lundi 11 mai 2015

Jean-Pierre Mocky "Le vais encore me faire des amis !"

Biographie
Cherche Midi
17 €

Jean-Pierre Mocky n’occupe pas la place qu’il mérite dans le cinéma français. Si l’on s’attarde un instant sur son impressionnante filmographie (60 longs métrages, 40 téléfilms), on s’aperçoit que, pendant plus d’un demi-siècle, il s’est toujours comporté en observateur de la société française. Il a passé son temps à zoomer sur tous ses dysfonctionnements, sur ses turpitudes, sur ses aberrations, sur ses manquements, sur ses iniquités, sur ses hypocrisies… Jean-Pierre Mocky n’a eu de cesse de mettre le doigt, et même parfois la main ou le bras tout entier, là où ça fait mal. C’est un dénonciateur chronique. Chacun de ses films aborde une thématique poil-à-gratter. Il a fustigé entre autres la bigoterie, le terrorisme, la corruption, le fanatisme sportif, l’abus de pouvoir…
Forcément impolitiquement correct et iconoclaste, il a l’indépendance viscérale, la rébellion systématique et l’indignation chevillée à l’âme. Evidemment, il est loin de plaire à tout le monde. D’autant qu’il possède une grande gueule et qu’il ne se prive pas de dire très haut ce qu’il pense.

Sa biographie, Je vais encore me faire des amis ! rassemble la quintessence de ce caractère indomptable, voire insoumis. Ce livre est savoureux car il lui ressemble en tout point. Jean-Pierre Mocky est sincère et direct, même sa mauvaise foi est honnête parce qu’elle est assumée. Dans tous ses passages télévisés, la plupart de ses interlocuteurs se sont complus à stigmatiser ses inimitiés et ses ressentiments. Or, je trouve qu’il se dégage de cet ouvrage beaucoup plus d’amour et d’amitié que d’aigreur et de méchanceté.


Jean-Pierre Mocky a écrit ce livre comme il parle. Il ne recherche pas la style, il ne s’embarrasse pas de fioritures. Il va à l’essentiel, droit au but, au plus près de l’os. Sa profession de foi est synthétisée dès la page 20 : « Moi, Jean-Pierre Mocky, étranger au monde de l’espionnage, exempt de tout délit et politiquement indépendant !... Comme Coluche, j’appartiens au cercle très restreint des artistes qui mettent les pieds dans le plat. Ennemi juré de la langue de bois, je n’ai jamais craint d’afficher mes révoltes. Ça me coûte de plus en plus cher, mais la liberté a un prix ! ». Tout est dit.

A une époque où la liberté d’expression se réduit de jour en jour telle une peau de chagrin, on a besoin de ce genre de bouffée d’oxygène. N’en déplaise aux zélateurs de tout poil, Jean-Pierre Mocky peut se montrer fier de sa carrière, de son œuvre, et surtout de ce tempérament exempt de toute servilité. Acteur, puis réalisateur, sa vie privée comme professionnelle a été d’une richesse incroyable. Sur le plan de l’amitié, il a été – à juste titre sans doute – très gâté. Il en fait des belles rencontres ! Très respectueux de ses aînés, de ses grandes figures tutélaires que sont les pionniers du cinéma français, il apparaît évident qu’il a moins d’estime pour ses pairs que pour ses grands pairs.


Mocky aime aussi fort qu’il se fâche. Mais, malgré tout, entre certaines lignes, on sent poindre un peu de nostalgie et beaucoup de tendresse. Il doit avoir un cœur qui bat plus vite et plus fort que la moyenne. D’où l’exacerbation des sentiments. Alors qu’il pourrait se contenter de ces formidables amitiés qu’il a partagées, il reste et restera toujours un éternel insatisfait. Il y a encore tant de causes à défendre, da saloperies à dénoncer, d’acteurs à diriger. Jean-Pierre Mocky fait partie de ces rares personnalités dont on voudrait que le « Moteur » ne s’arrête jamais de tourner…

samedi 9 mai 2015

Fraissinet "Live"

