mardi 15 novembre 2011

Gaspard Proust tapine Salle Gaveau


Salle Gaveau
45-47, rue de La Boétie
75008 Paris
Tel : 01 49 53 05 07
Métro : Miromesnil

One man show écrit par Gaspard Proust

Mon avis : Comme à chacun de ses spectacles – c’est la troisième fois que je vais le voir – Gaspard Proust effectue la même entrée en scène. Il arrive nonchalamment du fond de la salle, tel un touriste, se hisse sur le plateau, dépose sa parka sur le fauteuil qui représente le seul élément du décor et se tourne enfin vers le public. Par rapport à ses précédents spectacles, la phrase d’intro est nouvelle : « Allez… Au tapin ! » marmonne-t-il pour se donner un semblant de cœur à l’ouvrage. Tout Gaspard Proust est dans cette posture. Son nouveau one man show est en effet baptisé « Gaspard Proust tapine Salle Gaveau ». Aurait-il la sensation de se prostituer ? Il voudrait le faire croire, mais de la péripatéticienne, il ne peut revendiquer que l’aspect « langue de pute », car il balance le bougre. Et pas qu’un peu !
Son introduction est très hard. Il n’y a pas de round d’observation. Il y va direct. Son personnage est désormais bien rôdé. Affichant le désabusement affecté de l’aquaboniste de Jacques Dutronc, il se montre aussi cynique qu’arrogant et ne dédaigne pas aiguillonner ses propos d’une pointe de cynisme. Sa façon de faire est très simple : il agit comme quelqu’un qui penserait tout haut et sortirait tout ce qui lui passe par la tête. Parfaitement impassible, il énonce ses sarcasmes comme autant de bulles de BD assassines. Cet homme n’épargne rien, il tire tous azimuts. Personne n’échappe à ses commentaires perfides et insidieux, les classes sociales comme les classes d’âge. Allègrement, sans complaisance aucune, il piétine toutes les valeurs et les idées reçues. Ames sensibles et esprits conformistes s’abstenir. Ce Gaspard est un rat dégoût, un plaisir d’odieux. Quand on va le voir, on sait très précisément à quoi s’attendre. Depuis quelques mois, le bouche à oreille a fait son oeuvre. Il faut aimer être choqué. Cet individu repousse les limites des frontières de la bienséance jusqu’à un no man’s land ou aucun humoriste n’a osé s’aventurer avant lui. C’est d’autant plus imparable qu’il est brillant. Il possède un vocabulaire riche, précis et imagé. Et sa plume, trempée dans le vitriol, est d’une qualité rare. La plupart de ses insanités sont étourdissantes. Le pire, c’est que, dans la majorité des cas, ce qu’il évoque, ce ne sont que des évidences. Il faut de grâce cesser de l’affubler de comparaisons avec d’autres artistes dont les plus fréquemment cités sont Desproges et Guillon. Non, lui il fait du Proust. Point ! Si Coluche s’interrogeait sur ce qui pouvait être « plus blanc que blanc », lui il s’ingénie à inventorier ce qui serait plus noir que noir.
Sans parti pris, il s’en prend aux hommes politiques de droite comme de gauche, il ironise sur les trois religions monothéistes et sur le bouddhisme, et se complaît à terminer son show « en beauté » avec un chapitre annoncé sur les femmes. On voit parfaitement qu’il jouit intérieurement à jouer ainsi les misogynes. En plus, il a l’outrecuidance d’affirmer sans frémir : « Moi, ce qui va me tuer, c’est mon romantisme »... Il y a franchement de quoi s’esclaffer et de s’ébaubir devant tant de mauvaise foi.

Gaspard Proust, on aime ou on n’aime pas. Il ne peut y avoir de milieu. Soit on adhère et on accepte en se délectant d’en prendre plein les trompes d’Eustache avec ses rodomontades et ses inconvenances. Soit on s’effarouche, on s’indigne, on s’insurge et on reste chez soi ou on va voir Mamma Mia !... A ce propos, je me demande ce qui a pu amener Guy Bedos à quitter la salle à la moitié du spectacle… Etonnant, non ?

