J’ai trouvé le scénario assez décousu. On dirait une sorte de patchwork composé de pièces de couleurs et de tons différents que l’on a essayé tant bien que mal d’assembler. Cela donne un résultat plutôt disparate avec des scènes vraiment réussies et d’autres que l’on trouve incongrues, voire inutile (dans ce rayon je place par exemple les navettes entre la baraque à frites et le camping - idée mal exploitée -, ou l’ascension de la dune du Pyla – image au demeurant fort jolie - et le sitting à son sommet. Ça part sur une bonne intention et ça s’écroule comme un soufflé). Il y a aussi ça et là quelques saynètes qui tombent un peu à plat parce que psychologiquement peu plausibles (l’épisode archéologique entre autres ; qui aurait dû être mieux géré)… Donc du fait de cette succession quelque peu anarchique de scènes, le film souffre d’une certaine arythmie entre de grands moments de drôlerie ou d’émotion et des ajouts qui alourdissent l’action sans y apporter pas grand-chose.

Passons maintenant aux points positifs de ce deuxième volet des aventures de Patrick Chirac à la plage et de ses compagnons de camping.
Déjà, il se dégage de cet épisode beaucoup plus de tendresse et d’humanité que dans le premier qui était tout de même plus farce. Certains des protagonistes, Patrick en tête, laissent entrevoir des failles et leur fragilité. La plupart d’entre eux quitteront les Flots Bleus passablement transformés. C’est cet aspect humain prédominant qui rend le film plus attachant. Le personnage incarné par Richard Anconina (Jean-Pierre Savelli, le même patronyme que l’ineffable Peter de « Peter et Sloane ») y est pour beaucoup. Avec son mal-être, son agoraphobie et son hypocondrie, il est aux antipodes – et c’était voulu – du play-boy infatué qu’incarnait Gérard Lanvin. Autant de fragilité provoque de la compassion chez ses nouveaux « amis » qui ont plus envie de le protéger et de l’aider que de le traiter de haut…
On a dit que le personnage de Patrick Chirac laissait apparaître cette fois des aspects plus nuancés de sa personnalité, et bien il en est de même pour le couple Gatineau, formé par les excellents Mathilde Seigner et Antoine Duléry. Les scénaristes se sont apparemment bien appliqués pour faire évoluer sous nos yeux leur évolution. Mathilde, une fois de plus, est parfaite en épouse à la croisée des chemins, qui hésite à emprunter celui de l’adultère ou à rester sur celui de la légitimité. On comprend d’autant mieux ses états d’âme que le père Gatineau est insupportable de suffisance avec son côté m’as-tu-vu de parvenu. Elle apporte à Sophie une réelle sensibilité autant dans ses emportements (justifiés) que dans ses doutes (tout aus justifiés)… Quant à l’Antoine, son rôle a pris de l’épaisseur puisqu’il doit à un moment troquer sa panoplie de beauf content de lui pour celle du mari qui veut tout faire pour reconquérir sa belle. Seigner-Duléry, c’est de la valeur ajoutée, c’est du solide.
Et puis il y a le couple Pic. Claude Brasseur grimpe encore d’un palier dans la caricature et, si on le trouve parfois insupportable tant il en fait trop, il faut toujours garder à l’esprit que ce genre de bonhomme existe. C’est le genre de type qui n’a que ce mois de vacances pour se donner de l’importance, pour jouir d’un peu de considération de la part de ses congénères. N’est pas le plus ancien du camping qui veut. Ça lui boursoufle sacrément l’ego… Heureusement, Mylène Demongeot a une présence douce et apaisante. Les deux Pic auraient été pareils, c’eût été franchement indigeste. Elle aussi fait preuve de tolérance et d’humanité.
Deux autres comédiens m’ont également bien plu, Eric Naggar, qui joue le maire du Moulot, et j’ai été vraiment attendri par la jolie composition d’Enna Balland, la fillette de Richard Anconina. Elle est absolument craquante.

