jeudi 28 février 2008

2ème sous-sol


Un film de Franck Khalfoun
Avec Rachel Nichols (Angela), Wew Bentley (Thomas)
Genre : thriller
Sortie le 5 mars 2008

Ma note : 6,5/10

L'histoire : En cette veille de Noël, Angela Bridges, une jeune cadre ambitieuse, reste travailler tard avant d'aller rejoindre sa famille pour le repas de réveillon. Lorsqu'elle descend enfin au parking, sa voiture ne démarre pas. Le parking est désert et son téléphone portable ne passe pas. Quand Thomas, le gardien du parking, vient lui proposer son aide, Angela, un peu nerveuse, accepte son offre. Après avoir vainement tenté de faire démarrer la voiture, il l'invite à rester avec lui et à partager le modeste dîner qu'il a préparé dans sa loge. Mais elle refuse sa proposition avec mépris...

Mon avis : Nombreuses sont les dames et les demoiselles qui nourrissent une véritable phobie des parkings en sous-sol, surtout la nuit. Ce film ne va contribuer qu'à les enfoncer encore plus profondèment dans leur hantise car il est particulièrement gratiné.
Dans le genre épouvante éprouvante, il est rudement bien ficelé, avec une montée impitoyable dans l'horreur et la violence. Il est monté comme une tragédie grecque : unité de lieu (le 2ème sous-sol d'un parking déserté pour les fêtes), unité de temps (la douce nuit de Noël), unité d'action (deux personnages, un prédateur et une victime, l'un doit éliminer l'autre pour survivre). Très honnêtement, c'est un très bon film pour qui aime ce genre de spectacle au suspense traumatisant et aux images assez peu ragoûtantes.

Le générique débute sur une chanson guillerette interprétée par une petite voix juvénile accompagnée par les mâles "pou, pou, pou..." d'un choeur d'homme. Et, soudain, la bluette est cisaillée par un hurlement glaçant... On n'est pas pris en traître, l'ambiance est installée. Et nous faisons alors connaissance avec Angela, notre héroïne. Une héroïne à la Hitchcock, blonde, d'apparence fragile, avec un peu la tête de Jody Foster. Angela fait du zèle, elle veut finir son boulot avant de partir rejoindre sa famille pour le réveillon. Comme elle est invitée, elle n'a rien d'autre à s'occuper que de ses cadeaux. Elle prend donc tout son temps. Enfin, la conscience (professionnelle) tranquille, elle gagne le parking pour y prendre sa voiture. Qui refuse de démarrer...

Et voilà, nous y sommes... A partir de ce moment-là, l'angoisse commence à sourdre dans nos neurones car on voit bien que le piège est en train de se refermer sur la pauvre Angela. Tout est fait pour nous mettre sous tension. Nos nerfs se tendent insidieusement au fur et à mesure que monte la panique d'Angela. On s'imagine à sa place ! La bande son, avec ses bruits amplifiés par la vide du parking, ça nous résonne dans la tête, ça nous vrille. Et, bien entendu, on distingue à travers ces bruits métalliques de jolis chants de Noël diffusés dans le lointain. Des sadiques, je vous dis !

A ce moment, apparaît Thomas, le gardien du parking. Un charmant garçon au demeurant, plutôt joli, qui présente une vague ressemblance avec le Filip des 2Be3. Mais à certaines réactions de son visage, on voit bien vite qu'il est grave fêlé. Angela le détecte d'ailleurs très rapidement. Et elle acquiert la certitude qu'il n'y aura pas de salut pour elle.
Par son jeu, tour à tour impénétrable, puis agité de tics, ou bien carrément hystérique, il nous fait penser à l'Anthony Perkins de Psychose. C'est qu'il est en plus redoutablement retors, le bougre. Avec l'intelligence des grands psychopathes, il a vachement bien préparé son coup. Et, pour Angela, c'est la descente aux enfers, au propre comme au figuré. Et quand je dis "propre", âmes sensibles s'abstenir... Ce film comporte quelques scènes d'horreur pure, on n'a pas lésiné sur l'hémoglobine.
Heureusement - sinon le film aurait duré dix minutes - les scénaristes ont eu la judicieuse idée de nous informer que la citadine Angela avait passé toute son enfance dans une ferme. Elle ne va donc pas se présenter en victime expiatoire. La biche va se comporter à son tour en fauve. Elle va y laisser sa peau, mais ce ne sera pas sans combattre... Et notre romantique nuit de Noël se termine comme un western, avec un duel à mort...