Gaspard Proust sera de retour Salle Gaveau du 13 au 17 décembre.

vendredi 11 novembre 2011

Les ToiZéMoi fêtent leur divorce


Théâtre des Variétés
7, boulevard Montmartre
75002 Paris
Tel : 01 42 33 09 92
Métro : Grands Boulevards

One-couple show écrit par Marie Blanche et Alain Chapuis
Mise en scène de Jacques Décombe
Musique d’Alexandre Sabbah
Avec Marie Blanche et Alain Chapuis

Le sujet : Camille et Simon ont la joie de vous faire part de leur divorce. Ce soir, ils donnent une réception avec traiteur, orchestre et confettis pour célébrer… leur séparation ! Leurs parents, leurs amis sont là pour immortaliser ce grand jour… A travers l’histoire de Camille et Simon touchés par la « septénite », la fameuse crise des sept ans, Marie et Alain nous font vivre les petites lâchetés et les gros malentendus des couples modernes.

Mon avis : Quelle incongruité que ces deux là, Marie Blanche et Alain Chapuis, alias les ToiZéMoi, ne soient pas plus connus du grand public. Je les avais découverts en 2004 au Théâtre de Dix Heures, revus dans leur deuxième spectacle, Noces de Plomb et, à chaque fois, je me suis vraiment régalé devant leur inventivité, leur fantaisie, leur joie de vivre et, il faut le dire, leur talent de comédiens protéiformes. Pour moi, leur duo est du niveau de celui créé naguère par Pierre Palmade et Michèle Laroque, mais en moins vachard et cynique.
Certains pisse-froid vont encore me reprocher mon enthousiasme et pourtant, il existe et il est loin d’être béat. Je ne suis pas si bon public que d’aucuns le prétendent. Est-ce de ma faute si, conséquence plutôt heureuse d’une loi des séries, j’ai vu en un mois des comédies d’une grande qualité : Les Conjoints, Mon meilleur copain, Les Bonobos, Les Bodin’s et hier soir, les ToiZéMoi. Je ne pratique pas l’angélisme. Quand je m’amuse, je le dis, je le clame. J'estime sans arrogance aucune que c'est une mission d'utilité publique. En plus, limite introverti, je ne suis pas en public un garçon des plus exubérants. Hier, j’avoue, il m’est souvent arrivé de ne plus me contrôler et de glousser de plaisir. Assez parlé de moi, je m’efface devant Marie et Alain et, surtout, devant leurs personnages…

Or donc, Camille et Simon, qui ne font rien comme tout le monde, ont décidé après sept ans de vie commune (pas si commune que cela d’ailleurs, nous le vérifierons par la suite), sept ans de « recherche de l’harmonie conjugale », de se désunir devant nous pour le meilleur et pour le rire. Alors, pour fêter l’événement, ils ont convié la famille, les amis et des proches… Fidèles à leur schéma habituel, ils vont interpréter, en plus de leurs propres rôles, une douzaine de personnages. Oui, douze, je les ai comptés. Une sacrée performance. Ces intervenants ne sont évidemment pas choisis au hasard. Ils sont tous particulièrement gratinés. Vont ainsi défiler pour notre bonheur l’aumônier qui les avait mariés, flanqué de sa complice Sœur Marie Cropette, Jean-Norbert le maître-queux un tantinet « précieux » qui officie en cuisine, Jennifer, la filleule qui, avec l’ingénuité de ses 6 ans ½ va leur déclamer un poème, Marie-Claire, l’amie psy qui va s’efforcer d’analyser leur couple, puis son collègue Jean-Luc, québécois libidineux qui ne cherche qu’à tenter sa chance, Geoffroy, le copain bobo de l’Aquagym, flanqué de son épouse, Ghislaine, d’une vulgarité telle qu’elle mériterait que l’on invente pour elle le féminin de beauf, la jeune femme qui, suite à un quiproquo, transforme un entretien d’embauche en proposition de débauche, Malika, la femme de ménage rebeu érudite mais qui prend l’accent pour ne pas créer d’embarras, Jean-Jacques, le ch’ti copain de régiment qui dispute à sa femme Carole la palme de la connerie… Sans compter que le sémillant et frétillant Jean-Norbert, de plus en plus taché et de plus en plus pompette, va faire irruption encore deux fois, ça en fait du monde !

