jeudi 22 novembre 2012

Nicolas Bedos


Une année particulière
Journal d’un mythomane, vol. 2
Editions Robert Laffont
19,50 €

L’intention : Dans ce récit littéraire flirtant avec l’autofiction, Nicolas Bedos saisit avec finesse les petits et gros travers de ses contemporains, croque et romance avec une acuité inégalable les différents épisodes du feuilleton d’une année présidentielle riche en rebondissements, jamais dupe de rien, ni de la droite ni de la gauche ni de lui-même…

Mon avis : Nicolas Bedos a repris son stylo à la pointe acérée pour nous consigner en quarante-six chapitres son journal de bord du 23 septembre 2011 au 3 août 2012. Cette grosse dizaine de mois a constitué pour lui « une année particulière »… Particulière en ce sens qu’il a été « particulièrement » concerné par quelques événements qui ont mis certaines de ses relations proches sur le devant de la scène. Parfois contre leur gré, comme Anne Sinclair, d’aucuns volontairement, comme François Hollande, et d’autres récompensés pour leur talent artistique comme Jean Dujardin… Comme il le constate lui-même : « Comment planter sa plume fielleuse dans une matière si familière sans que le délire mythomane ne se transforme doucement en déballage autofictif ? » Effectivement, il n’est pas toujours facile de rester objectivement perfide…

Nicolas a donc réendossé sa panoplie de Super Mytho. Pour se la péter, il se la pète ! Mais il ne faut jamais perdre de vue que cette posture (imposture ?) n’est autre que le postulat de son journal. En fait, s’il nous la joue mytho, c’est sa façon à lui de se protéger. Ou du moins d’essayer. En effet, tout au long de son livre, il laisse filtrer et apparaître une profonde vulnérabilité. Même s’il nourrit une certaine tendresse pour son nombril, il est trop hypersensible pour être un authentique Narcisse. Attention, il roule des mécaniques, mais il y a des ratés dans le moteur. Côté cœur et côté mental, il y a quelques pièces plutôt fragiles. C’est cette dualité, cette contradiction, qui font le charme du bonhomme. Et qui alimentent sa plume. A la manière d’un goret qui se roule dans la boue pour son bien-être, il se vautre et se complaît dans l’esbroufe et dans ma médisance. Il est comme ces humoristes qui se damneraient pour un bon mot, fût-il au détriment d’un ami…

C’est facile de dire du mal de certains de ses contemporains, surtout lorsqu’ils jouissent d’un statut ou d’une célébrité. Tout le monde peut le faire. Mais Nicolas Bedos le fait avec un talent littéraire étourdissant. Plus il se déplume (il en fait parfois le constat amer), plus sa plume est s’enrichit ! Que l’on soit d’accord ou non avec ses positions on ne peut qu’admirer son style et s’en délecter. Est-ce parce qu’il a été élève à l’école Pascal qu’il a de si brillantes Pensées ? On aime à la croire.

C’est incontestablement à l’écrit que Nicolas est le meilleur. A l’oral, quand il se trouve sur un plateau de télévision, il ne peut se retenir de faire un numéro ; celui du je-m’en-foutiste provocateur qui adore les affrontements et dire des gros mots. En revanche, lorsqu’il lit ses chroniques ou ses billets, il est excellent. Car il s’agit de la retransmission d’un exercice littéraire.

Témoin de son temps, observateur de la société, membre éminent et assumé de la confrérie des Bobos germanopratins, Nicolas Bedos nous permet de revivre une année particulièrement riche en événements de toute nature. Son livre, brillant et plaisant, est vraiment de la belle ouvrage. Peut-être pas quand même jusqu’à en devenir « mytho-logique » !...

mercredi 21 novembre 2012

Adieu, je reste !


Théâtre des Variétés
7, boulevard Montmartre
75002 Paris
Tel : 01 42 33 09 92
Métro : Grands Boulevards

Une comédie d’Isabelle Mergault
Mise en scène par Alain Sachs
Décors de Charlie Mangel
Costumes de Pascale Bordet
Avec Chantal Ladesou (Barbara), Isabelle Mergault (Gigi), Jean-Marie Lecoq (Jean-Charles), Jean-Louis Barcelona (Gildas)