Voilà. Dans le genre film d'horreur, 2ème sous-sol est vraiment bien réussi. La mécanique est hyper simple, le résultat est efficace. Un conseil : mesdames et mesdemoiselles, n'oubliez pas de glisser une hache dans votre sac à main avant de descendre seule dans un parking souterrain...

lundi 25 février 2008

Le Plan B


Studio des Champs-Elysées
15, avenue Montaigne
75008 Paris
Tel : 01 53 23 99 19
Métro : Alma-Marceau

Une pièce d'Andrew Payne
Adaptatée poar Vanessa Chouraqui et Robert Plagnol
Mise en scène par Michel Fagadau
Avec : Aure Atika (Sarah), Natacha Régnier (Annie), Robert Plagnol (Tom), Thomas Chabrol (Craig)

Ma note : 6/10

L'histoire : Qu'est-ce qui réunit Sarah, Craig, Thomas et Annie ?
Le sexe ? L'amour ? L'argent ? Le pouvoir ? La drogue ? Le besoin d'exister ? Le besoin d'être aimé ?
A travers quatre personnages, Andrew Payne nous dresse avec humour et une étonnante simplicité le miroir reflet d'une société et d'une époque désolée et désolante, déstabilisée et déstabilisante...

Mon avis : D'emblée nous sommes en présence d'un couple très libre. Tom et Sarah parlent cul tout à fait banalement. Déjà, dès le premier tableau, on pressent que Tom est un garçon un peu compliqué et Sarah une maîtresse femme... Le tableau suivant met en présence Sarah et Craig, son mari. C'est un homme ronchon, maniaque, autoritaire, dont le langage lui aussi n'est guère châtié. On ne s'embarrasse pas de politesses et de prévenances. On appelle un chat un chat. Des adultes, quoi ! Sarah, qui vient de tromper Craig allègrement tout l'après-midi laisse glisser...

Le décor de cette pièce est on ne peut plus simpliste : des panneaux de contreplaqué, un canapé, une chaise et, un peu plus tard, une table à dessin, que l'on déplace au gré des situations. Mais le décor n'a que peu d'importance car ce sont les personnages et leurs caractères qui nous intéressent. Chaque changement de tableau - et ils sont nombreux - est accompagné d'une musique pop-rock années 70 tonique et de bon goût.

Très vite, Tom devient le personnage central. Ami d'enfance de Craig, amant inévitable de Sarah, il a beaucoup de mal à assumer. Alors, comme ses amis, il puise une forme d'assurance dans la boisson. J'espère que cette pièce est sponsorisée par les Vins Nicolas parce les bouteilles s'y vident vitesse grand V. Craig passe son temps le tire-bouchon à la main. Or, ce qu'appréhendait Sarah survient : Tom fait une rencontre, Annie, aussi blonde qu'elle est brune, aussi nunuche qu'elle est manipulatrice, aussi puérile qu'elle est sûre d'elle. Problème, Annie balade de la coke sur elle. Et Tom qui s'efforçait de ne plus y plonger... Deux lignes plus tard, c'est l'euphorie, puis l'hystérie. Annie s'installe chez Tom avec sa planche à dessin... Et Tom, additionnant l'alcool et la dope devient une grenade dégoupillée à la recherche permanente d'argent pour assouvir son vice.

Le Plan B vaut par le jeu des comédiens. Craig est une sorte de Bacri acariâtre, souvent odieux et cruel. Mais il se sait cocu et ceci explique cela. Sarah, directrice de magazine féminin et mère de deux enfants, sûre de son pouvoir de séduction, trouve son équilibre dans ses coucheries de l'après-midi. Annie, c'est la midinette parfaite, un peu fleur bleue, romantique et paumée, en recherche permanente de sécurié et d'amour. Quant à Tom, il compense son manque d'assurance par une agressivité quasi permanente.