Camille et Simon abordent cette soirée de fête en parfaite symbiose. L’harmonie qu’ils n’ont pas trouvée durant sept ans, ils vont la connaître l’espace de cette soirée. Jusque dans leurs vêtements d’ailleurs. Camille porte une robe noire à parements rouges et Simon un costume noir avec une cravate rouge. C’est classe et très joli à voir. Après s’être adressés à nous, public, comme si nous étions les invités privilégiés de leur fiesta, ils vont donc faire appel à ces fameux témoins précités. Aussitôt, la pièce va passer en mode majeur et adopter un rythme effréné. Ce sont vraiment deux super comédiens, capables des pires clowneries (n’est-ce pas Alain ?) comme des scènes d’un humour plus subtil, plus raffiné. Ils savent aussi être coquins sans être jamais vulgaires. Ce spectacle est très écrit, intelligent, émaillé de très bons jeux de mots et de grands moments de comédie (par exemple cette parodie de Rabbi Jacob à laquelle se livre Simon). Il émane surtout d’eux une formidable complicité. Ils cherchent à tout moment à se surprendre, réussissant parfois à en perdre le fil de leur texte suite à une improvisation inattendue. Sont-elles feintes ou écrites ? On ne sait pas et on ne veut pas le savoir. En tout cas, elles sont remarquablement jouées. Et, en plus, chose qui ne gâte rien, ils sont tous deux beaux à voir. Ils sont heureux de partager la scène et, c’est évident, ils nous aiment.

Ils réussissent même sous le biais de la comédie à faire passer un message qui doit donner à réfléchir à tout un chacun : dans un couple, il faut se parler ! Le manque de dialogue peut faire naître des incompréhensions rédhibitoires. Ils le découvrent eux-mêmes, devant nous, à leurs dépens. Du coup leur décision de divorce vacille dangereusement car ils se retrouvent face à un être très différent de celui ou celle dont il/elle voulait se séparer. On peut fortement subodorer que le mot « fin » ne sera pas encore écrit cette fois pour les ToiZéMoi car l’amour a ses raisons que l’érosion ignore. Et c’est tant mieux pour nous.
Sincèrement, si vous voulez passer un bon moment, partager une heure et quart de rire avec deux comédiens généreux et talentueux, précipitez-vous au petit théâtre des Variétés.

jeudi 10 novembre 2011

Les Bodin's "Retour au pays"


Palais des Glaces
37, rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
Tel : 01 42 02 27 17
Métro : République / Goncourt

Une comédie de Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet
Décors de Luc Boissinot
Costumes de Marylène Richard
Avec Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet

L’histoire : Maria Bodin, vieille paysanne coriace de 87 ans, perd la boule. Placée contre son gré en maison de retraite, elle décide de léguer sa ferme à son fils Christian, exilé à Paris depuis plusieurs années avec femme et enfants. Christian entrevoit l’opportunité d’un retour au pays. Mais cet héritage inattendu, n’est-il pas un cadeau empoisonné ?...

Mon avis : L’an prochain les Bodin’s fêteront leurs 18 ans d’existence. L’âge de la majorité. Mais on peut dire que depuis 4-5 ans, ils sont devenus des comédiens majeurs, présentant des spectacles et des films dont le succès va sans cesse croissant. Car, sans tambour ni trompette, la « Bodin’smania » a réellement pris forme. Maria (Vincent) et Christian (Jean-Christian) ont leur fan-club, leurs fidèles, leurs inconditionnels. Et ce n’est que justice.
Retour au pays, leur sixième spectacle, est, à mon goût, leur meilleur, le plus abouti, le plus complet. On peut bien sûr le voir sans connaître les chapitres précédents. Les deux personnages sont si bien ciblés, si parfaitement formatés qu’on n’a aucun mal à s’adapter à eux. Ce qui, à chaque fois, me sidère le plus c’est qu’on a beau savoir que c’est un homme qui se cache sous les oripeaux de Maria, on l’oublie au bout de quelques secondes tant elle est criante de vérité.

