samedi 25 août 2007

Happy Hanouka !


Théâtre Michel
38, rue des Mathurins
75008 Paris
Tel : 01 42 65 35 02
Métro : Auber/Havre-Caumartin/Madeleine

Une comédie d'Alex Pandev et Sylvie Audcoeur
Mise en scène : Jean-Luc Moreau
Avec : Maaïke Jansen (la mère), Ary Abittan (David), Alex Pandev (Julie), Sylvie Audcoeur (Betty)

Ma note : 5/10

L'histoire : David a rencontré Julie à Las Vegas. A l'issue d'un pari fou, il l'épouse sur place. Il omet hélas d'en informer sa famille. De retour à Paris avec sa toute nouvelle épouse, il va bien lui falloir officialiser cette union... Nous sommes le soir de Hanouka, la fête juive des Lumières. David décide de profiter de cette réunion familiale pour annoncer son mariage avec une "goy" à ses parents ; et plus particulièrement à sa mère, possessive, intolérante, qui avait rêvé de bien d'autres choses pour son fils...

Mon avis : Le premier tiers de cette pièce est joué sur un rythme trépidant, sans aucun temps mort. Il est dominé par la présence extravagante et envahissante de Maaïke Jansen, plus vraie que nature en mère juive. Avec une invraisemblable énergie, elle campe une femme absolument insupportable : possessive, égocentrique, futile, intarissable, pénible. Son jeu est d'une justesse parfaitement maîtrisée. Et pourtant, il ne doit pas être évident de tenir la route avec un rôle qui tient plus des montagnes russes que du long fleuve tranquille. Elle s'en sort à merveille et sa performance force tout à la fois notre admiration et notre respect.
Pour lui faire face, Ary Abittan, qui joue son fils David, tire admirablement son épingle du jeu. Pris en tenailles entre trois furies, tel un bouchon emporté par un torrent tumultueux, il surnage on ne sait comment. Lui aussi se révèle impeccable. On passe son temps à se demnder, écartelé qu'il est, à quel moment il va exploser. Il n'a aucun moment de répit, il est en tension permanente. Un rôle éprouvant certes, mais qui doit être réeellement jouissif et bénéfique pour un comédien.
La pièce repose donc presque exclusivement sur cet impitoyable affrontement mère/fils. Après ce début tonitruant, la pièce perd quelque peu de son rythme et de sa percussion. Elle s'égare parfois en petits sketches de remplissage (l'audition de la soeur, par exemple) et en saynètes un peu superflues. Et puis elle rebondit de nouveau, souvent grâce aux numéros de Maaïke Jansen, parfois en fonction des névroses de la soeur.
La pièce, émaillée de très bonnes répliques, de vacheries bien senties, tourne peu à peu au règlement de comptes. Il faut dire que le personnage de la mère s'avère d'une intolérance et d'un aveuglement crasses. La pauvre Julie se voit déverser sur son innocente tête tout un tombereau d'immondices injustes. Si bien, qu'à certains moments, on se met à ressentir un réel malaise devant autant de férocité. Difficile de rire de bon coeur devant tant de malveillance. Julie-la-biche est acculée, blessée, insultée, humiliée ; la mise à mort est inéluctable.
Au final, on ressort du théâtre Michel avec une sensation douce-amère. Trop d'amour tue l'amour. Trop d'intolérance provoque incompréhension et révolte. Une sacrée leçon de manque patent d'humanité. Mais nous sommes au théâtre, et on se doit de saluer à sa juste valeur l'immense prestation de Maaïke Jansen. Même quand elle se transforme en gorgone furibonde, elle ne perd pas une once de son élégance naturelle. Grande, grande, très grande artiste !

mercredi 22 août 2007

3 amis


Un film de Michel Boujenah
Avec : Mathilde Seigner (Claire), Pascal Elbé (César), Kad Merad (Baptiste), Yves Rénier (Antoine), Daniel Duval (Francis), Philippe Noiret (le patron du garage)...
Genre : Comédie sentimentale
Sortie : 22 août