Ils sont excellents tous les quatre, mais la palme revient à Robert Plagnol qui joue l'homme sous dépendance avec un brio époustouflant. Il est confondant de réalisme. Il faut voir comment il nous joue une crise de manque ! Il nous fout la trouille. Mais il a l'art de toujours retomber sur ses pattes et de se montrer parfois tellement attachant...
Cette pièce ne repose donc que sur les affrontements. On y rit souvent ; jaune la plupart du temps. Et on essaie de se rassurer en se disant que ces gens qui évoluent là, devant nous, ne sont qu'une minorité. En tout cas, au-delà ce qu'elle raconte, cette pièce vaut par la prestation impeccable de ses quatre comédiens au jeu remarquablement maîtrisé.

jeudi 21 février 2008

Taken


Un film de Pierre Morel
Scénario de Luc Besson et Robert Mark Kamen
Avec Liam Neeson (Bryan), Maggie Grace (Kim), Famke Janssen (Lénore), Xander Berkeley (Stuart), Leland Orser (Sam), Jon Gries (Casey)...
Sortie le 27 février 2008

Ma note : 5/10

L'histoire : Que peut-on imaginer de pire pour un père que d'assister impuissant à l'enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C'est le cauchemar vécu par Bryan, un ancien agent des services secrets. Il n'a que quelques heures pour arracher Kim des mains d'un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vien de se faire enlever à Paris...

Mon avis : Et bien voilà, on a un nouvel héros indestructible façon Stallone, Schwarzy, Van Damme et autres Bruce Willis ; l'humour en moins, hélas... On ne peut nier que Taken soit un grand film d'action. De l'action, il y en a revendre et, je dois admettre qu'on a droit à quelques scènes vraiment spectaculaires. Le problème, c'est qu'on ne parvient jamais à frémir un tant soit peu pour nos héros tant tout est prévisible et cousu de fil blanc. C'est inouï la rapidité avec laquelle il déniche les indices et remonte des pistes a priori hyper protégées. Rien de grave ne peut arriver à Liam Neeson. A lui tout seul il va démanteler un des gangs les plus sanguinaires et les plus monstrueux que la pègre ait enfanté. Imbattable au combat rapproché, capable de courir aussi vite qu'une voiture de sport et de rouler à fond la caiise à contresens sur la voie sur berge, inatteignable par les balles, il est incroyable !

Le début de ce film est un peu lent. Ce qui est regrettable car, ensuite, il devient trop rapide. Dans cette première partie, qui précède l'enlèvement de sa fille, il se révèle tellement tenaillé par la crainte qu'il arrive quelque chose de grave à sa rejetonne, que l'on peut lire sans cesse ses appréhensions sur son visage. Il en fait des grimaces, il en jette des regards inquiets... Ce n'est pas de la comédie, c'est du cinéma muet !
Ensuite, pour donner enfin du rythme au film, le montage est tellement boosté, les scènes d'action se succèdent les unes aux autres, que l'on n'a plus le temps de se poser. On est embarqué dans un grand scenic railway de la violence et du grand guignol. C'est nous qui réclamons pitié. Au niveau de la violence gratuite et exacerbée, on est servi. C'est un petit peu trop. Ce film est truffé d'outrances, de scènes de poursuites et de cascades irréalistes, d'affrontements survitaminés. Au final : même pas peur. C'est trop rapide pour ça et, surtout, trop gros.

Il y a et il y aura un public pour un tel film qui s'apparente plus à un jeu vidéo. C'est vrai que certaines scènes d'action sont plutôt bien foutues, que les méchants sont vraiment TRES méchants, et que Liam Neeson est une formidable machine de guerre à lui tout seul. Il faut aimer...

Bienvenue chez les Ch'tis


Un film de Dany Boon
Avec Kad Merad (Philippe Abrams), Dany Boon (Antoine Bailleul), Zoé Félix (Julie Abrams), Line Renaud (Madame Bailleul), Michel Galabru (l'oncle de Julie), Stéphane Freiss (Jean), Anne Marivin (Annabelle Deconninck), Philippe Duquesne (Fabrice canoli), Guy Lécluyse (Van Vandernoot), Patrick Bosso (le gendarme), Zinédine Soualem (Momo), Jérôme Commandeur (Inspecteur Lebic)

Ma note : 7,5/10

L'histoire : Philippe Abrams est directeur de la Poste à Salon-de-Provence. Il est marié à Julie sont le caractère dépressif lui rend la vie difficile. Pour lui faire plaisir, il fraude afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais, démasqué, il est muté par mesure disciplinaire à Bergues, une petite ville du Nord.
Pour les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur : une région glaciale, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, "le cheutimi". Philippe s'y rendra donc seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants ; et il se fait un ami, Antoine, le facteur et carillonneur du village, à la mère possessive et aux amours contrariées.
Quand Philippe revient à Salon, Julie refuse de croire qu'il se plaît dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'il vit en effet un enfer à Bergues...