Avant même de pénétrer plus avant dans ce nouvel opus, je me dois de souligner les deux éléments qui font que ce spectacle est vraiment chouette : la qualité de l’écriture et le jeu des acteurs. Ces deux là ont vraiment le sens de la formule et de la réplique qui font mouche. Les réparties sont si nombreuses et si savoureuses qu’on aimerait en noter certaines pour les resservir dans les repas de famille. J’en ai d’ailleurs chopé quelques unes au vol, mais il y en a tellement, et de qualité : « C’est pas parce que tu ne les vois pas que t’as pas d’hémorroïdes », « C’est pas parce que j’ai un pied dans la tombe que je vais me laisser piétiner l’autre », « C’est pas parce qu’on n’a plus de dents qu’on n’a pas les crocs », « Les vieux, c’est comme les bouledogues, tant que ça bouffe pas, ça bave »… Etc, etc… Des comme ça, il y en a des dizaines. Maria, qui s’est entichée d’informatique dans sa maison de retraite, se met en tête d’expliquer à son benêt de fils ce qu’est le mot « buzz », et elle part dans une métaphore étourdissante qui provoque une salve d’applaudissements entièrement justifiée.

Donc, vous l’aurez compris, Retour au pays vaut autant pour le fond que pour la forme. La forme ? Ils l’ont les deux gaillards, et pas qu’un peu. Le spectacle va crescendo pour finir dans un véritable feu d’artifices avec une séquence burlesque digne des Marx Brothers réglée comme du papier à musique. Il est très bien construit, alternant des tableaux de durée inégale nécessaires à la trame de l’intrigue (car il y en a une), les moments de délire (les plus nombreux) et les moments d’émotion. Quant au fond, pour parodier le laboureur de la fable, ce n’est pas ce qui manque le moins. En effet, si la gaudriole ne cesse de déferler en vagues incessantes, elle s’apaise parfois pour laisser perler l’écume de la tendresse et des sentiments. Certes, c’est toujours un peu bourru, mais chez les Bodin’s, on est pudique. Les mains sont plus enclines aux torgnoles qu’aux caresses et les vacheries sortent plus naturellement que les mots doux. C’est pourquoi, lorsque ça arrive, l’émotion nous étreint d’autant plus fort. La scène du cimetière par exemple… L’avant-dernière scène, celle de l’inauguration de la ferme-auberge est pour moi la plus belle. C’est du concentré de Bodin’s. Il y a tout dedans : la roublardise de la mère, la bonhommie du fils, son désarroi… Et puis tout bascule, les masques tombent, les vérités fusent, la méchanceté s’estompe pour laisser filtrer une ébauche d’affection retenue qui ouvre une nouvelle porte…
Autre éléments qualitatif de la forme, la bande son. C’est une valeur ajoutée. Tant pour ses voix off (Ah, la scène du notaire… Quel régal !) que pour ses bruits extérieurs.

A travers ce nouveau spectacle, on s’aperçoit que les personnages ont considérablement évolué. Maria est certes toujours aussi sournoise, atrabilaire, calculatrice, papelarde, matoise, vicieuse, agressive, autoritaire, égoïste, envahissante, jalouse, mais en connaissant pendant un an la vie en maison de retraite, elle s’est ouverte au monde. Elle a appris l’anglais, l’informatique, Internet, elle s’est rapprochée de sa nièce Julie et, malgré tout et sans doute malgré elle, elle s’est un peu humanisée. Toutefois, même lorsqu’elle joue la généreuse, sa mauvaise foi chronique n’est jamais bien loin… Quant à Christian, toujours aussi intimidé voire terrorisé par sa génitrice, il commence à se montrer un peu plus finaud. Oh pas beaucoup, mais suffisamment en tout cas pour troubler son interlocutrice et la faire réfléchir. Parce qu’elle est drôlement intelligente la Maria !
Comme l’intégralité de la salle, je me suis beaucoup amusé tout au long de ce spectacle à l’humour fin et sain. On s’attache à ces deux êtres simples et si proches de nous. Comme comédiens, ils sont vraiment très forts. La moindre mimique, le moindre regard, le moindre geste, tout est peaufiné. Quand Christian est au comble de l’embarras, il a deux tics : soit il remet machinalement en place d'un geste gauche une mèche qui n’existe pas, soit il joue compulsivement avec la fermeture-éclair de son pantalon à l’improbable couleur orangée. C’est plein de subtilité et c’est pour ça qu’on y croit et que ça marche.
Bref, les Bodin’s sont aujourd’hui devenus culte.
Finalement, je n’ai que deux petits hiatus à formuler. Il y a deux scènes qui, pour moi dénotent. D’abord celle du surf, mais surtout celle du karaoké qui dérape en dance floor. On voit bien qu’ils ont voulu se faire plaisir. D’ailleurs la majeure partie du public adhère. Mais avec mon côté chiant de cartésien, je ne les ai pas trouvées crédibles et elles n’apportent rien en soi à l’histoire. Elles sont drôles à voir, mais trop décalées par rapport à l’esprit plus concentré et plus rigoureux du reste. Mais comme le reste représente 95% du spectacle, on ne va tout de même pas faire la fine bouche.