Ma note : 5/10

L'histoire : Qu'est-ce qu'un ami ? Est-ce que j'en ai un ? Est-ce que j'en suis un (ou une) ? C'est quoi cette relation étrange qu'on appelle l'amitié ? Qui sont ces gens qu'on aime d'amour et avec qui on ne le fait pas ? Qui sont ces gens avec qui ce n'est jamais fini parce que ça n'a jamais commencé ? Comment je peux faire du bien à mes amis ? Est-ce que j'ai le droit d'intervenir dans leur vie sous couvert d'amitié ? Et jusqu'à quel point ? Et au fond, quel est ce sentiment étrange qui m'habite quand un ami a besoin de moi ? Un bonheur, ou un besoin ?

Mon avis : J'aime beaucoup Michel Boujenah. L'homme. Ayant eu le plaisir de le côtoyer quelques fois, j'ai pu apprécier sa sincère et profonde humanité. C'est un grand sentimental, un tendre, un émotif. Il a en lui un besoin viscéral de donner de l'amour et d'en recevoir. Il est donc tout naturel que ses films ne soient qu'à son image. C'est bien sûr le cas de 3 amis.
Or, ce film souffre justement des trop grandes qualités de coeur de son réalisateur. Trop de générosité, trop de complicité, trop d'indulgence engendrent paradoxalement un manque de rigueur et d'esprit critique. On voit bien qu'il a laissé volontiers la bride sur le cou de ses trois comédiens. Et, si Mathilde Seigner s'en sort à merveille, on ne peut pas en dire autant des personnages masculins interprétés par Pascal Elbé et Kad Merad.
Je m'explique. Le problème avec César et Baptiste c'est qu'ils sont un peu outrés. On a un peu de mal à trouver certains de leurs comportements crédibles. Faute, la aussi, à la tendance à l'exagération toute méditerranéenne de Michel Boujenah. On aurait aimé plus de simplicité, plus de retenue ; plus de pudeur aussi. Et pourtant, dans la vie, Michel Boujenah est quelqu'un d'extrêmement pudique. César (Pascal Elbé)est timoré, foncièrement gentil et carrément fragile. C'est le loser-type. Baptiste (Kad Merad) est plus terre à terre, plus pragmatique jusqu'au moment où sa vie bascule. Son personnage vire alors quasiment au burlesque avec un toc, amusant et plausible au départ, mais qui lasse en devenant excessif (la scène avec le camion).
D'autres scènes sont d'ailleurs vraiment surjouées : celles entre César et la fille de son patron, et puis celle de la permière rencontre entre Baptiste et la call-girl, qui est digne d'un épisode des Nuls... Le problème, c'est que tout ceci sonne un peu faux.
Heureusement, il y a tout de même des moments de grâce dans ce film. Tout d'abord la prestation de Mathilde Seigner. Entière, solitaire, fragile, elle est réellement touchante. Avec son jeu tout en justesse, elle nous livre la composition d'un personnage normal. En dépouillant son jeu, elle a vraiment pris de l'envergure... Deuxième point appréciable : des dialogues qui font souvent mouche (on sent l'école du one-man show). Troisième point : même si Kad Merad en fait un peu trop dans la caricature, il confirme toute l'étendue de son registre. Il fait désormais partie des valeurs sûres du grand écran. Et enfin, quatrième point : on sourit souvent devant les agitations de ce trio que l'on ne peut que trouver éminement sympathique. On ressent beaucoup de tendresse pour eux.
Vous l'aurez compris, ce film est gentillet, un peu brouillon. Il est moins bien réussi que Père et fils. Mais, surtout, que Michel Boujenah ne se décourage pas. Il a un vrai univers, un authentique amour de la vie et des acteurs. On a besoin de sa vision du monde.
3 amis nous réserve surtout un intense moment d'émotion pure avec l'ultime participation à un film de Philippe Noiret. Sa première apparition nous porte un coup terrible tant il est marqué par la maladie qui le ronge. C'est tout à la fois dur à accepter et sublime. En dépit de son visage amaigri, de ses cheveux clairsemés, il nous laisse en dernier cadeau le son de sa voix incomparable et l'étincelle scintillante d'ironie de ses prunelles. Respect Monsieur Noiret. Et merci à Michel Boujenah de lui avoir offert cet ultime plaisir de jouer.