Mon avis : Bon, ce n'est pas le film du siècle et il ne s'inscrira pas dans le marbre des annales du septième art. Mais c'est une comédie vraiment sympathique qui nous permet de vivre un très bon moment et d'oublier nos soucis pendant une heure et demie.
Ce film est tout entier à l'image de Dany Boon : drôle et plein de tendresse et d'humanité. Il contient bien sûr quelques maladresses et pas mal d'exagérations qui pourraient passer pour "marseillaises", et bien non, elles sont purement nordiques. Dany a pour sa région natale les yeux de Chimène (non pas Badi qui, elle, hurle qu'elle "vient du Sud", mais la Chimène du Cid qui, lui, ne vient pas de Normandie, comme son nom pourrait le laisser croire). Ce film est une véritable déclaration d'amour adressée aux gens du Nord-Pas de Calais. Originaire d'Armentières (comme Line Renaud, d'ailleurs, sa maman de cinéma), il n'a jamais cessé d'évoquer avec fierté ses racines (il en a même fait un sketch).
Bref, pour en revenir à son second long métrage, c'est une très honnête comédie. On y rit énormément sans avoir jamais la sensation de se moquer. Ce qui est plutôt agréable. Ce film est truffé de bons sentiments. On en sort tout ragaillardi et rassuré quant à la race humaine.

Les bémols d'abord... Je n'ai guère aimé le personnage joué par Stéphane Freiss car, pour avoir moi-même longtemps travaillé à la Poste, même si j'ai rencontré quelques jolis spécimens, jamais je n'ai croisé un individu aussi survolté. Pour être un peu plus crédible il eût fallu qu'il se la joue un peu moins hystérique le Stéphane. De toute façon, le début a des allures de grosse farce. Ce n'est que quand Kad a traversé la France du Sud au Nord que le film commence à prendre sa vitesse de croisière et à devenir la vraie comédie que l'on espérait.

Les atouts maintenant... Il y en a énormément. D'abord le générique, qui est très original. Puis, il y a le solo de Michel Galabru, tellement surréaliste, tellement ENORME, qu'il nous laisse pantois et fasciné. Même si son discours est terriblement outré, il reste un grand numéro d'acteur... Kad Merad est, comme à son habitude, formidablement juste. Il joue sa partition sans aucune fausse note. Il forme avec Dany Boon un duo qui devrait donner des idées aux producteurs... La première apparition cascadeuse de Dany est un grand moment et son accent donne enfin le ton, nous préparant ainsi à quelques savoureux quiproquos et incompréhensions. Il est vrai que cet accent et le vocabulaire qui s'y rapporte se prêtent admirablement au jeu. Et puis il y a les Ch'tis eux-mêmes. Quelle belle brochette formée par Line Renaud, Anne Marivin, Philippe Duquesne et Guy Lécluyse !

Nul doute que cette gentille comédie saura trouver son public. On y rit de tellement bon coeur. C'est tout simple, pas prétentieux du tout, et ça fait du bien... Bergues risque de devenir une destination très prisée des curieux. Quant à la municipalité d'Armentières, elle devrait ériger une statue à l'enfant du pays pour services rendus à la région. On imagine déjà la légende : "A not' p'tiot Biloute". il le mérite amplement...

L'antichambre


Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignoles
75017 Paris
Tel : 01 43 87 23 23
Métro : Villiers/Rome

Une pièce de Jean-Claude Brisville
Mise en scène par Christophe Lidon
Avec Danièle Lebrun (madame du Deffand), Roger Dumas (le président Hénault), Sarah Biasini (Julie de Lespinasse)

Ma note : 8/10

L'histoire : Louis XIV est mort depuis longtemps. le soleil est éteint. Maintenant le pouvoir - ou contre-pouvoir, comme on veut - n'est plus à Versailles, mais à Paris, dans les salons. Ce sont quelques femmes parmi les plus fines qui tiennent ces endroits où se rassemblent les meilleurs esprits européens et les plus éclairés.
Madame du Deffand et sa nièce, Julie de Lespinasse, comptent au nombre des plus célèbres de ces femmes.
Leur salon, ouvert dans l'hôtel particulier du président Hénault, est sans doute le plus couru de la capitale puisqu'on y croise des philosophes et des savants de l'envergure de Diderot, Turgot at autres d'Alembert...