Live
Valensole

A ma grande honte, j’avoue que je ne connaissais pas Fraissinet. C’est un ami qui m’en a parlé, qui m’a communiqué un lien pour l’écouter et… j’ai pris une claque.
Vedette consacrée en Suisse, ce garçon de 35 ans, a écrit et composé quatre albums dont un instrumental. Il a écumé les scènes francophones et il a décroché une bardée de prix dont certains très prestigieux (Académie Charles-Cros, Sacem)… Un petit tour sur Wikipédia m’a appris qu’il avait suivi des études supérieures de lettres et fréquenté assidument le monde du cinéma… Lettres et cinéma ! Ces deux mots associés offrent une belle indication pour définir son univers musical et son écriture qui, en toute logique, est aussi léchée qu’imagée.

Nicolas Fraissinet a donné ses premiers concerts assez tardivement, puisqu’il avait déjà 25 ans lorsqu’il s’est lancé sur scène. Faisant corps avec son piano, il fait partie de la grande tradition de la grande chanson française. C’est un excellent auteur doublé d’un compositeur hyper créatif. Les sonorités qu’il tire de son instrument sont aussi riches que variées. Les quelques parties de guitare, à chaque fois judicieuses, magnifient imparablement la chanson, nous rappelant parfois les grands groupes de hard rock hyper mélodieux des années 70/80.
Les chansons ne sont jamais mièvres, jamais gratuites, jamais misérabilistes. On sent chez lui de la fierté, une énergie positive. Sous une apparente fragilité, on sent plutôt un mec solide, bien qu’il ne soit pas vraiment sorti du monde de l’enfance ou, tout du moins, aime-t-il à l’entretenir en en évoquant principalement ses rêves et ses peurs.
Il tire de la souplesse de sa voix puissante, mélodieuse et tout à fait maîtrisée des intonations rares, des inflexions qui lui permettent de jouer certaines de ses chansons à l’instar d’un comédien.


Si, comme moi, vous ne le connaissiez pas, précipitez-vous sur l’album « Live » qu’il vient de sortir. Il contient la quintessence de toute son œuvre. Dix-huit titres dont neuf inédits qui vont vous transporter dans son monde « réalisticonirique ».
Somnambule, la chanson qui ouvre cet opus, le synthétise parfaitement. Tout Fraissinet y est contenu : une voix modulable à souhait, une écriture soignée, une interprétation habitée, un refrain aérien, un climat quasi obsessionnel et un piano partenaire et complice…
Tout ce qui suit est d’un très haut niveau. J’ai aimé la douceur et la musicalité du Sourire de ma mère, l’entrain slave et festif de Fantôme, la sombre réalité de L’amour, l’ambiance apaisante du Silence, la véhémence et les ruptures d’Araignée du soir
En fait, chacun de ses chansons est construite comme un petit film.


Parmi les nouveautés, j’ai particulièrement le vaudouesque et très rythmé Je nous vois grandir, la mousseuse légèreté et les guitares musclées de L’exil du pingouin, la force lancinante et les cordes de Reviens,
Mais avec lui, l’exercice du choix et de la préférence paraît bien vain tant chaque titre possède sa personnalité, ses arrangements et ses couleurs propres.

Plus je l’écoute, plus je me dis que je prêche dans le vide, que je m’adresse à des convaincus. Il est impossible que Fraissinet soit passé inaperçu par d’autres ignares que moi. Je bats ma coulpe, mais je vais me rattraper.
D’après l’atmosphère qui se dégage de cet album Live, je suis convaincu que Nicolas Fraissinet prend toute sa dimension sur scène. Heureusement, je n’aurais pas trop à attendre pour m’en repaître car il va se produire le 11 juin prochain sur la scène de l’Européen. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte…


vendredi 8 mai 2015

Molière malgré moi

Gaîté Montparnasse
26, rue de la Gaîté
75014 Paris
Tel : 01 43 22 16 18
Métro : Gaîté / Edgar Quinet