lundi 7 novembre 2011

Princes et Princesses


Théâtre Marigny
Carré Marigny
75008 Paris
Tel : 0 892 222 333
Métro : Champs Elysées-Clémenceau

D’après les contes de Michel Ocelot
Mise en scène de Legrand Bemba-Débert
Collaboration artistique de Marc Hollogne

Le sujet : Pour la première fois sur scène, découvrez l’adaptation scéniques des contes Princes et Princesses de Michel Ocelot.
Dans quatre merveilleux contes, au cours d’un voyage à travers le monde digne des contes des Mille et Une nuits, vous rencontrez des fées, des princes et des princesses, mais aussi des aigles et des voleurs…

Mon avis : Voici un spectacle pour enfants qui, en raison de son traitement original et particulier, ne ressemble à aucun autre. Dès les premières images, on l’impression d’entrer dans une immense BD animée. Sur un décor stylisé aux couleurs vives et chaudes, vont évoluer pendant une heure des personnages réels mais en ombres chinoises. Un effet qui amène du charme, de l’onirisme, de la poésie et de l’étrangeté.
Le premier tableau nous emmène en Afrique. Le plus beau garçon du village, berger de son état, vit une jolie histoire d’amour partagée avec une jeune femme. Il joue du djembé, et elle danse. Ils sont insouciants et heureux. Mais voilà-t-y pas qu’une fée s’entiche du « Pâris » local et se met à lui faire un gringue effréné en lui promettant monts et merveilles. Mais à chacune de ses relances, elle se prend un râteau de la part du jeune homme, sincèrement épris de sa belle. A bout d’arguments, la fée s’énerve et lui jette un sort. Puisque c’est comme ça, et bien elle va l’endormir pour cent ans. Ainsi, un siècle plus tard, sa copine ne sera plus là pour lui mettre des bâtons dans les roues ou alors elle sera si décatie que notre éphèbe, une fois réveillé, n’en voudra plus… L’amour sera-t-il plus fort que les sortilèges ?...
Parti d’Afrique, notre voyage enchanté et enchanteur fait ensuite escale au Japon pour un conte noir et drôle, réplique nippone de l’arroseur arrosé dans lequel une vieille dame prouve à un voleur qui veut la détrousser qu’elle a quand même bon dos… Ce conte va d’ailleurs servir de fil rouge pour les tableaux suivants puisque la vieille dame, tout en cheminant, va nous raconter deux autres histoires. La première a pour cadre l’Egypte et la seconde la Perse…

Chacun de ces quatre contes est porteur d’un message que les enfants n’ont aucun mal à décrypter. C’est un peu à chaque fois la lutte du bien et du mal avec happy end systématique. Mais outre la mise en avant des beaux sentiments, ce qui rend certainement ce spectacle si plaisant, c’est son esthétique, la beauté de son graphisme et ses couleurs. Petits et grands y trouvent leur compte (leur conte aussi). Ça fait parfois frémir, mais ça ne fait jamais peur et, grâce à la malicieuse vieille dame, il y a souvent une agréable pincée d’humour.
ET puis, surtout, la facture de ce spectacle est vraiment originale…

dimanche 6 novembre 2011

Jackpot


Théâtre Mélo d’Amélie
4, rue Marie Stuart
75002 Paris
Tel : 01 40 26 11 11
Métro : Etienne Marcel / Les Halles

Une comédie de Clément Naslin et Rémi Viallet
Mise en scène par Xavier Letourneur
Avec Morgane Bontemps (Isabelle), Loïc Legendre (Eric), Clément Naslin (Alain)