Mon avis : Quel bonheur que cette pièce ! Un bonheur de gourmet, s'entend ; car les mots y sont cuisinés avec un raffinement exquis. Dès les premiers échanges entre madame du Deffand et le président Hénault, on est enchanté par tant de vivacité, par une telle précision dans le verbe, qu'on a l'impression de redécouvrir une des plus précieuses (dans le sens noble du terme) langues qui soient : le français. Les dialogues sont absolument étourdissants et ils le seront pendant une heure quarante-cinq.

Pour goûter à ces brillantissimes joutes verbales, mieux vaut ne pas être fatigué par une dure journée de labeur car on est tenu d'être attentif tout du long. C'est un feu d'artifice, aucun mot n'est anodin, chaque phrase est un petit bijou d'intelligence, de finesse, de diplomatie (donc d'hypocrisie), de duplicité, de perfidie.
Pour assumer un tel numéro de haute voltige sémantique, il fallait des comédiens hors pair. le trio qui évolue sur scène devant nous est tout à fait parfait.

Danièle Lebrun nous livre là une prestation exceptionnelle. Elle campe une marquise et femme d'esprit avec une maestria qui nous comble de plaisir. D'ailleurs la salle, composée en majeure partie d'un public d'esthète, apprécie et le fait savoir par de discrets ronronnements de délectation. Tour à tour pétillante, caustique, impertinente, Danièle Lebrun sait faire passer toutes les nuances avec une réjouissante virtuosité. Son personnage, servi par une abondance de sentences péremptoires et de mots d'auteur fulgurants est un esprit libre. C'est une femme éclairée, une pionnière qui pose les prémices de ce qu'on appellera le Siècle des Lumières. D'une intelligence et d'une culture remarquables, elle est féministe, profondément athée et violemment anticléricale. Une de ses phrases peut la définir en grande partie : "Je suis amie des philosophes, mais ennemie de la philosophie"...
Son complice dans ce tournoi oral est Roger Dumas. Tout en rondeur, son langage est à l'image de son physique. Il est facétieux, malin, apaisant, il a l'art d'arrondir les angles sans être jamais dupe, ce qui ne l'empêche toutefois pas de se laisser emporter quand l'orgueil de sa fonction est titillé. Il est aussi parfois victime cde certaines faiblesses typiquement masculines... Chacune de ses interventions apporte un supplément de fantaisie dans cette pièce qui n'est légère qu'en apparence.
N'oublions jamais que c'est une élite qui évolue devant nous, que l'esprit de Voltaire y est omniprésent et que les premières de l'Encyclopédie sont en train d'être échafaudées.
Quant à Sarah Biasini, elle est épatante dans un rôle pas évident. Ses partenaires, eux, comme leurs personnages, ont forcèment un vécu. Leur caractère est déjà dessiné. Elle, en revanche, ne cesse de grandir tout au long de la pièce et nous suivons sa métamorphose avec le plus grand intérêt. Au tout début, elle est fraîche, exaltée, romantique, avide de culture. Peu à peu, elle se révèle ambitieuse, intrigante, pleine d'idées avant-gardistes. Elle est tout le temps juste. C'est courageux de sa part de se confronter à de tels partenaires. Mais ce doit être tellement enrichissant !

Cette Antichambre est donc un pur bonheur. On s'y trouve comme dans une bulle, entre privilégiés, dans une rare sensation de partage. Quand les lumières se rallument dans la salle, les gens se sourient, complices, tenant à communiquer sur ce moment précieux qu'ils viennent de vivre. C'est une pièce intemporelle, brillante et piquante, un modèle de cet esprit français que toutes les cours européennes de l'époque nous enviaient et cherchaient à s'approprier.

mercredi 20 février 2008

Jamil "Pitié pour les femmes"


Théâtre de Dix Heures
36, boulevard de Clichy
75018 Paris
Tel : 01 46 06 10 17
Métro : Pigalle