Conçu et mis en scène par Francis Perrin
Lumières de Jacques Rouveyrolis
Costumes de Pascale Bordet
Son de Michel Winogradoff

Présentation : Francis Perrin nous fait revivre un Molière insoupçonné : chef d’entreprise avant l’heure, meneur d’hommes à l’énergie sans borne, auteur à l’imagination débordante, amoureux insatiable des femmes, chef de troupe affamé de création, c’est dans la vie quotidienne du « premier farceur de France » et parmi ses œuvres les plus célèbres que Francis Perrin nous rappelle que Molière, avec ses mots et avec ses maux, restera pour toujours le Patron non seulement des comédiens mais celui de tous les spectateurs du monde entier.

Mon avis : S’il y a bien un comédien qui connaît son « Petit Molière illustré » sur le bout du cœur, c’est Francis Perrin. Cette passion quasiment monomaniaque pour la vie et l’œuvre du sieur Jean-Baptiste Poquelin, il la porte en lui et l’entretient depuis plus de quarante ans. Il a joué quinze fois, et mis en scène à onze reprises. En résumé, depuis 1072, Francis Perrin a toujours eu en quelque sorte du Scapin sur la planche… Il a en outre consacré à son maître un ouvrage en 2007, Molière, chef de troupe. Un ouvrage sur lequel il s’est visiblement appuyé pour écrire ce seul en scène qui lui est entièrement dédié, Molière malgré moi.


Dans cette pièce, on s’aperçoit que Molière est un personnage ô combien romanesque. Les quinze dernières années de sa vie que Francis Perrin nous décrit avec force anecdotes, informations, détails chiffrés, sont incroyablement foisonnantes. A la fois narrateur et acteur, il passe de l’un à l’autre sans marquer de césure insufflant ainsi à son histoire un rythme impressionnant. Savoureuse schizophrénie, il raconte Molière tout en l’incarnant. Il est complètement habité, imprégné, sous influence. Virevoltant, bouillonnant, enthousiaste, enflammé, avec lui on ne risque pas de prendre Racine ou de bailler au Corneille. On est tout de suite happé et captivé à la fois par le ton effervescent de l’artiste et par son récit réaliste et imagé. Francis Perrin a la flamme savante…

Francis Perrin nous parle tout autant, sinon plus, de l’homme que de son œuvre. Côté Cour lorsqu’il évoque ses relations avec le Roi des Rois, Louis XIV, côté cœur, avec ses amours trépidantes pour les deux sœurs, Madeleine et Armande Béjart. Mais Francis Perrin va bien au-delà de tout cela. Avec le recul, j’ai l’impression d’avoir au fil de la pièce, tourné les pages d’un magazine people. Rien ne nous est caché de la Cour du Roi Soleil, de ses fastes comme de ses turpitudes. Molière a été encensé et adulé à l’aune des jalousies qu’il a suscitées et des calomnies qu’il a provoquées. Il a été trompé autant qu’il a aimé. Il a été trahi plus que quiconque par des « collaborateurs » en qui il avait accordé confiance et amitié. Bref, il a pris autant de coups que de caresses. Toujours côté « people », Francis Perrin a saupoudré son Molière malgré moi de name dropping : outre les nobles qui gravitent autour du Roi, il cite ses collègues dramaturges, ses acteurs et actrices et ses meilleurs copains comme Boileau, La Fontaine ou Mignard. Excusez du peu, mais ça a de la gueule sur le plan de la notoriété !


Culotte rouge, chemise et bas blancs, souliers rouge et noir à talon et à boucles, Francis Perrin porte la panoplie avec aisance et naturel. Sur le plan de la générosité, il n’est pas « avare ». Débit saccadé avec force gestes à l’appui, il joue avec les ruptures et les silences. Cette arythmie voulue éveille et alimente judicieusement notre intérêt tout au long de la pièce. Il glisse même malicieusement quelques apartés pleins d’autodérision, allant même jusqu’à s’autoriser quelques anachronismes fort réjouissants. Complètement conquis par la charge passionnelle que Francis Perrin met dans son discours, j’ai vécu un grand moment de théâtre. C’était Molière lui-même qui évoluait devant moi. Cet « Impromptu » de la Gaîté Montparnasse est un pur régal. On comprend que, pour l’auteur-acteur, écrire et interpréter cette pièce était une nécessité viscérale. Depuis le temps qu’il portait son Molière en lui, il était grand temps qu’il en accouchât. N’en déplaise aux Fâcheux, le bébé est aussi beau que vigoureux.


Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 5 mai 2015

Le Talent de mes amis

Réalisé par Alex Lutz
Ecrit par Alex Lutz avec la collaboration de Tom Dingler et Bruno Sanches
Musique de Vincent Blanchard et Romain Greffe
Avec Alex Lutz (Alexandre Ludon), Bruno Sanches (Jeff Cortes), Tom Dingler (Thibaut Redinger), Anne Marivin (Carole ), Audrey Lamy (Cécile), Julia Platon (Helen), Sylvie Testud (Stéphane Brunge) et avec la participation de Jeanne Moreau…

Sortie le 6 mai 2015

Synopsis : Alex et Jeff, collègues de bureau dans une multinationale, sont aussi les meilleurs amis du monde depuis le lycée. Avec leurs femmes respectives, ils forment ensemble presque une famille qui se fraye un chemin dans la vie, tranquillement, doucement, sans grande ambition. Pourtant, l’arrivée de Thibaut, conférencier et spécialiste en développement personnel, ne va pas tarder à mettre à mal leur équilibre pépère. Et pour cause, Thibaut est un ami d’enfance d’Alex. A l’époque, ces deux là, super complexées et toujours mis à l’écart dans la cour de l’école, s’étaient promis de réussir leur vie, coûte que coûte. Aujourd’hui, le beau et brillant Thibaut semble avoir tenu sa promesse. Il pousse Alex à réaliser ses rêves au risque de perdre l’amitié de Jeff…

Mon avis : Fan de la première heure d’Alex Lutz, j’étais sincèrement avide de découvrir de quelle manière il allait projeter son univers déjanté sur grand écran, un exercice qui n’a rien à voir avec le seul en scène.
Et bien, je dois avouer qu’il m’a fait très peur l’Alex. Les vingt premières minutes de son film me voyaient m’agiter sur mon siège avec une envie grandissante de quitter la salle. Les regards inquiets que j’échangeais avec ma voisine ne faisaient que confirmer mon malaise… Je comprenais parfaitement que cette introduction avait pour utilité de nous faire faire connaissance avec les sept principaux protagonistes de l’histoire, mais c’était trop gentillet, trop superficiel et, surtout d’un humour trop potache. Nous sommes confrontés à des grands gamins immatures qui subissent avec insouciance toutes les nuisances du quotidien, de la routine et le stress de la vie parisienne. Alex et Jeff sont sympathiques, leurs compagnes sont très complices avec eux, mais tout cela manque de consistance. Nous sommes dans l’écume et les blagounettes peinent à nous étirer un léger sourire. On commence à se dire que le costume de réalisateur est encore un peu trop large pour le sieur Lutz.


Et puis, soudain, un deuxième film commence à prendre forme. On se recale dans le fauteuil et notre intérêt pour la suite de l’histoire ne fait que croître. En fait, débarrassés de toutes les scories liminaires, les personnages prennent peu à peu de l’épaisseur et le film son essor… Enfin, Fiat Lutz !
Pour faire simple, Alex se révèle bien meilleur lorsqu’il s’agit de faire sourdre l’émotion. Les comédiens dévoilent une toute autre palette de jeu. On prend dès lors part à leurs malheurs, à leurs affres, à leur fragilité. On est vraiment touché car, alors seulement, ils deviennent comme nous. Ils n’ont plus des comportements de sales gosses irresponsables, mais ils sont confrontés à de vrais problèmes existentiels.