L’histoire : Ils ont coché les numéros ensemble, ils ont gagné 30 millions d’euros ! Il devait valider la grille seul, mais il a oublié de le faire… Osera-t-il leur annoncer ? Surtout quand la machine à rêves s’emballe et que certains ont déjà acheté une voiture de luxe, réglé leurs comptes avec leur banquier et insulté leur patron…

Mon avis : Ce n’est pas une pièce, c’est un trampoline ! Niveau rebondissements, c’est une vraie compil’. Difficile d’en caser autant. Il y en a même encore un ultime à la dernière seconde… En tout cas, c’est une foutue prouesse de la part des deux auteurs que d’avoir réussi à développer en une heure et quart un sujet aussi mince et à nous tenir en haleine. Tout au long de cette pièce, on ne cesse de se demander ce qu’ils vont encore sortir de leur chapeau et quels avatars ils vont faire subir à leur fameux bulletin gagnant. Ce foutu bout de papier est finalement le personnage central de ce vaudeville socialo-humain.
Bien sûr que le sujet est rebattu. Mais ça fait plus d’un siècle que l’on chante des chansons d’amour et on continue à en écrire. Ici, c’est l’appât du gain… Gagner un pactole au loto, tout le monde en rêve. Et tout le monde s’imagine ce qu’il ferait avec beaucoup d’argent. Alain, Eric et Isabelle sont comme nous. Ils sont notre reflet. Est-ce que, dans leur situation, on se comporterait de plus noble façon ? Peut-être… Du moins, j’ose l’espérer. Mais comme ici nous sommes dans une comédie, on va y aller à fond. A fonds perdus même ; ou gagnés ?... On n’arrive jamais à le savoir tant ces trois énergumènes ont l’esprit tordu.

Alors que la pièce commence dans la loto-dérision, elle fonce vitesse grand V vers la loto-destruction sans passer par la case loto-censure. Tous les coups sont permis, surtout les plus bas. Ils ne sont pas jolis-jolis ces trois zigotos, mais hélas, ils nous ressemblent. On devrait s’indigner (c’est à la mode), alors qu’on rit.
J’ai beaucoup, aimé les vingt premières minutes. Les deux garçons s’en donnent à cœur joie avec énormément de finesse et de générosité. Le contraste entre eux provoque déjà un effet comique. L’irruption d’Isabelle, très attendue, est à la hauteur de nos espérances… Du moins pendant les premières minutes. Et puis, progressivement, on connaît quelques dérapages. Eric, et surtout Isabelle commencent à en faire un peu trop. On dirait une sorte d’Armelle sur-vitaminée. C’est dommage car elle jouerait un ton en dessous qu’elle n’en serait que plus crédible et, surtout, plus machiavélique, plus redoutable. Pourtant, pour avoir vu auparavant Morgane Bontemps dans deux autres pièces, je la sais capable de jouer tout-à-fait juste. Là, sincèrement, elle en fait des tonnes. Trop ! Du coup ça sonne faux. C’est dommage, car elle a un physique, une présence. C’est un personnage… C’est là mon seul gros bémol.
Loïc Legendre fait son boulot. Il est très à l’aise dans ce genre de rôle même si je l’avais préféré dans le registre plus second degré du Temps du gourdin. Là, il n’y a pas à finasser, il faut y aller plein pot… Quant à Clément Naslin, impeccable de bout en bout, il n’a fait que confirmer tout le bien que je pensais de lui depuis Un conseil très municipal. Avec sa bonne bouille et son sens précis du rythme et de la mimique, il possède une vraie nature comique. J’ai bien aimé sa façon de prendre une voix de fausset lorsqu’il profère un énorme mensonge.

Cette pièce en dents de scie oscille sans cesse entre grosses ficelles et trouvailles ingénieuses, situations exagérées et moments de grâce. Mais surtout, lorsqu’on gratte un peu, on réalise que cette comédie véhicule quelques vérités sur l’âme humaine. En effet, sous l'angle de la farce sont abordés les travers et les turpitudes que l’argent (surtout beaucoup d’argent) entraîne. L’amitié, l’amour, les valeurs de base, le respect de l’autre… tout cela est balayé par l’attrait du fric. S’y substitue la trahison, le mensonge, la vénalité, la lâcheté, le vice. Comme dans un Tex Avery, les trois personnages ont des euros dans la prunelle de leurs yeux. Ça leur fait perdre toute dignité. Cette dimension-là est loin d’être négligeable et elle apporte une plus-value à cette pièce trépidante et somme toute distrayante.

jeudi 3 novembre 2011

Sophie Mounicot "Consensuelle !"