Ma note : 7/10

Mon avis : Jamil, c'est d'abord une bonne bouille. Frisé comme Charlebois ou Pierre Perret, une voix rocailleuse entre Arno et Patrick Verbeke et un univers digne de Reiser ou de Vuillemin. Voici en gros ce que vous pouvez attendre de lui lorsqu'il arrive sur scène accompagné de ses deux musiciens, un bassiste et un batteur.
Il attaque à tout vitesse avec un accent québécois à couper au couteau. On commence à s'inquiéter car on n'y comprend pas grand chose. C'est sa première blague ! Car ensuite, pratiquement sans accent, il passe aux présentations. Marocain par son père, Auvergnat par sa mère, c'est un croisement dangereux ! Il a vu le jour au Québec en 1961, puis il a vécu en Egypte, en France et au Maroc, avant de réintégrer définitivement Montréal à 18 ans... Ces différents séjours lui ont apporté, en marge de son métissage biologique naturel, une palette de goûts multiculturelle d'une grande richesse. Le lascar aime les mots. C'est un poète facétieux, iconoclaste, provocateur, épicurien, avec énormément d'autodérision et une pointe de cynisme de bon aloi. Oreilles sensibles, âmes prudes, jouvencelles effarouchées, esprits chagrins et pisse-froid s'abstenir...

Son show est construit de chansons entrecoupées de digressions et de monologues savoureux, énoncés sur le ton de la confidence. D'emblée, Jamil s'adresse à son public comme à des amis. Les prenant pour complices, il estime qu'il peut tout leur dire, du plus intime au plus scabreux. Et ça y va !
Les thèmes de ses chansons reposent esentiellement sur les relations homme/femme. Il a choisi son camp : celui des machos. Egoïste, graveleux, limite vulgaire, avec un langage réaliste et très imagé, il nous brosse de lui un portrait tellement beauf qu'au bout de trois titres, on n'y croit plus une seconde. C'est en fait un gros tendre, un admirateur inconditionnel de la gent féminine, qui cache sa pudeur derrière une prolifération d'horreurs.
Si on l'écoutait, il n'y a que sa mère qui mérite des éloges. Alors, histoire de se débarrasser de ce chapitre positif à l'égard des femmes, il le chante en premier et il tourne la page. Et c'est parti pour les insanités ! Tout le monde y passe, et lui avec... Les vieux, la pingrerie, les Arabes (il peut se le permettre), Internet, les bébés... Le pire, c'est qu'on adhère souvent à ses descriptifs, à ses petits scènes de vie inavouables ("Je pète au lit", "C'est pas moi" !). Ce qui permet de tout faire passer, même le pire, c'est que c'est remarquablement écrit. Le gaillard (c'est le terme qui le définit le mieux) possède une sacrée plume. La chanson qui clôt le spectacle, "Les Glands" est du niveau du "Zizi" de Pierre Perret. De toute façon, c'en est l'extrêmité !

Alors, si vous n'êtes pas bégueule mais plutôt bon vivant et amateur de mots, vous vous amuserez énormément aux pitreries verbales de messire Jamil.
Et puis, j'allais oublier, c'est un sacré guitariste, le garçon ! Ses solos sont étourdissants. Et ce n'est pas Dick Rivers, présent dans la salle ce soir-là et fan de la première heure (il avait engagé Jamil en première partie d'un de ses spectacles), qui me contredira.

lundi 18 février 2008

Paris


Un film de Cédric Klapisch
Avec Juliette Binoche (Elise), Romain Duris (Pierre), Fabrice Luchini (Roland Verneuil), François Cluzet (Philippe Verneuil), Mélanie Laurent (Laetitia), Albert Dupontel (Jean), Karin Viard (la boulangère), Gilles Lellouche (Franky), Zinédine Soualem (Mourad), Julie Ferrier (Caroline), Olivia Bonamy (Diane), Maurice Bénichou (le psy), Anne lise Hesme (Victoire)...

Ma note : 5,5/10

L'histoire : Pierre vient d'apprendre qu'il était atteint d'une grave maladie du coeur qui va nécessiter une intervention chirurgicale dont l'issue n'est pas garantie. Envisageant le pire, il se met à regarder le monde qui l'entoure d'un oeil différent. Plus que la sienne, la vie des autres, la vie de la ville - Paris - prennent soudain une autre dimension...