J’ai donc vu deux films en un. Heureusement, la meilleure partie dure plus longtemps que la plus inconsistante, si bien que l’on quitte la salle avec un bilan dans l’ensemble positif. Le charme du Talent de mes amis, c’est qu’il concentre toutes les faiblesses d’un  premier film. Il est si plein de naïveté qu’on ne peut que se montrer indulgent.
Et puis, surtout, il est réellement sauvé par la qualité des comédiens. Ils sont tous vraiment bons. J’avais vu plusieurs fois Alex Lutz sur scène, j’avais découvert et apprécié Bruno Sanches au théâtre dans André le Magnifique, Dernier coup de ciseaux et Ladies Night et je suis régulièrement leur ineffable duo de Catherine et Liliane, ils m’ont aisément confirmé tout le bien que je pensais d’eux. En revanche, la belle surprise est venue de Tom Dingler, vraiment épatant dans le rôle complexe de Thibaut. Il est aussi performant en coach gommeux et arriviste qu’en pauvre type redevenu humain lorsque les aléas du sort l’obligent à se débarrasser de son vernis.
Anne Marivin, formidable dans son long monologue, Audrey Lamy excellent de bout en bout et Sylvie Testud qui prouve qu’elle peut se permettre quelques incursions dans la loufoquerie et le second degré, sont toutes trois impeccable. Et puis, il faut souligner l’exquise qualité et la justesse du jeu de Jeanne Moreau dont les deux apparitions sont absolument marquées du sceau de la grande classe. Bonjour l’émotion.


En conclusion, lorsqu’on a franchi le cat des vingt premières minutes, Le Talent de mes amis, est un film qui se laisse regarder sans déplaisir parce qu’il est servi par de délicieux comédiens. Le paradoxe que l’on peut en tirer c’est qu’Alex Lutz s’avère meilleur dans l’émotion que dans l’humour pur. Je suis convaincu que, fort de cette première expérience, lorsqu’il n’aura plus ce désir ardent de tout mettre dans un film, donc trop, il va être bien plus efficace. Je prends le pari…

samedi 2 mai 2015

Marie-Antoinette et le Chevalier de Maison Rouge

Polydor / Universal Music

Passionné d’Histoire, Didier Barbelivien prépare pour la rentrée 2016 un spectacle musical intitulé Marie-Antoinette et le Chevalier de Maison Rouge. A l’instar de Vendée 93, sorti en 1992, dans lequel il s’était inspiré d’un roman de Victor Hugo, il a puisé cette fois dans l’œuvre d’Alexandre Dumas.
Adepte d’une stratégie qui a déjà fait ses preuves à maintes reprises par le passé, le prolifique auteur-compositeur a décidé d’en sortir l’album plus d’un an avant sa réalisation sur scène. Ainsi, les principaux extraits diffusés sur les ondes auront-ils eu pour effet de séduire et de fidéliser le public.
Le Chevalier de Maison Rouge, le roman de Dumas, qui fourmille de péripéties, constitue un formidable terreau pour glaner les éléments essentiels à un scénario on ne peut plus épico-romantique. Deux histoires d’amour qui s’entrecroisent à l’ombre de la guillotine, c’est vraiment inspirant. Didier Barbelivien avait ainsi largement de quoi s’inspirer pour broder à l’envi autour de cette dramatique. Comme il le présente lui-même, il n’a fait que « traduire la légende en chansons ».

Le CD qui vient de sortir donne plus qu’un aperçu du spectacle à venir. Les dix-sept titres qui le composent sont tous amenés par une brève présentation historique. Cette narration a été judicieusement confiée à Stéphane Bern. Avec sa diction et son ton si particuliers, il lui apporte une forme de grandiloquence légèrement surannée, mais qui lui va si bien.
Bien sûr, toutes ces chansons ne produisent pas sur nous le même effet. Certaines, qui peuvent nous paraître un peu fades à l’écoute, risquent d’être magnifiées en étant interprétées sur scène.
En attendant, je me suis contenté de m’en tenir au simple rôle d’auditeur sans essayer de projeter ou de matérialiser quoi que ce soit. Je ne me suis laissé porter que par des chansons… Mon hit parade « marie-antoinettesque », évidemment subjectif mais totalement honnête, se présente ainsi :
-          1/ Tu penses à elle.
-          2/ Marie-Antoinette.
-          3/ Mon fils, mon Roi.
-          4/ L’amour secret.
-          5/ La Terreur citoyen.
-          6/ Trahir par amour.
-          7/ La noblesse.