L’histoire : Gigi (Isabelle Mergault) est engagée par son amant pour tuer sa femme, Barbara (Chantal Ladesou). Lorsqu’elle arrive dans l’appartement, elle se retrouve nez-à-nez avec une femme en détresse. Elle n’ose plus l’assassiner et préfère lui venir en aide. Les deux femmes découvriront peu à peu bien des choses qu’elles ignoraient de cet homme dont elles croyaient être sincèrement aimées…

Mon avis : Les spectateurs s’étranglent de rire, tapent des mains… Dans la salle du théâtre des Variétés, l’ambiance est à la franche rigolade. Les responsables de cette belle hilarité sont deux femmes, une blonde, Chantal Ladesou, et une brune, Isabelle Mergault. Deux foldingues qui ne reculent devant rien pour nous amuser… Au cinéma, les films reposant sur un tandem improbable (à l’instar de ceux de Gérard Oury ou de Francis Weber) fonctionnent généralement à merveille. Ici aussi, le binôme est d’une rare efficacité.
Isabelle Mergault a écrit le personnage de Barbara en pensant à Chantal Ladesou. Elle lui a concocté un rôle sur mesure, un rôle en or où le burlesque est parfois teinté d’émotion.

Le rideau s’ouvre sur un superbe appartement bourgeois, moderne et cossu. La première scène, qui réunit Gigi et son amant Jean-Charles, est très importante car elle nous permet d’assister à la répétition du meurtre perpétré à l’encontre de Barbara, la riche épouse de Jean-Charles et, vu comme ça se déroule, devant la candeur et la maladresse de la jeune femme, on se doute que rien ne se passera comme prévu ; et on s’en réjouit d’avance… Moulée dans une (très) courte robe à fleurs sur laquelle elle ne cesse de tirer en vain vers le bas, Isabelle Mergault campe une femme amoureuse, naïve et naturellement gaffeuse. Elle est pleine de bonne volonté, mais elle manque cruellement de concentration et de motivation. Pas facile de zigouiller quelqu’un de sang froid…
Le premier grain de sable à venir gripper le rouage de ces funestes préparatifs n’est autre que l’intéressée elle-même, la cible, Barbara ! Son apparition en déshabillé vaporeux rosâtre digne de Barbara Cartland et la coiffure crêpée en pétard façon crinière de lionne évaporée, déclenche des gloussements de plaisir. LA Ladesou est au mieux de sa forme. Avec son timbre de voix traînant, sa gestuelle aussi désordonnée qu’appuyée, ses poses invraisemblables et ses mimiques inénarrables, elle focalise la jubilation. Certes, on n’est pas au Français, mais on est en plein boulevard. En pleine autoroute même car pendant près de deux heures Gigi et Barbara vont nous entraîner dans leur folie douce pied au plancher.

Isabelle Mergault a retrouvé toute sa verve. Si sa précédente pièce, L’amour sur un plateau, avait pu comporter quelques faiblesses, autant Adieu, je reste est un spectacle total, sans temps morts, avec des situations réellement cocasses et surtout des dialogues parfaitement ciselés. J’ai relevé bon nombre d’excellents jeux de mots, un joli « Kikiproquo », et quelques répliques qui pourraient devenir culte comme la conclusion de Gigi à la phrase « S’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction… » dont je vous laisse le plaisir de découvrir la chute… Il y a aussi cette exclamation qui revient en gimmick dans la bouche de l’écrivaine Barbara lorsqu’elle apprécie une jolie tournure : « C’est bien ça ! Faut que j’le note… »

Isabelle a aussi truffé malicieusement son scénario de clins d’œil cinématographiques. Elle reprend à bon escient quelques répliques cultes de Bardot dans Le Mépris. Lorsqu’elle donne une leçon de séduction à Barbara, on pense immédiatement au cours de maintien que donne Poiret à Serrault dans La cage aux folles. Lorsqu’elle surgit pour accomplir son forfait, elle parodie visiblement Lara Croft. Quant au dénouement, il m’a rappelé la trame du Crime était presque parfait d’Hitchcock… Il y a même des cascades et un combat à mains nues !

Avec sa propension à l’autodérision, Isabelle s’est également ingéniée à choisir pour elle et ses partenaires masculins des prénoms, Gigi, Jean-Charles et Gildas, qui ne peuvent que provoquer son fameux chuintement.