lundi 20 août 2007

Hairspray


Un film chorégraphié et mis en scène par Adam Shankman
Avec : John Travolta (Edna Turnblad), Christopher Walken (Wilbur Turnblad), Nikki Blonsky (Tracy Turnblad), Michelle Pfeiffer (Velma Von Tussle), Brittany Snow (Ambar Von Tussle), Amanda Bynes (Penny Pingleton), James Marsden (Corny Collins), Queen Latifah (Motormouth Maybelle), Zac Efron (Link Larkin)...
Genre : comédie musicale
Sortie : 22 août 2007

Ma note : 6/10

L'histoire : 1962. En dépit de son physique passablement arrondi, la jeune Tracy n'a qu'une idée en tête : danser dans la célèbre émission de Corny Collins. Par chance, Link, un des danseurs vedette, assiste à une de ses performances au lycée. Il lui propose alors de venir rejoindre la troupe. Tracy en devient instantanément un des piliers, s'attirant du même coup la jalousie d'Amber qui régnait jusque là sur le show.
La chance de Tracy tourne lorsque, après avoir été témoin d'une injustice raciale, elle se retrouve poursuivie par la police pour avoir marché à la tête d'une manifestation pour l'intégration des Noirs. désormais en cavale, ses chances d'affronter Amber au cours de la finale et de remporter le tant convoité titre de "Miss hairspray" semblent bien compromises...

Mon avis : Tout le monde - et c'est tout à fait légitime - ne va retenir de ce film que l'ahurissante performance de John Travolta en dondon (costume de 15 kilos, 5 prothèses remplies de silicone pour lui grossir le viage, sans compter celles pour les jambes et les bras). Il est vrai que c'est particulièrement réussi et que l'illusion est parfaite. Il n'est plus que le regard auquel on peut s'accrocher pour retrouver le héros de Pulp Fiction ou de Volte/Face. Chacune de ses interventions est épatante.
Mais cela suffira-t-il à faire de Hairspray un succès à la hauteur de ses précédentes implications dans des comédies musicales aujourd'hui culte, La fièvre du samedi soir et Grease ? Je n'en suis pas certain. Christopher Walken est excellent. Il nous livre un petit bijou d'autodérision. Michelle Pfeiffer se régale également avec son personnage parodique. La potelée Nikki Blonsky, avec son enthousiasme communicatif est convaincante. Zac Efron va faire craquer toutes les teenagers. Et il en est de même de la part de tous les comédiens absolument irréprochables. Or, à l'arrivée, il ne reste qu'un film sympathique, au scénario prévisible, et qui tourne un peu en rond. La faute à son titre, Hairspray ne décoiffe pas ! Il lui manque un vrai brin de folie.
En outre, les chorégraphie s'avèrent à la longue un tantinet ennuyeuses tant elles sont répétitives et naphtalinées dans du déjà vu.
Finalement, l'aspect à mon goût le plus intéressant est la chronique sociale dans les villes du nord des Etats-Unis au début des années 60, une époque où la place des Noirs était encore très limitée et contrôlée. Ainsi, dans le film, la célèbre émission de Corny Collins ne leur est-elle ouverte qu'un jour par semaine ! Le poids de la ségrégation se fait énormément sentir. Et le bel engagement de Tracy, au risque de perdre sa notoriété naissante, n'en est que plus louable.
Bref, nonobstant la métamorphose travoltesque qui peut déclencher une certaine curiosité, on peut dire que, dans le genre, on a vu vraiment mieux. Mais, je me répète, ce film est sympathique et bon enfant, il se laisse voir sans réel déplaisir.

jeudi 2 août 2007

Captivity


Un film de Roland Joffé
Avec Elisha Cuthbert (Jennifer Tree), Daniel Gillies (Gary), Pruitt Taylor Vance (Ben Dexter)...
Genre : film d'horreur
Sortie : 8 août 2007