A priori, tous les interprètes de ces chansons seront les personnages du spectacle. Kareen Anton incarnera Marie-Antoinette, Didier Barbelivien le Chevalier de Maison Rouge, Mickaël Miro Maurice Lindet, Slimane jouera Lorrin, Valentin Marceau Martin, chanteur des rues, et Aurore Delplace Geneviève.

Ce casting est vraiment d’excellente qualité. Mickaël Miro, Kareen Antonn et, encore plus, Didier Barbelivien, ne sont plus à présenter. Tous les trois assurent remarquablement. En revanche, je connaissais moins les trois autres principaux protagonistes de cette épopée musicale. J’ai été particulièrement emballé par la voix de Slimane. Que ce soit en solo (La terreur citoyen, Marie-Antoinette) ou en duo (Tu penses à elle), il possède une vraie identité vocale. Quant à Valentin Marceau, je l’ai trouvé épatant dans sa façon joliment ironique d’interpréter La noblesse. Il a le ton juste et la distance nécessaire pour savoir mettre l’intention là où il faut. On sent en lui une dimension de comédien… En revanche, j’avoue que j’ai un peu de mal avec la voix trop ténue, trop aigue, d’Aurore Delplace. Heureusement, grâce à son joli minois, son aisance et sa tonicité, je suis convaincu qu’elle sera parfaitement à son affaire sur scène.

vendredi 1 mai 2015

Cats

Théâtre Mogador
25, rue de Mogador
75009 Paris
Métro : Trinité / Havre-Caumartin / Auber

A partir du 1er octobre 2015
Billetterie : 01 53 33 45 30

Musical composé par Andrew Lloyd Weber
Mis en scène par Trevor Nunn
Chorégraphies de Gillian Lynne
Adaptation française de Nicolas Nebot et Ludovic-Alexandre Vidal
Avec, dans le rôle de Grizabella, Prisca Demarez

Auréolé d’awards en tous genres, le spectacle musical Cats, créé à Londres en 1981, a déjà été applaudi par plus de 73 millions de spectateurs à travers le monde.
Après un premier passage à Paris - et en français - en 1989, il sera de nouveau à l’affiche à partir du 1er octobre prochain. Fin avril, un show case nous a permis d’en découvrir les grandes lignes. Ce qui m’a le plus époustouflé c’est l’extraordinaire qualité et variété des costumes et des maquillages. Les minettes sensuelles et les matous athlétiques surgissant dans les travées et s’arrêtant à quelques centimètres de nous m’ont permis de le vérifier de près. C’est véritablement impressionnant.
Ensuite, nous avons eu droit à quelques chorégraphies exécutées par la troupe anglaise venue spécialement de Londres pour nous donner un aperçu particulièrement alléchant du spectacle sous les yeux mêmes de la grande prêtresse de la danse, Gillian Lynne. Cette respectable dame de… 89 ans, habillée et bottée comme une jeune femme, s’est révélée pleine d’allant et dotée d’un humour typically British.
On peut s’attendre avec ce musical à un très haut niveau de performance dans tous les domaines.



Bref, tout ce que l’on nous a donné à voir était réellement marqué du sceau de la perfection. Je n’ai, personnellement, qu’un seul petit bémol à adresser (bémol parce qu’il s’agit de chanson) : j’ai trouvé que l’interprétation du tubesque et standardissime Memory par Prisca Demarez était beaucoup trop dans la démonstration au détriment de l’émotion. On le sait qu’elle a de la voix, pas besoin de chercher la performance à tout cri. L’enchantement escompté a fait place à l’agression. J’en ai encore la trompe d’Eustache toute recroquevillée dans sa cavité… Mais je pense que d’ici le 1er octobre tout cela sera réglé.