Mais ce qui rend cette comédie totalement aboutie, c’est qu’elle a su la saupoudrer de séquences où perce l’émotion : le désarroi de Barbara qui veut en finir avec la vie, la mélancolie de Gigi lorsqu’elle dresse son bilan sentimental désastreux (« On ne m’a pas aimée »), la jolie relation qui s’installe entre deux femmes trahies par l’homme qu’elle aime…

Emportée par ces deux phénomènes, Adieu, je reste est une pièce très réussie, efficace, qui n’a pour but que de nous faire rire de bon cœur, sans arrières pensées, sans chichis. C’est une pièce populaire dans le sens noble du terme qui devrait aisément tenir la route du succès jusqu’à l’été prochain.


mardi 20 novembre 2012

Nini


L’Archipel
17, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 48 00 04 05
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Une pièce écrite et mise en scène par Gil Galliot
D’après une idée originale de Sandra Gabriel
Avec Sandra Gabriel

L’histoire : Paris, octobre 1943. Au cabaret du Tire-Bouchon, le rideau s’ouvre comme chaque soir sur Nini, personnage haut en couleur, dotée d’une gouaille sans pareille et qui, sous la forme d’une revue, se raconte et met sa vie en scène en chantant et dansant devant un parterre de vert-de-gris et de noceurs. Nous sommes en plaine Occupation allemande…
Nini, reine de la nuit et femme hors norme, tombe amoureuse de Hans, un sous-officier de la Wermacht, sans se soucier de son statut d’occupant puisqu’il occupe son cœur avec bonheur…

Mon avis : Le théâtre de l’Archipel est en réalité un îlot convivial et confortable. On s’y sent bien. La scène de la petite salle où se joue Nini ne fait que quatre mètres de large, ce qui est peu. Surtout quand on découvre la performance artistique et physique que va y accomplir Sandra Gabriel dans le rôle-titre…
Pour être tout à fait honnête, je suis rentré dans ce spectacle sur la pointe des pieds. J’ai été certes immédiatement charmé et amusé par la gouaille de Nini, jeune Normande montée à Paris pour y concrétiser son rêve de jeune fille : devenir artiste. Elle va d’ailleurs préciser un peu plus tard qu’après trois générations de femmes qui gagnaient leur vie « horizontalement », elle va être la première à la gagner de façon « verticale ». Ça en dit déjà long sur son état d’esprit… Nini est une nature. Elle déborde de joie de vivre et de sensualité, elle est espiègle, insouciante, taquine, mais surtout très saine. Et très « scène » aussi. Elle sait tout faire : c’est une conteuse truculente, qui appelle un chat un chat, qui a parfaitement assimilé l’argot de Pantruche, et elle est également une remarquable danseuse et une excellente chanteuse. Une chanteuse réaliste à la manière des héritières de Berthe Sylva, Fréhel ou Damia.

Donc Nini se raconte. Avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle évoque son enfance, les passés de gourgandines de son arrière-grand-mère, de sa grand-mère et de sa mère ; elle fait revivre le curé et l’instituteur. En dépit de cette lourde hérédité de femmes légères, alors qu’elle fort bien faite de sa personne, Nini préfère prendre son destin en main. Elle ouvre le bocage à l’oiseau qui vibre en elle. Après s’être produite dans différentes cabarets parisiens, elle est devenue meneuse de revue au Tire-Bouchon, un établissement dont l’essentiel de la clientèle est composé soldats allemands. Elle, elle n’a pas d’états d’âme. Elle aime son boulot, elle s’éclate sur scène, elle donne sans compter, sans arrière-pensée. Mais, néanmoins, elle est complètement lucide sur ce que vivent les Français sous le joug de l’occupant.
Son slogan est aussi simple qu’imparable, elle est « une femme libre sous l’Occupation »… Facile à dire, moins facile à vivre. Surtout quand on nourrit une sincère passion amoureuse pour un sous-officier de la Wermacht, le beau et sentimental Hans… On pense alors furieusement à Arletty, et aussi au formidable film de Louis Malle Lacombe Lucien, deux histoires qui font réfléchir et qui poussent à l’indulgence, avec le sempiternel questionnement : « Qu’aurions-nous fait à leur place, dans la même situation ? ».

Pour en revenir à Nini, plus le spectacle avançait, plus je me laissais happer et entraîner par la folle générosité de Sandra Gabriel. Elle est débordante de vie, de simplicité et de naturel. Elle demande à ne pas être jugée. On ne peut que la comprendre et l’aimer. Et on l’aime de plus en plus. Et encore plus à la fin.