Ma note : 7/10

L'histoire : Jennifer Tree, la nouvelle top modèle que tous les photographes et couturiers new-yorkais s'arrachent, est la fille qui fait rêver le grand public. Pour le meilleur et pour le pire...
Un soir, Jennifer est suivie par un homme. Celui-ci réussit à entrer en contact avec elle et à la droguer. Quand elle se réveille, elle se trouve enfermée dans une cellule, agencée à son intention, dans laquelle elle reconnaît une quantité de ses objets personnels visiblement volés dans son appartement. Son ravisseur lui diffuse des vidéos montrant des femmes torturées dans cette même cellule. Puis, jour après jour, il commence à lui faire subir d'horribles sévices... Durant son calvaire, Jennifer découvre qu'elle n'est pas seule. Un jeune homme, Gary, est lui aussi retenu en cpativité dans une cellule voisine. Les deux captifs réussissent à entrer en contact...

Mon avis : Je dois vous avouer une de mes turpitudes : moi qui m'évanouis deux fois sur trois lors d'une prise de sang ou devant une coupure au doigt, j'ai toujours été friand de films gore. Mon cerveau doit aimablement faire le tri entre la réalité et ce qui n'est qu'une fiction, aussi sanguinolente et horrible soit-elle. Donc, pour faire court, j'ai toujours eu une attirance perverse pour le grand-guignol. Et bien, avec Captivity, je reconnais avoir vécu une des sensations les plus intenses que m'ait procuré ce genre de film.
C'est bien simple, au bout de vingt minutes, ma voisine, terrée au fond se son fauteuil, se mit à grommeler un "C'est pas possible ! je me casse..." ; et de joindre le geste à la parole en se dirigeant vers la sortie. Une demi-heure plus tard, deux autres personnes quittaient la salle...
Il est vrai que, dès le générique de début (une mise en bouche particulièrement difficile à supporter), nos nerfs étaient soumis à dure épreuve. Ce film est franchement terrifiant. Autant par la violence de certaines images que par l'angoisse qui y est savamment distillée. On est en permanence sous tension. La bande-son est lancinante, grinçante, irritante. Les bruits, amplifiés, sont tour à tour inquiétants et agressifs. Quant au décor de la cellule, c'est une réussite dans ce domaine. Un musée des horreurs en concentré. Le moindre détail (par exemple ces gros plans sur d'innocentes poupées torturées, disséquées, couturées, couvertes d'estafilades, de plaies, de cicatrices)ne contribue qu'à nous rendre encore plus compatissants sur l'horrible destin qui attend l'héroïne. Et les scènes, toutes plus insoutenables les unes que les autres, de se succéder. Détail qui avive grandement notre anxiété : jamais on n'aperçoit le visage du bourreau, cet être qui torture uniquement par plaisir. Freddy est un aimable plaisantin à côté de lui. C'est du pur sadisme, un monstrueux jeu du chat et de la souris. Honnêtement, nos nerfs aussi sont au supplice.
Techniquement, tout aussi est fait pour amplifier notre malaise. Tout n'est que gros plan. On est coincé, prisonnier. Il n'y a aucun endroit sur l'écran où l'on peut rechercher une petite plage de douceur histoire de se détendre quelques secondes et de recharger les accus.
Pour sa première incursion dans le monde de l'horreur, Roland Joffé (La déchirure, Mission, La Cité de la Joie, Vatel...)a réalisé un impressionnant exercice de style. Il a dû se régaler.
Donc ce film ne peut être vu que par les amateurs du genre (je vous recommande particulièrement une recette culinaire à base d'organes qui n'aurait pas eu les faveurs de Ratatouille). Vous connaissez la formule : âmes sensibles... Il vaut mieux en effet avoir le coeur bien accroché.