Pour terminer, dans l’éventualité d’un troisième volet, il faudra que les scénaristes – ils s’y sont tout de même mis à quatre – fassent preuve d’un peu plus de rigueur et d’imagination pour donner de l’épaisseur aux aventures de nos campeurs arcachonnais.

mercredi 17 mars 2010

Le temps de la kermesse est terminé


Un film de Frédéric Chignac
Avec Stéphane Guillon (Alex), Aïssa Maïga (Martina), Ali Monzanza (Mamadou), Malik Sall (Dogni), Eriq Ebouaney (Lieutenant Bado), Amara Conde (Le Banni), Thierno N’Diaye Doss (Le chef du village)…
Sortie le 17 mars

Ma note : 5,5/10

Synopsis : Alex ne devait rester que quelques minutes à Koupala, le temps de prendre de l’essence. Mais en panne de voiture, son séjour va être bien plus long que prévu…
Dans ce petit village perdu au milieu du désert africain où personne ne passe pour le secourir, Alex perd progressivement ses repères et ses certitudes de Blanc d’Afrique. Sans le savoir, il devient un enjeu vital pour le village…

Mon avis : En préambule dans le dossier de presse, Jean-François Lepetit, producteur du film, après avoir expliqué sa démarche, avoue sa lucide appréhension face aux difficultés « à faire exister » ce film « aux yeux du public ». Sachant cela, il n’en a donc eu que plus de courage à accepter de le produire. En effet, Le temps de la kermesse est terminé n’est pas un film facile. C’est le moins qu’on puisse dire.
Dès les premières images, le décor est planté : un paysage désespérément désertique composé uniquement de sable, de cailloux et de poussière. Et au milieu, un village ; un village construit de bric et de broc de part et d’autre de l’unique piste qui le traverse. Bonjour l’isolement, bonjour la solitude, bonjour le moral. Et un Blanc… Un Blanc prisonnier de ce village où il était venu faire le plein. Il n’a jamais pu redémarrer. Pendant qu’un quatuor de jeunes gens s’évertue sur ses ordres à pousser le véhicule en haut d’une pente dans l’espoir de le faire repartir quand il aura pris de la vitesse, Alex (Stéphane Guyon) tue le temps en faisant la navette entre son austère maisonnette et la seule épicerie-buvette.
Le visage buriné, le regard bleu un peu las, le ton juste, Stéphane Guyon est impeccable. Il est comme une mouche prise dans une toile d’araignée. Sa liberté de mouvement est très limitée. Il ne peut non plus espérer d’aide – et donc de salut – de la part du lieutenant qui dirige la petite caserne sise en hauteur à quelques encablures du village. Cette caserne est d’ailleurs un vrai paradoxe. Equipée d’une radio, elle constitue le seul lien vers l’extérieur mais, hélas, les civils n’y ont pas accès. A moins qu’en monnayant le service… Et encore. Et puis c’est aussi le seul endroit où l’on peut voir du vert car notre lieutenant d’apparence si rigide sur le règlement, consacre l’essentiel de son temps à entretenir un potager tout-à-fait inattendu dans ce paysage. Avec ce représentant de l’ordre, Alex est confronté aux complications inhérentes à l’administration et aux mentalités africaines.
En fait, ce sont deux cultures qui s’affrontent. Les Noirs ont le pouvoir, le Blanc a de l’argent. Mais la réalité n’est pas aussi simpliste que ça car il y a des choses que l’on ne peut quand même pas acheter.