Nini est vraiment un beau spectacle, remarquablement écrit, intelligent, drôle, entraînant et émouvant. Sandra Gabriel EST Nini. Elle est complètement investie par son personnage. Elle y va à fond, humaine et impudique. Et surtout libre et assumée.
Il faut en outre souligner la qualité de la bande-son et aussi l’importance des images d’époque projetées sur un écran. Ce qui accroît le ton de véracité et le réalisme du récit. Si bien que, devant tant d’authenticité, on se demande à la fin si cette Nini n’a pas réellement existé. Mais il a dû y en avoir des Nini comme elles durant cette période trouble et agitée… En tout cas, elle nous donne à voir une bien belle histoire de femme…


jeudi 15 novembre 2012

Hommage à Jacques Brel



Suite à mon poème "Hommage à Georges Brassens", on m'a demandé de refaire quelque chose dans le même esprit avec un autre artiste. Ce n'est pas l'ordre alphabétique qui m'a inspiré, mais le talent. Après "Tonton Georges","Le Grand Jacques" s'imposait...


Quand on voit le jour au printemps
Dans les environs de Bruxelles
On voudrait rester un enfant
Dans les jupons de quelque vieille
J’ai grandi dans le plat pays
Là où vite on comprend pourquoi
Faut-il que les hommes s’ennuient
Mais chez ces gens-là, c’est comm’ ça

Je me souviens mon pèr’ disait
« Regarde bien petit, c’est toi
Qu’en tant que « fils de » je prendrai
Ma cartonnerie est à toi
Pour moi c’était de la parlotte
Dès l’enfanc’ j’ n’étais pas enclin
A fair’ partie de la cohorte
Des paumés du petit matin

Moi, quand la ville s’endormait
Tout seul dans mon lit je rêvais
Je ne sais pas pourquoi j’aimais
Moins les moutons que les bergers
C’était peut-être l’âge idiot
On se veut prince ou fou du roi
Tête en l’air, pieds dans le ruisseau
Un jour la lumièr’ jaillira

Fuyant une vie cass’-pompon
A l’étroit comme à la Bastille
La colombe s’est faite lion
A moi les prénoms de Paris
J’étais l’homme dans la cité
Qui aimait les filles et les chiens
Par la Toison d’or entêté
Avide comm’ le diable à jeun

De l’aventur’ j’étais en quête
J’étais heureux avec les filles
Clara, Mad’leine ou la Fanette
Je t’aim’, demain l’on se marie
Je prenais l’air de la bêtise
En pleine foir’, j’aimais bien faire
Avec les biches ou les marquises
La bourrée du célibataire

Je me prenais pour le bon Dieu
Voici ma prière païenne
Grand-mèr’, les bigotes et les vieux
Sans pardons, me couvraient de haine
Mais Grand Jacqu’ veut vivre debout
La dam’ patronness’, les Flamandes
Sont pour lui des sing’, des hiboux
Il s’en fout comm’ de mai quarante

J’ai bu d’ la bière à Amsterdam
Sous les remparts de Varsovie
Même à Vesoul, pour une femme
Y’a rien à voir, on s’y ennuie
Dans les jardins du casino
Avec Fernand, Jeff et Jojo
Meilleurs ivrogn’ que gigolos
On dansait l’ Knokk’-le-Zout’ tango

Il pleut ou il neige sur Liège
Gris’ litanie pour un retour
Je sais que Rosa l’Ostendaise
Ne s’ra pas le prochain amour
Ell’ miaulait : « Ne me quitte pas »
Cette fill’ blond’ comme les blés
Ainsi que font les maladroits
Les timid’, les désespérés

Les cœurs tendres aspirent à vieillir
Façon Chanson des vieux amants
Les toros ça veut vit’ mourir
Pour laisser la place au suivant
Moi je n’ai pas peur de la mort
Une îl’ m’accueill’ra moribond
Voir un ami pleurer d’accord
Mais faut pas m’ casser les bonbons

J’arrive à mon dernier repas
J’ veux partir avec élégance
Saint Pierr’, surtout, ne m’attend pas
J’ suis trop fier, donc sans exigences
Mais qu’avons-nous fait bonnes gens
En face il nous faut regarder
La vie est un’ valse à mill’ temps
A grandes dents, je l’ai bouffée