lundi 30 juillet 2007

Tel père telle fille


Un film d'Olivier de Plas
Avec Vincent Elbaz (Bruno), Elodie Bouchez (Sandra), Léa Drucker (Alice), Frédérique Bel (Catherine), Daisiy Broom (Nancy)...
Sortie : 1er août 2007

L'histoire : A 30 ans, Bruno, une ex-rock-star un peu oubliée, vit d'expédients. Comme il possède un certain charme, il en abuse pour s'incruster chez des amies de rencontre. C'est la cas de Catherine, une jeune femme plutôt romantique. Il n'hésite pas à s'installer chez elle et à vivre à ses crochets. Au bout d'un certain temps, la patience et la tolérance de la demoiselle commencent à s'effriter sérieusement... C'est le moment que choisit Alice, une de ses anciennes maîtresses, pour reprendre contact avec lui dans le seul but de lui apprendre qu'il est le père d'une gamine de 13 ans, Nancy, dont il n'a jamais soupçonné l'existence. En pleine crise d'adolescence, elle a émis le désir de rencontrer son géniteur...

Mon avis : Bof... En dépit d'une affiche alléchante et d'un sujet a priori attractif, on a hélas tendance à s'ennuyer dans ce film dénué de rythme et alourdi par les clichés.
Au début, on trouve Vincent Elbaz parfait en parasite désabusé, en profiteur cossard. Lâche, menteur, égoïste, grossier, c'est le sale type dans toute sa splendeur. Mais, au bout d'un moment, on commence à se lasser de son jeu par trop systématique et stéréotypé, de ses paupières tombantes et de son regard glauque. Et sa métamorphose finale est bien trop excessive et radicale pour être crédible.
Bref, au fur et à mesure où l'intrigue se développe on se sent de moins en moins intéressé, de moins en moins concerné. Trop décalé, manque de réalisme, on ne parvient pas à prendre pied dans cette histoire et à se laisser embarquer par elle.
Malgré tout, il faut reconnaître que les jeunes femmes tirent leur épingle du jeu. Léa Drucker, en paumée dépassée par les événements, toujours entre deux mecs, toujours entre deux échecs, est absolument touchante et juste... Elodie Bouchez, la bonne copine encore fan, ne doit son salut qu'à son boulot de journaliste. Parce que sa vie sentimentale, ce n'est pas vraiment la panacée. On éprouve une certaine sympathie pour elle... Et Frédérique Bel, en brave fille autonome, elle tient honnêtement sa place. Des Catherine comme elle on en a forcément au moins une dans notre entourage.
Quant à la gamine qui joue Nancy, la fille parachutée de Bruno, on lui a brossé un personnage qui est le patchwork de plusieurs ados en rébellion. Elle en est trop caricaturale ; on n'arrive ni à l'aimer ni à la détester. C'est embêtant ce sentiment d'indifférence.
Vous pouvez donc tranquillemnt attendre que ce film soit diffusé à la télévision. Ce sera logiquement aux alentours de février. Alors, histoire de meubler une longue soirée d'hiver...

vendredi 27 juillet 2007

Piaf je t'aime


Olympia
28, boulevard des Capucines
75009 Paris
Tel : 08 92 68 33 68
Métro : Madeleine ou Opéra



Adaptation et mise en scène : Jacques Darcy
Dans le rôle d'Edith Piaf : Marie Orlandi

L'intention : Ce spectacle n'a pas pour but de faire entendre la voix magique d'Edith Piaf - que le disque restitue parfaitement -, mais d'évoquer par une suite de scènes, comme dans une BD, les étapes de la vie de ce personnage mythique, né dans la rue, magifié par la rue et qui, telle une prêtresse vouée au culte permanent de l'amour, rend son chant incantatoire. Les artistes que l'on voit et entend n'ont d'autre ambition que d'illustrer les derniers propos de Jean Cocteau : "Madame Piaf est inimitable. Il n'y a jamais eu d'Edith Piaf avant elle. Il n'y en aura plus jamais. Elle est une étoile qui se dévore dans la solitude nocturne du ciel de France. C'est elle que contemplent les couples enlacés qui savent encore aimer, souffrir et mourir. Je n'ai jamais connu d'être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait".