La lenteur du temps qui passe est extrêmement bien rendue dans ce film. Elle est encore plus amplifiée par cette parabole du mythe de Sisyphe que représente la remontée de la voiture d’Alex en haut de la côte, sorte de mouvement perpétuel et démoralisant. On n’a aucun mal à se projeter dans la peau et dans la tête d’Alex. On s’y voit. Et on ferait exactement les mêmes choses que lui si l’on était à sa place. Enfin, surtout quand on est un garçon. Car il y a la présence de Martina (Aïssa Maïga). Elle est plutôt belle, involontairement sensuelle, et elle ne peut qu’attirer la convoitise de cet Européen qui s’efforce de meubler comme il peut son oisiveté forcée. Alex est dur, voire humiliant avec elle. Passive et résignée, elle ne voit en lui que l’échappée possible vers la France. Encore faut-il qu’il accepte de l’emmener si la voiture consent à redémarrer un jour…
Alex vit dans ce village une parenthèse immobile totalement kafkaïenne. Comme il n’y a pratiquement pas d’action, tout passe par les gestes, les attitudes et les expressions. Il faut que l’on puisse capter tout ce qui peut lui passer par la tête. Disons-le tout net, Stéphane Guillon réalise dans le rôle d’Alex une formidable performance d’acteur. Pour moi – et cela n’engage que moi – il y a du Jean Yanne chez Guillon. Il possède autant de talent à se faire aimer qu’à se faire détester. C’est l’apanage des plus grands. Guillon est mûr aujourd’hui (il a achevé de mûrir au soleil de l’Afrique). Le cinéma ne peut pas se passer d’un personnage aussi évident.
Le hic, c’est que, toujours à mon avis, trop peu de personnes n’auront l’occasion de le vérifier car ce film est tout sauf grand public. Et il risque de passer inaperçu.
Pourtant ce film contient une quantité de messages et il rend parfaitement les difficultés à intégrer une culture quand on en a reçu une autre. Il n’y a aucune complaisance et aucune concession. On nous raconte une histoire et on nous laisse libre d’en penser ce que l’on veut, d’adhérer ou de se ressentir parfois un certain malaise.
Mais, pour cela, il faut accepter l’aridité du décor, le rythme terriblement lent, l’éprouvante répétition des situations. On ne peut pas rester indifférent à ce film. A condition de vouloir aller le voir…

mardi 9 mars 2010

Sans laisser de traces


Un film de Grégoire Vigneron
Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron
Avec Benoît Magimal (Etienne Meunier), François-Xavier Demaison (Patrick Chambon), Julie Gayet Clémence Meunier), Léa Seydoux (Fleur), Jean-Marie Winling (Maurice), Dominique Labourier (Micheline), André Wilms (François Michelet), Stéphane de Groodt (Kazinski)
Sortie le 10 mars 2010

Ma note : 6,5/10

L’histoire : A bientôt 40 ans, Etienne est sur le point de prendre la présidence de son groupe. Mais, toujours hanté par une injustice qu’il a commise au début de sa carrière et qui lui a mis le pied à l’étrier, il aimerait soulager sa conscience. Sur les conseils d’un ami de jeunesse qu’il vient à peine de retrouver, il se rend chez l’homme qu’il a lésé à l’époque pour le dédommager. Mais les choses tournent mal et l’homme est tué par son ami. Etienne tente alors de reprendre le cours de sa vie, mais celle-ci vire peu à peu au cauchemar…