Gérald Dahan


Gentleman usurpateur

Après avoir connu un grand succès avec son spectacle Sarkoland en 2008/2009, Gérald Dahan est de retour avec un tout nouveau show intitulé Gentleman usurpateur (n’étant pas bègue, il pouvait décemment pas le baptiser « Hollande-land »)…
Il vient de le présenter début novembre dans la jolie bonbonnière qu’est le cabaret parisien La Nouvelle Eve avant d’entreprendre une grande tournée à travers la France. Mais, farceur invétéré, il a garni cette bonbonnière de dragées… au poivre. Une fois de plus, il a bluffé tout le monde avec ses remarquables imitations et l’étonnant mimétisme dont il fait preuve avec les célébrités qu’il caricature. En plus, non content de ça, il se révèle être un excellent chanteur, un fameux mime et s’autorise même quelques chorégraphies du meilleur aloi. D’ailleurs, puisqu’il a choisi de se produire dans un cabaret, il la joue résolument music-hall en se faisant accompagner par un pianiste.

Pour usurper, il usurpe le Gérald. Et il ratisse large, abordant tous les domaines de la politique à la chanson en passant par le cinéma et la télévision.
C’est Michel Jonasz qui ouvre le carnet de balles (à blanc, rassurez-vous). En guise de générique, il se livre à une revue de détail sur l’actualité politique. Après cet Etat des lieux, Gérald redevient Dahan le temps de regretter, élections obligent, d’avoir perdu en route « son personnage principal », Nicolas Sarkozy. « Passer de Sarkozy à Hollande, c’est comme passer d’une Ferrari à une Kangoo » ironise-t-il. Mais on ne le sent pas si chagrin que ça. La nouvelle majorité présidentielle lui offre un nouveau terrain de chasse dans lequel il peut flinguer à tout-va. Ses premières proies étant Manuel Valls et Arnaud Montebourg…

Ce qui est bien avec Dahan, c’est qu’il zappe pour nous. Il abandonne ses nouvelles voix politiques pour nous ramener en terrain connu en clonant à merveille Patrick Timsit puis, prouvant une fois de plus qu’il a plusieurs cordes vocales à son arc, il s’appropriant les larynx de Stéphane Guillon (étonnant de véracité), de Pierre Palmade (un classique) et d’Edouard Baer (rare) avant de se consacrer à un long épisode dévolu à Dominique Strauss-Kahn…
Après ce chapitre délicieusement fleur bleue, il se lance dans une séquence chansons à la suite de laquelle, pratiquant lui aussi allègrement l’alternance, il revient à la politique en faisant se succéder, chronologie oblige, Sarkozy et Hollande. Sans vous en dire plus, je vous recommande particulièrement sa parodie de not’ nouveau président, bien écrite et remarquablement interprétée…
Dans la salle, on est aux anges car, pour le prix d’un seul spectacle, on voit entre autres défiler sur scène Julien Clerc, Johnny Hallyday, Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, Claude Nougaro et même Barack Obama !

Gentleman usurpateur est un spectacle total, aussi varié qu’abouti. La générosité de Gérald Dahan n’a d’égale que l’étendue de ses dons. Il se plaît sur scène, c’est évident. Il adore jouer avec le public, voire « sur » le public. En vrai sale gosse qu’il est, il rit lui-même de ses vannes les plus saignantes. Et comme il a un mal fou à quitter la scène, il nous propose une sorte de « chanson à la demande » et enfin, tout comme un DVD, il nous fait cadeau d’un bonus pour lequel il se mouille vraiment. Dans l’absolu, il ne manque qu’un bêtisier, mais des bêtises l’actualité et nos célébrités lui en fournissent tellement qu’elles sont la matière avec laquelle il a construit son spectacle…

Fabrice Di Falco


Di Falco Quartet

Lundi soir, dans l’auditorium de l’Espace Georges Bernanos, J’ai eu le bonheur de découvrir un véritable phénomène : Fabrice Di Falco.
Ce jeune homme, dont quelques relations m’avaient déjà parlé, est surnommé à juste titre « Le Farinelli créole ». Il est un des ares chanteurs au monde (ils ne sont paraît-il qu’une vingtaine) à posséder une tessiture de sopraniste et de haute-contre. Si bien qu’il peut aussi bien interpréter ces airs qui étaient l’apanage des castrats aux 16è et 17è siècles que de jouer avec le grain grave de sa voix. Cette particularité l’autorise à aborder un répertoire on ne peut plus éclectique, passant avec une aisance déconcertante du baroque au jazz, de l’opéra à la comédie musicale.