Ben "Eco-responsable"

Comédie de Paris
48, rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Tel : 01 42 81 00 11
Métro : Blanche
Tous les jeudis à 21 h jusqu’au 4 juin

Ecrit et mis en scène par Ben et Thibault Segouin

Présentation : « Eco-responsable » est un spectacle qui relance l’économie, atténue le réchauffement climatique et vous redonne foi en l’avenir.
Tout ça avec de l’humour, mais pas seulement, de la musique, mais pas tout le temps, et peut-être même de la poésie, mais c’est pas sûr…

Mon avis : Une fois encore, Ben nous propose un seul en scène à nul autre pareil. Un spectacle qui, sans surprise, se montre à la fois décapant, politiquement incorrect, non conformiste, et qui titille délicieusement nos zygomatiques. Mais Eco-responsable n’est pas que cela… Celui que les exégètes de l’humour ont pompeusement qualifié de « Roi de l’Absurde » et qui n’hésite pas à s’en rengorger sans la moindre pudeur, nous gratifie néanmoins d’une prestation particulièrement réjouissante qui, peu ou prou, justifie sa couronne.

Après un début très « ampoulé », Ben, pantalon anthracite, chemise blanche et cravate bariolée, nous entraîne insidieusement dans son univers gentiment lunaire et viscéralement décalé dans lequel le réalisme n’a strictement rien à faire. Quoi que… Comment ce type à la dégaine un peu paresseuse, qui passe son temps à s’interroger à voix haute, réussit-il la performance de saupoudrer son non-sens chronique d’une logique imparable ? Lui seul en possède la réponse. Ben est un pratiquant hors pair des affirmations contradictoires, des digressions gigognes alambiquées, des associations contre nature, des ruptures imprévisibles et des images saugrenues. Ça frise carrément l’intégrisme… Et même ses silences sont drôles !


Ainsi qu’il existe une grande variété de haricots verts – des fins, des très fins et des extra fins -, Ben appartient incontestablement à cette troisième famille. Il se déguste sans faim, mais avec une extrême gourmandise. J’avoue qu’en allant vérifier la description de « haricot vert » dans le dictionnaire, j’ai constaté que je me fourvoyais. Comparaison n’est pas raison car j’y ai découvert que ce légume était… « une gousse immature » ! Ce qui n’est absolument pas le cas de cet individu qui, non seulement affirme son hétérosexualité, mais qui s’avère en outre être de sexe masculin. Gousse lui ? Je me gausse ! Quant à l’immaturité, on peut à la limite la lui accorder car on sent qu’il encore du mal à se débarrasser d’un certains côté sale gosse… Mais fermons cette parenthèse totalement superfétatoire pour étudier plus attentivement ce spectacle.

Ça pourrait ressembler à du grand n’importe quoi alors que c’est parfaitement maîtrisé et remarquablement écrit et interprété. En gros, c’est du décousu main. Un humoriste qui réussit à placer dans son texte des mots comme « métonymie », « synecdoque » et à consacrer un chapitre sur l’existence du « tilapia » mérite le plus profond respect. En voici un, au moins, qui ne se moque pas de son public. Quoi que… Partir de la protection de l’environnement (histoire de justifier le titre de son spectacle) pour finir en narrant son changement d’opérateur téléphonique en passant par la vie en entreprise, les salons de massage, le frelon asiatique et sa vie de débauche quand-il-était-jeune, ça tient du parcours accidenté d’un jeu de l’oie diabolique. Il faut une sacrée dose de virtuosité pour nous passionner avec des histoires qui sont la plupart du temps d’une affligeante banalité. On prend un plaisir incommensurable à se laisser mener par le bout du nez sur des chemins inattendus et riches en surprises en tous genres. Nous sommes un peu comme ces enfants qui se laissèrent charmer par le Joueur de flûte de Hamelin. Sauf que le gouffre dans lequel nous entraîne ce guide facétieux est un gouffre empli de rires.
En effet, grâce à toi, qu’est qu’on rit… Oncle Ben !


Gilbert « Critikator » Jouin