Mon avis : Voici un film qui démarre sous les meilleurs auspices avec un Benoît Magimel très convaincant en homme pressé, sorte de working boy fonceur et impitoyable en affaires. Or, très vite, on constate que son insolente réussite a été construite sur un coup tordu. Il a pris à son compte un brevet reçu par la poste, brevet qui allait faire la fortune de son entreprise. Au moment d’en venir seul le grand patron à la place de son beau-père, le remords se fait de plus oppressant. Etienne n’est pas un robot destructeur, il a du cœur et il aimerait bien pouvoir dédommager sa victime. Tout est donc en place pour installer le climat d’un bon thriller. Il ne manque que l’aiguillon qui va l’amener à franchir le pas. Cet aiguillon, il prend la forme de Patrick Chambon (François-Xavier Demaison), un ex-ami de jeunesse rencontré par hasard à un distributeur.
Devant l’air bonhomme de Patrick, Etienne libère sa conscience. Patrick lui propose spontanément de l’accompagner chez le vrai père du brevet. Une fois arrivés sur place, les deux garçons se trouvent confrontés à un individu amer et revanchard qui ne supporte pas d’avoir été spolié. Pour rattraper toutes ces années perdues, il exige une rente colossale. Le ton monte, l’homme se fait menaçant envers Etienne. Voyant son ami en danger, Patrick le frappe à la tête. Hélas, le coup s’avère mortel. Etienne et Patrick s’enfuient…
A ce moment de l’histoire, le thriller est parfaitement lancé. Et on se doute que Patrick, être lâche, veule et vénal, va désormais pourrir la vie d’Etienne… Ce qui ne manque pas bien sûr d’arriver.
Mais c’est aussi à ce moment que les invraisemblances commencent à s’accumuler. A trop vouloirs créer de rebondissements, on part un peu dans tous les sens. N’est pas Hitchcock qui veut… Le grand amateur de polars que je suis a souffert devant les grosses ficelles du scénario. A commencer par l’intrusion inopinée de Fleur, la fille de la victime qui est un peu tirée par les cheveux, même si elle contribue à refermer le piège autour d’Etienne. Lequel Etienne, foncièrement honnête et persuadé qu’on peut tout arranger avec l’argent – un réflexe qui se produira plusieurs fois au cours du film – fait tout ce qu’il peut pour acheter les silences (Patrick) ou aider financièrement une pauvre orpheline (Fleur). Rien ne se déroule comme prévu et l’étau se resserre encore plus.
Les incohérences continuent à gâcher le plaisir de l’esprit trop cartésien. Certaines scènes, celle de l’appartement où Fleur donne une fête ou celle où le flic confie anormalement ses indices par exemple, manquent totalement de logique. On comprend bien qu’elles sont là pour continuer à charger la mule, mais ça manque de crédibilité. Résultat on a tendance à décrocher et même, parfois, à se laisser aller à sourire…

Et bien, malgré tout, il y a suffisamment d’éléments largement positifs pour que les personnes pas trop difficiles se laissent porter par cette histoire.
D’abord, il faut bien reconnaître que la fin est magistrale. Là, il y a un vrai suspense, super stressant, super bien joué par Benoît Magimel. De toute façon, tous les acteurs son remarquables et ils se donnent à fond malgré les ressorts détendus. Ils sont vraiment tous bons.
Benoît Magimel campe magistralement un homme dont le fond est bon. Sa légitime ambition est plombée par son méfait de jeunesse. Tout ce qu’il veut, c’est réparer son geste malveillant. Bien sûr, il le fait maladroitement. Pareil avec son épouse. Il est évident qu’il l’aime et qu’il la respecte, mais son lourd secret pèse de plus en plus entre eux. Comme quoi, il faut toujours dire les choses. Ensuite, le jeu de Magimel ne fait que monter en puissance. Il devient parano et irascible. Il faut dire qu’il y a de quoi.Il porte le film sur ses épaules et il en a largment l'envergure.
François-Xavier Demaison fait la preuve qu’il est extrêmement à l’aise dans ce genre de registre dans lequel il nous fait oublier l’humoriste. Sous ses airs bonasses, on sent perler la mentalité d’une petite crapule étriquée aux entournures. C’est un vrai boulet, le champion du coup tordu. Un médiocre quoi. Il n’y a que des louanges à émettre sur sa prestation.
Idem pour Julie Gayet, tiraillée entre son amour pour Etienne et son affection pour ses parents qui le traitent avec la condescendance de ceux qui ne sont pas du même milieu ; et de plus en plus soupçonneuse devant les comportements douteux et les mensonges évidents de son mari. La femme prévenante et aimante du début, se tend de plus en plus comme un arc. Elle est toujours juste.
Et puis il y a Fleur (Léa Seydoux), la trouvaille du film. Elle y apporte sa candeur, sa fraîcheur, sa légèreté. Elle campe une brave fille un peu dépassée par les événements et qui ne sait pas trop comment gérer les largesses d’Etienne.
Les parents de Clémence (Julie Gayet) apportent eux aussi une pierre de qualité à l’édifice. Dominique Labourier est excellente en belle-mère cynique, joyeusement acerbe et sarcastique. Et Jean-Marie Wilkening donne à Maurice une vraie épaisseur. Il est tout aussi bon en grand patron responsable et inquiet pour sa succession, qu’en père protecteur.
Enfin, il y a le flic (Stéphane de Groodt), énigmatique à souhait, mais mal servi par un rôle décousu et manquant d’authenticité. Il eût mérité mieux.
En conclusion, il n’est pas impossible que ce film rencontre son public. Le début est vraiment bien et la fin encore plus et il vaut aussi pour la performance des acteurs auxquels on ne peut absolument rien reprocher. Finalement, il n’y a que les pinailleurs dans mon genre, amateurs d’histoires bien tordues mais crédibles qui y trouveront à redire…

