dimanche 12 octobre 2014

Le Bistrot du Village

Le Funambule Montmartre
53, rue des Saules
75018 Paris
Tel : 01 42 23 88 83
Métro : Lamarck-Caulaincourt
Jusqu’au 26 octobre

Une pièce écrite et mise en scène par Franck Buirod
Avec Marine Blake, Franck Buirod, Vincent Demoury, Didier Forest, Grégory Kristoforoff, Pierre Nakache, Denis Obitz, Antoine Step

Présentation : C’est avant tout l’histoire de Fernand et Monique qui tiennent tous les deux le fameux Bistrot du Village.
Ou plutôt non ! C’est l’histoire du vieux Pierrot qui vient tous les matins et qui nous raconte encore une fois qu’il n’a pas pu prendre sa bécane à cause du froid.
Mais c’est aussi l’histoire de Nounours, le deuxième pilier de bar, qui parle de la pluie, du beau temps et des femmes.
C’est peut-être aussi l’histoire de Benjamin ? Ce serveur délicat et raffiné qui jure avec cette ambiance de café enfumé.
Et si, finalement, c’était l’histoire de Franck… Le fils des patrons qui traîne dans le Bistrot juste pour écouter ce qui s’y raconte…

Mon avis : Sans surprise : nous sommes dans un bistrot. Il doit déjà faire nuit ; autour d’une table, quatre hommes jouent au 421… Nous faisons ainsi connaissance avec Fernand, le patron du Bistrot, Nounours et Pierrot, les deux plus fidèles habitués, et Benjamin, le serveur. Cette scène liminaire nous permet déjà de distinguer les principaux traits de caractère des trois premiers. Difficile de cerner ceux de Benjamin, puisqu’il est assoupi, fatigué par sa journée de travail derrière le bar et en salle.
Fernand est plutôt sec, limite désagréable. Il est du genre bourru… Pierrot, c’est le brave homme type. Il est sympa, tolérant, d’humeur égale… Tout en rondeurs, Nounours est jovial, blagueur (un peu trop), il a toujours un mot ou une histoire pour amuser la galerie… Pierrot et Nounours ont en commun un profond amour du ballon… de rouge, qu’ils consomment sans modération aucune.
Quant à Benjamin, le dormeur du bar, on verra plus tard la grande importance de son rôle. En « bon soldat » qu’il est, il se révélera comme étant l’élément pondérateur, le sage, le fédérateur.


Cette scène d’exposition passée, le noir se fait, permettant d’égrener près de la moitié de Chez Laurette, la chanson de Michel Delpech. Sans doute pour nous faire passer la nuit car nous nous retrouvons le lendemain matin, à l’ouverture du Bistrot.
Nous faisons alors connaissance un peu mieux avec Benjamin et nous découvrons successivement Monique, la femme de Fernand, et Franck, leur fils… Monique est visiblement une femme de caractère, dynamique et autoritaire tout en se montrant bienveillante. Quant à Franck, c’est le stéréotype de l’ado glandeur, un tantinet flemmard, qui pose sur ce petit monde du Bistrot un regard plutôt critique.


Voilà, on connaît tout le monde. La pièce va se dérouler en une succession de tableaux situés à différents moments d’une journée que nous allons passer en leur compagnie.
Le Bistrot du Village est une petite chronique. On a tous fréquenté un endroit comme celui-là avec ses personnages hauts en couleurs. La pièce a un petit côté « Brèves de comptoir », sans en abuser toutefois. On s’attache beaucoup plus à l’aspect humain des relations qui unissent ces six personnages. C’est ce qui en fait toute la force. On est touché au cœur par ces braves gens, simples, banals, qui ont les petits problèmes de tout le monde, qui parlent de tout et de rien, et beaucoup du (sale) temps qu’il fait.

Il ne nous faut pas longtemps pour les prendre en affection. On en connaît, on en fréquente des gens comme ça. On se conduit comme eux parfois… Les caractères sont fort bien dessinés. Chacun y joue sa propre partition. Chaque acteur est parfaitement à sa place et dans son rôle. Ils sont tous crédibles, authentiques. Sur le plan psychologique, il n’y a aucune fausse note.


Ce qui rend cette pièce encore plus intéressante c’est, d’une part, la jeunesse de son auteur et, d’autre part, le fait d’apprendre de sa bouche au moment des saluts que ce qu’on vient de voir était totalement autobiographique. Le Bistrot du Village, c’était celui de ses parents, à Bougival. Il n’a eu de cesse de raconter ce qu’il y avait vécu. Et il y a mis tout son cœur…
En effet, ce qui domine dans cette chronique, c’est l’amour et l’amitié qui s’en dégage. Cette belle amitié virile où la tendresse se cache pudiquement derrière les vannes. Et puis Franck a brossé un joli portrait de femme pour la seule actrice de ce sextuor, façon on ne peut plus explicite de déclarer tout son amour à sa mère.

Première œuvre, Le Bistrot du Village n’est certes pas la pièce du siècle, mais elle se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Il y a là six beaux personnages qui nous offrent le meilleur d’eux-mêmes dans une histoire toute simple et pleine d’humanité. Franck Buirod est indubitablement un garçon à suivre…


Gilbert « Critikator » Jouin

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