Le 12 novembre dernier, j’ai donc pu le découvrir dans une nouvelle formule, le Di Falco Quartet.
Il nous offre une étrange entrée en scène, très théâtralisée. Pendant que les musiciens jouent, il apparaît en haut des travées, revêtu d’une longue chasuble noire, le visage dissimulé derrière un loup vénitien surmonté de plumes de paon. Il descend lentement les marches qui conduisent à la scène et, soudain, sa voix, éthérée, cristalline, mélodieuse, emplit l’espace. Il se déplace au ralenti, hiératique, jubilant sans doute intérieurement de l’effet qu’il produit sur les personnes qui le découvrent. Sur un rythme jazzy, il se livre à quelques vocalises étonnantes…
Mais, dès le deuxième morceau, il se démasque, au propre comme au figuré. Ayant jeté sa soutane aux orties, il quitte résolument son personnage quelque peu irréel. Juché sur une haute chaise tapissée de tissu antillais, il se présente avec énormément d’humour et de distance. En préambule à un air de Vivaldi, à la fois informatif et facétieux, il raconte le phénomène des castrats.
Son show – car c’en est un – est original, riche et varié. Accompagné par de formidables musiciens (Jean Rondeau au piano, Aurélien Pasquet à la batterie et Erwan Ricordeau à la contrebasse), bénéficiant de l’excellente acoustique de l’auditorium, il chante du Mozart, rend hommage au Chevalier de Saint-George, Antillais comme lui, dialogue avec la contrebasse, campe un duo dans lequel, jouant à merveille de son incroyable tessiture, il se répond à lui-même en tenant à la fois le rôle féminin et le masculin, se livre à une danse lascive et romantique avec une danseuse et termine son spectacle par une surprenante version de Adieu foulard, adieu madras, un chant traditionnel martiniquais datant de 1769 qu’avait popularisé… Chantal Goya !

Fabrice Di Falco est un personnage hors normes. Alors qu’il est invité à se produire partout dans le monde, il reste étonnant de simplicité. Il ne s’enferme pas dans son statut de phénomène vocal. Protégé par son sens de l’humour, il est accessible et adore papoter avec le public à l’issue de sa performance (dans le sens anglo-saxon du terme). En plus de ses prodigieuses qualités vocales, il est incontestablement une belle âme.
Si vous ne le connaissiez pas, retenez bien son nom et guettez ses prochaines prestations car il n’a pas fini de nous surprendre et de nous enchanter.

mercredi 14 novembre 2012

1789, les Amants de la Bastille


Palais des sports
1, place de la Porte de Versailles
75015 Paris
Tel : 01 48 28 40 10
Métro : Porte de Versailles

Livret de Dove Attia et François Chouquet
Mise en scène et chorégraphies de Giulano Peparini
Musiques composées par Dove Attia, Rod Janois, Jean-Pierre Pilot, William Rousseau, Olivier Schultheis
Paroles de Dove Attia et Vincent Baguian
Décors de Bernard Arnould
Costumes de Frédéric Olivier
Lumières de Xavier Lauwers
Images de Patrick Neys
Avec Louis Delort (Ronan), Camille Lou (Olympe), Rod Janois (Camille Desmoulins), Roxane Le Texier (Marie-Antoinette), Sébastien Agius (Robespierre), Nathalia (Solène)Matthieu Carnot (Lazare), David Ban (Danton), Yamin Dib (Auguste Ramard), Guillaume Delvingt (Necker), Philippe Escande (Louis XVI)…


L’histoire : France, printemps 1789. La famine et le chômage dévastent les campagnes et les villes. La révolte gronde tandis qu’à Versailles la cour de Louis XVI, insolente et frivole, continue de dépenser sans compter l’argent de l’Etat.
Issus de ces deux mondes qui se redoutent et s’affrontent, Olympe et Ronan n’auraient jamais dû se rencontrer. Lui, jeune paysan révolté par les injustices qui l’ont privé de sa terre, monte à Paris pour conquérir la liberté. Elle, fille de petite noblesse, gouvernante des enfants royaux à Versailles, se dévoue corps et âme au service de sa souveraine, la reine Marie-Antoinette. Et pourtant…
Ils vont s’aimer passionnément, se perdre, et se retrouver. Accompagnant les plus hauts personnages de leur temps tels Danton le magnifique, Camille Desmoulins, le fougueux journaliste, ou Jacques Necker, l’austère ministre du Roi, ils connaîtront les soubresauts de la Grande Histoire.