Théâtre du Gymnase
38, boulevard Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne Nouvelle

Ecrit par Gérald Sibleyras
Mis en scène par Isabelle Malin

Le thème : Sophie Mounicot est consensuelle… Ecologiste, progressiste, humaniste, généreuse, elle aime tout le monde avec une sincérité bouleversante. Le temps est enfin venu où elle va pouvoir déballer sur scène son trop-plein d’amour dans un grand spectacle œcuménique et fraternel. Son amour du prochain n’épargnera personne.

Mon avis : Trois ans après son précédent one woman show, C’est mon tour, Sophie Mounicot est de retour au théâtre du Gymnase avec un nouveau spectacle dont le titre annonce le propos sans détour : Consensuelle !...
C’est décidé, totalement assumé, elle se range du côté du plus grand nombre et se prend à vouloir aimer tout le monde. Ou presque. Car c’est plus délicat lorsqu’il s’agit des Nazis… Adepte de la pensée unique, elle chausse ses œillères et ne regarde que dans une seule direction, là où il n’y a pas de remous, de polémique, d’affrontement. Sophie (« sagesse » en grec) se fond avec détermination dans la majorité silencieuse. Son horizon, sa ligne bleue des Vosges, c’est quasiment le doux pays de Oui-Oui. La personnalité préférée des Français, c’est Yannick Noah ? Alors elle est yannickophile convaincue. Elle ne se pose pas de questions. L’écologie est à la mode ? Soit, elle sera une Ecolo Pratiquante Intégriste. Pas de problème, elle va dans le sens du vent…

Mais – car il y a un gros mais – derrière cette acceptation de façade, se cache en réalité une sacrée dose d’hypocrisie et de mauvaise foi. Sinon, il n’y aurait pas de spectacle. Et c’est presque en se tapant sur les doigts qu’elle susurre quelques vacheries, assène un certain nombre de vérités, distille force pointes assassines. Certes le ton est à la limite du fielleux. Elle dit les choses en faisant mine de ne pas les dire, se pose et nous pose des questions existentielles sur un ton quasiment jésuitique. Mounicot excelle dans ce double langage pernicieux. C’est un peu son fonds de commerce. Elle adore jouer avec la duplicité. Elle est une anti-héroïne professionnelle, une loseuse chronique. Elle dissimule son amertume d’une prétendue vie plate et monotone derrière un pseudo détachement qui ne trompe personne.
Dans « Consensuelle », il y a aussi « sensuelle ». Pourtant, elle s’ingénie à gommer tout excès de féminité. Elle se complaît à camper un personnage à la hussarde. Sauf quand elle danse, moment de grâce dans lequel elle est la séduction incarnée. C’est tout Mounicot, ça. En permanence dans la dualité. Ce n’est pas parce qu’on joue les faux-culs qu’on ne sait pas tortiller du popotin. C’est même loin d’être incompatible.

Vous l’aurez compris, ce nouveau one woman show de Sophie Mounicot n’a de consensuel que son titre. Pour elle, il doit être plus difficile à jouer que le précédent où le propos était plus direct, plus premier degré. Ici, elle nous la fait sournoise. Sans compter que, dans cette cuisine particulière, elle ne dédaigne pas utiliser des ingrédients comme l’absurde, la cruauté et l’humour noir. Elle se régale à passer du coq à l’âne (Johnny et Laeicia ?), des primaires (quelques vannes politiques) aux primates (les bonobos). Elle se livre même à plusieurs cascades hyper périlleuses, ou pour se servir un verre d’eau ou pour escalader un tabouret haut perché. Et son chapitre sur l’art et la culture est un pur moment de comédie… Sophie Mounicot est un personnage. Elle ne ressemble à aucune autre femme humoriste, et dans son registre et dans sa façon brute de décoffrage de se mouvoir sur scène. Elle ne compose pas, elle est elle-même, allant jusqu’à s’amuser de ses trous de mémoire passagers ou quand sa langue se met à savonner.

mardi 1 novembre 2011

Intouchables


Un film écrit et réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache
Avec François Cluzet (Philippe), Omar Sy (Driss), Anne Le Ny (Yvonne), Audrey Fleurot (Magalie), Alba Gaïa Bellugi (Elisa)…
Sortie le 2 novembre 2011

L’histoire : A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref, la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les pantalons de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… intouchables.