Mon avis : Le jeu de mot est facile mais, pour ce qui me concerne, Cédric Klapisch n'a pas commis avec Paris un film... capital. Pourtant, depuis quelques semaines, les Ruquier, Drucker, Ardisson et autres chantent les louanges de ce film. Pour la faire bref, personnellement, si on enlève les scènes où figurent Fabrice Luchini et Karin Viard, il me reste la sensation d'un film trop long, trop éclaté et passablement ennuyeux. Je m'explique :

L'aspect positif d'abord... On qualifie ce film de "film choral", ce qui, vu le quantitatif et le qualitatif du générique, est une évidence. Dans cette fameuse chorale donc, tout le monde chante juste (c'est un minimum) et personne ne tire la couverture à soi. La façon de filmer Paris, soit aérienne, soit vu du sol, et avec une abondance souvent bien venue de gros plans, est irréprochable. La caméra aime cette ville et le lui déclare. La cité est omniprésente, bruissante de vie et de mouvement. Ses bruits si caractéristiques forment une très bonne bande son. Les dialogues sont justes. Il y a de jolies relations, frère-soeur (Romain Duris et Juliette Binoche), ou frère-frère (Fabrice Luchini et François Cluzet). Romain Duris, amaigri, joue avec une grande sensibilité et beaucoup d'intériorité (trop ?) un artiste qui prend le temps de regarder enfin le monde qui l'entoure parce que sa vie, déjà sur le plan professionnel, marque un arrêt. Juliette Binoche, en femme débordée, un peu paumée, pas du tout dans la séduction, est absolument touchante. Karin Viard, épatante, est une commerçante plus vraie que nature ; on devrait la détester, mais elle nous amuse trop. Quant à Fabrice Luchini, il est une fois de plus étourdissant. Quelle pépite pour le cinéma français ! Toutes les scènes dans lequelles il apparaît sont autant de merveilleux petits sketches. Il y en a deux qui sont de purs moments de très grande fantaisie : la séance chez le psy et sa démonstration de rock'n'roll avec une façon de bouger qui n'appartient qu'à lui. Mélanie Laurent s'affirme de plus en plus comme une comédienne avec laquelle il va falloir désormais compter.
En conclusion : ce film est un patchwork composé de quelques moments de grâce, il transpire d'humanité et de tendresse et il contient quelques moments de magie d'un très haut niveau. Et le message, même s'il est un peu galvaudé, qui nous incite à faire plus attention à ceux qui nous entourent passe parfaitement. Mais...

L'aspect négatif, maintenant... Mais tant (trop ?) de bonnes intentions ne suffisent pas à nous embarquer. D'emblée, la musique du générique nous agresse les oreilles. le seul superbe passage musical est le piano d'Erik Satie égrenant ses notes sous une neige tombante ; c'est en parfaite harmonie et romantique à souhait... Malgré tout leur talent, on ne parvient pas à s'apitoyer vraiment sur le sort des personnages campés par Romain Duris et Juliette Binoche. Plus de deux heures, c'est beaucoup trop long. J'ai trouvé certaines scènes réellement superflues :
- L'odyssée du Sénégalais ne fait que nous embrouiller en nous emmenant sur une fausse piste. Ce pseudo fil rouge n'apporte rien de vraiment constructif, il ne fait qu'alourdir le film.
- Le délire onirique de François Cluzet, même s'il est esthétiquement original, nous égare lui aussi.
- On ne voit pas très bien l'utilité du faux sondage que Romain Duris vient effectuer chez Mélanie Laurent. En plus, cette scène sonne faux.
- Le pire est ce long tunnel qui nous entraîne du côté des halles de Rungis. Tout ce qui s'y passe nous éloigne du récit et, trop décalé, ne nous concerne guère. Il est hors Paris, donc hors sujet.

Conclusion : Le pari de Paris n'est pas toujours tenu. La faute à un rythme trop lent, alourdi par des scènes superfétatoires. Ce film souffre finalement de sa trop grande richesse. Abondance de biens nuit. Quand un réalisateur possède sous la main une telle escouade d'acteurs tous aussi performants, il doit avoir tendance à jouer les "Monsieur Plus" en rajoutant un peu de ceci, puis un peu de cela, et encore un peu de ceci...
C'est dommage, car avec un peu plus de concision, de nervosité, nul doute que Paris possède tous les ingrédients esthétiques et humains pour faire un grand film.