Mon avis : Les quelques réserves que j'avais lues au lendemain de la toute première représentation de Piaf je t'aime dans le Parisien m'avaient quelque peu alarmé. C'est donc avec une certaine circonspection que je me suis rendu à l'Olympia découvrir ce spectacle sur la vie d'Edith Piaf. Je craignais également que le formidable succès du film La Môme ne rendît la comédie musicale un peu fade.
Et bien je dois reconnaître qu'au bout d'un quart d'heure, toutes mes appréhensions étaient levées. Et je me suis laissé emporter avec plaisir à cette succession de tableaux qui représentaient autant d'ellipses sur l'extraordinaire parcours de Giovanna Gassion, petite fille de la rue devenue mondialement célèbre sous le nom d'Edith Piaf.
Il faut dire que la présence et le talent de Marie Orlandi, ce petit bout de femme bourré d'énergie qui l'incarne, y est pour beaucoup. Elle joue de tous les registres avec une authenticité confondante ; l'espiéglerie, la séduction, l'émotion, le malheur... Et quelle interprète ! Elle n'imite jamais Piaf, elle la restitue. Totalement habitée par son personnage, elle en a adopté la gestuelle et les attitudes. Nous, le public, dont la plus grande partie n'a jamais eu le bonheur de voir le modèle sur scène, nous nous contentons largement de cette évocation. Nous sommes à l'Olympia, ce temple dont elle fut la plus grande prêtresse, et nous avons Piaf devant nous. Il est parfois bon de se laisser transporter par ses illusions. C'est très facile quand le spectacle est bon !
Il y a de nombreux moments de grâce et de pure magie. Ainsi le duo qu'elle interprète avec Louis, le premier amour de sa vie, en tout début de spectacle est d'une absolue fraîcheur. Ses interprétations de L'accordéoniste et de Mon légionnaire, habillées par de remarquables arrangements signés Gérard Daguerre, sont étonnantes. Et que dire de ces morceaux de bravoure que sont Mon Dieu ou L'hymne à l'amour ? On touche à la perfection.
Beaux tableaux, superbes arrangements, chorégraphies agréables, costumes impeccables, jolies voix, lumières épatantes, tout contribue à nous faire passer une fort bonne soirée. On a même droit à deux petits moments d'humour, ce qui n'est pas si évident à dénicher dans une vie aussi tourmentée que celle de la Madame Piaf : l'audition d'Yves Montand et la présentation en franco-américain des Trois cloches. Il faut également souligner la belle présence de l'artiste qui campe Momonne la demi-soeur d'Edith, omniprésente au début de sa carrière et témoin fidèle de son avènement, de sa gloire, de ses amours et de ses drames. Elle possède pile-poil la gouaille qu'il faut.
Bien sûr il ya toutefois quelques petits hyatus... Les trois premières chansons additionnelles, mélodiquement très faibles, souffrent de la comparaison avec le reste du répertoire. Les pinailleurs feront remarquer que les Compagnons de la Chanson étaient neuf et non pas huit comme dans le tableau des Trois cloches. La scène de shadow boxing montrant Marcel Cerdan devenant champion du monde n'est peut-être pas indispensable. La voix enflammée du commentateur sportif y suffirait à elle seule pour nous transporter.

Or donc, en conclusion, vous ne perdrez pas votre temps en vous rendant à l'Olympia. Vous avez jusqu'au 12 août pour profiter de ce bel et bon spectacle de deux heures. Les programmes télé ne sont pas si remarquables que cela, surtout en été. Alors, quand on peut s'offrir un agréable moment de récréation, il n'y a pas à hésiter. Et, après tout, il s'agit là d'un des chapitres les plus riches de notre patrimoine musical. Piaf l'immortelle.