Mon avis : Voici donc le quatrième opus produit par Dove Attia et Albert Cohen. Après Les 10 Commandements, Le Roi Soleil et Mozart l’opéra Rock, ils continuent de remonter le temps avec 1789, les Amants de la Bastille.
Forts de leurs précédentes expériences, ils ont acquis dans le domaine du spectacle musical un savoir-faire indéniable. Ils n’ont d’ailleurs connu que des succès toujours plus grands.
Pour 1789, ils ont de nouveau réuni les ingrédients qui ont légitimé leur réussite : de somptueux décors, de superbes costumes, une scénographie onirique, des chansons portées par des voix parfaites, des chorégraphies originales… tout cela au service d’une histoire.

Ce qui m’a le plus frappé et séduit, c’est la formidable esthétique du spectacle. On en prend vraiment plein les mirettes. En fait, il y a peu de décors en dur. L’ingéniosité du scénographe a été de projeter des images sur d’immenses panneaux coulissants. L’effet est remarquable. On sait tout de suite où on se trouve. La toute première image, à l’ouverture du rideau, donne le ton. On se croirait dans un film en 3D. Et la suite ne fait que confirmer ce parti-pris d’esthétique. On a droit à une succession de tableaux tous plus beaux les uns que les autres. J’ai particulièrement celui du Palais-Royal, la chorégraphie des filles de joie, celui du Journal, celui de la geôle avec acrobaties façon yamakasi, le cauchemar d’Olympe, ainsi que certains effets spéciaux comme l’incendie… Dans ce domaine, on est vraiment gâté.

En revanche, par rapport aux précédents spectacles et plus particulièrement les très réussis Roi Soleil et Mozart, la part de fiction y étant plus importante, j’ai trouvé l’intrigue plus décousue. J’admets que traiter les six mois les plus décisifs de la Révolution Française en deux heures tenait de la gageure. Connaissant la grande méticulosité en matière de véracité historique du librettiste François Chouquet, il a dû souffrir de ne pas pouvoir développer cet aspect au détriment du récit romanesque. Si bien qu’on n’a droit qu’à quelques fulgurances disposées ça et là au petit bonheur, ce qui produit une sorte de déséquilibre dans la narration. On voit passer les principaux protagonistes de la Révolution ; les Danton, Robespierre, Desmoulins… sans trop les approfondir.

Toujours par comparaison aux deux exercices précédents, j’ai trouvé que 1789 manquait de tubes. Certes la musique est bonne mais, hormis Ça ira mon amour, il y a peu de chansons qui émergent et que la foule peut immédiatement s’approprier. Dans Le Roi Soleil et Mozart, il y a eu une demi-douzaine de vrais succès. Là, ça manque un peu de folie et de bons gros titres qui ponctuent le spectacle de ces rendez-vous avec les jeunes filles qui les reprennent en communion avec leurs interprètes.
Ensuite, autant j’avais adoré la prestation de Yamin Dib dans Mozart où il avait apporté une indispensable et rafraîchissante note de comédie pure, autant j’ai trouvé qu’il en faisait beaucoup trop cette fois. Yamin est un comédien hors pair, il n’a pas besoin de forcer autant le trait. Dans la première partie, j’ai eu l’impression de voir un clone agité et vociférant de Louis de Funès. Heureusement, il se ressaisit dans le début de la seconde partie. Je comprends qu’on veuille apporter un peu de légèreté dans une histoire dramatique, c’est nécessaire, et le public adore Yamin. Mais il faut savoir éviter la caricature et tomber dans le sur-jeu… En revanche, j’ai trouvé extrêmement jubilatoire la prestation de ses deux sbires, joués par Michaël Feigenbaum et l’époustouflant Olivier Mathieu
Sur le plan vocal, il n’y a rien à dire. Comme d’habitude, tous les artistes sont parfaits. J’ai plus particulièrement apprécié les timbres de Nathalia (Solène) et surtout celui de Rod Janois (Camille Desmoulins). Ils font vraiment l’unanimité auprès du public… Quant aux chorégraphies, je les ai trouvées absolument superbes, homogènes, toniques, inventives, tout à fait adaptées à l’histoire. Du très beau travail.

Bref, si les yeux sont plus comblés que les oreilles1789, les Amants de la Bastille reste un grand et beau spectacle. Il y a encore une fois de la magie et surtout, je tiens à le rappeler, une profusion de tableaux absolument magnifiques.