Mon avis : Voici incontestablement LA comédie de l’année. Elle est d’autant plus percutante qu’elle est inspirée de faits réels.

Fidèle à mes principes, je n’avais rien lu du scénario et je ne savais pas à quoi m’attendre. Dès les premières images, inattendues, surprenantes, je me suis laissé embarquer, allant de surprise en surprise, de plaisir en plaisir, d’émotion en émotion. Intouchables est un film essentiellement humain. Dans l’absolu – et c’est ce qui en fait sa force – tout oppose Philippe et Driss. Ils sont issus de deux milieux sociaux, de deux cultures, de deux éducations diamétralement opposés. La seule chose qui les rapproche, c’est leur handicap : physique pour le premier (il est tétraplégique), social pour le second (il vient d’une cité de banlieue, il sort de prison). Le tout est de savoir comment ces deux là vont cohabiter, apprendre à se connaître, à se respecter l’un l’autre, à s’apprécier puis à s’aimer.
Le sujet est grave. Il est difficile de rire du handicap et pourtant, pas une seconde, on est dans le pathos ou dans la parodie. On est en permanence dans la chair, dans l’humain. En réunissant deux extrêmes, ce film est une formidable leçon de vie et d’optimisme. Bien sûr, il est sans doute plus « confortable » de vivre son handicap quand on est dans l’opulence. Mais comme le scénario s’est appuyé sur la réalité, on le prend tel quel, sans pinailler ou ratiociner. On n’a qu’à se laisser porter par l’évolution et par le jeu des acteurs.

Les acteurs, justement, parlons-en. Quel duo ! Il y a belle lurette que François Cluzet nous avait habitués aux performances de haut vol. Mais là, il ajoute la difficulté à la difficulté. Cet homme n’existe qu’avec sa tête. Tout le reste de son corps (ou presque) est définitivement mort. Cluzet est impressionnant de force. Il existe. Il ne survit pas, il vit. Il réussit à ce qu’on ne s’apitoie pratiquement jamais sur son état.
En face de lui, il fallait donc quelqu’un qui bouge pour deux. Cela faisait déjà deux ou trois films où Omar Sy nous avait révélé l’étendue de son registre. Cet homme là n’est pas que drôle. C’est un être plein de sensibilité et d’amour. Mais il cachait cette pudeur derrière l’humour. Pourtant, ceux qui le connaissent savaient qu’il y avait aussi un gros cœur dans cette grande carcasse. Omar va donc être pour beaucoup une révélation. C’est vrai qu’il est tout simplement formidable dans le rôle de Driss. Il est toujours juste, crédible, simple. Il n’en rajoute jamais. Il n’est pas là pour faire un effet. Il est lui-même. Dans ce film, il est solaire. En cassant les codes, en sortant des lignes, il apporte une sacrée bouffée d’oxygène à son employeur. Il lui redonne un goût à l’existence. Il lui fait découvrir et aimer l’irrévérence, il lui offre inconsciemment une nouvelle forme de liberté.

Au côté des deux principaux protagonistes de cette comédie, il faut souligner la qualité de toute la distribution jusqu’au plus petit rôle et, plus particulièrement deux femmes épatantes, Anne Le Ny et Audrey Fleurot. Cette dernière, révélation de la série de France 3, Un Village français, est en train de se tailler une place de choix dans notre univers télévisuel et cinématographique.

Ce film, parfaitement maîtrisé, est un pur bonheur. Véritable ode à la vie, il nous fait aimer son prochain ou, tout du moins, s’intéresser à lui. Ce qui n’est déjà pas si mal par les temps qui courent.
Le grand succès public, inévitable, qui l’attend en fait d’ores et déjà un des grands favoris dans la course aux Césars, et dans la catégorie Meilleur film, et dans celle des Meilleurs comédiens. Cluzet et Sy mériteraient de partager la récompense ex aequo tant ces deux Intouchables sont indissociables.