mardi 24 juillet 2007

Julie Zenatti


La Boîte de Pandore

On peut l'affirmer haut et fort : la petite Fleur-de-Lys de Notre-Dame de Paris s'est métamorphosée et épanouie en une superbe fleur des chants !
La Boîte de Pandore, son nouvel album sorti lundi chez Sony BMG est une pure merveille. C'est un authentique album de variétés dans le sens étymologique du terme. Il aurait même pu s'intituler "Julie ose" du titre de la septième chanson tant la jeune femme de 26 ans y fait preuve d'audace et d'inventivité. Julie ose, Julie se lâche, Julie prend tous les risques... On savait depuis belle lurette qu'elle possédait un extraordinaire timbre de voix, mais là elle révèle l'étendue d'un registre époustouflant. Quelle leçon ! On dirait qu'elle est plusieurs.
Si le terme n'était pas aussi galvaudé et souvent mal approprié, on pourrait décréter qu'il s'agit là de l'album de la maturité. C'est en effet un album réellement adulte, un album de femme, un album de chanteuse.
D'abord, si Julie peut se donner avec autant de liberté dans son interprétation, c'est parce qu'elle récite des textes intelligents, sans aucune miévrerie. C'est ambitieux, c'est du haut de gamme. Ensuite, elle peut s'appuyer sur des arrangements étudiés avec le plus grand soin pour coller aux différentes atmosphères. S'appuyant sur des fondations aussi solides, Julie n'a eu plus qu'à se laisser porter et exprimer l'insolent feeling dont les fées l'ont pourvue.

Trois titres se dégagent de cet opus ô combien riche. Dans l'ordre de mes préférences :
1/ Tango (Princesse) : On dirait un extrait de comédie musicale. Le traitement est très original, l'arrangement somptueux. Visa garanti pour Buenos Aires.
2/ Julie ose : Quelle chanson ! Ambiance de cirque ; sur une mélodie des plus complexes, Julie dévoile ses pensées secrètes, ses fantasmes, ses désirs. C'est d'une sensualité absolue.
3/ La Boîte de Pandore : Troussée avec la complicité de Claude MC Solaar, cette chanson est une allégorie sur la fameuse (femmeuse ?) thèse de la malédiction féminine. En ouvrant la Boîte à Pandore, la femme serait la responsable de tous nos maux. C'est là de la grande écriture. A proposer en explication de texte dans tous les bons collèges. A souligner également les parties arabisantes du meilleur effet.
Ensuite, je citerai, toujours selon mes goûts (mais tout est très bon parce que tellement varié) :
4/ Les cartons : Véritable petit film qui repose sur des sentiments subtils. Une jeune femme abandonnée écrit "fragile" sur les cartons de son déménagement. C'est une analyse très fine de l'échec amoureux. Du moins quand le doute subsiste encore. A noter la beauté des cordes.
5/ J'ai croisé le diable : Encore un texte qui est tout le contraire d'être fade. Il exprime toute la fierté et l'esprit de liberté d'une femme dans un monde pas toujours évident à vivre. Très militant. Couillu, quoi !
6/ Belle la vie : Si on ne savait pas que c'est Julie Zenatti qui chante, on croirait que c'est une Black (même sensation d'ailleurs avec Amnésie). En v'là du blues, en v'là. Quand on parle de feeling... On se surprend à rêver d'un album entier de blues et de rhythm'n'blues. Elle y ferait merveille. Ose, Julie !
7/ Face cachée : Expression du double "Je" féminin. Aveu sincère et troublant de sa dualité. Petit tour psychanalitique derrière le miroir. Encore une fois, pour un sujet maintes fois traité, c'est très finement écrit.

En conclusion, voici un album qui est un rayon de soleil dans un été médiocre. On peut profiter de la pluie pour se terrer dans sa chambre ou dans son salon pour l'écouter à l'envi. Au casque de préférence afin d'en goûter à la fois les vertigineuses prouesses vocales de la Julie ainsi que sa diction parfaite, et pour en capter la qualité des arrangements.
Enfin, il faut noter la présence inattendue de quelques stars du rap (Claude MC Solaar, Akhenaton, Shurik'N) et de deux de ses anciens complices de Notre-Dame de Paris, Roddy Julienne et Luck Mervil). Et, en plus, elle est fidèle !!!!