mardi 16 février 2010

From Paris with love


Un film de Pierre Morel
Scénario de Luc Besson
Avec John Travolta (Charlie Wax), Jonathan Rhys-Meyers (James Reese), Kasia Smutniak (Caroline), Richard Durden (l’ambassadeur Bennington), Amber Rose Revah (Nicole), Chems Eddine Dahmani (Rashid), Mélissa Mars (la prostituée)…
Sortie le 17 février 2010

Ma note : 7/10

Synopsis : James Reese travaille comme assistant personnel de l’ambassadeur américain à Paris. Fort de cette position d’insider, il se voit parfois contacté par les Forces Spéciales, à qui il rend quelques menus services. Une vraie frustration pour lui qui se rêve en agent secret et qui ne demande qu’à sortir de l’ombre pour jouer les gros bras... Alors que se prépare un sommet international, le miracle arrive : on lui confie une vraie mission, et un vrai partenaire, Wax, qu’il récupère le jour même à l’aéroport. Mais pour James, la confrontation aux méthodes musclées de cet agent surentraîné ne sera pas de tout repos…

Mon avis : Il vaut mieux aimer les films d’action pour aller voir From Paris, with love… Si vous êtes un fan de castagne, de coups de feu, de courses-poursuite, vous allez être dans votre élément. C’est simple, on l’impression d’être dans un immense jeu vidéo dans lequel le héros, intouchable et indestructible, dégomme et estourbit tout ce qui bouge…
C’est sûr, dit comme ça, ça peut faire peur. Mais l’habileté de ce fil d’action réside dans un scénario qui semble presque tout du long cousu de gros fil blanc et puis qui se révèle finalement assez retors. Et puis la violence y est tellement énorme qu’on finit par se marrer. Luc Besson et Pierre Morel ont saupoudré ce long métrage d’une bonne dose d’humour, tant dans les situations que dans les dialogues.
James Reese (Rhys-Meyers) joue un jeune fonctionnaire très ambitieux. Il rêve de devenir agent secret et il est prêt à tout pour cela. Tant qu’il s’agit de changer les plaques d’une voiture ou de faire des repérages, il trouve ça sympa, même si c’est un peu frustrant. Alors, quand on lui propose de faire équipe avec un des cadors des Forces Spéciales, il est emballé. Mais il va beaucoup moins rigoler quand une armada de méchants va essayer de leur faire la peau. En plus, il n’est pas encore habitué aux méthodes on ne peut plus radicales de son nouveau partenaire. Pour lui qui n’a jamais tué quelqu’un de sa vie, il y a un pas pratiquement impossible à franchir. Ils n’ont pas la même culture ni la même formation.
C’est aussi cette opposition de deux styles de comportements qui donne tout son sel au film. Pourtant, il essaie bien de jouer les durs et de donner l’impression qu’il se maîtrise. Mais devant la froide efficacité et le détachement de Charlie Wax (Travolta), il fait un peu petit garçon. C’est le jeu classique des tandems au cinéma.
Travolta s’amuse comme un petit fou dans ce jeu de massacre ultraviolent. Il est en permanence dans le second degré. Heureusement d’ailleurs, sinon il n’y aurait pas de film, rien qu’une succession de bourre-pif et de fusillades.
C’est très spectaculaire, il n’y a pas une seconde de répit, Paris est joliment filmé et on ne se lasse pas devant le charme que dégage la fort belle et très séduisante Kasia Smutniak.